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 Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]

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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Dim 24 Juin - 16:26

Pour montrer ma dévotion et mon amour pour le créateur, je me rendis aujourd’hui à l’église de Saint-Étienne-du-Mont. Un petit tour dans ce bâtiment ne pourrait point me faire de mal, vu certaines rumeurs très faussées qui pouvaient circuler à mon sujet. D’une part, je me sentais obligée de venir mais, d’une autre, je trouvais la visite de ce lieu saint très apaisante. Cette église avait un charme certain, ces façades blanches et ses toitures bleues claires étaient particulièrement jolies. Parfois, je m’y rendais seule, mais souvent, avec mes enfants, les initiant à quelques histoires du grand livre sacré, ou pour les habituer à fréquenter un lieu de culte. Cependant, jamais mon mari m’y accompagnait. Peut être y allait-il en cachette, mais mes visites à l’église se faisaient régulièrement lorsque ce dernier était absent. Je tuai les heures d’ennuis ou de liberté ici.

Je passai sous le martyre de Saint Étienne et m’avançai dans l’allée. La matinée invitait peu de visiteurs et j’étais heureuse de constater que je ne serai pas confrontée à d’autres paires d’yeux inconnus. Seule, je me sentais presqu’écrasée sous l’imposant bâtiment. Je levai les yeux vers les airs, détaillai à peine les croisées d’ogives mais cela ne privait en rien la beauté à ce lieu saint.

Je gagnai une allée et m’y assis, posant mes coudes sur le dossier en avant de moi. Levant mes doigts croisés en poing, j’y apposai mon front et énumérai quelques silencieuses prières. Cela semblait vain –c’était vain, d’ailleurs- mais une petite touche religieuse à toutes ces catholiques pensées ne pouvaient faire que du bien. Qu’était-ce une santé pour les enfants et une longue vie avec son époux, à côté des merveilles du monde que notre Seigneur tout puissant avait créées ? Pas grand-chose. Serrant les doigts, je priai d’avantage pour mon petit, mon bébé, qui avait la vie dure. Non pas qu’on le traitait mal, mais la vie avait fait de lui un être plus faible et fragile, et je n’aimais pas ça. J’étais une mauvaise catholique : Je m’opposais aux décisions que Dieu avait prises pour moi. Sale impie remplie d’un égoïsme maternel.

je fus brusquement tirée de mes songes, lorsque j’entendis des claquements bottes près de moi. Mon cœur fit un tour et rompis ma position si sereine dans un élan de surprise. Mes grands yeux se portèrent sur la cause de mon sursaut. J’étais bouche bée, une main sur le cœur, mais me calmai bien vite en remarquant que j’étais en présence de bien plus mondaine que moi. Je soufflai un peu et baissai les yeux, gênée. « Pardonnez-moi, Madame… » Délicate voix brisée rehaussée d’un accent ridicule, mais pas tout à fait anglais. « Vous m’avez surprise, je… J’espère ne pas vous avoir contrariée… »
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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Mar 26 Juin - 0:04

Ce matin-là, sa voisine, une de ces vieilles bourgeoises veuves devenues totalement folle par la solitude, était arrivée chez elle totalement décoiffée et en robe de chambre. Affolée, elle criait à Aliénor qui lui avait ouvert la porte que son cher ami Henri avait été retrouvé mort dans son lit le matin-même. Avec tout ce vacarme, La Forestière s’était décidé à aller elle-même vers l’entrée voir la pauvre femme qui osait la dérangeait si tôt. Tout en sanglotant et en insultant le ciel, elle gigotait dans tous les sens, enfin, encore plus que d’habitude, en demandant au Seigneur pourquoi lui avait-Il prit son cher Henri, son seul ami. Anne-Marie n’était habituellement pas âme charitable, ce Monsieur Henri était bien vieux et il semblait que sa mort avait été assez paisible après tout, mais comme c’était un bien gentil et agréable monsieur et que la vieille folle devant sa porte commençait à sérieusement l’agacée à venir crier sa peine chez elle, elle lui proposa d’arranger les funérailles. Elle irait voir le curé aujourd’hui même pour préparer la messe. La Forestière était plutôt satisfaite de cet acte de générosité : la vieille femme avait enfin cesser de crier et sa bonne action ne pouvait avoir que des retours positifs sur sa réputation.
C’est ainsi qu’elle vêtit des vêtements sobres mais non moins luxueux, et accompagnée d’Aliénor, elle se rendit à l’église de Saint-Étienne-du-Mont. Elle aimait beaucoup ce lieu, paisible et sacré comme il convenait. Et puis, il était bien fréquenté, elle aimait s’y montré le dimanche en bonne épouse et mère de famille.

