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 « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »

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Jean de Fréneuse
J'ai bu le lait divin que versent les nuits blanches
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MessageSujet: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 9 Fév - 15:30

La lune de miel en Italie, c'était surfait, mais cela faisait partie des passages obligés, comme le mariage en grande pompe, avec ses deux-cent imbéciles avec leurs petits fours, comme les fleurs d'oranger sur la table, comme les adieux déchirants de la mère à ses enfants, parce qu'on partait un malheureux mois. En un mot, comme tout le reste... En revanche, le jeune couple avait choisi de suivre la dernière mode en décalant le voyage ... et c'est à l'heure des villégiatures, au moment où le climat italien déployait tous ses plus terribles effets, que nos deux jeunes mariés étaient arrivés à Florence ... après trois jours à se battre en duel dans une couchette trop petite. L'ennui et la fatigue du voyage aidant, la promiscuité de la couchette avait été l'occasion de quelques rapprochements bienvenus - dans le but désintéressé, évidemment, d'assurer à la famille une descendance dans des délais raisonnables. Aussi le couple de Fréneuse n'arriva-t-il point tout à fait reposé par ces nuits cahoteuses - les sursauts du vieux train ayant, naturellement, perturbé leur paisible sommeil...

Et c'est dans une Florence languissante sous la chaleur d'été qu'ils commencèrent leurs visites, comme tout couple de jeunes mariés qui se respecte. Le premier jour, ils parcoururent les campagnes alentours et se promenèrent main dans la main - un peu ennuyés - à l'ombre des cyprès. Le deuxième jour, ils visitèrent la Galerie des Offices, et demeurèrent tour à tour perplexes, admiratifs ou endormis devant les statues des italiens illustres... Et à présent, en ce troisième jour, ils s'étaient déplacés jusqu'à l'Académie de dessin, dans la Salla del Colosso ... avec un peu de lenteur tout de même... et s'étaient plantés devant les tableaux célèbres - deux grands épis de blé dans le paradis de l'Art. Chose édifiante. Au bout d'un moment, Jean se tourna vers son épouse et lâcha, dubitatif, en désignant la Maria-Magdalena de Filippo Lippi : " J'espère tout de même que votre bonne amie Marie-Gilbert avait autre chose en tête quand elle a appelé sa fille Marie-Madeleine..." Quant à son appréciation artistique, elle se résumait au fait qu'il préférait les jolies pénitentes aux ermites en haillons ... Détail qu'il garda pour lui, bien sagement... C'que ça le rasait, tout de même !
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 12 Fév - 0:15

Depuis mon arrivée à Paris, chaque printemps avait à sa suite son été. Chaque printemps, j’appréhendais avec crainte –et sueur- le rallongement des journées et la venue excessive du soleil sur la France. Chaque printemps, je venais à questionner ma résistance à la chaleur, mes capacités de survie sous toutes ces couches de tissus qui composaient la parfaite robe de la grande dame. L’Italie était, pour sûr, pire que la France. Me jeter dans le feu serait tout pareil. Le voyage en train, à partager une couchette trop petite dans une cabine tremblante, ne paraissait pas aussi effrayant et insurmontable que tout un jour sous l’ardent soleil florentin. Évidemment, cette souffrance était gracieusement multipliée par l’absence de mes enfants. Chéris auxquels je pensais trop souvent et qui avaient occupés une grande partie de mes pensées lors de se voyage en train.

Je passai la majorité des journées avec une ombrelle au-dessus de la tête, l’inclinant soigneusement pour qu’aucun rayon n’atteigne ma peau d’albâtre. N’étant pas une fervente d’art ni d’architecture, je n’adoptais pas d’expression exubérantes devant les œuvres que nous visitions. C’était joli, agréable à regarder, mais très peu distrayant. Les commentaires que passait Jean de temps à autre l’étaient davantage. Un artiste aurait tôt fait de nous expulser, tant notre intérêt était mal placé.

Je plissai les yeux et regardai le tableau devant lequel nous nous étions postés. Une femme, aux traits tombants et âgés, les cheveux aussi épais qu’un tas de paille et portant des guenilles. Je marmonnai, comme réponse distraite « J’espère aussi… » Rien en cette Maria-Magdalena ne m’évoquait la jeune et innocente Marie-Madeleine Pentois, aucune ressemblance. « Ils ont pris une fille, lui ont donné un nom de sainte, et voila une œuvre… ! » m’exclamai-je tout bas. Même les toiles toutes colorées avec des formes indéfinies m’inspiraient plus de choses.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 15 Fév - 2:41

Jean leva un sourcil, amusé, à la réponse de son épouse. On s'y connaissait ou on ne s'y connaissait pas, hein... ? Cela dit, il avait beau témoigner d'une éducation irréprochable en la matière, il ne pouvait pas ne pas admettre que cela lui inspirait la même chose, au fond ... Il se surprit à imaginer les commentaires atterrés de Gabriel qui, en bon amateur d'art, eût tenté de les remettre sur le droit chemin. Et c'est tout haut, d'une voix aiguë un peu ridicule et en faisant des gestes un peu emphatiques, qu'il répondit :

- Mais enfiiiinn, vous ne comprenez paaas, c'est la représentation de la péniteeence. Choisir de représenter la sainte en mendiante, c'est affirmer la force de la foi envers et contre tooout ; n'est-il pas trop facile d'admirer ces belles pénitentes qui n'ont de pénitentes que le nooooom ?

Et, reprenant une voix normale, il ajouta, en souriant à Catharina :

- C'est à peu près ce qu'aurait dit Gabriel ... Les longues descriptions historiques et la précision en moins ... Il aime tellement ces choses-là...

Et il avança, d'un pas lent, devant les œuvres suivantes, promenant sur elles un regard paresseux. Désignant l'Isaïe de Fra Bartolommeo, il interrogea Catharina de nouveau, l'air d'un cancre qui s'ennuie en classe :

- Croyez-vous qu'il nous désigne le chemin de la sortie... ? Pressons-nous, la lumière est peut-être par là ...

Mais ils aboutirent à une galerie qui portait le nom - ironie du sort - de galerie des prisonniers, pour aboutir à la tribune de David, où la célèbre statue les attendait.

- Eh bien, qu'en pensez-vous, ma chère ... ? Demanderons-nous notre chemin à ce bonhomme ?

