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 « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »

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Catharina de Fréneuse
L'enfant reconnaît sa mère à son sourire.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 3 Mai - 15:55

L’hôtel était joli, presqu’impressionnant. Il ressemblait aux hôtels parisiens. Il ressemblait à n’importe quel hôtel, en fait. Un homme plus attentif aux détails aurait sans doute été choqué de tels propos, et parlerait d’architecture et de ci et de ça, mais pas Catharina. Tant que le services était convenable, la chambre propre… Une fois montée et cloitrée dans la chambre, elle retira chapeau et gants. Elle grimaça. Il lui semblait qu’il faisait toujours aussi chaud. C’était donc avec un sourire qu’elle attrapa le vase que lui avait fait venir Jean. Elle le posa d’abord sur un meuble près de la fenêtre, mais se résigna aussitôt qu’un rayon de soleil s’abattit sur ses yeux bleus. Elle s’arrêta un peu plus loin et déballa les fleurs, dans l’ombre de la chambre. Catharina, soigneuse, commença par disposer les fleurs longues, enchaina sur les plus massives et termina avec les plus petites.

« Nous leur répondrons que ce n’est pas de leurs affaires. » Catharina jeta un coup d’œil à son époux, peu sérieuse… Quoi que peut-être un peu, quand même. « J’aime le voyage. » Finit-elle, claire et concise.

Elle voulut introduire dans son bouquet ses précieuses hémérocalles rouges, mais le résultat en serait des plus désastreux. N’osant pas déranger son époux pour qu’il fasse monter un vase de plus, elle remballa lentement les dernières fleurs. Remarquant la carte à ses pieds, elle se pencha et l’attrapa entre ses doigts.

« C’est la chaleur ! Elle fait divaguer les pauvres tourismes, leur fait voir une Italie grandiose. »

Satisfaite de son bouquet, elle rejoignit son époux sur le lit, se plaçant face à lui. La carte tournait entre ses doigts, loin de toutes ses semblables. Catharina la remit à Jean, pour qu’il puisse compléter son paquet.

« Jouons à un jeu, tous les deux. N’importe lequel, celui qu’il vous plaira. »

Parce que parfois, ils étaient deux grands enfants.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 7 Mai - 1:47

Jouer ? Jean sembla réfléchir, visiblement perplexe : il aimait beaucoup les jeux de carte, mais tous les jeux qu'il connaissait - et ceux qu'il préférait, surtout - se jouaient à quatre ! Il y avait bien la manille, qui pouvait se faire à deux mais... c'était tout de même moins amusant.

- Vous avez décidément des désirs bien étranges... A quoi pourrions-nous jouer ?

Puis l'illumination eut lieu.

- Mais bien sûr, au whist !!! Ce bon vieux jeu dont raffolent Charles et Rosamonde de Fréneuse, et auquel ils jouent avec le père Blaise et la vieille veuve de Montorgis... !

Il ricana, tout en mélangeant les cartes. Puis, devant la probable incompréhension de son épouse, il formula plus clairement sa proposition :

- Vous connaissez, le whist ? Cela se joue à quatre, bien sûr... Mais il nous suffit de jouer chacun pour deux personnes. Alors, vous serez Rosamonde ou Charles... Si vous avez un peu oublié les règles, prenez Gabriel, peut-être, il est tout à fait nul... Qu'en dites-vous ?

Un large sourire avait illuminé son visage : celui qu'il avait dès lors qu'il transgressait quelque chose - une limite que son père ou la mondanité avait tracée malgré lui. L'idée, en sus, était totalement stupide et brisait l'intérêt premier du jeu, qui était la réflexion stratégique., et tout ça au profit d'un bête jeu de rôle, qui pouvait être lourd de conséquences... Était-ce bien sérieux ?
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 11 Mai - 16:12

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. »

Dit-elle d’une voix mielleuse. Elle, des désirs étranges ? Bien sûr que non ! Elle s’installa sur le lit, se tortillant un peu pour replier ses jambes et s’adosser, laissant à Jean le choix du jeu. Catharina sursauta même lorsque celui-ci s’exclama, comme s’il détenait l’idée du siècle. Un sourire illumina son visage, hélas, il disparut bien vite. Un jeu auquel les ennuyeux parents de Jean jouaient, avec leurs –sans doute- ennuyeux amis ? Le scepticisme se lut sur son visage. Avant d’émettre un quelconque commentaire, elle laissa le Prince de Fréneuse expliquer son idée. Idée qui, en passant, était très lui.

« …Et c’est moi qui a des désirs étranges, meg hjertet ? »

Ah ! Mais le sourire que fit Jean fut contagieux et le pseudo-air neutre de Catharina laissa sa place à une moue amusée. L’idée en soi était idiote, mais amusante. Le couple lambda irait se promener dans un jardin italien, ferait de charmantes activités très banales. Le couple de Fréneuse, lui, allait s’isoler pour jouer aux cartes.

« Je prends votre mère, puisqu’elle ne m’effraie pas. »

Le père, par contre, tout un phénomène ! Impossible de se sentie accueillie ou à l’aise en sa compagnie. Catharina n’appréciait pas beaucoup les parents de Jean, ils étaient de vieux nobles qui vivaient encore au début du siècle. Et le fils ? Lui, il était si décalé par rapport à eux ! La norvégienne ressemblait à sa mère, son frère à son père, mais Jean, lui, ne semblait pas partager beaucoup de traits commun avec ses parents. Il avait parfois ce sérieux qui lui rappelait Charles, mais de manière générale…

« Nous prennent-ils toujours pour des amants ? Je les imagine mal se faire à votre idée du mariage. »
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 14 Mai - 6:57

L'idée sembla d'abord la laisser de marbre... mais à en croire l'air amusé qui transparaissait de plus en plus sur son joli visage, Madame de Fréneuse paraissait bien vouloir se prêter au jeu.