Elle pénétra dans le bâtiment avec un air solennel. Aliénor la suivait en sautillant tant ses petites jambes avaient du mal à rattraper les grands pas de la Forestière. Tandis que la salonnière faisait une génuflexion en face l’autel puis continuait vers le fond de l’église, sa jeune dame de compagnie se plaça au fond de l’église et s’assit sur un des banc. D’un pas rapide, la Forestière traversa l’église. Elle était bien vide ce matin, seule une femme à la chevelure dorée était installée aux premiers rangs. Aucun signe du prêtre. Elle allait devoir patienter… Alors qu’elle apssait devant la jeune femme blonde qui priait silencieusement, cette dernière se retourna en sursautant.
Anne-Marie dévisagea la jeune femme avec un air sévère. Il semblait qu’elle ne l’avait jamais croisé, ou en tout cas, elle ne lui avait pas sauté aux yeux. La jeune femme s’empressa de s’excuser d’un air gêné. La Forestière sourit, un de ses sourires mi-moqueur, mi-agacé. Pourquoi s’excusait-elle ? L’air espiègle, elle répondit :

« Oh, mais oui ! Je suis infiniment contrariée de voir que cette église sert à d’autres gens que moi-même ! »

Son ton était éminemment ironique mais son sourire avait disparu. Elle n’avait pas de temps à perdre. Elle balaya rapidement la pièce des yeux, vérifiant que le prêtre pour qui elle s’était déplacée n’était pas par hasard arrivé, puis reporta son regard vers la jeune femme. Sa dernière remarque aurait pu être très mal prise, remarqua-t-elle. Elle avait commencé sa journée par de la charité alors autant continuer. Après tout, elle ne savait pas combien de temps elle allait devoir attendre. Elle vint s’asseoir juste à côté de la femme et en chuchotant, annonça d’un ton plutôt neutre :

« Je plaisantais bien sûr... »

Continuant dans sa bonne lancée, elle ajouta :

« J’espère que ce n’est pas moi qui vous ai contrarié cette fois. »

Elle ponctua sa phrase par un sourire bref. Ce n’était pas tout à fait une excuse mais ça ferait l’affaire, se félicitait-elle intérieurement.
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MessageSujet: Re: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Mar 3 Juil - 10:13

La femme m’ayant fait sursauter n’était que plus imposante que moi. Grande et fière, de plus, elle était très jolie. Je baissai rapidement les yeux devant le ridicule de mes paroles. Bien sûr, l’église accueillait tout le monde… Je détournai la tête, mal à l’aise. J’avais percé le sarcasme dans sa voix, mais cela ne manqua pas de me rendre nerveuse. Lorsque la dame prit place à mes côtés, je tirai sur le tissu de ma robe pour le ramener vers moi.

Je la regardai lorsqu’elle confirma la plaisanterie et esquissai un petit sourire timide. Je me sentais bien maigre et égarée, sans mes petits bouts de choux avec moi. Peut-être me sentais-je le besoin de me montrer plus forte lorsqu’il était là ? Parce qu’autrement… Je me montrais aussi méfiante que craintive. Maintenant que la femme était assise, elle me paraissait beaucoup moins… effrayante. Pas qu’elle faisait peur, mais j’avais toujours eu le réflexe de m’écraser face à mieux que moi.

J’hochai négativement la tête. « …Pas du tout. » La sévérité des anglais me forçait à m’excuser pour ce que les français considéraient comme des broutilles, mais mon côté suédois m’empêchait de m’énerver pour lesdites broutilles françaises. Comme pour justifier mon comportement précédent, j’ajoutai d’une voix roulant les lettres « Mais ma réaction a été déplacée. » Je me posai contre le dossier du long banc. « On ne s’exclame pas de peur ainsi devant une dame… » Aussi spontanée l’exclamation a-t-elle pu être.

