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 Partie d'échecs avec le coeur

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Lucien Rausa

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MessageSujet: Partie d'échecs avec le coeur   Ven 28 Fév - 9:16

Le Jardin des plantes était baigné d'une douce lumière d'après midi. Le printemps embaumait l'air de suaves essences exotiques. De loin on pouvait voir les larges grilles du Jardin. Lorsque le fiacre s'arrêta, Lucien fut surpris de ne pas avoir vu le temps passer. Le trajet avait été agréable : Zélie était d'une compagnie tout à fait charmante et d'une discussion distrayante. Lucien descendit en premier puis offrit sa main pour aider Zélie à mettre elle aussi pied à terre. Ils pénétrèrent dans les allées du Jardin. Les oiseaux semblaient vouloir accompagner les pas des promeneurs. Il semblait que tout Paris se retrouvait ici : bourgeois, artistes, poulbots des rues dont le gardien du Jardin suivait les mouvements d'un oeil sombre. les heures où le Jardin des Plantes était réservé aux grands de Paris était terminé avec les cendres de la Commune.
Il avait laissé son bras offert à Zélie. Il la regarda brièvement. Son cerveau tentait toujours d'analyser comment agir dans cette situation. Il commençait à assimiler le fait qu'il trouvait Zélie charmante et que sa compagnie lui plaisait étrangement. C'était une chose inédite pour lui. Son comportement avec elle semblait être plus périlleux que tout ce que son métier lui offrait comme dangers. Il lui semblait en effet que le moindre faux pas allait tout détruire. Zélie était une fragile petite chose dont il se sentait mystérieusement responsable. Mais comme toutes les choses fragiles, il allait falloir agir avec toute la douceur et la bonne tenue nécessaire. Lucien était loin d'être un de ces jeunes hommes de ce temps qui courrait les femmes et les établissements où pour quelques francs on pouvait combler sa solitude d'une nuit, et par la même occasion attraper la moitié des maladies de Paris.
Il sembla à Lucien qu'il jouait une partie d'échecs avec le coeur. Chaque mouvement était précis et calculé. Ils se promenaient dans le jardin depuis quelques minutes à peine. Zélie semblait émerveillée par cet aspect de Paris. Pour une jeune fille dont le quotidien était sa boutique de chapeau, tant de fleurs devait sembler plus impressionnant que la Patagonie!

"N'est ce pas fabuleux? Tout ce que la planète compte d'essences de plante est ici représenté, ramené, replanté et catalogué. C'est un bibliothèque d'Alexandrie de la botanique. Voyez vous ce crocus là bas? Le professeur qui l'a ramené a annoncé qu'il était capable d'émettre une sorte de sève qui attirait les insectes afin que les prédateurs les mange et ainsi par leurs excréments servent à faire pousser d'autres plantes de cette sorte. N'est ce pas surprenant de voir comme une simple plante peut mettre en place un sorte d'échange de bons procédés?"

Lucien se sentait un peu piteux de parler de botaniques et de déjections animales alors qu'à l'instant ils venaient de passer devant un couple d'amoureux assis sur un banc. Le jeune homme caressait très délicatement la main nue de sa galante qui lui répondait par des regards langoureux et des petits rires. N'était ce pas cela qu'il aurait dû faire? Si c'était le cas il s'en sentait tout à fait incapable.
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Zélie Vilard

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Dim 2 Mar - 23:24

Zélie marchait lentement en tenant le bras de Lucien Rausa, tous ses sens en alerte pour ne rien manquer du spectacle qui s'offrait à elle. Ce jardin était vraiment superbe, et renfermait des plantes et des arbres magnifiques. Et dans les allées du jardin, le tout Paris se promenait, profitant d'un beau dimanche ensoleillé. Zélie avait l'impression de ne plus toucher terre tant elle était heureuse d'être là. Elle aimait tant entendre le chant des oiseaux !
Elle tournait la tête de tous les côtés, afin d’engranger un maximum de souvenirs, de sons et d'odeurs. Cette promenade était décidément encore plus agréable qu'elle ne se l'était imaginée...