« Je prends votre mère, puisqu’elle ne m’effraie pas. »

- Bonne idée ! répliqua-t-il. Elle ne sera point très difficile à jouer pour vous, si vous me permettez cette remarque. Elle ne parle pas beaucoup, joue tout aussi discrètement qu'elle mène son existence. Elle fera donc équipe avec sa bru. Quant à moi...

Jean se tourna vers une silhouette imaginaire, à qui il adressa un regard suppliant et faussement effrayé. Le fantôme de Charles de Fréneuse ne l'effrayait point, mais sa mention ne lui était pas tout à fait agréable non plus. Jusqu'à quel point pouvait-il jouer l'imbécile avec cela... ? N'était-il pas le fils de son père, au fond...? Heureusement, l'interrogation de son épouse le poussa vers d'autres domaines de préoccupation - qui, l'on doit le dire, le préoccupaient bien moins.

- Excellente question. Mais peu importe, à présent. Le mariage est fait et il ne pourra se défaire, ce serait plus infamant que tout. Vous pourriez révéler des prédispositions horribles, vouloir me tuer pendant mon sommeil ou devenir folle qu'ils étoufferaient l'affaire... Et croyez-bien que je... souscris, légèrement, à cela. A ma façon, si vous le voulez bien. Rien ne supplante les apparences, ma chère, et si les apparences sont préservées...

Il eut un geste éloquent... puis distribua les cartes.

- Tant que l'on verra M. et Mme de Fréneuse se promener au bras l'un de l'autre, dans la plus apparente cordialité, en Italie ou ailleurs... Nous pouvons chez nous jouer aux cartes de façon stupide, nous haïr cordialement ou faire du cheval à bascule. Personne n'en sera choqué. Vous comprenez ?

Ils étaient chacun avec deux petits tas de cartes. Jean retourna la carte destinée à donner l'atout : c'était le 10 de cœur.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Jeu 16 Mai - 13:02

Elle emmena ses doigts blancs à ses lèvres pour cacher un sourire. Tuer Jean dans son sommeil ou devenir folle paraissait être des idées tout à fait amusantes, ne serait-ce que pour embêter les beaux-parents de ce dernier. Vive, Catharina attrapa les cartes qu’il distribuait, séparant bien sa main de celle imaginaire de Rosamonde. Vraiment, elle ne saurait suivre les fantaisies de son époux. Un jeu de rôle ? Il n’y avait que lui pour penser à une telle chose. Il possédait un humour ridicule, différent de celui de Zacharia ou de Monsieur Ainsworth, mais plaisant. Catharina lâcha, sur la volée, se voulant presque rassurante :

« Ne vous inquiétez pas, Hjertet, je n’ai pas encore de raison de vous tuer. »

Elle sourit et prit une main, l’approchant de ses yeux pour la trier. D’abord par couleur, puis par chiffre. De manière très ordonnée. Jouer deux rôles lui paraissait improbable, un peu idiot mais, tout comme manger avec ses mains, elle se laissait aller et embarquait dans le jeu de Jean. Ce n’était pas avec Marie-Gilbert ou dans un salon qu’elle aurait la chance de paraitre aussi idiote, autant en profiter.

Elle leva vers lui ses grands yeux, comme piquée au vif, surprise et inquiète. Catharina battit des paupières, rapprochant ses jeux de cartes –à défaut de ses doigts- de son visage. Faiblement, elle marmonna :

« Me… Me haïssez-vous ? »

Puisque jouer au cartes de façon stupide et faire du cheval à bascule lui paraissait que trop probable, la mention de la haine l’avait interpelée. Même si elle soulevait très peu la question, Catharina était très portée sur ce que son mari pensait d’elle. La bienveillance et le soutien n’étaient pas des solutions miracles pour se faire apprécier, après tout.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 18 Mai - 5:48

La remarque sembla amuser son épouse et Jean répondit à son sourire : Catharina de Fréneuse avait parfois de ces joies légères et spontanées d'enfant, et elle avait le bon goût de suivre, timidement, les lubies de son mari, plutôt que de lui reprocher ses devoirs. Et, mine de rien, c'était là le meilleur moyen de s'assurer de sa bonne conduite : lancé à bride abattue, Jean de Fréneuse se limitait assez bien tout seul... - l'habitude des années de dressage aidant... - mais si l'on tirait un peu fort sur les rênes, en revanche, il se cabrait et partait à une vitesse folle, les yeux fous. A bien y réfléchir, c'était assez stupide.

- Pas encore de raison, comme vous y allez !

Il disposa lui-même ses cartes - "A vous l'honneur ! " - et l'on commença le jeu. Jean se concentrait sur les deux mains, l'air affairé et positivement sérieux, lorsque la question de Catharina retentit, étrange, inquiétante. Il leva les yeux vers elle, un instant désarmé.

- ... C'est à Charles ou à votre époux que vous posez cette question bizarre, Catharina ?

Charles jouaient en ronchonnant, dans un coin de son esprit - ou bien ne se donnait-il même pas la peine de répondre, à voir... - mais Jean, lui, regardait sa femme avec incompréhension.

- Comment pourrais-je vous haïr ? Ce n'était qu'un exemple, vous savez...

Un geste, peut-être, pourrait-il conforter Madame de Fréneuse dans l'idée qu'elle était appréciée ? Jean se glissa vers elle, avec une lourdeur maladroite, et l'embrassa. Et désignant le jeu, il ajouta rapidement, soucieux de changer de sujet, presque effrayé par son geste même - et diable ! c'était pourtant sa femme, ce n'était pas comme s'il avait à se gêner... ! :

- Mais ramassez les cartes, voyons, vous voyez bien que vous avez gagné le premier pli.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 18 Mai - 14:53

Ses sourcils se levèrent de surprise. S’en souciait-elle vraiment, que Charles de Fréneuse éprouve de la haine à son égard ? Le bas du visage dissimulé derrière ses cartes à jouer, son regard resta planté sur son époux. « À vous, bien sûr. » Répondit-elle, presque froide. La question était ridicule, l’épouse beaucoup trop absorbée par des mauvaises pensées, mais c’était important.

