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 Parmi les pommes et les carottes

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Eugénie Landreau
Ninie-La-Noiraude
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MessageSujet: Parmi les pommes et les carottes   Mar 30 Avr - 4:46

    Spoiler:
     

    En tant que cuisinière, Eugénie se devait de trouver de quoi nourrir la maisonnée. Quoi de mieux pour cela que d'aller aux Halles ? Ce marché gigantesque était le ventre de Paris, comme l'avait si bien souligné un écrivain. Tout pouvait y être trouvé, après tout dépendait de l'argent du client. Eugénie venait ici pour la première fois, et toute cette foule, cette effervescence la troublait aussi bien qu'elle la fascinait. Les voix des marchands avaient des intonations différentes; c'était comme si toute la France s'était assemblée ici.

    Avec son fichu sur la tête pour se préserver du soleil, Eugénie marchait entre les étals, ne sachant où commencer, ni où s'arrêter. Après bien des hésitations, la femme stoppa à proximité d'un étal de fruits et légumes. Les pommes étaient parées de toutes les couleurs possibles, donnant envie d'être croquées.

    — M'sieur, donnez-moi un kilo de pomme s'vous plait !

    Elle pourrait en faire une belle tarte pour Madame et ses amies; elle songerait d'ailleurs à en garder une part pour Monsieur qui rentrerait tard le soir. Payant son achat et prenant les pommes, Eugénie vit qu'un homme la fixait du regard. Ce regard était bien gênant, surtout qu'elle ne reconnaissait pas cet homme. Même le visage ne lui disait rien.


    — Vous cherchez que'que chose m'sieur ?
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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Mer 1 Mai - 21:41

Comment font-ils, les escrocs, pour toujours sortir du bois au moment où l’on est le plus vulnérable ?

C’est la question qu’aurait pu se poser Le Guélec s’il était moins « dans l’instant ». Mais cet après-midi là, en plein travail, alors qu’il rabotait les planches d’un futur buffet, son collègue et « parrain » Marcel lui proposa une nouvelle affaire. Il devait « simplement » récupérer un sac chez un commerçant des halles et l’amener au patron d’un café proche des jardins du Luxembourg. Yann se doutait bien que le contenu du sac ne serait pas une banale pièce de bœuf… En tout cas, avec ses finances au plus bas – qui a dit « comme d’habitude » ? – il avait accepté la proposition.

C’est ainsi qu’en ce beau dimanche matin, Yann se rendit aux Halles. Il semblait avoir le cafard, là, à déambuler d’un pas lent entre les étals, entre les commerçants qui hélaient les clients potentiels.

Et puis à force de marcher, de tourner en rond, de demander son chemin, il finit par trouver le fameux boucher. Celui-ci n’était pas du genre bavard. Après de courtes présentations, il avait simplement dit à Yann :

Prends ça, et l’ouvre pas. Et tiens, ça c’est pour toi.

Le premier « ça » était un gros sac gris, en toile, bien ficelé, qui devait pesait environ 40kg. Le deuxième « ça » était bien plus léger, c’était une pièce de 20 francs, un Napoléon ! Yann n’en avait jamais eu un. Il était impressionné. Il savait qu’à la livraison (au café) il aurait le même. De quoi le motiver, à coup sûr ! Alors il se dirigea vers la sortie sud des halles, faisant quelques pauses ici ou là pour soulager l’épaule sur laquelle il appuyait le sac.

Mais qu’est-ce qu’y a dans c’sac ? Ca pèse une tonne !

C’est lors de l’une de ces pauses que Yann fût abordé par une petite dame qui avait un air bien gentil, avec son sourire et ses joues légèrement rebondies.

Vous cherchez que'que chose m'sieur ?

Il ne s’était pas rendu compte que c’était lui qui l’avait fixé du regard, inconsciemment sans doute, peut-être attiré par la bonté qui émanait de cette personne, son ange gardien ?

