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 Le défilé des innocents

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Caliel Cozart

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MessageSujet: Le défilé des innocents   Jeu 20 Fév - 3:50

Il en exhibe une à chaque bras. Une rousse et une blonde. Elles s’accrochent à lui et accordent leur pas au sien. Chacune des phrases prononcées par la verte voix de Caliel est ponctuée de « Dieu ». Tantôt virgule, tantôt point, deux points…

- Dieu est partout.

Partout. L’une lève les yeux au ciel, se sentant soudain venir des élans de mystique refoulés, tandis que l’autre resserre son étreinte sur l’adolescent en le gratifiant d’un tendre sourire sous lequel le pauvre garçon se sent faiblir. Elles sont grandes ; il fait ce qu’il peut. Autrement dit, il se tient bien, bien, bien droit.
Midi sonne.
Le trio se poste sous un lampadaire. Les demoiselles libèrent la victime de leur ennui passé et se campent devant Caliel en arborant un air valsant entre la tendresse et la coquinerie.

- Ô Catherine ! Comme il est mignon votre petit prêtre !
- Je vous avais avertie, Juliette. Ce gamin-là a de ces yeux !

Le visage de Caliel prend feu. Il baisse les yeux et feint replacer le col de sa veste.

- Qu’en est-il de vos frères ? Sont-ils d’aussi jolis garçons que vous ? s’enquiert Juliette la blonde.

Refoulant un regard vers les cieux, Caliel entrouvre les lèvres en un discret soupir avant de répondre. Cependant les mots trébuchent dans sa gorge et ne lui vient alors qu’un brusque toussotement. Les belles sursautent en chœur. C’est qu’entre leurs deux délicates épaules, non loin, se dessine un visage familier. La mâchoire inférieure de Caliel ne cesse, dès lors, de s’affaisser. Il redevient, soudain, ce gamin surexcité qui, un certain 14 juillet, devant le traditionnel défilé militaire, était passé à un cheveux de défaillir en voyant la cavalerie.

- C’est lui… parvient-il à articuler sous les regards amusés quoique confus du couple de jeunes dames.

Baptiste, l’un des aînés de sa douzaine de frères, œuvre sous la gouverne du colonel Lebrun. C’est-à-dire cet homme. Ce grand, ô combien grand cavalier qui avait un jour conquis sans le savoir le petit frère de l’un de ses lieutenants. Combien de fois le pauvre Caliel avait-il supplié le vaillant et ambitieux Baptiste de lui présenter le colonel et de lui demander la permission de poser son maigre séant sur l’une de ces brillantes montures de guerre… Combien de fois ! Et voilà qu’il est là, devant lui, comme un miracle inespéré.
Laissant ses compagnes à elles-mêmes, il passe entre elles, fantomatique, et va au devant du colonel. Derrière lui, Catherine et Juliette entreprennent le laborieux exercice du décompte des frères Cozart. Mais juste au moment où Caliel en est à deux pas d’atteindre le colonel, son colonel, juste à ce moment précis, Catherine la flamboyante se retourne et son visage, soudain, s’enlumine d’un radieux sourire.

- Colonel !

Non ! Non, non, non !
Car voici qu’elles s’amènent, les gentilles, toutes belles, toutes fines, et qu’elles éclipsent, complètement, entièrement, cruellement, le jeune Caliel qui, d’un tour de jupons, se retrouve reclus dans l’ombre des charmes féminins. Usant de tout son savoir-vivre, il se retient, de justesse, pour ne pas tout bonnement pousser les effrontées et leur tirer les cheveux. Cela fait, il serre les dents en écarquillant de grands yeux troublés. Oui, troublés, devant le spectacle de l’injustice. Avec une paire de nichons et une tignasse sur la tête je leur ferais voir, moi, qui c’est qui est la plus belle… Putes ! se laisse aller à songer l’innocent.