Un sourire triste –ou honteux- se dessina sur ses lèvres et elle laissa retomber ses cartes comme ses épaules. Elle joua son tour, jetant un cœur, sans trop de concentration. Jean s’approcha et l’embrassa, se voulant réconfortant. Elle lui rendit le geste et, suivant le mouvement, attrapa ses nouvelles cartes et les ramena près d’elle.

« Pas besoin d’être aussi pressé, Jean. Nous avons toute l’après-midi devant nous. »

Catharina avait remarqué, depuis le début de leur ménage, que son époux n’était à l’aise à propos de tout ce qui touchait ses sentiments. Jamais elle ne lui en avait fait part, et jamais elle ne le fera. Il ne s’agissait pas d’un sujet que l’on abordait facilement chez eux ! Ce n’était pas pour cela qu’ils c’étaient mariés.

« Je me sens faible. Pouvons-nous faire monter de l’eau ? »

L’épouse s’agita un peu sur le lit et reprit la partie. Il n’était pas simple de jouer pour deux mais, heureusement, Rosamonde était une femme discrète et ne quémandait pas beaucoup d’attention. Catharina eut, l’espace d’un instant, un air fendant au visage. Sa main vint s’aplatir sur les cartes qu’ils venaient de poser et, lentement, savourant cette seconde victoire, elle les ramena, elles aussi, près d’elle.

« Il semblerait que votre mère et moi soyons chanceuses. »

Au tour suivant, Catharina –ou plutôt sa belle-mère, posa une carte sur le jeu. Presque tout de suite elle lâcha une plainte de détresse et reprit sa carte en marmonnant « Voyons Rosamonde, pas celle-ci… » avant d’en lancer une autre. Jean, évidemment, n’y avait vu que du feu ou du moins, ce fut ce qu’elle pensa.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Lun 27 Mai - 11:27

Ah, ces femmes... ! Toujours sujettes aux faiblesses, toujours prêtes à défaillir ! Jean se leva sans se faire prier et sonna.

- Pourrez-vous attendre ou préférez-vous que je descende... ? Ces employés ne sont toujours pas très rapides...

Mais le garçon de chambre surgit, en fait, assez rapidement, et Jean demanda un verre d'eau de Seltz - ou de Vichy, ou toute autre de ces eaux thérapeutiques en vogue. Il attendit qu'on apporte ledit verre avant de se rasseoir sur le lit, surveillant sa fragile épouse du regard. A vrai dire, on pouvait lui accorder qu'il remplissait plutôt bien son rôle de mari attentionné, et seul son regard trahissait la gêne légère que la situation lui inspirait... Heureusement, le mal fut de courte durée et Catharina reprit le jeu, presque comme si de rien n'était. Jean se concentra de nouveau sur la partie - oubliant presque de jouer Charles, tout intéressé qu'il était à voir son épouse jongler tant bien que mal avec le jeu lui-même, e personnage de Rosamonde et la difficulté - ou l'inanité - d'avoir chacun deux lots de cartes. D'ailleurs, elle semblait en oublier les règles les plus élémentaires du whist. Jean écarquilla les yeux lorsque Rosamonde, par l'intermédiaire de sa bru, reprit la carte qu'elle avait lancée.

- FICHTRE ! De la triche... !

Sourire d'excuse - et encore, il eût pu être plus vulgaire qu ça...

- Je jure, c'est entendu, mais... Voir ma mère tricher ! Vous imaginez, vous ?

Pose tragique.

- Songez un peu... Vos enfants qui vous voient fouler aux pieds, en toute bonne conscience, les règles de votre jeu préféré... ! Ah, je suis abasourdi, ah ! je suis choqué !

Et il lâcha les cartes, s'affaissant un peu sur le lit dans une pose plus dramatique encore. C'est à ce moment-là que Charles décida de faire une apparition :

- Tricher au whiiisr, où l'on ne reprend pas la carte jouée... Vous devriez avoir honte, Madame de Fréneuse. Vous n'étiez clairement pas comme ça lorsque je vous ai épousée... C'est sans aucun doute l'air de Paris qui vous aura pervertie... Vous devriez partir vous reposer à la campagne, j'ai honte de vous.


Et Jean d'ajouter :

- Et avec tout ça, Charles se réveille. Rosamonde qui triche, Charles qui râle... Ma pauvre Catharine, comment allons-nous survivre à cette partie... ?

Et il saisit un éventail de sa femme qui traînait là, s'éventa un peu - seule concession qu'il fit à la chaleur qui les étouffait, jusque dans la chambre d'hôtel aux volets fermés - avant de tendre l'objet à sa femme, l'air de dire : "Un peu d'air ?"
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 28 Mai - 15:39

Catharina se raidit et ouvrit grands les yeux de stupéfaction. Le ton de surprise que Jean avait adopté face à cette « tricherie » lui avait glacé le sang, beaucoup plus que son juron. Monsieur de Fréneuse n’était pas connu pour son beau parler, mais elle non plus, alors… Devant le spectacle, la jeune mère fut d’abord inquiète. Elle ne se souvenait pas que Jean puisse être aussi mauvais perdant et accroc aux règles ! Elle se faisait alors toute petite, gardant ses bras et ses cartes tout contre son corps.

« Mais, mais… »

Elle bafouilla, en vain. Jean l’avait quittée pour un monde plus drôle, plus amusant. Un monde où il était tout à fait correcte d’ainsi défaire le lit et en se moquant éperdument de sa famille. Peu à peu, le calme lui revint et elle put même esquisser un sourire. D’abord petit, il s’élargissait au fur et à mesure que son époux s’étalait et s’agitait. Au final, elle était bien amusée et cachait un sourire beaucoup trop indiscret derrière sa main. En bonne femme qu’elle était elle… ne l’arrêta pas. Il semblait parti dans son élan et, mine de rien, cela réchauffait son cœur de voir que Jean devenait de plus en plus naturel avec elle, pour ne plus être l’homme guindé et coincé qu’il était au premier mois de mariage. Elle chancela un peu et décida, à son tour, de poser son jeu.