Alors qu'ils avançaient lentement sous le couvert des arbres, son regard fut attirés par deux amoureux, assis sur un banc. Le jeune homme caressait la main dégantée de sa compagne, qui riait d'un rire cristallin. Zélie baissa brièvement les yeux vers sa propre main gantée, légèrement posée sur le bras de Lucien. Espérait-il qu'elle ferait de même s'ils s'asseyaient sur un banc ? Elle espérait bien que non, car elle était certaine que sa grand-mère ne trouverait pas ça convenable... Mais; d'un autre côté, elle se rassura en se disant que son compagnon se semblait pas être "ce genre là".

Pendant qu'elle réfléchissait, Lucien Rausa se tourna vers elle et lui dit :

- N'est ce pas fabuleux? Tout ce que la planète compte d'essences de plante est ici représenté, ramené, replanté et catalogué. C'est une bibliothèque d'Alexandrie de la botanique. Voyez vous ce crocus là bas? Le professeur qui l'a ramené a annoncé qu'il était capable d'émettre une sorte de sève qui attirait les insectes afin que les prédateurs le mange et ainsi par leurs excréments servent à faire pousser d'autres plantes de cette sorte. N'est ce pas surprenant de voir comme une simple plante peut mettre en place un sorte d'échange de bons procédés?

Zélie buvait ses paroles. Etant une femme, elle n'avait pas fait de grandes études, mais elle était d'une nature curieuse, et toute disposée à engranger de nouvelles connaissances. Les paroles de Lucien lui ouvraient les portes d'un monde inconnu et tout nouveau pour elle, et elle ne voulait pas qu'elles se referment aussitôt. Elle s’exclama donc :

- Mais c'est incroyable ! Jamais je n'aurais cru cela d'un simple crocus ! Sous leur apparente fragilité, il se cache donc tant de mystères... Mais dites-moi, existe-t-il beaucoup de plantes qui agissent de la sorte ?
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Lun 3 Mar - 4:44

Lucien ne fut pas trop étonné de la réaction de Zélie. Jeune fille, ouvrière sans doute depuis plusieurs années, son instruction devait se résumer aux préceptes de sa dévote parente et de sa logeuse. Lucien avait passé une bonne part de son enfance à lire les traités de botanique et de biologie. C'était de la compréhension du corps humain comme d'une machine logique que lui était venu la certitude que tout crime pouvait être résolu.
Il était même rassuré. Parler de science c'était une chose qu'il savait faire bien plus aisément que susurrer des mots doux aux oreilles des galantes.

"Tout à fait. Il existerait une forme de plante carnivore qui pourrait émettre l'odeur de l'aliment favori d'un animal qui passerait juste à côté afin de le dévorer. On parle également de végétaux qui pourraient se camoufler parmi d'autres plantes."

Les expéditions amazoniennes étaient à la mode ces derniers temps et chaque mois un nouveau professeur revenait avec les malles pleines de plantes toutes plus exotiques. Sans doute certaines étaient de pures inventions mais cela stimulait la recherche et Lucien le voyait comme un mal pour un bien. Ils passèrent à hauteur du policier municipal chargé de la surveillance du square. Il manqua de faire une remarque quand il se souvint qu'il n'était pas en service et qu'il était donc normal qu'on ne le reconnaisse pas comme étant de la Sûreté. Lucien tentait de s'arracher à ses pensées professionnelles mais depuis peu l'affaire des meurtres des jeunes filles dans les bas fonds de Paris l'obsédait complètement. Il suppliait le Préfet de le mettre sur l'affaire mais celui-ci refusait de voir ce que Lucien craignait : un tueur en série courrait. Il tourna la tête vers Zélie et fit un sourire comme pour tenter de sortir de ces pensées.
Il avisa un banc à l'ombre tout près d'une jolie mare sur laquelle semblaient vouloir glisser lentement quelques cygnes.

"Voulez vous que nous nous asseyions à l'ombre ici?"
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Zélie Vilard

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Lun 3 Mar - 5:29

Lucien Rausa ne sembla étonné outre mesure de voir que Zélie s'intéressait aux sciences. Elle était heureuse de pouvoir lui montrer qu'elle ne s'intéressait pas qu'aux chapeaux et autres frivolités, mais qu'elle pouvait aussi discuter de sujets plus profonds et sérieux.