Mais je redressai la tête et sourit, dédramatisant mes mots. « À moins que cela soit une nouvelle mode en France. » Si mon accent trahissait mes origines, mes vêtements devaient sûrement montrer mon désintérêt pour les nouvelles tendances. N’était-ce pas totalement épuisant de courir les magasins pour avoir le truc à la mode ? D’ailleurs, j’attendais toujours que Madame Pentois m’envoie une lettre me reprochant mes tenues beaucoup trop anglaises.
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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Sam 14 Juil - 0:22

Le malaise de la femme à côté d’elle la faisait sourire. Ainsi était-elle si impressionnante, elle se sentit flattée de cette constatation. Elle regarda attentivement la dame remettre en place les plis de sa jupe avec nervosité et balbutier d’autres phrases sans grand intérêt mais qui reflétaient assez bien son état d’esprit. Et bien, la pauvre, pensa Anne-Marie, ce n’est pas de cette façon qu’elle se fera une place en société. D’ailleurs, plus elle la détaillait du regard, plus elle était convaincue que justement, elle ne fréquentait pas vraiment la société ! Et pourtant, à part sa tenue vestimentaire quelque peu sommaire, pour ne pas dire pire, tout présageait qu’elle venait d’une famille plutôt aisée. Une dame bien surprenant malgré tout. Et puis, son accent… elle était étrangère sans aucun doute. La Forestière tenta de savoir d’où elle pouvait bien venir mais, n’y parvint pas avec certitude, un pays scandinave peut-être.

Sa petite remarque sur les modes française fit sortir un petit rire bref de la bouche de la Forestière. Le commentaire en lui-même n’était pas drôle, pour ne pas dire complètement lamentable mais le fait qu’elle ose une plaisanterie après avoir presque eu une crise cardiaque en la voyant arriver dans l’église avait un côté un peu burlesque. Sa timidité cachait sûrement quelqu’un d’intéressant et de fort peu commun, voilà qui pouvait agrémenter son attente du prêtre qui pouvait être longue si ce dernier recevait déjà un de ces bourgeoises avec milles ragots ou autres histoires à se faire pardonner. Car il n’est pas simple de rester en état de grâce en tant que bourgeoise de nos jours, les tentations étaient bien trop nombreuses !

Voulant donc passer le temps mais aussi titiller un peu plus sa compagne, elle reprit :

« Je suis étonnée de ne jamais avoir croisé auparavant une personne aussi digne d’intérêt que vous, une personne capable d’une si grande gêne suivie d’un humour cinglant. »

Encore une fois, l’ironie de la Forestière avait frappé. Mais, il ne fallait pas se laisser assaillir par de mauvais sentiments en ce lieu sacré, se reprit-elle. Elle continua alors :

« Anne-Marie Forestier. Je ne le montre peut-être pas assez mais je suis enchantée de faire votre connaissance. »


Cette fois, elle lui fit un sourire sincère. Un peu de gentillesse de temps en temps ne pouvait faire de mal à personne. Mais vu qu’on était dans les présentations autant continuer sur une bonne lancée :

« Mais dites-moi, de quelles origines êtes-vous ? Il semble que ma connaissance en la matière ne soit pas suffisante pour déterminer avec exactitude l’endroit d’où vous venez. »

Il était aussi bien évident que la réponse ne passerait pas la connaissance de son nom et prénom. Peut-être avait-elle déjà croisé son mari et pourrait ainsi la lier à certaines personnes voire situé sa demeure dans Paris et aussi avoir la réponse de son intérêt quasi-inexistant en matière de mode.
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MessageSujet: Re: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Sam 21 Juil - 13:56

Je n’étais pas une femme du monde. Très peu sociable et ridiculement timide, on me voyait dans des endroits tels que… Nulle part. Je trouvais l’hypocrisie des mondaines trop dure à suivre, et celles-ci me trouvaient trop franches. Qui a dit qu’il fallait dire à une femme ce qu’elle voulait entendre, lorsqu’elle vous demandait si sa nouvelle robe lui allait bien, plutôt que la vérité ? Il fallait de tout pour faire un monde, me disais-je ne voyant le peu d’amies qu’il m’était permis de côtoyer. Ce monde devait être peuplé de personnes sociables et à l’aise en public, tout autant que de personnes gênée et pathétique, comme moi.

En compagnie de cette grande dame, j’ignorais si je devais détendre mes muscles crispés ou bien me préparer à déguerpir avant de me faire écraser sous une pluie de sarcasmes et de reproches. Je me tournai vers elle, et hochai la tête pour acquiescer. Anne-Marie… Forestier. Malgré l’air neutre qui volait sur mon visage, l’agitation en moi bouillonnait. Forestier, Forestier. Qui ne la connaissait pas ? –Enfin, c’était ce que me répétait Marie-Gilbert, parce que moi, je ne la connaissais pas- On me l’a vantée, cette Anne-Marie Forestier. On m’a dit qu’elle était merveilleuse et mondaine, et connue et toutes ces choses qui faisaient d’elle une femme ayant réussi dans la vie. Je ne démentais pas ces propos, ils étaient sûrement vrais. Aussi vrais que cette femme inspirait le respect et me donnait envie de m’enfoncer dans le banc.