Et en regardant cette statue, on pouvait sans doute penser à tout, sauf au mot "bonhomme"...
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 16 Fév - 16:21

Elle dévoila, malgré elle, quelques timides dents à l’imitation plutôt bien réussie que Jean faisait de son frère. Ce qu’il affirmait n’était pas faux, mais en grande méconnaisseuse de l’art, Catharina préférait admirer des canons plutôt que des mendiantes. Tout le monde n’était pas né pour être un esthète, n’est-ce pas ? Et surtout pas une suédoise ayant passé le plus clair de sa vie éloignée des villes populeuses et populaires. Elle posa sur son époux un regard doux et murmura « Nous serions encore aux Galeries de l’Office, si votre frère avait voyagé avec nous. » Gabriel et Jean y seraient encore, Catharina aurait sans doute décidé de faire la casanière dans leur chambre d’hôtel, attendant la fin de la visite, qui, avec le bambin de Fréneuse, serait sans doute plus ennuyeuse.

Le chemin continuait et les œuvres étaient jugées avec sévérités. L’épouse en conclu qu’aucune ne mériterait sa place dans sa maison : Trop vieilles, sujet peu intéressant, et encore ! Elle constata que son précieux foyer ne lui sortait pas de la tête et vint à se demande ce que faisait ses enfants à ce moment présent. Étaient-ils délaissés ou bien traités ? Étudiaient-ils correctement ou une gouvernante idiote leur apprenait-elle des idioties ? Elle restreignit un soupir et fut tirée de ses pensées par Jean, qui lui semblait bien s’amuser. Catharina trouva curieuse l’inclinaison de la tête de ce… Fra Bartolommeo ? Ses yeux éteints ainsi que les inscriptions latines. Sans se faire prier, elle se laissa entrainer vers la galerie des prisonniers.

Les maitres de la Renaissance détestaient les vêtements. Les yeux de l’épouse s’ouvrirent puis se plissèrent, faibles. Entrant dans le jeu de son légitime, elle se pencha vers lui et chuchota, suspicieuse « Je ne lui fais pas confiance, moi, à ce bonhomme… » Elle passa une main dans son dos et vint se raccrocher à son bras, jusqu’à ce qu’une question vint bruler ses lèvres en demi-sourire « ...Sommes-nous perdus ? » Catharina, sans doute. Jean, elle le saurait très bientôt.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mer 20 Fév - 12:25

S'il était une chose qu'on pouvait à lui accorder, à cette petite femme, c'est qu'elle était perspicace sur certaines choses ... Sur le caractère et les obsessions de Gabriel de Fréneuse, elle semblait assez bien renseigné par exemple. A sa réplique, Jean hocha la tête et ajouta même, en levant le doigt d'un geste didactique : "Pire encore ma chère, nous admirerions encore ... le portique de l'entrée, le dallage du sol, la mouche qui passe ou que sais-je encore ..." Et comme nous l'avons dit, ils s'aventurèrent plus avant dans cette ennuyeuse visite ... Devant l'imposant David, elle fut tout aussi suspicieuse ... et se pencha bien près de son anatomie. Jean leva un sourcil. Ce n'était pas la première fois que son épouse en usait ainsi pour distinguer les choses ... La sublime créature avait les cheveux longs ... et la vue courte. Il tourna la chose en blague, comme à son habitude :

- Si vous n'lui faites pas confiance, pourquoi vous approcher si près ? Y'a pas de feuille de vigne à enlever, 'savez ...


Il se dispensa de poursuivre sa pensée ... S'éloignant un peu, il claudiqua, d'un pas rythmé par le claquement de sa canne, dans la grande salle claire ... Puis soudain, sa voix résonna dans la pièce :

- Oh et puis pour ce qu'on s'en f... Pour ce qu'on en a à faire, hein ? Nous ne sommes pas perdus, ma chère, mais notre temps, lui ... et si nous nous reposions simplement quelque part ? Les grandes oeuvres d'art me fatiguent, je veux voir de vrais visages ...

Et il ajouta, présentant son bras à son épouse :

- Et pas des nuées de Gabriel qui font "oooooh" la bouche en cœur devant des vieux machins. Suivez-moi, Catharina, et retrouvons le chemin des choses raisonnables !

Lui avait-il réellement demandé son avis ... ? Toujours est-il qu'ils errèrent dans les couloir jusqu'à atteindre la sortie. Le soleil florentin apparut soudain, éclatant, irradiant de chaleur.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Jeu 21 Fév - 5:17

À cette merveilleuse énumération, Catharina esquissa un sourire qui s’agrandit au fur et à mesure que son époux en rajoutait. Elle rajouta, sur un ton semblable, alors qu’ils continuaient leur visite « La mouche florentine, tout un spécimen. Je vendrais presque mes enfants, pour les mouches florentines. » David finit par se dresser devant eux et la norvégienne joua des yeux pour détailler le gamin en contrapposto. Pour être franche, Catharina préférait la statue aux mouches, jouant des yeux pour détailler les traits délicats qui avaient été sculptés. Elle agrandit les yeux, regardant son mari avec un air assombri. Elle ne lui répondit pas, ne désirant pas prendre le risque qu’il tourne ses paroles au ridicule.

Elle suivit Jean qui avançait lentement. Catharina avait l’impression de marcher au même rythme que ses enfants. Si ceux-ci pouvaient courir sur leurs courtes jambes et suivre la mère qui filait à grande enjambée, ce n’était pas le cas du prince du Fréneuse. L’avantage était que si lui partait vers quelque chose ayant attiré son œil, elle ne le perdrait pas de vue aussi facilement.

En signe de réponse, elle haussa les épaules. Demeurer à l’intérieur ou aller ailleurs, pour elle, il n’y avait pas de différence : Ils seraient entourés par des italiens et attaqué par la chaleur estivale de toute façon. Elle tendit la main et la glissa légèrement autour de son bras, sans s’opposer à la décision de son mari. « Oh, mon cher, des choses raisonnables, vraiment ? » Elle marcha naïvement à ses côtés, constatant qu’ils n’étaient, en effet, pas perdu.

Lorsqu’ils sortirent, Catharina fut frappée par ce qu’on appelait le soleil. Elle battit des paupières à répétition pour s’habituer à la clarté de l’extérieur, grimaçant sur le coup. Elle baissa la tête et dénoua le ruban de son ombrelle pour l’ouvrir et la jeter sur son épaule, se créant une zone d’ombre très appréciée. « Où désirez-vous aller ? »


Dernière édition par Catharina de Fréneuse le Sam 23 Fév - 12:16, édité 1 fois
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 22 Fév - 22:53

« La mouche florentine, tout un spécimen. Je vendrais presque mes enfants, pour les mouches florentines. »

M. Charles de Fréneuse avait peut-être pris Catharina pour une idiote, mais c'était bien à tort ... Lorsqu'ils étaient seuls à seuls, loin du monde, Catharina se laissait aller à quelques mots spirituels, cédant peut-être aux bêtises de son époux ... Depuis leur mariage, Jean avait mieux cerné, mieux compris comment fonctionnait cette femme-là. Si, en public, elle demeurait réservée à l'outrance, au point parfois de passer pour demeurée, elle devenait plaisante en présence des gens en qui elle avait confiance, en petit comité ... et sachant cela, les de Fréneuse organisaient bien plus des five o'clock avec quelques proches plutôt que de grandes réceptions comme faisaient les parents de Jean. Et dans le monde, on se surprit même à dire que le mode d'existence de ces deux-là était bien bourgeois... On leur pardonnait parce qu'ils étaient jeunes mariés.