Durant l’agitation de Jean, Catharina en avait profité pour glisser un peu plus près de lui. Elle acquiesça au geste de l’éventail. N’importe quoi qui puisse faire baisser la chaleur, elle l’accepterait ! Imitant un air piteux, portant une main contre son cœur, elle murmura :

« Je ne sais pas, meg elske, je ne sais pas… ! Je m’inquiète pour votre mère, ne se fera-t-elle pas jamais pardonner pour cette tricherie ? Je me sens un peu coupable… »

Petit sourire pincé suite aux paroles un peu sans sens. D’ailleurs, elle s’en voulait un peu d’avoir cru, même l’espace d’un instant, que Jean puisse être aussi facilement offusqué par cette simple petite « tricherie ». Catharina et Rosamonde expliqueraient la situation en disant que la carte lui avait glissée des doigts, bien sûr ! Les mains des femmes étaient si délicates, après tout ! Elle attrapa le poignet de Jean et le fit bouger plus rapidement pour créer davantage de vent. Elle ferma les yeux et soupira.

« Comment expliquer que je m’amuse plus ici qu’à la Galerie ou l’Académie de dessin… »
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Lun 3 Juin - 3:15

Étonnamment, Catharina n'eut pas l'air de songer à prendre l'éventail des mains de son époux : elle préféra lui saisir le poignet et l'agiter bêtement pour recevoir un peu plus d'air. Que les dames étaient bizarres, parfois ! Il la laissa faire un petit instant puis, d'un geste léger, se dégagea et posa l'éventail devant elle :

- Ce serait beaucoup plus efficace si vous le faisiez vous-même, ma chère, vous savez ?

Et, entendant son soupir, il sourit :

- Vous feriez mieux de ne pas le dire, en effet. Non seulement on ne vous comprendrait pas mais en plus, on vous penserait vicieuse. Alors faites-moi plaisir - il s'empêchait de rire, tant bien que mal, en imaginant sa sage épouse confier cela à ses amis ou, pire, à ses beaux-parents... - ne dites jamais que, lors de votre lune de miel, vous avez préféré les moments dans votre chambre aux autres. Vous comprenez ?

C'est qu'on risquait de mal l'interpréter... Et, oubliant tout aussitôt l'impardonnable tricherie de sa mère, Jean reprit le jeu. Charles et lui remportèrent les deux plis suivants et l'heure tournait, doucement : il serait bientôt temps de descendre pour le dîner.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mer 5 Juin - 15:49

Elle se saisit de l’éventail et commença à faire de très larges mouvements de poignet pour s’envoyer le plus de vent possible sur le visage. Ses mèches blondes claires s’élevèrent et, le temps que Jean reprenne une position décemment respectable, Catharina posa l’objet et rattrapa ses mains.

La jeune mère plissa les yeux, suspicieuse. Tout en jetant une carte sur le lit, entre eux deux, elle regardait son époux et tentait de comprendre le message qu’il voulait lui transmettre… Pardon ? Vicieuse ? La pauvre Catharina, se montrant aussi innocente qu’une jeune fille, cligna les yeux en faisant tourner les paroles de Jean dans sa tête. Le chemin se fit doucement, mais sûrement. C’est que la princesse ne maitrisait pas parfaitement le sens de ses mots, ceux de la langue française. Il lui aurait paru tout naturel de confier à Marie-Gilbert Pentois qu’elle avait préféré passer du temps dans sa chambre lors de sa lune de miel, plutôt que dans les grandes expositions de la Renaissance.

« C’est pourtant la vér… » Réflexion, en effet, elle ne pouvait pas dire ça. « Mes amies savent très bien que je ne… » Rebelote, tentez de défendre votre vertu, lorsque vous avez eu quatre enfants en six ans. « … Vous avez gagné le pli, mon cœur, ramassez… ! » Il valait mieux dire qu’elle retournerait à l’Académie de Dessin n’importe quand.

Jean de Fréneuse et son vieux père gagnèrent la partie de whist. Catharina et Rosamonde, quant à elle, se contentèrent de dire que la chaleur les empêchait de bien se concentrer sur le jeu. La norvégienne embrassa tendrement son mari, comme pour le féliciter et réunit les cartes en un paquet qu’elle posa sur un meuble.

« Devons-nous retourner encore une fois au restaurant de l’hôtel ? Nous y mangeons depuis trois jours. C’est comme à Paris, mais dans une autre langue. »

Elle repassa devant le miroir et replaça vite fait quelques mèches. Et en bonne femme qu’elle était, un minimum soucieuse de son apparence, elle se tamponna de la poudre blanche sur le visage. Catharina attrapa son chapeau et, comme elle le piquait dans ses cheveux, elle pivota vers Jean.

« Personne ne nous connait, dans Florence, nous pouvons faire ce que nous voulons. Et moi, je ne veux pas manger de repas pompeux, mais quelque chose que j’aime. C’est notre voyage de noces, pas celui des autres. Allons nous perdre quelque part, nous trouveront bien un endroit où manger… »
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 7 Juin - 2:25

Charles de Fréneuse était toujours aussi talentueux au whist, et ce furent donc les hommes qui remportèrent la partie. Ces dames, fort heureusement, ne semblèrent pas leur en tenir rigueur. S'il y avait eu une deuxième partie, sans doute les eussent-ils fait gagner, par politesse, mais l'heure avait filé et il était temps de descendre manger... Pourtant, Madame de Fréneuse se fit charmeuse...