Il lui parla donc encore de plantes ayant des propriétés particulières, mais ce faisant, elle vit que ses yeux étaient toujours en mouvements, et qu'il conservait encore un air sérieux. Il n'arrivait manifestement pas à se défaire complètement de son travail, bien qu'il fit des efforts manifestes pour se montrer le plus affable possible envers la jeune femme.

Elle lui sût gré de ses efforts pour lui rendre la promenade agréable, d'autant que, pour le moment, tout se déroulait à merveille.
Soudain, le jeune homme se tourna vers elle et lui demanda :

- Voulez vous que nous nous asseyions à l'ombre ici ?

Zélie détourna les yeux, hésitante. Allait-il ensuite vouloir se comporter comme les amoureux qu'ils avaient croisé auparavant ? Dans ce cas, elle devrait refuser... Mais peut-être voulait-il seulement profiter du paysage, qui était absolument charmant à cet endroit ? Et elle ne ferait alors que gâcher cette si belle après-midi.

Elle regarda alors timidement Lucien et dit d'une voix douce :

- Oui, avec plaisir. La vue ici est absolument charmante...

Ils s'assirent alors à une distance respectable l'un de l'autre sur le banc, Zélie ramenant sagement ses jupes. Les cygnes s'approchèrent lentement, sans doute en quête de quelques quignons de pain.

Zélie s'enhardit alors et demanda à Lucien, avec un petit sourire:

- Et sur les cygnes, Mr Rausa, pourriez-vous m'apprendre quelque chose ?
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Sam 8 Mar - 8:09

Lucien ne pouvait s'empêcher de penser en policier. Lorsqu'il voyait cet étang il se disait qu'il faudrait trois jours pour qu'un corps bien lesté remonte à la surface sous le gonflement des chairs. Il avisa alors les bâtiments. Un tel crime ne pourrait avoir lieu qu'en été car les essences des platanes qui entouraient les grilles du parc offraient en toute autre saison une vue dégagée depuis les fenêtres sur le lieu du crime. Toutefois une chaleur estivale excessive pourrait mettre le plan en péril car il accélérerait la putréfaction. Il sourit dans le vide. Quelle belle enquête cela serait! Il retourna toutefois son esprit sur son affaire en cours. Le cas Zélie Vilard et le but suprême : gagner son affection.

"Sur les cygnes peu de choses mais leur fonctionnement social ressemble volontiers au notre. La femelle veille sur ses enfants avec une attention immense, s'affamant même pour pouvoir les nourrir. Le mâle est lui chargé de défendre sa famille. Il n'hésitera pas à se jeter sur toute forme de menace au dépit de la raison. Ce sont des créatures étonnamment passionnées. Et en cela passionnantes, comme les êtres humains."

Lucien sentit son coeur battre plus fort. Il voulait lui poser une question à son tour mais il craignait que ce soit mal pris ou cavalier. Il souhaitait plus que tout la revoir de manière plus fréquente et ne pas craindre de dire qu'il courtisait cette charmante jeune femme. Il voyait sa vie dédiée à la victoire de la Justice, pouvait-il vraiment avoir une compagne dans ce chemin? Il l'avait espéré depuis qu'il avait vu la jeune femme et à présent il sentait qu'il le désirait plus que tout. Un petit morceau de normalité dans son existence.
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Zélie Vilard

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Lun 10 Mar - 2:46

Zélie regarda Lucien pendant qu'il répondait à sa question avec empressement. Il semblait de plus en plus ouvert au fur et à mesure que le temps passait, plus souriant, plus détendu. Zélie avait le sentiment qu'il appréciait beaucoup cette promenade, tout comme elle d'ailleurs.
Le jeune homme était vraiment d'une compagnie très agréable et Zélie espéra qu'il l'inviterait encore après cette promenade...Et qui sait même, si, par la suite... Mais Zélie se refusa à imaginer ce qui pourrait advenir ensuite.
Si elle songeait forcément au mariage comme une étape indispensable de sa vie, elle n'était pas de ces jeunes filles qui ne pensent qu'à se marier le plus vite possible... Elle trouvait cet état d'esprit avilissant. Après tout, même si sa situation n'était pas des plus aisées, elle était indépendante financièrement, et pouvait donc de permettre d'attendre la bonne personne, quelqu'un qui saurait la comprendre et l'aimer...