Une fois dehors, Jean fut frappé aussi par la chaleur. Pas d'éventail ni d'ombrelle pour lui, en revanche ... Il se dissimula comme il put sous le chapeau de paille - attribut par excellence du touriste.

« Où désirez-vous aller ? »
demanda-t-elle ... et Jean dut bien avouer que c'était une bonne question ...

- Je ne sais pas ... N'importe où, ça vous va ? Déambulons, nous trouverons bien quelque chose ...

Et ils s'égarèrent, lentement, dans les petites rues de la ville. Autour d'eux, des italiens, des italiens à n'en plus finir - du meilleur monde, sur les grands places, du tout p'tit monde, dans les petites rues et autour des étals ... Dans un petit passage reculé, Jean avisa alors un café-restaurant un peu enclavé, pas très joli. Une devanture peinte avec des couleurs criardes, deux hommes noirauds en terrasse qui mangeaient une pizza ... Une idée folle lui vint.

- Et si on s'arrêtait là ? Ca vous dirait, une pizza ? C'est pas c'qu'ils nous servent à l'hôtel, où j'ai l'impression de retourner au Vénitien tous les jours ...


Oh, elle refusait sans doute, elle était tout de même plus raisonnable que lui, sa p'tite femme... non ?
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 26 Fév - 15:54

La présence de nombreux gens vous poussait à vous renfermer, parfois à perdre vos moyens. Catharina ne supportait pas les inconnus, les grandes soirées. Elle préférait –et c’était bien connu- le confort de sa maison, courir derrière ses enfants ou déchiffrer les subtilités de la langue française en dévorant un livre. À ses yeux, il y avait tant à faire à la maison, pourquoi s’encombrer d’une vie mondaine en plus ? Elle prenait son rôle d’épouse très à cœur, presque autant que celui de mère. Malheureusement, on ne pouvait être tout à la fois, alors elle délaissait le plus ennuyeux et difficile : Le côté mondain, popularité et autre joyeusetés auxquelles tant de femmes se laissaient aller. Jean se montrait alors compréhensif, n’exposant pas son épouse à une dose trop élevée de personne, trop souvent. Il fallait dire que les giganteeesque réceptions effrayaient madame qui pâlissait rien qu’à l’idée d’organiser un tel évènement. Non, non, non, il y avait Marie-Gilbert, pour ça ! Elle s’y prenait tellement bien… !

N’importe où, n’importe quand et n’importe comment, Catharina se contenta de mollement hausser les épaules. La destination lui importait peu. Déambuler, oui, sous la grosse chaleur, jusqu’à ce qu’elle s’effondre, le front trempé. Ils allaient à pas lents et n’entendaient que des mots étrangers. La norvégienne avait l’impression de retourner à Paris, quatre ans plus tôt. N’étant pas curieuse, mais introvertie, elle regardait le sol qui s’étendait à ses pieds et, de temps à autre, faisait tourner son ombrelle sur son épaule. Jean trouva alors quelque chose pour attirer son œil. Ça avait des couleurs criardes que Catharina eut de la facilité à distinguer. L’endroit paraissait louche, pas très recommandables. Ce qui l’attira, surtout, fut qu’ils seraient à l’ombre, s’ils s’y arrêtaient.

« Je n’ai jamais gouté de pizza et… Cet endroit semble vous attirer, nous pouvons y passer un moment. »

Si le café était pouilleux, un peu ridicule, Catharina n’était pas inquiète : Jean serait-il vraiment du genre à l’emmener dans un endroit trop sale et trop mauvais ? Elle avait quelques doutes. Et puis, là où ailleurs, quel était la différence ?
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 5 Mar - 5:22

Dans les faits, l'endroit qui avait attiré l'oeil de Jean n'était pas le plus miteux des restaurants ... mais c'était loin de ressembler au Vénitien. C'était un petit établissement de quartier, pensé pour les italiens pauvres qui n'avaient que ces minces pains plats frottés de tomate pour la journée ... Mais Jean, avec ses goûts dégénérés, ça lui parlait, des minces pains frottés de tomate ... C'était pas la facette de l'Italie que les poètes mettaient en avant en premier mais est-ce que ça avait le sens des priorités, les poètes, hein ... ?

- Ravi que cela vous convienne ! Prenez mon bras, ma chère, nous nous aventurons chez les autochtones !

Il poussa la porte du petit restaurant d'un air triomphant, et s'installa sagement, avec sa femme, à la place qu'un italien obséquieux leur désigna, en égrenant très vites une foule de mots incompréhensibles dans sa lange sucrée. Puis une fois qu'ils furent installés, une carte uniquement en italien sous les yeux, et que le bonhomme revint, la moustache frémissante et l'oreille aux aguets ... Jean se demanda un peu comment on commandait un bon repas en italien. En bon touriste, il ne s'était jamais éloigné jusque là des grands hôtels, des restaurants chics et des musées prisés, où une société choisie parlait au moins un français d'emprunt, mais là ... Pris de cours, il finit par dire, avec son assurance naturelle et son sourire idiot des circonstances :

- Euh ... Pizzaaaaaaa ? Et un marsala, per favore.

Et s'adressant à sa femme :

- Et vous, ma chère, souhaitez-vous un rafraichissement ?

Ou comment faire tout à l'envers ... L'italien levait déjà les yeux au ciel.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Jeu 7 Mar - 14:18

Évidemment, Catharina alla s’agripper au bras de son époux, en partie pour se rassurer. Cet endroit un peu louche, dépourvu de quelconque points de repères, la mettait un peu mal à l’aise. Elle espérait silencieusement que Jean possédait des bases en italien, même si, depuis leur arrivée, il n’avait pas vraiment su aligner plus de mots qu’elle. Néanmoins, elle le suivit et le laissa aller à cette fantaisie, se disant bêtement qu’ils ne pouvaient rien leur arriver, là.

Elle prit place à la table qui ne semblait pas des plus propres, mais ne fit pas de commentaire. Lorsqu’on vint leur porter la carte des menus, elle se pencha un peu pour y jeter un coup d’œil. Catharina abandonna bien rapidement, n’y voyant qu’un tas de lettres mélangées qui ne lui disaient rien.