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Dominique Lebrun
Être homme ? tu le peux. Va-t'en, guêtré de cuir
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MessageSujet: Re: Le défilé des innocents   Jeu 27 Fév - 12:51

La place de Grève à midi : toujours un bonheur, n'est-ce pas? Des gens, des enfants, des chevaux, des voitures, Dieu merci ! pas d'automobiles aujourd'hui, mais du bruit à foison, et partout, des visages. Certains connus que l'ont salue d'un signe de tête, la plupart anonymes dont on remarque un détail cocasse ou que l'on ignore.

Dans cette foule bigarrée que l'on trouve tous les jours à l'Hôtel de Ville, quelque chose soudain attire l'oeil. Dans le coin, à droite : une cascade.

Une cascade ? place de l'Hôtel de Ville ? Et bien oui. Une soyeuse cascade rousse sur un tourbillon de jupons. Et au même instant, la voix. Elle parcourt sans difficulté les quelques mètres qui les sépare, se frayant un passage sans égard pour la foule ; pour finalement finir sa course dans l'oreille du colonel. Une seconde, c'est tout ce que cela a pris.

Une seconde pour ne pas prêter attention au frêle jeune homme qui s'avançait vers lui, anonyme, perdu dans la foule. Une seconde pour être interpellé par... par quoi finalement : la voix ? la vue ? Lequel des sens avait été alerté le premier ? Peu importe en une seconde.

Une seconde de plus pour que la tourbillonnante cascade et son amie le rejoigne.

« Mesdames. »

Salut. Coup d'oeil appréciateur sur l'amie inconnue.

« Je ne crois pas avoir déjà eu le plaisir de vous avoir être présenté madame. Mais je suis ravi d'en avoir l'occasion : colonel Lebrun. »


Léger claquement de talons, légère inclinaison, grand sourire. Décidément, Paris était une ville pleine de surprises.

« Quel hasard -bienheureux !- de vous croiser ici. Qu'est-ce qui diable vous amène en ville de si bonne heure ? »

Avait-il seulement noté la présence de la silhouette derrière les deux jupons ?..

Mauvaise langue ! Oui il a finalement remarqué ce drôle de jeune homme qui les regarde, les yeux grand ouverts. Se doute-t-il de la cause de l'émotion du jeune homme ? Pas le moins du monde. Et il ne se pose même pas la question.
La vue de la flamboyante Catherine et de son amie au teint de porcelaine suffisent amplement à expliquer l'émoi d'un adolescent.
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Caliel Cozart

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MessageSujet: Re: Le défilé des innocents   Ven 14 Mar - 2:15

Elles roucoulent, les tourterelles. Flattées comme elles aiment l’être, leurs longs cils papillonnent, leurs robes valsent avec le vent, leurs appétissantes poitrines tressaillent sous les secousses de leurs rires de jouvencelles. Leurs charmes se déploient avec la délicatesse d’un beau plumage. Elles sont belles, les maudites. Et plus elles le sont, plus Caliel rapetisse, minuscule, dans leur ombre gigantesque. Il les hait sûrement autant qu’il les admire. Il voudrait les frapper sûrement autant qu’il voudrait enfouir son visage, une fois rien qu’une, dans leurs seins blancs. AH ! Honteux, Caliel lève les yeux vers les cieux. Pardon ! Pardon ! Pardon pardon pardon !

- Comme vous êtes bien mis, colonel !
Juliette est sous le charme.
- Et bien, cher colonel, cette très chère Juliette et moi-même profitions simplement du beau temps en compagnie de notre petit ami ici présent…

À ces mots, rousse Catherine indique gracieusement, d’un geste de la main, Caliel posté derrière elles, s’écartant quelque peu. Ce dernier, de retour parmi les hommes, déglutit difficilement. Doigts entrelacés devant lui, il met un certain temps à parvenir à les démêler afin de pouvoir tendre sa main – préalablement essuyée sur son pantalon – au colonel.

- Colonel Lebrun !

La voix fausse. Les joues roussissent une fois de plus et les damoiselles étouffent un rire. Caliel se racle la gorge, s’efforce de rassembler les quelques onces de courage qu’il lui reste.

- Je… Je me nomme Caliel Cozart. Mon frère, Baptiste, est lieutenant… Je… Je vous admire.