Quittant ses pensées, elle revint à sa conversation avec Lucien :

- La femelle veille sur ses enfants avec une attention immense, s'affamant même pour pouvoir les nourrir. Le mâle est lui chargé de défendre sa famille. Il n'hésitera pas à se jeter sur toute forme de menace au dépit de la raison. Ce sont des créatures étonnamment passionnées. Et en cela passionnantes, comme les êtres humains.  

Décidément, en plus d'être un compagnon fort agréable, il lui racontait des choses passionnantes, ce qui la changeait des discussions le plus souvent sans intérêt de la boutique et de la pension de jeunes filles.

-Comme c'est beau pour le mâle, de montrer un tel acharnement à défendre ses enfants ! s'exclama t-elle. Finalement, il y a beaucoup de traits de caractères que nous pensons être l’apanage exclusif de l'homme, et qui se retrouvent cependant chez les animaux... Qu'en pensez-vous ?

Cette discussion devenait bien sérieuse pour un premier rendez-vous, mais cela ne semblait pas déranger Lucien. Et Zélie appréciait le fait de pouvoir enfin discuter de choses plus profondes que de la couleur des chapeaux d'après-midi...
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Lun 10 Mar - 3:38

C'est exact. On parle toujours de la fidélité des chiens ou de la tendresse des chats. Mais en réalité les autres formes de vies animales ont parfois des caractères humains. Et parfois c'est le contraire...

Lucien regarda autour de lui. Il espérait presque un visage familier qui viendrait dans sa direction. Il se lèverait immédiatement puis par politesse présenterait Zélie à l'importun. Cela l'arracherait un instant à son angoisse soudaine. Autour d'eux la vie parisienne s'écoulait nonchalamment, paisiblement et même le ciel ne semblait pas vouloir courir à son secours par un quelconque nuage de pluie soudain. Il semblait que la Providence le poussait inexorablement à prendre son courage à deux mains et, pour une fois, à agir de lui-même en responsable. Il s'éclaircit la voix comme pour parler et même ouvrit la bouche mais n'y parvint pas. Il sauva la face autrement.

"Avez vous entendu parler de la nouvelle pièce qui..."

C'était pathétique. Il s'arrêta dans son élan. Il se racla la gorge à nouveau. Puis, soudainement, un courage l'envahit tandis que son regard se perdait vers les arbres. Ce n'était pas la bravoure chaude de l'homme qui se sent immédiatement envahi par un devoir supérieur qui le pousse en avant et sabre au clair. C'était la bravoure glaciale de celui qui est acculé et qui sentant que ce sera pire si il ne charge pas, se jette en avant espérant atteindre sa cible.

"Mademoiselle Vilard. je n'ai pas, à proprement parler, de vie sociale ou d'amis. Mon travail est tout ce qui emplit ma vie, ma raison d'être ici. Je dois dire que cet après midi fut délicieux en votre compagnie. Bien plus je dois l'admettre que tout ce que j'aurais pu imaginer."

Il lui sembla tout à coup que ça allait mieux. Il ne restait plus qu'à prononcer le reste.

"Mademoiselle, j'aimerais vous dire que jusqu'à présent toute compagnie féminine semblait pour moi une vulgaire perte de temps. Pourtant vous m'avez prouvé par votre seule présence ce jour là dans ce magasin que j'avais tort. Et croyez moi ce n'est pas une chose que je dis souvent."

Il se tourna vers elle et ne souriait plus. Son visage était sérieux et plein de sincérité.

"Mademoiselle, accepteriez vous... que nous nous revoyions plus régulièrement et dans d'autres lieux? En d'autres termes, à défaut de pouvoir le demander à votre famille, je vous demande humblement si nous pourrions tendrement nous fréquenter."
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Zélie Vilard

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Lun 10 Mar - 4:45

- C'est exact. On parle toujours de la fidélité des chiens ou de la tendresse des chats. Mais en réalité les autres formes de vies animales ont parfois des caractères humains. Et parfois c'est le contraire...