« Je… » Elle parut incertaine, se demanda si c’était bonne idée de commander de l’eau. La norvégienne eut un geste de main évasif « Le même que vous, elske. » Elle esquissa ensuite un sourire, pas du tout assurée et marmonna le même genre de « Per favore… » que Jean, d’une manière plus hasardeuse, cela dit. En femme, elle se pencha vers son époux et lui glissa « Êtes-vous habitué à ce genre d’endroits ? » D’un côté, elle espérait un oui, pour se rassurer, pour se dire que Jean savait pertinemment ce qu’il faisait, mais d’une autre part, imaginer que son cher et tendre puisse trainer dans des restaurent aussi… Angoissants. Et si un italien trop pauvre et frustré décidait de s’en prendre au prince et à la princesse de Fréneuse pour leur voler de possibles préciosités ? Les femmes se faisaient vraiment toutes sortes d’idées.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 12 Mar - 4:31


A force de signes, de gesticulations et de sourires idiots, le serveur dut comprendre qu'il s'agissait de présenter à ces touristes une pizza et du marsala ... Il promit quelque chose, à force de mots et de courbettes, et les jeunes mariés se retrouvèrent seuls quelques instants ... Jean hésita à répondre à la question de son épouse. Un époux modèle eût balayé l'interrogation d'un geste de la main ... mais il n'aurait point traîné sa femme dans une gargotte pour goûter les plats locaux non plus. Peut-être que de le savoir familier de ce genre d'endroits serait à même de la rassurer... ? ... qui sait ?

- Eh bien ... Je n'y passe point ma vie, mais ce ne sont pas des endroits qui me sont inconnus. J'y ai beaucoup traîné autrefois, et c'est même là que ... - il désigna sa canne d'un geste - ... vous savez. J'en porterai la marque toute ma vie, quand bien même ce serait une expérience que j'aimerais oublier ...

Bien que le serveur ne pût sans doute les comprendre, il se tut tandis qu'on leur apportait la fameuse pizza : une sorte de pain tout plat, très fin, frotté de tomate et sur lequel quelques lambeaux de charcuterie et des champignons se battaient en duel. Elle était prédécoupée et fut servie ... sans couverts.

- A la bonne heure ! Souhaitez-vous que je réclame une fourchette et un couteau, Catharina ? Je ne vous promets pas d'y arriver, mais je vous promets qu'on nous amènera quelque chose tout de même ... En tout cas, je vous pardonnerais de manger avec les mains, c'est bien une sorte de pain cuisiné après tout ... Bon appétit, ma chère ?


Et, attrapant une part, il goûta d'un air curieux. C'était simple, léger, mais pas si mal ! Puis une idée bien saugrenue lui traversa l'esprit et, reposant la part et avalant un peu de marsala, il se surprit à dire :

- C'est toujours très étrange, ma chère, de vous entendre m'appeler elske. J'ai à chaque fois l'impression que vous vous adressez à ce petit allemand que nous avons croisé plusieurs fois dans le monde... J'ai cru voir que vous ne l'aimez guère... est-il arrogant, n'est-ce pas !

Drôle d'expérience tout de même, que cette virée improvisée !
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 16 Mar - 14:45

Catharina écouta attentivement la réponse de son époux. Il avait perdu l’usage de sa jambe dans un endroit comme celui-ci mais il continuait d’y aller. Elle baissa le regard sur la table, sur ses mains gantés puis les releva à nouveau. Elle se rassura en se disant que l’accident qu’avait vécu Jean était peut-être le seul, qu’ils ne risqueraient pas de se faire cambrioler par un italien trop pauvre et trop méchant. À moins qu’effrayer sa petite femme… ?

Le curieux plat arriva. Le serveur déposa le tout sur la table et la norvégienne observa le tout de manière suspicieuse. Mais qu’était-ce donc cela ? Sans couvert, qui plus est ! Catharina eut un mouvement de recul et interrogea Jean du regard. Cet homme avait des gouts tous particuliers… Et c’était en partie pour cela qu’elle l’appréciait, sûrement. L’épouse mit un temps à répondre, ne sachant pas si elle devait quémander une fourchette ainsi qu’un couteau ou bien si elle tentait l’incroyable aventure qu’était de manger avec les doigts. Hansel et longtemps Honey préféraient avaler leur nourriture de cette manière très sale. « Hm… » Elle prit une inspiration et entreprit de se déganter. « Si vous me promettez de ne pas l’ébruiter, je mangerai comme vous le faites. » Si cela parvenait jusqu’aux oreilles de Marie-Gilbert, Catharina ne donnait pas cher de sa peau !

Elle rangea ses gants et approcha ses longs doigts blancs d’un part de pizza. Hésitante, elle toucha d’abord la nourriture du bout du doigt, puis de deux et tenta d’attraper un morceau en y touchant le moins possible. Tâche difficile, fallait-il le préciser ? « Je ne l’aime pas du tout. » Elle fronça les sourcils et s’aida d’un doigt de plus pour se saisir de la pizza. « Je peux aussi vous appeler kjærlighet, hjertet… » Catharina s’arrêta, et sourit. Des surnoms affectueux, elle en avait des tonnes ! Usés et réutilisés, certes, mais auxquels elle tenait. « Sachez que je ne pense nullement à ce petit idiot lorsque je vous appelle elkse. » Puis, elle se lança. Se penchant avec un peu moins d’élégance vers sa pizza qu’elle approcha rapidement pour y prendre une bouchée. Voila, c’était fait. La princesse de Fréneuse venait de manger avec ses mains.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 19 Mar - 3:48

"Ma chère, je vous promets tout ce que vous voudrez !"

Le spectacle, à coup sûr, en valait la chandelle. Jean regarda la jeune femme se déganter avec précaution et tenter de saisir le morceau avec une prudence qui friserait le ridicule ... si elle n'était pas aussi attendrissante, à sa manière. Jean riait doucement en la voyant se débrouiller. Il croqua lui-même dans sa part, l'engloutit presque - le plat était fort léger - commentant d'un murmure : "C'est pas si mal, ce machin..." Mais il se désintéressa bien vite de son bout de pizza, car ce que racontait sa femme était décidément intéressant - et il n'aurait jamais cru pouvoir dire cela un jour ! Il tenta de répéter les mots qu'elle avait prononcés, songeur :

- Kejarliguètte, Herjeurtètte ... Et qu'est-ce que cela signifie, Catharina ? Si ça se trouve, vous me surnommez "idiot" ou même ... - il jeta un oeil à sa part de pizza - "champignon" sans que je le sache ... -Un temps - - ... même si je dois avouer que ce serait assez drôle.