Je euh, non j’me repose !

Il reprit son souffle.

Enfin j’cherche la sortie vers le sud… Je dois porter c’truc vers l’Luxembourg. Vous savez comment y aller ? Faut pas qu’j’me perde, c’est lourd !


Dernière édition par Yann Le Guélec le Lun 13 Mai - 3:29, édité 2 fois
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Eugénie Landreau
Ninie-La-Noiraude
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Ven 3 Mai - 4:33

    Le pauvre homme semblait être aussi à l'aise qu'une grenouille dans un bénitier : coincé, et se demandant comment il avait réussi à se retrouver là. Il rappelait à Eugénie ces chiens abandonnés par leur maître qui cherchent à retrouver le chemin d'un foyer dont la porte leur est fermé. Ne pouvant résister à prêter son aide, (charité chrétienne quand tu nous tiens), Eugénie s'approcha de l'homme.

    — Je viens justement d'là-bas, j'veux dire la sortie sud, pas l'Luxembourg. Suivez-moi donc. On s'perd facilement ici.

    Elle-même avait failli, plus d'une fois, demander à quelqu'un de la guider. Marchant aux côtés de l'homme, Eugénie tâchait de fendre la foule. Le chemin semblait sempiternel ! C'était encore pire que les grands magasins; que de monde, de cris, de chaleurs. Eugénie manqua même de se lacérer le bras en passant près d'un stand de boucher, le couteau frôlant sa peau. Oh la prochaine fois, pour sûr, elle jouerait des coudes et tant pis pour ceux qu'elle blesserait. Jouer la martyre était fatiguant à la longue.

    — C'est que ça doit pas être simple de porter un si gros sac ? ça vous pèse pas trop ?

    Eugénie et sa vilaine petite curiosité, toujours là pour mettre le nez dans les affaires des autres. Mais était-ce sa faute si elle n'aimait pas les silences, et rejetait tout laconisme au profit d'un bavardage charmant ?
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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Lun 6 Mai - 3:45

Et bien… peut-être ! Peut-être que cette femme était son ange gardien ! En tout cas, elle connaissait le chemin pour les jardins du Luxembourg et se proposait même de le guider, une chance !

Pis j’aurais l’air moins louche si je suis accompagné…

Oh c’est gentil, vous m’sauvez la vie… ou… ou au moins l’épaule ! dit-il d'un air faussement joyeux

Ils partirent donc ainsi, côte à côte, sans s'être présenté. Yann avait d'autres tracas en tête que les civilités. Au fur et à mesure de leur progression, Yann passait derrière Eugénie car, malgré la densité de la foule, elle ne ralentissait pas, évitant même de justesse un couteau de boucher qui passait par là. Yann, surchargé et encombré par son gros sac, ne pouvait aller aussi vite ! Elle se retourna un moment, voyant certainement qu’il n’était pas à ses côtés, puis l’interrogea sur son sac. Yann était gêné. Il ne savait pas ce qu’il pouvait dire ou ne pas dire mais, mis en confiance par la bonhomie de la dame, il répondit tout de même :

Oui, oui, il est bien lourd... Dans tous les sens du terme d’ailleurs…

Le visage du jeune breton s’assombrit légèrement. Il baissa même, presque imperceptiblement, la tête, comme l’on fait devant la croix en pénétrant une église.
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Lun 6 Mai - 5:30

    — Oh m'sieur si j'ai dit quelque chose que vous gêne, pardonnez-moi !

    Vilaine petite curieuse, ses paroles avaient assombri le sourire auparavant jovial de l'homme. Certes elle ne pouvait pas savoir que ses paroles allaient provoquer une telle réaction, mais elle aurait pu garder sa langue dans sa poche.

    Tout en remuant ces pensées, Eugénie ralentissait tout de même l'allure pour que l'homme puisse la suivre. Ils finirent par déboucher au bout d'une allée dans un espace où il y avait bien moins de monde. Point de banc à l'horizon, mais Eugénie stoppa là.