« Catharina Ainworth, enchantée également… »

Je levai les yeux vers elle, esquissant également un sourire. Je demeurai discrète, introvertie. Je ne fus pas surprise par sa question : Mes origines. Cela fait presque trois ans que je suis en France, maintenant, et on me la demandait toujours. Tout en moi trahissait mes origines, perdaient ceux qui tentaient de me retracer sur une carte du monde. Ainsworth ? Anglais,British, à coup sûr ! J’avais même l’accent mais… On ne roulait pas ainsi nos R, en Angleterre, si ? Non. Parfois, on me confondait avec une allemande mais, ma voix trop douce montrait clairement que je ne pouvais pas venir de ce pays à la langue aussi guttural que l’Allemagne. C’est à peu près à cette étape-ci que les gens abandonnaient à trouver d’où je venais, préférant me le demander.

« …je viens de la Suède-Norvège, Madame. » Je fis une courte pause pour lui laisser le temps d’assimiler le nom. Pas qu’Anne-Marie semblait être un esprit lent –au contraire- mais venir de Sverige och Norge n’était pas quelque chose de courant. « C’est dans le nord, en Scandinavie. »
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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Ven 3 Aoû - 4:38

Catharina Ainworth… Anne-Marie eut beau fouiller dans sa mémoire mais ne se rappela pas d’une famille Ainsworth. Décidément, elle ne devait pas beaucoup sortir de chez elle et se faire remarquer et son homme devait être bien occupé car elle aurait très vite repéré un homme britannique. Elle eut alors une pensée pour son cher Cyrus.

Ainsi, venait-elle de la Suéde-Novège. Et bien, elle venait de bien loin. Elle fut si étonnée qu’elle ne fit pas attention au fait que Catharina se sentît obligée de préciser où se situait ce pays, car il va s’en dire que La Forestière le savait déjà. La question logique qui suivait cette réponse était de savoir pourquoi une femme suédoise viendrait en France et Anne-Marie ne se priverait pas la poser. Mais avant, elle ne put s’empêcher de la titiller un peu plus :

« Est-ce donc vos origines qui vous rendent si réservée, même les plus intimidés que j’ai rencontrés semblaient plus ouverts au monde. Vous qui venez de si loin, vous avez sûrement plein de choses à partager.»

Elle guetta sa réaction puis tournant le regard, elle posa la question attendue :

« Et donc, qu’est qu’une dame comme vous vient faire à Paris ? Ne me dites pas que c’est votre mari qui est venu pour débaucher jusque dans le Nord de la Scandinavie ! Je serais alors bien curieuse de savoir ce qu’il y faisait. »

Voilà, sur ce elle saurait sa situation et celle de son mari. Et, si sur ces deux phrases, elle n’avait rien de plus à raconter, alors son opinion de la femme serait à jamais fixée. Sans aucun intérêt, bonne continuation et adieu ! Elle aimait rencontrer de nouvelles personnes mais il ne fallait pas que ces dernières l’ennuient. Et ce simili de conversation perdait du peu d’intérêt qu’elle avait eu au départ. Peut-être devrait-elle songer à rabaisser un peu ses critères d’exigence car sans aucun doute passait-elle à côté de certains, finit-elle par se dire pensive.
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MessageSujet: Re: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Jeu 9 Aoû - 13:25

Il fallait de tout pour faire un monde et, face à des inconnus, j’étais la plus réservée des intimidés. Évidemment que la Suède-Norvège étaient remplies d’histoires bien différentes de ce que l’on pouvait entendre à Paris, et ces histoires, je pourrais en parler pendant des heures ! Heureusement, mon égocentrisme n’en était pas à la hauteur et je m’imaginais mal agresser cette grande Anne-Marie Forestier avec des déblatérations venues de loin. Néanmoins, je souris. Je pouvais me montrer plus ouverte, mais ma méfiance n’avait aucun égal face à une personne dont je n’étais pas proche. Peut être qu’un jour Anne-Marie sera mon amie, et que nous pourrons ainsi avoir une conversation plus mouvementée et pleine de rebondissements ! « …J’ai bien des choses à partager mais… Comme vous l’avez remarqué, je suis timide. »