Et puis il songea au jeune von Herzfänger.

- Il ne sait pas se tenir dans le monde, M. Hasard a encore du travail pour le rendre fréquentable... Mais je ne crois pas que vous l'ayez beaucoup croisé ... Qu'est-ce que vous déplaît chez lui ?

Il semble craindre, cependant, de sembler soupçonneux, auprès d'une femme qu'on avait déjà trop accusée de part et d'autre. Il enchaîna donc bien vite :

- Simple curiosité ! Alors, cela vous plaît ? Cela doit vous changer, de manger ainsi ... - et il s'empressa d'ajouter - Cela me change également, croyez-moi ... !

Si l'on excepte les sandwiches au vinaigre du Quartier Latin, s'entend.

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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mer 20 Mar - 14:24

Les rires de son si compatissant époux ne manquèrent pas de se faufiler jusqu’aux oreilles de Catharina. Tout de suite, elle le darda avec ses grands yeux bleus, l’obligeant sans le dire à ne point émettre de commentaire. Elle plissa le nez et lui fit une grimace, peu sérieuse. « Ne vous moquez pas ! J’ai l’impression de faire ce que j’interdis à mes enfants… » Et elle ajouta, au passage, un doigt de plus pour maintenir en équilibre la pointe qu’elle peinait à porter à ses lèvres.

Lorsque Jean tenta de répéter, en les massacrant bien sûr, les jolis surnoms que lui donnait Catharina, celle-ci sourit. Elle vint pour croquer sa part de pizza mais l’échappa bien rapidement aux paroles de son mari. « Parce que nous savons tous les deux que vous partagez quelques ressemblances avec les champignons… » Elle toucha du bout du doigt sa pizza et la remit à l’endroit avant de la reprendre. L’épouse s’adoucit, parut presque timide. « Hm… Ce ne sont pas des insultes, en vérité, loin de là… » Catharina s’attaqua à sa nourriture avant de lui répondre. « Ce sont des surnoms affectueux. Un peu comme lorsque vous m’appelle ‘ma chère’. »

La jeune femme n’oserait répondre à Jean que tout lui déplaisait chez Elke. Ce gamin le dérangeait, tout simplement. Catharina appréciait rarement ceux qu’elle ne connaissait pas, alors ceux qui en plus donnaient une mauvaise impression… Il fallait l’avouer –elle en était consciente, elle l’avait jugé bien rapidement. Jean prit la bonne décision de passer à autre chose et s’attarda plutôt sur le repas. Elle acquiesça, c’était déjà plus ou moins habituée à la situation. Le mal avait déjà été fait, Catharina était déjà bien ridicule, alors à quoi bon s’apitoyer sur son sort ? « Cela me plait, oui. »

Elle se redressa, reprit une pose plus élégante et respectable. Maintenant, elle connaissait bien la technique quant à manger avec ses doigts ! Distraite, elle ajouta « Je savais qu’en vous épousant, que vous me confronteriez à toutes sortes de choses incongrus et cocasses comme celles-là. »
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 22 Mar - 2:38

Faire ce que l'on interdisait aux enfants, c'était bien là tout le sel de la chose ! Les adultes n'étaient-ils pas, au fond, des enfants devenus - malins - hypocrites... ? Jean contemplait, visiblement intéressé, son épouse qui ne savait se dépêtrer de sa part de pizza. Goguenard, il proposa même : "Un peu de marsala peut-être ?" dans le seul but de la déconcentrer. Cependant, la maladresse de sa femme n'empira pas - sans doute parce qu'elle ne pouvait pas empirer.

« Parce que nous savons tous les deux que vous partagez quelques ressemblances avec les champignons… »

- Je suis coriace, je m'épanouis quand il pleut et je prolifère vite, c'est bien ça ... ? releva-t-il avec un air bizarre. J'aurais tout lieu de préférer un autre comparant, vous ne croyez pas ?

Étrangement, il ne releva pas ce que répondit son épouse. Mais il était bien surpris de voir cette femme qu'il avait toujours vue comme un monument d'indifférence lui affubler des surnoms affectueux. Sans pouvoir se l'expliquer - et peut-être avait-il tort - il n'avait pas l'impression que c'était tout à fait comme lorsqu'il l’appelait "ma chère" : il y avait des les surnoms qu'il donnait à Catharina une relative douceur, mais c'était aussi un confort de langage, dans lequel il s'installait presque sans y penser. Le fait qu'elle ait recours à sa langue natale lui semblait déjà plus profond ... au point, presque, de lui faire un peu peur. Bien sûr, les célibataires raillaient le ramollissement bêta des époux, mais ... et si le risque était réel ? Jean avait l'attendrissement facile auprès des femmes de passage, avec lesquelles il pouvait se montrer doux sains crainte. Elles disparaissaient bien vite, et il ne se livrait qu'à des entités de passage, qui le côtoyaient trop peu de temps pour le deviner. Mais une épouse, c'était une autre histoire... !

« Je savais qu’en vous épousant, que vous me confronteriez à toutes sortes de choses incongrus et cocasses comme celles-là. »

Jean sursauta presque :

- Vraiment ?

Oh, le mari lambda n'eût sans doute pas amené sa petite femme dans un restaurant populaire, tout cela pour satisfaire à sa curiosité de goûter une pizza, certes. Mais on était en terre étrangère, loin de tous les regards. S'il était des conventions qu'il ne fallait pas révéler comme telles aux yeux des femmes, une telle aventure était encore gentillette, non... ? Il songea à la rassurer, à lui assurer qu'il ne jouait avec le feu que tant qu'ils étaient tous deux trop loin pour se brûler le bout des doigts. La réputation de Madame de Fréneuse devrait rester sans tâche, c'était bien dit, et une telle excursion demeurerait de l'ordre de l'exception. Mais il lui vint une idée étrange ...

- Et cela vous dérange ? répliqua-t-il, simplement.

Jean était du genre, enfant, à briser les petits jouets mécaniques, par curiosité, avant de les rafistoler avec trois bouts de ficelle et de la colle - ce qui ne marchait jamais. Adulte, il semblait toujours espérer que ce peu de ficelle et de colle suffisait, pour réparer le cœur des femmes.


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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Dim 24 Mar - 14:21

Elle eut une mine amusée face à cette histoire de champignon. La jeune épouse n’ajouta pas de commentaire, se contentant de fixer la pizza qui continuait de lui résister. Catharina posa sa part un temps et prit quelques secondes pour réfléchir à une nouvelle stratégie. Attaquer l’ennemi de front semblait beaucoup trop difficile, surtout lorsque celui-ci était accompagné de son adjuvant, Jean de Fréneuse. Elle décida que, pour le moment, une trêve était une bonne idée et laissa son époux manger pour elle.