Non ! J’admire votre travail ! Mais il est trop tard, la bouche a parlé plus vite que la tête. Catherine et Juliette s’en amusent ouvertement.

- Comme il est mignon ! fait Juliette en essuyant un larme au coin de son œil.

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Dominique Lebrun
Être homme ? tu le peux. Va-t'en, guêtré de cuir
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MessageSujet: Re: Le défilé des innocents   Ven 21 Mar - 12:34

Juliette.
De beaux yeux, cette Juliette. Quelque chose pourtant, un je-ne-sais-quoi qui frappe désagréablement l'esprit. Une façon de minauder qui lui en rappelle une autre. Mais laquelle ?

Mais voilà que Catherine reprend la parole. Elles sont venues accompagnées, par ce beau temps, par leur « petit ami ». Dominique hausse un sourcil interrogatif : il ne voit pourtant personne autour d'eux, hormis la foule de tous les jours. Ce n'est tout de même pas...

… Et bien si, c'est lui. La jolie rousse s'écarte pour laisser apparaître le gamin qui les fixe depuis tout à l'heure. Mais où diable ont-elles été chercher ce gosse ? Et d'où leur vient l'idée de passer un moment avec lui, en s'affichant ainsi dans Paris ?

Ce n'est certainement pas pour son aisance en société ou son charisme. Le petit est resté planté derrière, comme changé en statue de sel ; et quand enfin la statue a pris vie, mon Dieu ! Cet air embarrassé et gauche, pas du tout à l'aise, cette poignée de main qu'il a fallu essuyer si élégamment au préalable... Et ce teint pâle, cette silhouette toute fine... Pouvait-il faire impression plus mauvaise ?

Peut-être oui, avec la voix qui fausse. Mais tout homme est passé par là n'est-ce pas ? Dominique sourit à la très vague évocation de ses quinze ans. Non, ça, il ne peut pas le retenir contre l'adolescent. Mais il ne peut s'empêcher de se retourner un instant, avec un sourire qui semble demander à ses amies qu'est-ce donc que ce petit bonhomme et d'où elle le sorte.
Les deux beautés semblent s'en amuser, en tous cas. Ce rire qu'elle retiennent – mais cherchent-elles vraiment à le cacher ?- ne devrait pas contribuer à faire disparaître le rouge qui lui est monté aux joues. Le pauvre. On a envie de le plaindre et de l'aider, si ce n'est d'en rire.

Mais ce rire, justement...
Furtivement, Dominique jette un regard agacé vers les deux donzelles. Oh rien, à peine une seconde, le temps de remettre un nom sur ce regrettable mais néanmoins irritant point commun. Et l'évidence est là.
Juliette a de faux airs de Pauline.
Et depuis un certain après-midi, ce sont des airs qui lui sont pénibles.
Une brève image flotte un instant dans l'esprit du colonel. Une autre femme, très différente des Catherine, Juliette ou Pauline. Lointaine maintenant. Et tiens, comme le petit ami, elle aussi a le rouge facilement aux joues...

Mais le garçon reprend. Et tout dans sa phrase est surprenant. Oui, l'intégralité de ce qu'il raconte, du début à la fin : il s'appelle Caliel Cozart, son frère est militaire et il admire Dominique.

C'est à dire que cet adolescent à peine sorti des jupes de sa nourrice, un peu empoté, un peu timide, palôt et ridicule est le frère de Cozart ! De son Cozart ! Son Cozart à lui, lieutenant énergique, téméraire et... et... si différent ?!
L'officier avait bien évoqué sa famille une fois, mais l'historiette menaçant de tourner au roman-feuilleton, ses camarades avaient vite trouvé un nouveau sujet. On savait juste qu'il avait une nombreuse fratrie, sans entrer dans les détails. Dommage : le détail qu'il avait sous les yeux présentement lui faisait penser à tout, sauf à un frère de militaire.
Enfin il était aussi épatant de découvrir que Cozart avait un frère comme Caliel, que Caliel avait un frère comme Cozart. Les réunions de famille devaient être si contrastées !