    — Posez un peu vot'sac, faut que vous fassiez une pause.

    Pour montrer l'exemple, Eugénie posa son sac de pomme à ses pieds. Inutile qu'il se brise à l'épaule; à trop se précipiter, la cruche se brise.

    Spoiler:
     
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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Lun 13 Mai - 3:35

Oh m'sieur si j'ai dit quelque chose que vous gêne, pardonnez-moi !

Oh non, vous inquiétez pas, c’est… c’est pas que ça me gène, disons que… comment dire ? J’ai accepté un truc qu’j’aurais p’t’être pas dû…

Ils arrivèrent enfin sur une petite place moins bondée. Yann pausa le sac à coté de lui suite à la proposition d’Eugénie. Tout sourire, il porta la main à son chapeau.

Yann Le Guélec, bonjour ! Désolé d’avoir tardé pour m’présenter, j’avais la tête ailleurs !

Il marqua une petite pause pour laisser la dame lui répondre et continua :

Aaaah ! Ca fait du bien de poser ça et de respirer un peu ! On étouffe à l’intérieur, vous trouvez pas ?

En effet, à la vue de ce beau soleil printanier, le jeune breton se sentit soudainement bien mieux ... Ou peut-être était-ce de ne plus avoir le sac contre lui ...
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Sam 25 Mai - 10:09

Quelque chose qu'il n'aurait pas dû ? La formule intriguait Eugénie qui leva un sourcil, mais demeura sans mot dire. Les affaires de cet homme ne la regardaient pas après tout; il aurait été discourtois de le questionner à ce sujet. Eugénie reçut les présentations avec un sourire : cet homme était bien poli !

— Eugénie Landreau pour ma part. Z'excusez pas, le mal est réparé.


Dire que dans quelques temps, elle abandonnerait ce nom de Landreau pour un autre. Cela s'annonçait amusant lors de ses futures présentations. Pour sûre, elle saurait se tromper dans les noms, les mélangerait et se ferait appeler "Lanret" ou "Vidreau". De quoi faire tourner la tête des gens !

— Oh ça, c'te foule ça vous écrase... Mais c'est pire dans les grands magasins. On vous bouscule, vous marche dessus sans un "pardon". C'est plus joyeux et souriant dans les marchés d'campagne !

Eugénie plongea la main dans son sac de pommes, en sortit deux, tendant une à Yann.

— Prenez-là, ça vous fera pas d'mal, puis j'en avais pris un peu plus qu'prévu.

Pour donner le bon exemple, Eugénie croqua dans sa propre pomme, mais de façon si vive, que du jus lui coula sur le menton.
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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Lun 27 Mai - 3:00

Madame Landreau, dit Yann en levant son chapeau, ravi de vous rencontrer ! C’est pas tous les jours qu’on croise quelqu’un comme vous !

Les parisiennes qu’avaient rencontrées Yann étaient en effet plutôt froides et peu engageantes. Celle-ci était aimable et prête à aider notre breton perdu dans la fourmilière des Halles.

A l’évocation des marchés de campagne, Yann ne pût résister à l’envie de parler de sa Bretagne natale :
J’viens d’Bretagne moi ! Mais j’ai pas bien connu les marchés parce qu’avec mes parents fermiers, tout v’nait d'nos champs ! D’ailleurs on avait des bonnes pommes aussi ! Merci !

Yann accepta volontier la pomme tendu par la dame et croqua dedans à pleines dents si bien qu’elle éclaboussa sa moustache ! Il s’essuya d’un revers de main

Mmmmh, l'est bien juteuses !

Il vit alors Eugénie emprise au même genre de « difficultés » et ria de bon cœur !

Et ben, j’crois qu’on n’est pas encore prêt pour les salons !