« Devons-nous retourner encore une fois au restaurant de l’hôtel ? Nous y mangeons depuis trois jours. C’est comme à Paris, mais dans une autre langue. »

Jean répondit immédiatement, avec les mots du bon sens :

- Mais enfin... La table est réservée, vous le savez, ça ?

... Mais Jean de Fréneuse résistait bien mal aux sirènes de la tentation... Il enchaîna aussitôt :

- ... Mais qu'importe, en effet. C'est la pizza de tout à l'heure qui vous a donné ainsi le goût de l'aventure ? Regardez, je prends mon chapeau de paille - voilàààà, et on y va. On... Faudra leur expliquer rapidement, quand même. Méditez bien votre excuse dans l'ascenseur, je ne cautionne pas ces choses-là !

Le ton, assurément, était celui de la plaisanterie. Mais Jean de Fréneuse avait secrètement résolu de rester comme une tombe et de laisser sa tendre épouse se débrouiller pour justifier cette fuite imprévue.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 11 Juin - 4:40

Que Jean lui dise que la table était déjà réservée la contraria. Pour le montrer, elle battit des paupières à répétition, sans décrocher ses yeux de son époux. Catharina baissa la tête sur un côté, se demandant un peu où était le problème. N’était-elle pas la femme la mieux qualifiée pour se désister ainsi, au dernier moment ? Cependant, son joli sourire revint aussitôt que Jean céda. Doucement, elle avait commencé à prendre conscience que son époux résistait difficilement à ses caprices, surtout lorsque ceux-ci ne lui déplaisaient pas. Les fleurs le laissaient indifférents, quant à fuir le précieux restaurant de l’hôtel…

« Vous et moi avons cautionné bien pire que cela, voyons… ! »

Comme une grande, Catharina arriva à la réception. Elle avait préparé son excuse dans l’ascenseur mais, une fois arrivée à comptoir, celle-ci c’était envolée. L’idée de discuter dans une langue étrangère avec un étranger ne la laissait pas de marbre. Elle chancela, incertaine et murmura un petit :

« … Unnskyld ? Hm… Per favore ? Mon époux et moi ne mangeront pas ici, ce soir. »

Catharina eut un mal fou à comprendre ce que venait de lui répondre l’italien. Bien sûr, il parlait français, mais son accent rendait ses dires incompréhensibles. Sans doute était-ce réciproque, puisqu’elle-même prononçait ses syllabes avec dureté, jouant avec les ‘r’ et ratant parfois quelques sons. Elle fit son plus beau sourire au réceptionniste et tourna les talons après avoir hoché la tête. La jeune mère revint auprès de son mari et tous deux repartir affronter l’Italie.

Les journées du pays, Catharina les trouvait atrocement longue. Il lui semblait que les jours duraient beaucoup plus longtemps à Florence qu’à Paris, mais demeuraient plus courts que ceux de Lofoten. Ils errèrent, comme prévu, dans les rues italiennes. La norvégienne ne savait quelle rue prendre, tournait parfois un coin, ignorant où cela la mènerait.

« Je n’ai aucune idée d’où nous allons, meg el… »

Subitement, pour éviter un passant, Catharina se glissa derrière Jean et prit son autre bras.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 18 Juin - 3:13

Cette journée était passablement curieuse... amusante, aussi. Jean resta volontairement en retrait et observa sa femme se débrouiller, l'air très intéressé. Elle ne semblait pas mentir facilement, ce qui était une bonne chose - les femmes et la dissimulation, tout une histoire... ! Puis ils sortirent. Le jour commençait à tomber et il faisait un peu plus frais qu'au plus fort de l'après-midi, mais tout de même... Tandis que sa femme évitait un passant, se cachant presque derrière Jean, celui-ci répliquait, faisant mine de la gronder :

- Voulez-vous bien vous tenir ? Vous faites une tête de plus que tous les italiens, ne les craignez pas, affirmez-vous ! Lorsqu'une personne croise la princesse de Fréneuse dans la rue, ce n'est pas à la princesse de Fréneuse de s'écarter...

Mais n'était-ce pas mieux ainsi ? Peut-être pourraient-ils simplement déambuler, portés par le hasard... comme il faisait si souvent lui-même, dans ses heures de solitude ? La ville était calme, le jour pointait encore... Que risquait-il ? Tandis qu'il réfléchissait, Jean continua sur sa lancée, marchant auprès de son épouse :

- Si vous m'aviez dit que vous ne saviez pas cela, j'aurais pris le guide ! Il est resté dans la chambre, là, je l'y ai oublié... Dommage, l'avant-dernier chapitre recensait les endroits sympathiques où dîner... Nous eussions été à Venise... Nous serions montés sur une gondole pour nous égarer au rythme de l'eau - d'ailleurs, ces petites barquettes vous inspirent confiance, vous... ? Enfin...

Et s'il avait l'air de rouspéter, son air était en fait relativement serein. Pour aller plus loin encore : il semblait reposé, comme libéré de quelque chose, depuis qu'ils avaient quitté Paris. Il se laissait aller avec plus de naturel et de franchise, sans cette sorte de légèreté forcée qui était la sienne, parfois, en ménage. L'absence des enfants y était peut-être aussi pour quelque chose...

Les époux de Fréneuse continuèrent un moment leur promenade, sans que Jean jugeât bon de s'orienter vers un but ou une destination. Lorsqu'ils passèrent devant un bureau de poste, près à fermer, il lança soudain :

- Et si nous écrivions une petite carte postale - à qui vous voulez ? On leur parlera de musée, d'archéologie, de la glyptique et on aura l'air très ennuyeux....... Oh et on leur dira que la France est mieux aussi, ça flattera leur nationalisme... Si vous écrivez à des gens nationalistes, bien sûr. Une idée de destinataire alors ?

Et il embarqua sa femme dans le bureau de postes, choisissant une carte postale au hasard sur les dépliants.