« Vraiment. »

Elle se demanda en quoi ses paroles étaient surprenantes. Jean avait épousé une mère divorcée, pouvait-on faire plus incongru et cocasse que cela ? Catharina posa ses mains sur les tables et joignit ses doigts ensemble, observant l’homme avaler son repas. Elle ne c’était jamais vraiment demandé si tout cela la dérangeait. À vrai dire, elle se reléguait complètement à son époux pour ce genre de choses : S’il le faisait, s’il osait l’entrainer là-dedans, c’était avec la certitude que celui ne nuirait pas à la réputation de sa femme. Catharina ne pouvait pas nier qu’elle préférait se perdre dans un café populaire italien plutôt que d’affronter une horde de mondains avides de potins en pleine soirée huppée.

« Je sais que cela devrait me déranger. »

Elle dénoua les doigts et attrapa une nouvelle part de pizza et la porta rapidement jusqu’à ses lèvres avant que celle-ci n’ait l’affront de se laisser échapper.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 12 Avr - 3:49

Fichtre, elle maîtrisait l'art de l'esquive, la diablesse ! Jean répliqua tout aussitôt, d'un air faussement grondeur :

- Ça n'est pas une réponse, cela, Madame de Fréneuse.

Et, dispersé comme à son habitude, il appela le serveur, baragouina dans un français mêlé de deux-trois mots italiens attrapés dans le guide Joanne pour lui faire comprendre qu'il voulait de la citronnade - encore une de ses fantaisies qui ne durent qu'un instant pour disparaître bien vite. Il reprit ensuite, tandis que le serveur allait chercher la boisson demandée :

- Mais le jeu est biaisé, vous savez que vous n'avez pas à vous inquiéter, n'est-ce pas... ? Vous avez déjà eu l'occasion de voir que si je plaisante volontiers sur ce qui est de peu d'importance, je ne puis m'empêcher d'être un homme sérieusement ennuyeux pour tout ce qui compte... C'est sans doute ma petite fatalité personnelle.

Et il avait beau dire cela sur le ton de la plaisanterie, c'était une des fois où il était un peu lucide envers lui-même. Il se laissa servir un verre de citronnade, dans un verre pas très propre qu'il renonça à regarder de trop près, puis demanda à sa "p'tite femme" :

- Avez-vous terminé, ma chère ? Souhaitez-vous que nous partions ?

Le soleil radieux au dehors n'était pas très engageant mais après tout, ils pourraient aller se terrer à l'hôtel et attendre la fraîcheur du soir... ? Et alors qu'il faisait déjà signe au serveur, qui semblait de plus en plus agacé, il ajouta, en interrogeant Catharina du regard :

- Et vous, votre "p'tite fatalité personnelle"... Vous me diriez ce que c'est ?

Jean demandait cela comme on vous demanderait votre couleur préférée ou votre livre favori...
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Sam 13 Avr - 3:31

Catharina battit des paupières, confirmant qu’en effet, il ne s’agissait pas de vraie réponse. Elle baissa les yeux au retour du désagréable serveur mais ne pu retenir un rictus lorsque Jean marmonna son italien maladroit. Oh ! Elle n’était pas non plus un exemple en maitrise de langue, mais c’était tout de même drôle. La jeune mère –cruellement arrachée à ses enfants pour un voyage de noce, rappelons-le- décida de reprendre la bataille contre son morceau de pizza. Un peu plus habituée à cette technique de dégustation barbare, elle réussit sans trop se planter à prendre une bouchée.

« Le problème, meg… kjærlighet, est que j’ignore ce qui compte vraiment à vos yeux. »

Il était difficile à suivre, malgré toutes ces plaisanteries. Il semblait avoir à cœur la perpétuité le nom de sa famille, mais n’épousait pas la jeune fille qu’avaient choisie ses parents pour lui. Catharina le trouvait curieux, mais amusant. Elle demeurait passive face aux choix de Jean, qu’ils soient fait avec un sérieux ennuyeux ou pas. Elle croqua à nouveau dans la part de pizza, mâcha lentement et plissa le nez face au verre marqué d’empreintes et de gras. Elle reporta son attention sur Jean, histoire de ne pas supporter davantage cette vaisselle peu propre. Catharina acheva sa part et se redressa. Elle ne voulait pas affronter le soleil et la chaleur mais…

« J’ai terminé et je crois que nous devrions partir, avant que cet homme… »

…Nous jette dehors sans aucun ménagement. Catharina passa une main dans ses cheveux pour y déplacer une mèche mais s’immobilisa. Sa petite fatalité personnelle à elle ? Froncement de sourcils, air troublé. Un doux sourire, peut-être un peu triste, se dessina lentement sur ses lèvres.

« Ah, mais… Vous la savez déjà… »

Catharina n’abusait jamais assez de l’esquive mais, il fallait le dire, sa dite petite fatalité n’était pas des plus invisibles. Oh ! Elle en avait clairement plusieurs, mais l’attention et l’affection avec lesquelles elle couvait et recouvrait ses enfants était la plus flagrante. L’attachement qu’elle leur portait, l’idée, pourtant très idiote, qu’elle n’était rien sans eux, était forte.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 16 Avr - 3:25

« Le problème, meg… kjærlighet, est que j’ignore ce qui compte vraiment à vos yeux. »

Le savait-il lui-même...? Jean dégusta à son tour une part de pizza - la dernière. Il était songeur... Le silence plana un instant, sans qu'il sentît le besoin de le meubler outre mesure... Madame de Fréneuse énonça enfin des paroles pleines de sagesse.

- Vous avez raison, ma chère. Je vais payer cet homme, et nous reprendrons notre périple.

Il sortit alors son plus beau charabia franco-italien pour héler le patron et le payer un peu plus qu'il ne fallait... alors même qu'on pouvait soupçonner notre malhonnête bonhomme d'avoir un peu grossi l'addition - et il n'y avait pas de mal, sans doute, à profiter ainsi de la naïveté des gens trop fortunés... Puis ils poussèrent la porte du petit restaurant qui était prêt à fermer ses portes, en ce début d'après-midi... sans que Jean prît la peine de relever la réponse de son épouse. Le soleil, dehors, dardait toujours ses rayons sur les places et les ruelles, que l'on désertait au fur et à mesure. Sans doute était-il temps de rentrer également...

- Souhaitez-vous que nous regagnions l'hôtel pour nous mettre au frais ?