Et Dominique se serait volontiers laissé aller à l'étonnement – peut-être même que ça s'était vu, un très très bref instant – si la suite n'avait pas été si imprévue. Et incongrue.

« Je vous admire » ?
« Je vous admire » !
Du côté des jupons, on glousse et on s'amuse du pauvre enfant ouvertement. On commente même. Et avec une telle absence de tact : encore un peu, et elle venait lui pincer la joue comme une vieille tante. Non décidément, Juliette lui rappelait trop Pauline.

Mais retour à son admirateur.

« Monsieur Cozart. »

Mon dieu, monsieur semblait être un si grand mot pour ce petit.

« J'ignorais susciter tant de fougue auprès de la jeunesse. Mais je vous en remercie. Puis-je vous demander d'où vous vient cet enthousiasme ? C'est le lieutenant Cozart qui vous aura inspiré ? Ma foi, ce serait un argument pour son tableau d'avancement ! »

Le ton est sérieux, plaisant. Rien qui laisserait penser au frère Cozart qu'on le plaisante. Et de fait, on ne rit pas des passions et des rêves des enfants.

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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: Le défilé des innocents   Ven 21 Mar - 12:53

Lucien devait admettre une chose sur Paris : elle avait le sens de l'humour. La cité semblait animée d'une volonté propre et de pouvoirs pratiquement infinis sur les gens. et comme toutes choses dotés d'autant de pouvoirs, elle s'ennuyait probablement. Voilà pourquoi Paris pour passer le temps aimait se faire se rencontrer les personnes les plus opposées ou les amis qui s'ignoraient.
Le jeune inspecteur sortait de l'Hôtel de Ville. Il avait fait un nouvel appel sans trop de résultat à propos des meurtres des jeunes filles. l avait pourtant rapproché les assassinats à ceux d'un tueur en série tel que les polices anglaises les ont déjà identifiés par le passé, il avait prouvé la ressemblance dans les modus operandi, les même traces et les même manière de faire... Mais non. Le conseiller de M. le maire avait "pris note", avait "félicité pour un tel dévouement envers la Sûreté", avait promis de "parler de vous lors du prochain avancement". Mais pas de fonds supplémentaires, pas d'équipement supplémentaire et surtout pas d'enquêtes jointe sur ces affaires. Lucien était donc ressorti déçu mais plus riche d'un cigare.
Le temps était au beau fixe ce qui n'améliorait pas son humeur. C'est alors qu'il devina au loin un homme grand et élégant tenant à chaque bras une fort jolie créature qui semblait le dévorer du regard. Lucien grommela quelque chose sur la décadence de l'époque et la chute annoncée de la civilisation quand, le soleil ayant quitté sa vision, il reconnut le colonel Lebrun. Il ne pouvait pas dire qu'ils étaient très proches mais Lucien lui reconnaissait une certaine droiture morale et une loyauté, somme toute militaire, qui en faisait une personne agréable. Ils s'étaient rencontrés lors d'un simple cambriolage il y avait de cela quelque mois. Le colonel avait offert son aide pour une battue dans les ruelles afin d'en déloger deux voleurs essoufflés et malhabiles.
Lucien avait bien besoin d'un peu de remontant moral aussi alla-t-il à la rencontre du colonel. C'est alors qu'il remarqua ce jeune homme qui semblait à peine sorti de l'enfance. Il portait sur lui la respectabilité fragile du garçon qui semblait vouloir épouser les ordres. Une nouvelle tête, tentée par les créatures parisiennes si jeune. Etait-il déjà prêtre ou séminariste? Lucien aimait enregistrer tout ce qu'il pouvait sur les gens.