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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 21 Juin - 14:00

Immédiatement, la princesse de Fréneuse c’était raidie et se tenait plus que droite.  Ses grands yeux jetaient sur lui un regard effaré, comme si l’idée de s’affirmer surplombait toutes ces compétences.  Catharina était une femme farouche, peu apte à faire hommage au si pompeux rang de princesse.  Ses pas devinrent un peu moins légers et, comme si elle avait honte de ne pouvoir s’affirmer davantage, elle se rapprocha de son époux et serra un peu plus son bras sous ses longs doigts blancs.  

« Une gondole…  Une idée tout à fait charmante, à mon avis. »

La suite les porta plus loin.  Ils errèrent dans Florence sans but, sans soucis.  Au tournant d’une rue, elle se rapprocha de son mari et posa un délicat baiser sur sa joue avant d’incliner la tête vers une devanture assez colorée –si elle ne l’avait pas été, elle ne l’aurait pas remarquée.  L’enseigne était toute en italien et, à en juger par la grande vitrine, il s’agissait d’une boutique.  Catharina n’en distingua pas suffisamment pour savoir qu’est-ce qu’on y vendait.  Son attention alla rapidement ailleurs, vers le bureau de poste que Jean lui indiqua. 

L’idée, immédiatement, lui plut.  Le –ou plutôt les- destinataire était déjà tout choisi.  Les phrases s’entassèrent dans sa tête et Catharina se demanda si elle pouvait tout mettre sur une seule carte…  « Oui, bien sûr ! » Lui répondit-elle brièvement, alors que déjà, elle se faisait embarquer dans le bureau de poste. 

Jean attrapa, là, une carte postale et son épouse se pencha dessus pour la regarder.  L’illustration ne lui plaisait guère.  Catharina prit une carte qui, à son gout, était un peu plus jolie et plus colorée et la remplaça, innocemment, dans les mains de son mari et rangea l’autre.  « J’aimerais que nous en envoyions une à mes enfants, qu’en pensez-vous ? » Si Jean avait prié pour qu’elle taise leur existence le temps de leur lune de miel, Dieu c’était bien moqué de lui.  « …Ou nous pourrions aussi écrire à plus respectable.  Comme Madame Pentois ou au Vicomte de Lonsay. »
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 29 Juin - 3:46

L'idée d'entamer une correspondance, en cette heure si tardive, sembla plaire à Madame de Fréneuse. Jean répliqua donc :

- Eh bien, allons-y ! Écrivons à tout ce monde-là !

Et il disposa les cartes sur une table, demandant d'un air impérieux - en français, hélas - encre et plume. On finit par s'exécuter de mauvaise grâce lorsqu'on comprit qu'on avait affaire au caprice de quelqu'un d'important. Une fois servi, Jean eut la décence de remercier les employés pour l'effort puis, ajustant le buvard et saisissant une carte au hasard, trempant la plume - qu'il avait saisie d'autorité dans l'encrier - il se prépara à écrire.

- Par qui commençons-nous ? Madame Pentois, peut-être. Que lui raconterez-vous ?


Hélas, son sourire laissait présager quelque méfait à venir... mais lequel ?
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Lun 1 Juil - 15:00

Parmi toutes les cartes disposées sur la table, Catharina en sélectionna une qu’elle rapprocha de Jean.  Elle le laissa se débrouiller pour faire venir encre et plume, le regardant agir avec de grands yeux amusés.  La jeune mère jaugea la carte postale, se demandant ce qu’elle pouvait bien raconter à Marie-Gilbert.  Bien sûr, elle lui en dirait beaucoup des choses, à Madame Pentois, mais pas nécessairement sur une carte postale écrite par son époux.  Elle s’appuya légèrement derrière son mari, sur son épaule.  

« On peut lui raconter des choses ennuyeuses… Elle me posera toutes sortes de questions lorsque nous rentreront, alors… »

La princesse se redressa et, comme si elle venait de se rappeler quelque chose, elle lança :

« Écrivez la lettre en français, surtout. »

Combien de fois avait-elle commencé une lettre d’abord en norvégien, puis en anglais ?  Le français demeurait encore une langue compliquée, surtout à l’écrit.  Catharina trouvait qu’ils utilisaient des regroupements de lettres inutiles pour un seul et même son qui pouvait s’écrire avec un unique symbole.  

« Dites-lui que nous nous portons très bien, que l’Italie est magnifique et que je passerai la voir à mon retour. »

Elle agita la main, laissant à Jean carte blanche pour la formulation.  
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 9 Juil - 3:17


Des choses ennuyeuses ? Très bien, parfait... Jean encra sa plume... et suspendit son geste, car son épouse semblait vouloir ajouter quelque chose d'important. Il fut d'autant plus perplexe lorsqu'il entendit la précieuse recommandation.

- En quelle langue voulez-vous que je l'écrive...? rétorqua-t-il, perplexe.

Puis il s'exécuta, écrivant ce que son épouse lui dictait, d'une écriture aux grandes lettres déliées, un peu nerveuse... Il ajouta tout de même, en plus petit : "(Catharina dit que l'on peut vous raconter des choses ennuyeuses, et que vous poserez des questions à son retour... Alors que voulez-vous, je m'exécute...)" Il posa ensuite la carte, sans dissimulation, mais sans ostentation non plus, sur le côté et saisit la suivante.

- Et à vos enfants, vous voulez dire des choses ennuyeuses également ?

Un drôle de sourire, insidieux, au fond du regard.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Jeu 18 Juil - 17:29

Elle fit un signe de la main, un signe qui lui indiquait de laisser tomber.  Catharina avait pensé à haute voix, et il était évident que Jean n’écrirait pas sa lettre autrement qu’en français.  Elle surveilla, mais très distraitement, ce qu’écrivait Jean.  En réalité, elle ne voyait pas très bien ce qu’il couchait sur le papier.  Ses lettres étaient nerveuses, et la vue de l’épouse, médiocre.  Elle ne commenta donc pas le commentaire que son cher et tendre avait ajouté à la fin.  