Il lui proposa son bras et sans doute commencèrent-ils à cheminer ensemble. Jean reprit alors le fil de ses pensées et de la conversation. Sans transition aucune, sans indiquer qu'il était revenu à ce qu'ils disaient alors qu'ils étaient encore assis, à déguster un plat du pays, il demanda, à brûle-pourpoint :

- Et vous n'en avez point d'autres, ma chère ? Celle-là, je la connaissais avant de vous épouser ! Mais peut-être comptez-vous me surprendre tout de même avec celle-ci, par la suite... qui sait... ?

Cela dit, en avait-il mesuré l'ampleur, de cette fatalité là... ?
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 16 Avr - 5:14

Elle eut un mouvement de recul au moment de sortir dehors, le soleil l’assomma. Elle se protégea d’une main en s’agitant. Quel temps pénible, en Italie ! Catharina reprit ses esprits et se mit rapidement à l’abri sous son ombrelle qui était, pour elle, plus qu’un accessoire mais un élément indispensable. Elle glissa sous le bras de Jean ses serres d’épouse… Avec douceur, évidemment !

« Je le souhaite mais je m’en voudrais de vous retenir si vous aimeriez visiter autre chose. »

Catharina était conciliante, elle le suivra où qu’il aille, même si elle ne faisait une insolation. Elle avait la malheureuse habitude de se négliger au profil des autres… Et c’était sans doute très connu. Cette attitude tout à fait désobligeante avait fait son apparition… À la mort de sa mère ? Ou lorsqu’elle avait épousé le Vicomte Ainsworth ? Pour sûr elle ne s’était pas arrêtée en se mariant à Jean.

« D’autres ? Vous en voulez d’autres ? »

Elle s’étonna, le regarda avec curiosité. N’était-ce pas suffisant ? À la sortie d’une rue/ruelle, elle se faufila derrière lui pour changer de bras, prenant ainsi le chemin qui risquait le moins de la confronter à la civilisation. Catharina n’avait rien contre les italiens, elle agissait toujours ainsi, même dans les rues de Paris. C’était plus fort qu’elle, c’était… une fatalité.

« Croyez-moi, Jean, cette fatalité me tuera. »

L’épouse n’avait pas prononcé ces mots sur un ton négatif ou mauvais, il y avait même une pointe d’humour qui pouvait laisser croire qu’elle disait cela avec humour et légèreté. Il n’en était rien. Il n’en était rien. Ses paroles étaient pesées, et elles pesaient lourds. Alors qu’ils regagnaient les endroits les plus fréquentés, un marchand de fleurs attira l’œil affaibli de Catharina. Un sourire se dessina sur ses lèvres et elle suivit les tâchées colorées du regard.

Qui aurait cru que Jean perdrait son épouse au profil de quelque chose qui ne durait à peine plus d’une semaine ? La jeune mère quitta, distraite, le bras de l’homme et traça jusqu’au marchand. Elle observa les fleurs rapidement et se retourna, s’attendant à voir Jean à deux pas d’elle. Déboussolée par la distance qu’elle avait mise entre elle et lui, elle chancela un peu et vint rattraper son bras pour le trainer près du fleuriste. Rassurée, elle continua à regarder les différentes sortes de fleurs, ses gouts penchant plutôt vers les rouges, les anlces ne semblant pas trop jolies.

« Oh, regardez les pieds d’alouettes*, ne sont-elles pas magnifique ? »


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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Mar 16 Avr - 13:40

Visiter autre chose ? Dieu merci, il avait déjà donné ! Et par cette chaleur... Jean ne sut même apprécier l'attention de cette femme si joliment docile, prête à tout pour lui plaire : sans se rendre compte de quoi que ce soit, il se dit simplement que l’entendement de son épouse avait un peu souffert sous le double coup de la chaleur et du marsala.

- Êtes-vous donc folle ? Rentrons bien vite avant de fondre sur place ! Nous visiterons... plus tard, n'est-ce pas ?

Si tant est qu'il ait réellement envie de visiter quoi que ce soit. Oh pour sûr, l'Italie était belle, admirable et raffinée... Mais Jean avait précisément un problème avec ce qui était beau, admirable et raffiné : c'étaient ces choses-là qu'il reléguait volontiers au magasin des accessoires - soit disant parce qu'elles l'ennuyaient, mais plus véritablement parce qu'elles le mettaient réellement mal à l'aise, avec leurs idées trop grandes et leur beauté trop peu humaine. L'Italie était magnifique, certes... mais elle était faite d'anciens fantômes et de ruines, aussi. Lui, il aimait étreindre des principes à sa mesure, des petites choses simples et vivantes... mais que l'on aime.

Tout en cheminant, Madame répondit à la question indiscrète de son mari. Celui-ci eut un sourire gêné face à sa plaisanterie : ne devait-on point craindre les jours où Jean devenait grave et où Catharina se mettait à plaisanter... ? Assurément, cela annonçait quelque chose comme la fin du monde ou... un marchand de fleurs ?!

Jean ne comprit pas tout de suite où sa femme avait filé. Il la regarda un peu perplexe, et commença à la rejoindre lentement, presque aussi perdu qu'elle l'était, voilà quelques secondes, dans les ruelles un peu trop populeuses... Quand ils furent arrivés tous deux devant l'étal, il contempla les fleurs, d'un air un peu fatigué.

- Les... Les pieds d'alouette, vous dites ? Ce sont lesquelles ?

Jean de Fréneuse était bon tireur, bon cavalier, il s'y connaissait en vins, en cigarettes et cigares et même en... mais il avait des notions assez basiques du monde floral. Juste ce qu'il fallait pour survivre dans le monde, pas davantage. Cependant, fort d'une certaine expérience auprès des femmes (que voulez-vous ?), il vit les yeux de son épouse briller d'une lueur bien connue... Les dames ne réclamaient jamais, elles voulaient juste assez fort pour que leur désir remplisse toute l'atmosphère, jusqu'à vous étouffer.

- Puisqu'elles vous plaisent tant, nous devrions les ramener à l'hôtel, pour notre chambre,, glissa donc Jean de Fréneuse à sa femme.

C'était après tout une fatalité d'un autre genre, et il fallait bien s'y plier. Et sans doute cela l'attendrissait-il un peu, tout de même.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 19 Avr - 14:01

Plus que les couteux bijoux et les robes luxueuses, Catharina aimait les fleurs. Passer d’une curieuse ruelle pour terminer devant un marchand n’était donc pas pour lui déplaire. La jeune mère regardait les divers pots dans lesquels étaient entreposées les fleurs par sorte, quelques bouquets étaient déjà prêts –pour les plus pressés et les plus indécis, sans doute. Elle regardait les étalages avec entrain, comme s’il s’agissait d’un de ses enfants.