"Bonne journée Colonel. Mesdemoiselles, et vous jeune homme. C'est un bel hasard de vous rencontrer ici."
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Caliel Cozart

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MessageSujet: Re: Le défilé des innocents   Jeu 3 Avr - 13:54

Ah ha ! Quand il racontera la scène à Baptiste ! Ah ha ! Mieux ! Quand il la lui jouera ! Il verra bien, l’illustre grand frère, que le benjamin a ses connections parmi les belles gens de ce monde, tiens ! Monsieur Cozart se flatte Caliel. Môôônsieur Cozart, oui. Exact. Le treizième – quatorzième si l’on compte le géniteur de la fratrie – et surtout, surtout, non le moindre.
C’est qu’il reprend, lentement mais sûrement, quelques grammes de confiance parmi ceux qu’il avait laissés choir par terre. Caliel se sent encouragé par le colonel qui, décidément, sait s’y prendre avec les garçons en émoi. Que de tact. Que de naturel, ma foi. Que de galanterie. Que de… Que de… Cavalerie.
Caliel en oublie presque la présence des deux tourterelles. Qu’elles se moquent, les demi-bouteilles ! De toute façon, qu’est-ce que ça peut lui faire à lui, le pieux, le chaste et spirituel adolescent. Lui qui par la force de l’esprit se châtera en se vouant à Dieu lorsqu’enfin, d’ici quelques courtes années, l’Église en aura terminé de sa formation de prêtre.  

- Le lieutenant Cozart ? Et bien…

Dilemme. D’un côté : vanter le mérite de Baptiste et, ce faisant, s’attirer les bonnes grâces du grand frère en question. Mais ce, pour combien de temps ? Caliel, mieux que qui compte, sait combien les infidélités fraternelles peuvent décevoir. C’est un risque à prendre, donc.
D’un autre côté : déprécier Baptiste et, ce faisant, possiblement soulever quelques doutes du côté du colonel. Car après tout, le lieutenant Cozart se dévoue à la tâche, en bon militaire qu’il est, le solide Baptiste sait se montrer aussi enthousiaste et obéissant qu’un chien. Pas étonnant, d’ailleurs, qu’ils n’aient jamais eu de cabot, à la maison.

- En fait, mon frère a toujours assisté aux défilés militaires avec moi. D’où mon enthousiasme qui, effectivement, fût encouragé par Baptiste. Les chevaux de la cavalerie sont magnifiques. Je rêve d’en chevaucher un de la sorte, un jour. avoue-t-il tandis que des étoiles scintillent dans ses yeux

Prudent, Caliel se garde de mentionner l’inexistence, chez lui, d’une once, même infime, de talent pour l’équitation. Il se garde également, sans grand mal disons-le, de préciser que sa mère lui a formellement interdit de poser son séant sur le dos de toutes bêtes se déplaçant sur quatre pattes. « Je sais ce qui arrivera, Caliel, je le sais ! Tu tomberas et tu te casseras la tête ou, pire ! Tu resteras défiguré pour le restant de tes jours ! Hors de question que mon petit prince devienne un petit monstre ! » Par pitié, que quelqu’un lui donne une autre vie.

Une vie comme celle de ce jeune homme, par exemple, songe Caliel en posant le regard sur l’inspecteur. Il le reconnaît. C’est celui que sa mère lui a pointé, lors d’une balade, en lui confiant, sur un ton secret, que ce jeune inspecteur lui inspi[rait] confiance. Un esprit prometteur dans un corps, cela dit, d’apparence chétive. Et puis, c’était bien dommage qu’il fut protestant mais, comme disait madame Cozart, la perfection n’était toujours pas de ce monde, exception faite de son petit dernier, évidemment… Caliel, alors, avait haussé les épaules avant de s’en remettre à son cornet de crème glacée.

- Bonjour inspecteur. Vous connaissez nos amies Catherine et Juliette ?

Les belles saluent poliment. Et d’un coup, à observer le visage de l’inspecteur, Caliel se souvient. Il a commis, il n’y a pas longtemps, un acte pour le moins moralement douteux. Et d’avoir l’inspecteur là tout juste devant lui n’atténue en rien le sentiment de culpabilité qui le prend tranquillement.
Plus d’une fois, mu par une étrange pulsion, il s’était rendu au cimetière et avait uriné sur des tombes sélectionnées plus ou moins au hasard. Mais une fois, récemment, il avait failli se faire prendre.
Il était là, à se soulager sereinement, lorsqu’il avait entendu une voix, loin derrière, le héler. Effarouché, il s’était empressé de ranger l’arsenal et de déguerpir en prenant ses jambes à son cou.
Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi s’en souvenir maintenant alors qu’il a la chance, enfin, de lier quelque amitié, même des plus superficielles, avec le génialissime colonel Lebrun.
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Dominique Lebrun
Être homme ? tu le peux. Va-t'en, guêtré de cuir
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MessageSujet: Re: Le défilé des innocents   Mer 9 Avr - 10:55