Ah la la, insouciante jeunesse. Yann oublia un instant sa mission du jour et le lourd fardeau qu’il devait mener à bon port. Enfin, peu de temps après, alors qu’il finissait tranquillement sa pomme, il vit un homme pourchassé par deux policiers qui criaient « Au voleur ! ». Cela rappela à Yann que la pause devait se terminer car Dieu seul sait ce qui pourrait lui arriver s’il traînait de trop…

Bon, ca va mieux ! Si on continuait ?


Et aussitôt après avoir rechargé son sac sur l’épaule, Yann demanda à Eugénie, d'un ton presque insouciant :

Qu’est-ce que vous auriez fait, vous, si on vous avait d'mandé de livrer c’sac dans un café ? Il hésita un instant avant d’ajouter : pour 20 francs …
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Lun 27 Mai - 9:37

Un breton ? Il fallait croire que toute la France se retrouvait à Paris, à se demander même s'il existait un seul Parisien de souche. Eugénie rit de concert avec Yann devant leurs mines respectives qui les faisaient passer davantage pour des gamins ayant chipé une pomme dans le jardin du voisin qu'à des adultes. Eugénie s'essuya rapidement avec un mouchoir sorti de sa poche; elle avait tout de même une certaine tenue à conserver !

— Bon, ca va mieux ! Si on continuait ?
— Z'avez raison. On lambine, on lambine... et c'est pas ça qui va faire chauffer la soupe !

La femme reprit le sac de pommes entre ses bras au moment même où Yann la questionnait. Eugénie réaffirma sa prise avant de répondre.

— Vingt francs ?! Mais c'est une somme... (Eugénie se reprit, baissant la voix) Ma foi, ça dépend du café, j'veux dire si c'est pas illégal... Tant que c'est un travail honnête...

Eugénie posa son regard sur l'épais sac, plissant les yeux comme si elle pouvait ainsi voir à travers.

— Vous savez au moins ce qu'il y a dedans ?

Toute cette histoire ne fleurait pas bon l'honnête homme. Eugénie recula même de quelques pas.
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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Mar 28 Mai - 2:00

Vous savez, le gars qui m’a proposé ça, c’pas un ange, c’est sûr … mais il paye bien. Alors moi, comme j’suis pas très riche, ça m’permet de … d’améliorer un peu ma situation ! Vous voyez c’que j’veux dire ? J’fais rien d’mal avec l’argent, j’vais juste m’amuser un peu avec des amis, tailler des bavettes dans les cabarets. Vivre quoi !

Yann s’empêtrait un peu dans ses excuses. Il n’était pas retourné à confesse depuis son arrivée à Paris mais là, aux cotés d’Eugénie, il se sentait presque comme devant le curé !

Et pis non, je sais pas c’qu’y a dans c’sac : j’ai pas l’droit d’y r’garder d’ailleurs !

Il leva lentement les yeux vers Eugénie, comme un enfant grondé vers ceux de ses parents. Il ne craignait qu’une chose : un regard réprobateur de cette dame qui lui avait semblé si amicale, si compréhensive...
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Mer 29 Mai - 5:16

Ce que disait Yann avec un air presque insouciant faisait trembler Eugénie. Pour sûr, elle était mal placée pour donner des leçons, elle aussi pendant un temps avait fait des choses pas très jolies. Vendre son corps n'est pas exempt de choses malpropres. Mais elle n'avait jamais volé, ça non, ni n'avait aidé un quelconque gredin à mener de mauvaises affaires. Même dans le caniveau, Eugénie avait su conserver un minimum de fierté et surtout de bon sens.

— Les cabarets ? Ces lieux de débauche !


Pour Eugénie, le cabaret était un vivier où se retrouvaient des femmes de mauvaise vie, où l'alcool coulait à flots, où des orgies romaines avaient lieu. Vision éloignée de la réalité, et caricaturale. Ah ça, Antoine de Viret n'avait pas intérêt à s'y rendre après le mariage, Eugénie ne lui pardonnerait pas cet écart.