« Ah !  À mes enfants, hm… »

Doucement, elle prit la jolie carte postale que Jean avait sorti et la rapprocha.  Catharina baissa les yeux et modela, dans son esprit, quelques phrases à glisser à ses enfants.  Son sourire s’effaça, alors qu’elle pensait à tout ce qu’elle aimerait écrire à ses enfants.  À ce qu’elle pourrait dire et faire, s’ils étaient avec elle.  La jeune mère soupira silencieusement et prit à Jean la plume et l’encrier.  

« Je préfère l’écrire moi-même, celle-ci.  Elle leur plaira davantage si elle a été écrite par moi plutôt que vous. »

L’écriture de Catharina était très féminine mais également très timide.  Ses lettres étaient remplies de courbes, mais jamais celles-ci ne débordaient, toutes rangées.  Comme de raison, la lettre fut écrite en norvégien et quelques lettres inconnues de l’alphabet français se glissèrent parmi ses mots.  Au bout d’un moment, elle remarqua que son attitude avait changé, qu’elle était un peu plus morose.  Prenant une grande inspiration, elle se remit à sourire et à battre des paupières de manière innocente.  Catharina attrapa la main –celle qui n’écrivait pas- entre les siennes et pressa ses doigts autour.  

« …Je suis désolée. » Elle jeta des coup d’œil autour d’elle et attrapa une nouvelle carte postale. « Tenez, écrivez à l’un de vos amis.  Je suis certaine qu’il sera jaloux !  Après tout, vous gouté à la pizza »
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Jeu 29 Aoû - 3:31

- Ah... Libre à vous.

La réponse était simple, un peu froide. Le regard de Jean s'égara sur les mots, sans s'y attarder - cela le contrariait tout de même, de ne point savoir ce que sa femme écrivait. Quand bien même n'écrivait-elle qu'à ses enfants.

- Et que leur dites-vous de beau, à ces enfants ?

Il dégagea sa main de l'étreinte, d'un geste un peu brusque - attrapant la plume au passage, comme pour justifier la soudaineté du geste.

- A un ami, dites-vous... ? Mais, ma chère, je n'ai point de langue mystérieuse pour lui raconter nos aventures, et ce qu'un homme dit à ses amis doit rester loin des regards de son épouse...


Sourire légèrement froid - un partout, partie nulle. La pique envoyée, Jean saisit tout de même une carte, l'air de rien.

- Je vais écrire à M. de Lonsay. Vous pouvez lire sans crainte, je ne peux rien lui confier qui puisse offenser une femme.


Et il écrivit quelques banalités, pour la forme. La vie n'était-elle pas que cela : une succession de banalités et de petites douleurs ordinaires... ?
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 30 Aoû - 16:37

Catharina s’était perdue dans l’écriture de sa carte postale.  Elle voulait en dire le plus possible sur les quelques lignes de la carte postale.  Ses phrases étaient remplies de tendresse et d’amour.  Il semblait qu’elle prenait beaucoup plus de plaisir à écrire à ses enfants qu’à choisir des bijoux dans un magasin, ou admirer des œuvres d’art.  Doucement, elle apposa un petit point final et survola son message de ses yeux bleus avant de regarder son époux.  Elle ouvrit la bouche, prête à lui dire ce qu’elle venait d’écrire mais son geste brusque la coupa dans son élan.  Catharina balbutia quelques secones avant de reprendre.  

« J’ai écris à Snowden, il lis bien le norvégien.  Je lui ai dit que l’Italie était très jolie et que j’étais certaine que lui et ses frères adoreraient venir jouer dans les parcs florentins et… Hm… Littéralement c’est… plutôt curieux en français mais, je lui ai aussi dit que je les aimais et qu’ils me manquaient, que je pensais touj… » Elle écarquilla les yeux une seconde et reprit. « …Que je pensais à eux et… C’est tout. »

Puis vint le tour du prince d’écrire sa lettre à un ami.  La norvégienne plissa le nez, faussement vexée des choses choquantes que pourrait écrire Jean a un potentiel ami.  La liberté, nous n’en parlerons jamais assez, l’homme la réclamait et, heureusement pour lui, Catharina n’était pas le type de femme qui épiait le moindre de ses gestes, de ses écrits –même si elle exigeait qu’il prenne soin de lui dans ses folies.  

« Monsieur de Lonsay est votre ami, pas le mien.  Ce que vous lui écrivez ne me regarde pas. »

Les cartes furent écrites et envoyées.  Le couple de Fréneuse quitta le bureau de poste et Catharina hésita à repasser sa main sous le bras de Jean.  Oh !  Un passant la frôla presque et, instinctivement, elle se rapprocha de son époux et attrapa entre ses doigts gantés le veston de celui-ci.  Ce n’était pas à la princesse de s’écarter, évidemment !  Mais…  

« Nous ne sommes toujours pas perdus, mon cher.  J’aperçois encore la route jusqu’à notre hôtel, celle tracée par vos parents pour notre voyage de noce.  Trouvez-nous un endroit où nous égarer, que nous marcherions dans notre propre chemin ! »


Elle sourit, toujours animée par ce même désir d’aventure qui l’avait prise à l’hôtel, plus tôt.  
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Jeu 12 Sep - 6:22

Ce qui était bien avec Catharina, c'était qu'elle ne se vexait pas pour tout et n'importe quoi comme le faisaient certaines femmes qui se piquaient d'idées modernes. L'incident de la carte postale passé - mais y eut-il même incident... ? - nos deux époux regagnèrent la rue. Ce fut alors que Madame de Fréneuse fit cette proposition tout à fait particulière...

- Mais enfin, ma chère, l'excursion de cet après-midi ne vous a-t-elle point suffi ? D'où vous vient ce goût soudain pour l'aventure ?