Décidément, le garçon était amusant. Malgré lui, certainement, mais que voulez-vous ? Il répéta avec une sorte d'interrogation dans la voix le grade et le nom de son frère. Puis un silence songeur prit tout son temps pour se dérouler. Mais à quoi pouvait-il donc songer ? Quand on évoquait le lieutenant Cozart, il voyait de qui l'on voulait parler tout de même ! Inutile d'y réfléchir !
Évidemment, il devait penser à tout autre chose, à une réponse adéquate. Mais les premières impressions...

Et la réponse vint. Tout à fait juste et mesurée au début, nettement moins modérée par la suite. Et tandis que les yeux du gamin étincelaient, Dominique pouvait entendre d'ici les magnifiques chevaux de la cavalerie rire en imaginant pareil cavalier sur leur dos. C'est que cette vision ne manquait pas d'étonner. Ce serait aussi incongru que... que... que le vicomte de Lonsay se battant en duel pour les beaux yeux d'une cocotte par exemple. C'est imaginable dans un flou artistique, mais si vous approchez un peu et que vous observez plus attentivement le personnage en question, cela devient parfaitement incongru. Comme une morceau rapporté d'un tableau à un autre. Un acteur perdu dans une pièce qui n'est pas la sienne. Ridicule.
Mais enfin.

Le colonel n'eut pas à réfléchir pour sa réponse. Il n'eut pas même le temps de la donner, une autre voix se joignant à leur conversation. Grand, pâle, maigrichon, le cheveu ras et bien ordonné, l’œil marron toujours à la recherche d'un détail à noter, pas de doutes : la Sûreté était là.
La Sûreté, pour Dominique, se résumait en la seule personne qu'il connût de près ou de loin de ce service – en l’occurrence plutôt de loin- , c'est-à-dire à monsieur Rausa. Et à vrai dire, la réciproque était possible : Rausa se résumait à son travail tant personne ne lui connaissait de vie sociale.

Les deux jupons saluèrent poliment, sans plus. La fonction du nouveau venu ne les faisaient que peu rêver, de même que sa personne probablement.

« Inspecteur. C'est que Paris est rempli de hasard aujourd'hui semble-t-il. Comment se porte notre police par ce beau jour ? »
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: Le défilé des innocents   Ven 11 Avr - 10:11

"Je n'ai pas eu cette occasion."

Lucien porta un regard distrait envers les midinettes qui se pendaient aux bras du colonel. Des jeunes filles de bonne famille qui aimaient s'encanailler lors des belles soirées mondaines et d'abandonner à de beaux militaires ou des officiers de marine de passage afin de pouvoir ensuite lancer de longs regards pleins de sous entendus à leurs amies lorsqu'elles se retrouvaient entre elles. Elles se paraient de gloire dans une toge faite de leurs couvertures en satin.
Le jeune prêtre était bien plus intéressant tant il semblait faire des efforts immenses pour se maintenir dans une vision religieuse de la vie même lorsque le monde lui mettait sous les yeux la tentation des chairs faciles et des parfums enivrants. Lucien ne pouvait s'empêcher de trouver quelque chose de plaisant à cette situation, comme si le jeune séminariste se mettait à l'épreuve lui-même.
Le colonel le salua. Lucien et lui se connaissaient de vue et de nom plus qu'autre chose. Ils avaient été un temps l'objet de curiosités réciproques. Lucien appréciait sa compagnie : elle était agréablement franche.

"Notre Police je l'ignore. Sans doute doit-elle s'agiter et vainement essayer d'arrêter des criminels même si on peut toujours en douter. En ce qui me concerne je me porte plutôt bien."
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Le défilé des innocents

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