— Vous devriez cesser de commercer avec cet homme. Et de vous amuser dans de tels endroits. On peut gagner son argent honnêtement, moi-même je...

Eugénie s'interrompit de justesse. Elle n'allait pas parler de son passé débauché à cet homme, et puis quoi encore ?!

— J'ai vécu dans la misère auparavant, et j'ai réussi à m'en sortir par le travail, un travail honnête qui m'a mené aujourd'hui à entrer en tant que domestique dans une maison. Preuve que suivre l'bon chemin paye.

Finissant son discours digne d'un prêtre allant évangéliser les foules, Eugénie posa sa main sur le sac, le tâta :

— C'est que... ça a l'air si lourd... Aussi lourd... qu'un mort...

Se nourrir de faits-divers n'aide pas une femme à avoir les idées claires. Eugénie se mit à imaginer qu'un corps découpé se trouvait dans ce cas. Sa main trembla, se retira du sac et un regard sombre se posa sur l'infortuné breton.
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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Mer 29 Mai - 21:21

Les cabarets, des lieux de débauche ? Mais nooooon ! C’est juste des endroits où on écoute d’la musique, on discute, on boit, on mange… Comme … comme un salon en fait ! Mais public ! Je devrais vous y emmener, vous verrez de vous-même qu’c’est pas c’que vous croyez !

Mais quand la dame attaqua le sujet de ses relations louches, Yann avait beaucoup moins d’arguments. Il ne sût que répondre dans un premier temps et ce n’est que lorsqu’Eugénie toucha le sac et prononça le mot « mort » que Yann réagit.

Un mort ?! Dit-il d’un air outré.

Mais son ton devait sonner bien faux car c’était la même réflexion qu’il s’était lui-même fait dès qu’il avait empoigné le sac. Qu’est-ce qu’il était lourd et massif ce satané sac ! Après coup, Yann avait tenté de se rassurer en se disant qu’il s’agissait sûrement de marchandise de contrebande, de drogue ou d’autres joyeusetés de ce genre. Mais un mort, c’eut été trop difficile à assumer pour lui et finalement, la consigne qu’il avait reçu de ne pas ouvrir le sac lui allait bien.

Certainement pas, je … je connais ce... cet homme : il n’irait pas jusque là, mentit il.

Enfin, si son collègue Marcel ne tuerait certainement pas, le « grand patron » derrière tout ça, Jeannot, lui, le ferait (ou le ferait faire) sans vergogne.

Le moment d’insouciance autour des pommes juteuse était, en tous les cas, bel et bien terminé. Le Guélec vit la main d’Eugénie trembler et son regard traduisait un mélange de reproche et de peur ! Justement ce qu’il craignait. Notre jeune breton sentit alors comme un poids supplémentaire sur ses épaules : celui de la culpabilité. Il avait voulu se persuader que transporter un sac ne constituait en rien quelque chose de grave ou d’immoral mais les mots de la gentille dame lui avaient montré que ce qu’il faisait était mal, car il en savait trop pour ignorer la malhonnêteté du contrat. Une grande faiblesse l’envahit soudain. Ses jambes étaient cotonneuses et faillirent se dérober sous lui. Il se ressaisit d’un petit sursaut et quelques gouttes de sueur apparurent sur son front. Il imaginait que les choses qu'il sentait à travers la toile du sac et de ses vêtements étaient effectivement des membres humains. Ça le dégoutait. Et plus il y pensait, plus il les sentait ces objets invisibles, ses choses semi-rigides qui lui appuyaient dans le dos comme le ferrait le coude ou le genou d'un homme inerte.

Yann failli paniquer. Il se sentait si vulnérable là, arrêté devant les halles. Il fit alors instinctivement un pas en avant, un pas de plus vers le lieu de dépôt du sac, un pas de plus vers la fin de l’histoire, espérait-il.

