Tout esprit profond s'avance masqué
Description physique :
Lise est faite, comme aimait le lui dire Edmond quand il voulait la taquiner, d’«
un peu trop qui deviennent délicieux ». Elle a le menton
un peu trop pointu, le nez
un peu trop long, les sourcils
un peu trop arqués… Mais les traits sont fins, le profil pur et le regard pétillant, souvent malicieux. La bouche est rouge, et très expressive. La finesse du visage se retrouve aux poignets et dans les mains.
Lise rit beaucoup. Son rire se lit d’abord dans ses yeux : le regard brun se teinte d’amusement, d’une espièglerie qui se communique à la bouche qui tente un instant de retenir un sourire. En vain. Son rire éclate et il est chaud, joyeux, gourmand.
Edmond, qui aimait donner à ses semblables des noms d’oiseaux, la comparait à une fauvette : « Une fauvette
grisette, évidemment ! Petite et vive… Et l’avez-vous entendue chanter ? Ce sont d’abord quelques cris rauques, aguicheurs… Puis elle a un petit rire, vous savez, un rire rapide et joyeux que l’on voudrait boire ! »
Description psychologique :
Elle a du goût, assurément. Elle aime contempler la beauté, et la créer. Elle sait détecter le diamant sous le charbon, dessiner le chef-d’œuvre à partir de la craie : faites entrer une pauvresse chez Lise, et il en sortira une princesse. Mais surtout, surtout, n’entrez pas dans le salon de Lise juste après sa crise d’inspiration, car il y règne un désordre inimaginable. Lise est désespérément désordonnée. Ses petites ouvrières replient à longueur de journée les tissus déployés tous azimuts par Madame ! Hélas, la même confusion règne dans les pensées de la couturière, qui oublie régulièrement ses rendez-vous ou le nom de son interlocuteur. Mais jamais ses gants, heureusement.
D’aucuns l’accusent de frivolité. Il est vrai qu’elle change volontiers d’opinion, pour peu qu’un argument la touche. Elle aime mener plusieurs activités de front ; d’une grande curiosité intellectuelle, elle se passionne pour beaucoup de choses, mais brièvement. De tous les sujets dont Edmond l’entretenait, seule l’ornithologie semble avoir capté définitivement l’intérêt de Lise. Quelques perruches peuplent d’ailleurs les salons d’essayage de la Maison.
Lise est gaie, bavarde, optimiste. Elle cherche à trouver ce qu’il y a d’agréable ou de cocasse dans n’importe quelle situation. Mais elle est aussi très sensible au malheur d’autrui ; douée d’une véritable empathie, elle peut à l’occasion se montrer d’une générosité démesurée.
Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose.
«
Lafayette, Lafayette… Mais ma petite Marguerite, vous n’avez que ce mot-là à la bouche aujourd’hui ! Vous avez donc été bien impressionnée par votre petite visite hier ? »
C’était le matin et Lise arpentait le salon pourpre avec agitation. Le salon pourpre était réservé à ses plus grandes clientes, tandis que le vert amande, plus grand, accueillait le reste de ces dames. Bien évidemment, on y accédait par deux portes strictement séparées.
La journée commençait comme toutes les autres. Après s’être occupée de sa toilette, Lise avait traversé le salon vert en embrassant d’un regard approbateur poufs, sofas, miroirs et grandes armoires. S’étant assurée que tout y était en ordre, elle était passée dans le salon pourpre où Marguerite, sa première ouvrière, achevait d’ouvrir les lourds rideaux de velours, ne laissant qu’un léger voilage filtrer la lumière qui baigna alors la pièce d’une couleur rosée. Ici, le décor était plus intime, les éclairages plus tamisés. Lise ajusta distraitement un pli du rideau, se retourna vivement et reprit :
«
Combien de fois devrais-je vous le répéter, ces nouvelles Galeries ne sont pas une menace pour nous ! De la confection, Marguerite, de la confection ! C’est très bien pour les employées de bureau, pour les petites bourgeoises ruinées – elle disait cela sans mépris –
mais… Croyez-vous que la comtesse d’Harvicourt ira chercher là-bas sa robe du soir ? Et Madame Saint-Albret ? Et si elles choisissaient la même robe, vous imaginez le scandale ? Ah remarquez, ce serait plaisant, tout de même ! »
Et elle rit en imaginant la tête de Mathilde d’Harvicourt découvrant, sur une plus fine qu’elle, la robe achetée la veille. Lise secoua la tête :
«
Non, non, nous n’avons rien à craindre. Les Galeries ont leurs clientes, mais ce sont celles du Bon Marché, et non les nôtres. »
Alors qu’elle achevait ces mots, une seconde ouvrière entra dans la pièce, rouge, essoufflée, courant presque. Elle n’avait pas retiré son manteau gris. Lise ne retint pas une moue désapprobatrice :
«
Rassurez-moi, Louise, vous avez une bonne excuse pour vous présenter ainsi échevelée ?- Ah madame, ah madame… C’est que… Je passais ce matin devant les nouvelles Galeries, vous savez, les Lafayette – ils ont d’ailleurs un nouvel arrivage de chapeaux vraim…
-
Oh, mais c’est insensé ! Est-ce un complot ? Vous avez donc décidé de me donner la migraine, avec vos Galeries ? Et c’est sans doute pressée par votre enthousiasme pour les chapeaux des Galeries que vous arrivez dans cet état, Louise ?- Oh non madame, je vous assure… C’est que les Galeries sont juste à côté de l’Opéra, vous savez, et alors… »
Les yeux de la petite s’écarquillèrent, et Lise sentit l’agacement la quitter, remplacé par une certaine curiosité :
«
Et alors quoi, Louise ? Achevez, je vous en prie !- Il a explosé ! Enfin… L’Opéra, il y a eu une bombe, hier soir, en plein spectacle ! Léon, le garçon de café d’à côté m’a dit qu’il y avait au moins trente morts ! Il est fermé, maintenant… L’Opéra, je veux dire, pas le café de chez Léon !
-
Une bombe ? » répéta Lise en fronçant le nez.
Elle se laissa tomber sur une boudeuse, et ses pensées s’envolèrent loin du babillage des ouvrières. Drôle d’endroit, en vérité, pour un attentat ! Visait-on les artistes ? Peu probable. Qui, alors ? Sans doute un homme politique venu assister à la représentation ? Elle imagina le spectacle interrompu par une explosion absurde, des cris, du sang… Seigneur, c’était atroce. Elle frissonna. Et certaines de ses clientes étaient peut-être parmi les victimes ? La petite Valentine, par exemple… Oh non, quelle idée insupportable ! Comme elle sentait ses yeux s’emplir de larmes, Lise se releva brusquement et admonesta Louise et Marguerite afin qu’elles se mettent à l’ouvrage. Elle-même ouvrit une armoire, caressa les étoffes, effleura un taffetas dont la couleur rouge profond lui rappela l’Opéra Garnier… Elle referma la porte de l’armoire un peu brutalement, et une pensée saugrenue lui vint : le lustre ! Le lustre sublime dont Edmond admirait l’imposante stature, avait-il souffert de l’explosion ?
Theatrum Mundi
Pour terminer ...
• Pseudonyme : Lise, ce sera parfait !
• Âge : 21
• D'où nous venez-vous ? J’ai découvert le forum via Tour de Jeu.
• Avez-vous lu le règlement ? Je serais curieuse de savoir si Félix Faure l’a lu, lui…
• Quelque chose à nous dire ? Euh… bonjour à tous ?! :)