Pendant qu'elle l'écoutait, Zélie se demanda si sa dernière phrase avait un rapport avec le métier qu'il exerçait. Elle réalisa soudain, bien de façon vague et diffuse, qu'être homme de la Sûreté devait amener à voir des choses terribles, qu'elle ne saurait ni ne voulait imaginer. Elle comprit soudain pourquoi il lui était si difficile de se départir de sa réserve naturelle : c'était une barrière qu'il avait édifier pour se protéger...
Leur vies étaient si dissemblables ! Elle au milieu de ses chapeaux, vivait dans un petit cocon protecteur, à l'abris des peines et tourments. Lui devait affronter toute la misère et la violence de Paris.  ..

A ce moment, Lucien lui demanda, d'un ton nerveux et hésitant :

- Avez vous entendu parler de la nouvelle pièce qui...

Puis il s'arrêta tout net et se racla la gorge. Il semblait profondément emprunté, mais Zélie ne voyait pas quoi dire pour le tirer d'embarras. Elle n'était allée que deux fois au théâtre, et c'était il y a déjà un moment...

Soudain, il se redressa et lui dit, d'un ton cette fois assuré :

- Mademoiselle Vilard. je n'ai pas, à proprement parler, de vie sociale ou d'amis. Mon travail est tout ce qui emplit ma vie, ma raison d'être ici. Je dois dire que cet après midi fut délicieux en votre compagnie. Bien plus je dois l'admettre que tout ce que j'aurais pu imaginer. Mademoiselle, j'aimerais vous dire que jusqu'à présent toute compagnie féminine semblait pour moi une vulgaire perte de temps. Pourtant vous m'avez prouvé par votre seule présence ce jour là dans ce magasin que j'avais tort. Et croyez moi ce n'est pas une chose que je dis souvent.

A ces mots, Zélie baissa les yeux, afin de masquer un peu le rouge qui lui montait au joues. Une telle avalanche de compliments la ravissait. Il avait apprécié sa compagnie ! Lui, un homme si intelligent, avait aimé discuter avec elle, si jeune et qui connaissait si peu le monde !
Elle sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine, une sensation qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant.

Elle releva de nouveau les yeux pour l'entendre dire :

- Mademoiselle, accepteriez vous... que nous nous revoyions plus régulièrement et dans d'autres lieux? En d'autres termes, à défaut de pouvoir le demander à votre famille, je vous demande humblement si nous pourrions tendrement nous fréquenter.

Pendant un moment, Zélie fut incapable de répondre, tétanisée par la surprise et la joie. Elle se contenta donc de baisser à nouveaux ses grands yeux, un timide sourire commençant à s'ébaucher sur ses lèvres.
Puis, elle reprit enfin assez d'emprise sur elle même pour lui répondre d'une voix douce :

- Monsieur Rausa, j'ai moi-même passé un excellent après-midi en votre compagnie et j'ai fort apprécié notre conversation. J'ai... j'ai toute la confiance de ma grand-mère, et je sais qu'elle ne verrait aucun inconvénient à ce que nous nous fréquentions. Ainsi... c'est avec joie que j'accepte votre demande.
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Mar 11 Mar - 5:33

Lucien se sentait étonnamment léger. Il était même intrigué que cela ait aussi bien fonctionné. Il ne voyait pas très bien ce qui poussait cette jeune fille à ainsi avoir confiance en lui. En général les gens se méfiaient des hommes de la Sûreté. Il était tout à fait satisfait de voir que pour une fois quelqu'un appréciait sa présence et surtout désirait le revoir encore et encore. Il se souvenait de ses jeunes années quand ses collègues sortaient le soir pour aller fréquenter les jeunes filles dans les bars de marins ou les cabarets enfumés alors que lui passait ses nuits à ausculter le système nerveux d'un rat ou voir si le sang se révélait sous l'effet de différents acides. A présent que son métier lui prenait l'essentiel de son temps et qu'il sentait comme un devoir suprême de combattre le crime, il lui semblait que quelque chose lui manquait : la présence rassurante, douce et sincère d'une personne à aimer.
Un bol d'air pur et frais dans son océan de miasmes, de prostituées égorgées, d'opiumeries et de dandys qui se pensent à l'abri de la Justice.