Son ange gardien le suivrait-il encore ?
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Sam 1 Juin - 2:01

l'emmener dans un cabaret ? Et puis quoi encore ? Soit cet homme était des plus naïfs et ne se rendait pas compte de ses propos, soit il tentait honteusement de la séduire. S'il s'obstinait dans la seconde vie, Eugénie saurait le refroidir en lui répliquant un "J'suis mariée m'sieur !". Mais s'il aimait justement séduire les femmes déjà prises ? Oh il ne fallait pas y penser. Mais la mener dans un cabaret ? Là-bas, les femmes qui y étaient présentes n'étaient que des artistes ou des prostituées, des femmes aux mœurs dépravées. Aucun homme ne mènerait une femme honnête là-bas !

Malgré les paroles du breton, Eugénie avait bien senti de la panique dans la voix.
Devenait-elle témoin d'un crime odieux ? Son esprit tenta de raisonner, d'oublier les descriptions de meurtres qu'on trouvait dans les journaux.

— Non non c'serait un homme, vous l’amèneriez pas un bar, mais à la Seine pour... l'faire disparaitre. C'doit être autre chose, mais sûrement pas mieux qu'un cadavre...

— Un cadavre, madame ?

C'était la voix de la justice, la voix du gendarme à moustache qui patrouillait et entendant le mot "cadavre" s'était avancé vers les deux infortunés. Eugénie sentit la sueur lui mouiller la nuque; que soit maudite sa langue !

— Le cadavre du chat de ma voisine. J'en parlais à M'sieur parce qu'une de ses amies a un chat. Et que l'chat de ma voisine aurait été empoisonné, je lui disais de se méfier... Les gens ont pas mieux à faire que d'tuer des chats, dites ?

Eugénie se mordit la langue, espérant que son explication rassure le gendarme et l'éloigne. "Le petit chat est mort", comme dirait Molière.

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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Lun 3 Juin - 3:01

Yann n’eut pas le temps d’être rassuré par les propos d’Eugénie (Non non c'serait un homme, vous l’amèneriez pas un bar, mais à la Seine) que déjà, un gendarme sortant d’on ne se sait où comme un diable de sa boite, les « arrêta » et demanda à Eugénie des précisions sur le dit cadavre. Par chance, celle-ci trouva rapidement une réponse (un mensonge) à fournir au fonctionnaire.

Et ben, elle me sauve la mise

Yann s’épongea le front d’un revers de manche. Il était vraiment temps de débarrasser le plancher. Mais que faire ? Il ne pouvait pas continuer sa route avant que le gendarme ne soit parti. Alors il resta là, tentant de garder son calme. Il ne dit rien. Peut-être l'intervention d'Eugénie suffirait-elle à chasser le fonctionnaire.
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Mar 4 Juin - 3:17

Le gendarme sembla douter, mais cette dame avec ses pommes n'avait rien d'un malfaiteur. Elle lui rappelait même sa tante, une gentille femme avec de bonnes joues et qui le nourrissait plus que de raison. L'homme grommela un "Bien bien, circulez" sous sa moustache, repartant pour chasser l'injustice dans les rues de Paris. Eugénie posa sa main sur son cœur qui battait à tout rompre; elle n'était pas faite pour mentir !

— Je... Monsieur le Guélec... Je pense qu'il vaut mieux pour vous livrer... ceci au plus vite.

Ses nerfs n'allaient pas tenir si elle accompagnait l'homme. Et s'ils retombaient sur un gendarme, et si cette fois il était méfiant et voulait ouvrir le sac ? Eugénie ne le souhaitait pas, Eugénie tenait à son mariage. Elle devait être une femme respectable !

— Comprenez-moi bien, je ne puis vous accompagner... Je suis désolée.
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Yann Le Guélec
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Mer 5 Juin - 4:15

Ouf, le gendarme était parti.