Mon mari n’avait que très peu visiter la Suède-Norvège, le froid le répugnait. Il pouvait passer ses hivers à pester contre la neige, contre le vent et parfois la grêle, un vrai grognon. C’était pour ma part une source de bonheur tant la chaleur me tuait. Paris était d’ailleurs horrible durant ces étés, ce qui m’incitait davantage à m’enfermer chez moi. Mon époux –ou plutôt son père, à l’époque, celui-ci était toujours vivant- c’était rendu dans le nord pour une raison plus… professionnelle, à vrai dire. « Des chemins de fer, c’est ce qu’il faisait en Scandinavie. » Je levai les yeux vers elle. L’intelligence qui brillait dans les iris de Madame me disait que je n’avais pas besoin de préciser que certaines régions de la Scandinavie étaient difficilement accessibles autrement qu’en train. La neige, ça vous arrêtait un fiacre !

Venir à Paris semblait être une frivolité comme une autre. Dans mes souvenirs, je me rappelais que mon époux avait une parente française, sa mère. Dans un moment de distraction, il m’avait un jour dit qu’il se sentait plus français qu’anglais. De mon point de vue, il possédait la sévérité des british et les envies d’un frenchman, un mélange qui s’avérait être…. Explosif. « Je l’ai tout simplement suivie à Paris, avec nos enfants, Madame. » Je cherchai un moment mes mots, qu’avait Paris de si attrayant ? « Les gens ici sont… Moins strictes ? Plus libres. C’est pour cela qu’il est venu, je crois… » Je passai une main sur le rebord de mon chapeau, pensive. « …Et il n’a pas tort, une dame anglaise aurait été tout particulièrement insultée par mon sursaut, par exemple. » Les anglais étaient durs et froids, impardonnables.
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MessageSujet: Re: Entre les angelots. [Anne-Marie Forestier]   Ven 5 Oct - 0:19

La jeune femme semblait réfléchir longuement à sa réponse. Décidément, les gens peu réactif l’énervaient rapidement. Et puis, elle répondait de façon assez étrange, comme si elle disait à haute voix la suite de ses pensées. Ainsi, la Forestière avait l’impression de n’avoir que des bribes de réponses. Elle n’entrait pas dans les détails et composait ses phrases de façon peu commune.

Des chemins de fer, disait-elle. Le problème était qu’elle n’en dit pas plus, ajoutant simplement qu’elle les avait suivi avec leur enfants. La Forestière n’aimait pas beaucoup joué au puzzle avec les gens. Heureusement que celui-ci n’était pas si complexe, mais, il fallait malgré tout analyser ses maigres phrases pour lire entre les lignes. Ainsi d’après des déductions rapides, son mari, anglais travaillait en Scandinavie lors de leur rencontre, il s’y sont mariés, ont eu des enfants puis son venu à Paris. Cela n’expliquer pas vraiment pourquoi un anglais viendrait à Paris !

Catharina continua de parler à demi-mot en donnant une fausse explication du pourquoi Paris. Cela ne répondit aucunement aux questions intérieures de La Forestière, mais elle fut néanmoins très intéressée par ce que disait la jeune femme. Paris, plus libre… Cela la flattait énormément. Alors qu’elle finissait par un parallèle assez douteux avec les anglaises, Anne-Marie avait envie d’en savoir plus sur ce Paris libre qu’elle décrivait.

« Les gens ici sont plus libres dites-vous ? »

Elle sourit. Mais il lui semblait assez certain maintenant que si elle voulait plus d’informations et une longue tirade sur Paris, il lui faudrait poser une poignées de questions très précises. Alors qu’elle réfléchissait, un bruit de pas la tira de ses pensées. Le prêtre qu’elle attendait venait d’arriver. Au moment, où la conversation aurait pu devenir intéressante ! Soit !

Elle se leva et en se penchant vers la femme, lui tendit un petit bout de papier finement décoré où était joliment calligraphié son nom et son adresse.

« Dommage que je doive retourner à mes obligations. N’hésitez pas à venir me voir chez moi lorsque vous avez un moment de libre, madame Catharina Ainsworth. »

Elle lui sourit et sans autre forme de politesse, se dirigea vers le prêtre d’un pas assuré. Elle ne prit pas non plus le temps de se retourner vers la jeune femme qu’elle venait de quitter. Allait-elle vraiment la revoir ? Elle n’avait pas encore décidé, mais il était certain qu’elle aurait eu envie de la titiller un peu plus longtemps. Mais maintenant qu'elle connaissait son nom, elle ne doutait pas qu'elle saurait la retrouver.

Spoiler:
 
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