"Mademoiselle... Je veux dire Zélie."

Il lui prit la main.

"Vous faites de moi l'homme le plus heureux du monde."

Et cette fois il fit un sourire sincère.
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Zélie Vilard

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Mar 11 Mar - 21:42

Le jeune homme sembla surpris que Zélie ait si vite accepté sa demande, ce qui l'étonna un peu. Car en effet, comment elle, simple petite vendeuse, ne pouvait-elle pas se sentir honorée d'être distinguée par un homme tel que lui, un homme honnête, droit et respectable ? En plus, il s'était vraiment montré tellement attentionné avec elle... Non décidément, elle avait beaucoup de chance, et elle savait de plus que sa grand-mère approuverait sa décision.

Lorsqu'elle avait appris sa situation, quand Zélie lui avait écrit pour lui dire qu'il l'avait invité, sa grand-mère lui avait réécrit :
"ma petite, tu sais que je ne veux que le meilleur pour toi, et je pense que ce jeune homme pourrait te convenir. Je suis certaine que tu vas rougir à ces lignes, car tu n'as pas encore songé à une telle éventualité, mais c'est le lot des grands-mères de toujours penser au mariage, dès que que leur petits enfants commencent à fréquenter le monde. Cet homme n'est certes pas très riche, et ne le sera jamais, mais il t'offrira un foyer stable et confortable. Et, s'il est tel que tu me l'a décrit, je suis certaine qu'il sera toujours fidèle et attentionné.
Je te fais donc confiance pour la suite ma petite, comporte toi toujours dans les strictes limites de la bienséances, et laisse le temps faire venir les choses. Tu es jeune encore, et tu as donc tout le temps pour trouver l'homme qui saura t'offrir la vie que tu mérite."


Zélie ne savait pas ce que lui réserverait le futur, mais elle savait qu'elle aurait beaucoup de plaisir à connaître mieux Lucien, et à découvrir les recoins de Paris à ses côtés. Confusément, elle sentait qu'une nouvelle étape de sa vie venait de s'ouvrir, et que son enfance était définitivement terminée.
Elle était encore tout a son bonheur, lorsqu'elle sentit que Lucien lui prenait la main, très doucement.

- Mademoiselle... Je veux dire Zélie. Vous faites de moi l'homme le plus heureux du monde.

Zélie sentait son cœur battre de plus en plus fort dans sa poitrine. Lucien n'était pas un homme à prononcer ce genre de phrase à la légère. Elle n'en avait donc que plus de valeur, plus de force... Elle voulait également lui dire qu'elle était tellement heureuse, mais sa timidité naturelle l’empêchait de mettre des mots sur ses sentiments.

Elle fit alors le geste le plus fort dont elle était capable pour lui exprimer son affection : elle le regarda droit dans les yeux, un sourire venant du fond de son cœur accroché à ses lèvres, et lui pressa légèrement la main en retour...
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: Partie d'échecs avec le coeur   Lun 17 Mar - 4:08

Le cerveau de Lucien ne savait pas bien comment il devait traiter cette nouvelle information. Il était en couple. Du moins il était en voie pour l'être. Il n'avait jamais pensé à cela. Il se demandait si cela allait avoir une quelconque impact sur son travail et sur ses projets. Il songea toutefois que c'était aussi pour lui une bien belle chose que de pouvoir ainsi se détendre en pensant qu'il avait quelqu'un sur qui laisser vagabonder ses pensées. Jusqu'à présent c'était l'absinthe qui soulageait son esprit dans les nuits de doute ou d'angoisse. Il se contenta donc de sourire après être resté un long moment silencieux.
Étonnamment cela renforça sa conviction qu'il faisait ce qu'il fallait en envoyant tous les rebuts en prison : à présent il avait quelqu'un sur qui veiller.

"J'ai promis à madame votre logeuse de vous ramener avant le soir. Nous devions nous hâter pour attraper le prochain omnibus."

Lucien offrit à nouveau son bras à Zélie pour l'accompagner. Cette fois il y avait quelque chose de nouveau dans ce geste. Plus que du respect, de l'admiration.

Spoiler:
 
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