Madame, j’vous dois une fière chandelle ! J’sais pas comment vous remercier... Je … J’espère qu’un jour, on s’recroisera et qu’j’aurais le temps d’vous inviter à prendre un café ou autre. Enfin, je … j’voudrais pas qu’vous pensiez qu’j’suis quelqu’un de… de mauvais. J’essaye juste de … de m’en sortir v’voyez ?

Le Guélec avait son air penaud, son air d’enfant pris la main dans le sac. Cela amadouerait peut-être Eugénie, mais il aurait du tout de même du mal à passer pour un gentilhomme !

Bon ben, j’vous laisse, j’devrais trouver maintenant. Et merci encore !

Yann se remit en marche à grand pas. L’air qui caressait son visage l’encouragea à accélérer : Peut-être le vent chasserait-il ses idées noires ? Mais le sac était lourd, trop lourd pour qu’il puisse accélérer davantage.

Arrivé sur les quais de Seine, il chercha un endroit discret pour poser le sac, soulager son épaule et se reposer un instant. Par chance il ne vit point de gendarme. Certaines personnes qui passaient devant lui le regardaient d’un air surpris. Était-ce à cause de ce sac ? Était-ce à cause de la sueur qui coulait sur son visage. Yann préféra repartir rapidement. Il remis donc le sac sur son épaule et traversa la Seine sur le Pont-Neuf. Les promeneurs étaient nombreux à s’arrêter pour regarder le beau fleuve scintillant sous les rayons de soleil printaniers. Yann, lui, regardait devant lui, tentant de ne pas bousculer les piétons. Il vit au bout du pont deux gendarmes. Le Goéland ralentit inconsciemment son allure.

Trop tard pour faire demi-tour.

Il baissa la tête et passa à coté des gendarmes. Il entendit alors un coup de sifflet. Ses oreilles bourdonnèrent…

Mon dieu !

Le temps sembla s'arrêter. Il cru un instant que c'en était fini de lui. Il se retourna alors vers les gendarmes.

Monsieur, on peut savoir c’que vous transportez ? dit le premier

Et là, était-ce l’adrénaline ou l'aide du Divin ? Toujours est-il qu'il trouva quelque chose à répondre.

Une livraison pour l'café Tournon.

Il tentait tant bien que mal de conserver une allure « normale ».

Le deuxième gendarme sembla satisfait de la réponse.

Et ben bon courage, dit il, encore 500 mètres ! Puis il se mit à rire. L'autre gendarme sourit avec un peu moins de conviction.

Yann Le Guélec reprit à peine quelques couleurs et continua de marcher, tout droit comme un automate. Il était dans un tel état nerveux qu’il lui fallu plus que toute la longueur de la rue Dauphine pour pouvoir penser à autre chose qu’à marcher. Au bout de la rue, il tourna légèrement à gauche dans la rue Mazarine. Il continuait de marcher, ne se rendant pas compte de la douleur lancinante qui grandissait dans son épaule. Il déboucha rapidement sur le boulevard Saint Germain qu’il traversa en évitant un fiacre de justesse. Enfin, il prit la rue de Condé. Et là, après à peine une vingtaine de mètre, il laissa tomber le sac. Sa fatigue, autant physique que psychique avait atteint son paroxysme. Il évita de justesse la chute mais se retint à un lampadaire. Un couple qui arrivait en face de lui s'arrêta en le voyant.

Vous allez bien monsieur ? dit l’homme avec un regard mêlant stupeur et sympathie.

Le Guélec releva la tête pour faire un « oui » qui ressemblait à un soupir. Il ne fallait pas non plus provoquer un attroupement.

Le couple continua son chemin non sans échanger quelques murmures dans le dos de Yann.

Après encore une ou deux minutes à se reposer, le jeune breton repartit. Il savait qu'il avait eu énormément de chance avec les gendarmes aujourd'hui. Peut-être une troisième rencontre lui serait-elle fatale. Il réalisa alors qu’il ne savait pas exactement où se situait le café et qu'il aurait pu demander son chemin au couple qu'il avait croisé. Enfin, il y aurait d’autres parisiens à interroger.