Mais, au fond, dire que la suggestion lui déplaisait eût été mentir... Et puis soudain, l'illumination. Il saisit le bras de son épouse et la considéra d'un oeil brûlant :

-... Quittons Florence. Qu'en dites-vous ? Nous partons ce soir.

Pour aller où...? Mais n'importe où, pourvu que le chemin ne fût pas tracé d'avance !
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Lun 16 Sep - 2:33

Jaugeant son époux, la jeune mère pencha la tête sur le côté, pensive.  Catharina esquissa un large sourire narquois, amusée.  

« Vous êtes surpris, n’est-ce pas ?  Vous êtes drôle à voir. »

Comme ça, sans but particulier, elle tourna à une intersection.  Catharina ignorait où ils étaient rendus.  Sans sens de l’orientation et sans prendre la peine de regarder le nom des rues –pouvait-elle seulement les lire ?- elle déambulait avec son mari avant d’être interpelée par ce dernier.  La norvégienne baissa des yeux curieux sur le bras qu’il avait attrapé avant de lentement remonter vers le visage de Jean.  Elle fit battre ses grandes paupières.  Décontenancée, elle fronça les sourcils :

« Quitter Florence ? »

Elle fit un pas vers lui et, comme prétexte à son rapprochement, elle replaça un pan de la veste de son époux.  Lentement, elle hocha la tête.  Si la proposition la surprenait ? Énormément.  Catharina c’était attendue à ce que Jean propose quelque chose, un lieu insolite où se rendre, une activité cocasse à faire mais, quitter la ville, littéralement, elle n’y aurait pas pensé.  Elle finit par se reculer et le regarda sévèrement, croisant les bras sous sa poitrine.  

« Et comment allez-vous expliquer cela à l’hôtel ?  Je ne cautionne pas ces choses-là, moi ! »

Un sourire revint.  Cette idée l’enchantait plus qu’elle ne le montrait.  Ah !  Quitter cette ville surchauffée pleine de trucs historiquement ennuyeux.  Doucement, elle posa sa main gantée sur la joue de Jean et embrassa l’autre avant de reprendre son bras et de continuer à marcher.  

« Que faisons-nous, où allons-nous ?  Nous mangeons puis prenons le premier train pour une destination inconnue, est-ce votre idée ? »
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Jeu 26 Sep - 23:44

Ah il était drôle... ? Mais c'était que lorsqu'on prenait femme, l'on oubliait trop souvent de vérifier si elle avait le sens de l'humour... Ainsi, voir sa scandinave d'épouse, avec son long visage, ses yeux clairs et graves et ses cheveux blonds esquisser un large sourire et plaisanter à son tour avait de quoi surprendre le prince de Fréneuse. Pris au jeu, il balaya les simili-protestations de Catharina d'un geste de la main.

- Je l'expliquerai en français, ma chère, et nous verrons bien ce qu'ils comprendront.

Il était temps de passer à présent aux choses sérieuses. A présent, Jean réfléchissait à la destination, aux détails techniques. L'idée de leur destination avait germé dans son esprit, insidieuse, séduisante, et il ne restait plus maintenant qu'à se diriger vers elle - tout était possible pourvu que l'ont ait l'argent et la position. A sa femme, il répondit évasivement :

- Prenons une collation et puis nous prendrons le premier train. Je vous raccompagne à l'hôtel pour que vous puissiez donner les ordres nécessaires et surveiller les faits et gestes de la femme de chambre. Pendant ce temps, j'irai régler quelques affaires... Nous nous retrouvons dans... - il consulta sa montre - une une heure précise, m'entendez-vous bien ? Les valises doivent être prêtes. Et vous verrez ce que nous ferons...

Il jeta un rapide coup d'oeil au ciel, maintenant bleu nuit.

- Je vous assure en tout cas que là où nous allons, il fera moins chaud. Cela vous agrée-t-il ?
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 1 Oct - 4:40

Jean, avait écarté le problème de l’hôtel avec beaucoup de calme.  Il fallait croire qu’il avait l’habitude de faire un peu n’importe quoi, d’agir sur des coups de tête et, du même coup, de gérer ceux de sa femme.  L’Aventure, c’était un très grand mot pour une femme aussi délicate que Catharina, mais pourtant, elle semblait moins effrayer à l’idée de quitté précipitamment un endroit, sans trop s’être préparée, que d’affronter les mondains d’un salon.  

« Je ne vous avais jamais vu aussi pressé, meg elkse. »

Elle sourit doucement.  Dans le fond, il fallait tout simplement laisser Jean faire ce qu’il désirait, lui montrer que oui, il pouvait faire n’importe quoi, et que non, elle ne lui en voudrait pas, qu’au contraire, elle serait enchantée de le voir s’amuser un peu.  Alors, dans un pays inconnu, sans aucun enfant à leur charge, pourquoi pas ?  En fait, il n’était pas aussi mauvais mari qu’il l’avait prétendu un an plus tôt.  Enfin, tant que son épouse ne décidait pas de l’enchainer.  

« Moins chaud ?  Dans le sens où je devrai troquer le lin pour du coton ou moins chaud où je ne risquerai pas de m’effondrer à chaque rayon de soleil ? »

La différence était importante, car Catharina n’avait pas en sa possession des tonnes et des tonnes de robes de coton.  Néanmoins, Jean n’étant pas aussi amoureux du froid que sa femme, elle s’imaginait plus tôt qu’ils allaient remonter, allant elle-ne-savait-trop-où plus haut en Italie.  Elle fendit l’air avec sa main, écartant sa question.  

« En fait, ce n’est pas très important.  N’importe où mais pas ici m’agré… éera… parfaitement ! »

Et ils partirent, continuant vers l’épopée vers un restaurant quelconque.  Catharina était toujours accrochée à la main de Jean, le tirant doucement pour le presser un peu –mais pas trop, hein !  Elle restait gentille, tout de même.  

« Allons-là… J’ignore ce qu’ils vendent, c’est écrit en italien.  Qu’en pensez-vous ? »
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