Elle sourit. « Ce sont celles-là. » Son doigt dirigea le regard de son mari. Quelques pas sur le côté. « Et les iris ! » Catharina était l’une de ses femmes qui ne demandait jamais directement qu’on lui achète quelque chose, et Jean, l’un de ses hommes qui comprenaient tout ça. Yeux pétillants, se promenant vers un autre étal, elle parut –presque excessivement- réjouie lorsqu’il proposa d’en décorer leur chambre. « Vraiment ? » Elle s’animait, comme à chaque fois que l’on touchait une chose précieuse à son cœur.

Il s’était écoulés des semaines depuis le dernier bouquet de Jean. Il aurait pu laisser son épouse errer entre les étalages sans ne jamais lui proposer d’en acheter, ce qu’il n’avait pas fait. Catharina revint vers lui, posa un baiser délicat sur sa pommette et trottina jusqu’au fleuriste. La demande fut proférée en français, aucun résultat. Elle fut répétée, par réflexe, en norvégien, rien. La norvégienne gesticula, pointa les fleurs désirées. Des agapanthes, des lys blancs, des chrysanthèmes, des œillets et d’autres dans des teintes aussi pastel que les premières Il fallait en profiter un peu, quand même ! Qui sait quand est-ce qu’on lui offrira des fleurs à nouveau ?

Soudain, elle s’arrêta. « Hjertet, hjertet ! » Catharina prit sa main et amena Jean plus près. « Il y a des hemerocallis rouges. » Parce qu’il y avait plus d’une fleur rouge, elle pointa gentiment les concernées. « Elles ne vont pas très bien avec le bouquet… mais je les aime tant, pouvons-nous en prendre également ? Je vous en prie. » Était-ce nécessaire de dire qu’elle le couvait du regard avec beaucoup d’affection, là tout de suite ?
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 26 Avr - 23:06

Les femmes étaient comme les enfants : on disait "oui" à quelque chose, et soudain, il fallait aussi ceci, cela, et cette autre chose encore... ! Catharina semblait décidée à acheter tout le magasin et Jean attendait, mi-attendri, mi-hébété, devant ces errements de femme. Soudain, son épouse s'arrêta et l'amena devant des fleurs rouges.

« Elles ne vont pas très bien avec le bouquet… mais je les aime tant, pouvons-nous en prendre également ? Je vous en prie. »

- Vous savez, ce ne sont que des hemo... que des fleurs rouges. Il y en aura aussi à Paris, ne pourront-elles pas trouver place dans le prochain bou... ?

Mauvais idée. C'était la raison qui parlait, et on ne pouvait pas vraiment faire avaler des thèses rationnelles à une jeune mariée dans un magasin de fleurs. Avec la résignation du martyre, Jean jeta un regard contrit audit bouquet.

- Sinon... Criez au scandale si je dis une bêtise, je ne suis pas connaisseur... Mais si vous les mélangiez aux autres ? Faites un bouquet selon votre cœur et non selon les règles de composition, si cela vous amuse. Comme un enfant qui cueille des fleurs des champs parce qu'elles sont jolies, sans se soucier de leur couleur. C'est criard et pas trop joli, c'est loin d'être chic, mais qu'importe, au fond ! De toute façon...- Il embrassa la rue du regard. - Vous n'aurez point ici de vieille bourgeoise revêche pour critiquer votre bouquet.

Et il sortit son porte-monnaie, fier de sa réponse. Ah c'est qu'on se préoccupait de choses importantes, quand on était un de Fréneuse... !

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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Lun 29 Avr - 14:53

« …Selon mon cœur et non selon les règles ? Hm… »

L’idée lui plaisait, c’était indéniable. Catharina inspira profondément, comme si elle avait retenue son souffle jusqu’à la fin du petit discours de Jean. Ah ! Qu’est-ce que ça lui faisait un poids de moins ! Qu’est-ce qu’elle aimait ça ! Elle n’avait point à laisser derrière les jolies hémérocalles rouges. La jeune mère fit signe au fleuriste de les ajouter au bouquet, elle insista sous son regard indécis. Les fleurs n’étaient pas inséparables et si vraiment le rouge vif ne se mariait pas aux tons pastel, personne n’empêcherait Catharina de faire un second bouquet. Peut-être Jean. Mais qu’est-ce que Jean en avait à faire, sérieusement ? Portant une main à sa poitrine et se tournant vers son mari, elle ajouta :

« Et puis le bouquet devrait me plaire à moi, avant de plaire aux vieilles bourgeoises, n’est-ce pas ? »

Elle sourit avec un brin de fierté et attrapa le bouquet noué en gerbe, bien protégé du soleil. Elle ne s’éloigna pas très loin, ne désirant pas affronter seule les rues italiennes et serait doucement ses fleurs contre elle. Vivre dans un endroit où il n’y avait pas de jardin ou de verrière, ça lui manquait franchement. Lorsque Jean eut payé, Catharina voulut reprendre sa main. Malheureusement, les siennes étaient prises par le bouquet et son ombrelle. Elle plissa les yeux, jongla un peu pour tout envoyer sur le même bras et glissa finalement sa main dans celle de son époux.

« Pardonnez-moi, je ne me laisserai plus distraire. Pressons-nous, il serait fâcheux que je m’effondre sur le chemin de l’hôtel. »

Elle ne sous-estimait pas la force de Jean, mais Catharina doutait qu’il puisse la porter sur son épaule jusqu’à leur chambre.
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MessageSujet: Re: « Les Italiens sont des Français de bonne humeur. »   Ven 3 Mai - 3:48

- Très fâcheux, en effet. Hâtons-nous, ma chère, hâtons-nous.

Et c'est d'un pas soutenu qu'ils regagnèrent bientôt le grand hôtel de Florence, et ses colonnades et ses marbrures, et ses grandes jalousies et ses auvents. Ils montèrent aussitôt dans la chambre où Jean fit monter un grand vase au col large, où Madame de Fréneuse pourrait s'amuser à disposer ses fleurs. Lui-même, une fois le valet de chambre parti, s'assit sur le lit et commença même à s'y affaler. Les fenêtres entrouvertes laissaient passer le jour, filtré par les persiennes. Il faisait fort chaud tout de même...

- Que pensez-vous de ce voyage, Catharina ? Que répondrons-nous aux parisiens qui nous accueilleront, à notre retour ?

Et il saisit un jeu de carte qui se trouvait dans le tiroir de la table de nuit et commença à jouer avec, distraitement, du bout des doigts. S'il eût été une femme, il eût commencé une patience.

- Je trouve que l'Italie, c'est assez surfait... qu'en dites-vous ?

Et tandis qu'il poussait un léger soupir, s'affalant davantage sur le lit, une des cartes lui glissa des mains et tomba aux pieds de son épouse.
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