Au bout de la rue Condé il distingua enfin le Palais du Luxembourg. Il poussa un soupir de soulagement… de courte durée. Le Guélec savait que ce palais était un bâtiment officiel. De quelle institution il n’en avait aucune idée… mais il se doutait qu’il devait y avoir pas mal de gendarmes par là. Il posa donc le sac et attendit que quelqu’un passe pour lui demander le chemin : mieux valait éviter de trop marcher dans le quartier.

Bonjour, vous savez ou s’trouve le café Tournon ?

Ah oui ! C’est juste la rue à coté là : quand vous arrivez au bout d'la rue, ben c’est à droite et encore à droite.

Yann n’eut pas le courage de revenir sur ses pas pour prendre la rue parallèle. Il préféra passer devant le Palais du Luxembourg – heureusement il pourrait rester sur le trottoir d’en face – et économiser un peu de son énergie. Il reprit donc le sac et passa rapidement devant le palais. Heureusement pour lui, les gendarmes postés devant étaient préposé à la garde et non à l’interception ! Et comme on le lui avait indiqué, il fut rapidement devant le Café Tournon. Il commença par poser le sac pour retrouver un peu d'énergie. Il en profita pour examiner d'un peu plus près l'allure de l'établissement.

Et ben, c'est chic par ici. Comment j'vais m'y prendre pour pas...

Le Guélec se dit que le meilleur moyen de ne pas « se faire remarquer » était justement ... de se faire remarquer ! Il fit pour cela appel à ses dons d'acteurs : Il ouvrit la porte d'entrée en grand et dit d’une voix mezzo-forte :

Livraison pou’l’Café Tournon !

A ces mots, toute la salle se tourna vers lui, ainsi que le barman !

Lorsque ce dernier approcha, il ajouta d'un air décidé :

Ça vient d'la boucherie Michel !

Le barman le prit par le bras et l’emmena directement dans l’arrière boutique...
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Thalie
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MessageSujet: Re: Parmi les pommes et les carottes   Ven 7 Juin - 4:13

Le restaurant était bien prestigieux, mais l'arrière-boutique ne valait pas mieux que certaines petites goguettes où se retrouvent les étudiants et autres petites bourses de Paris. Tenant toujours le Breton par le bras, le barman s'annonça à un homme leur tournant le dos :

— C'est la livraision d'la boucherie Michel, patron !

Le patron hocha la tête, demandant à ce qu'on pose le sac sur la grande table qui occupait le centre de la pièce. Le barman s'exécuta, prenant le sac des mains de Yann. Agrippant mal la charge, le sac s'ouvrit en partie, laissant voir à Yann une partie du contenu. L'oeil terne et rond d'une tête d'âne le fixa avant d'être cachée par le bras du barman qui posa la lourde charge sur la table.

— C'est que ça pèse vraiment un âne mort... Oh pardon, patron !

Ce dernier avait jeté un regard en coin qui laissait entendre que le barman avait bien trop parlé.

— File-lui sa pièce. (Le patron la posa sur la table, la glissant jusqu'au barman qui la tendit à Yann) Et ramène-le dehors. Gamin, (c'était la première fois qu'il s'adressait à Yann) t'as intérêt à taire ce que t'a pu voir ou entendre. Et alors t'auras peut-être d'autres pièces comme celle-là.

Un nouveau signe de tête, et le patron retourna dans l'obscurité de son arrière-boutique, fouillant à pleines mains dans le sac. Yann ne put en voir plus, déjà mis dehors par le barman dont la poigne rude expliquait comment il avait su soulever aussi aisément le sac.

Qui aurait cru que sous ce bel édifice se cachait une cuisine aussi curieuse ? Au moins le restaurant pouvait se vanter de vendre une viande qu'aucun client ne pouvait retrouver ailleurs dans son assiette.

Spoiler:
 

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Parmi les pommes et les carottes

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