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 D'avant garde...

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Lucien Rausa

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MessageSujet: D'avant garde...   Ven 3 Jan - 5:52

Lucien fit se pousser les curieux qui s'aggloméraient en un point de la large rue. Le soleil d'Avril baignait tout le quartier d'une lumière qui faisait miroiter les glaces, les bijoux et les dorures d'apparat qu'aiment porter les habitants bourgeois et excentriques près du Théâtre d'Art. Il flottait dans l'air une odeur douce de fleurs et ça et là on voyait les flâneurs se promener nonchalamment le long des vitrines commentant, riant et, parfois, cédant à l'achat d'un quelconque bibelot. la bonne société mondaine était ici chez elle. Mais pas qu'elle hélas. Lucien le savait : Paris était une ville rongée par la corruption et les beaux quartiers n'étaient parfois que les décors de façade de crimes tout aussi immondes que dans les ruelles étroites des bas fonds. Au loin on devinait l'imposante bâtisse du Théâtre mais ici le spectacle qui semblait attirer les regards était bien différent.
Là, dans un coin mal éclairé comme si le soleil lui-même ne voulait pas participer à la représentation, se tenait autrefois une librairie. La vitrine était éclatée, les morceaux de verre jonchant l'étalage de la devanture, les livres avaient pour la plupart étaient déchirés, certains jonchaient le sol de la rue où ils étaient piétinés par les badauds. Livide, appuyé d'une main contre le mur, le directeur de l'établissement semblait marmonner des choses au policier de la Municipale qui s'occupait de lui. Lucien approcha, fendant la foule de sa grande taille. Un policier dans son bel uniforme l'accueillit. c'était l'archétype du fonctionnaire moustachu et bedonnant qui était satisfait de son poste et n'avait qu'un but : faire des rapports d'incident les plus courts possibles ensuite de quoi il allait sans doute dépenser son salaire et ses à côtés durement gagnés en fermant les yeux dans un quelconque établissement où les filles ne sont pas chères. Lucien avait du mal à masquer son mépris pour ces personnages qui le ralentissaient et souvent favorisaient le crime sans rien faire.

"Vous êtes le monsieur de la Sûreté?".

Etre de la Sûreté offrait une autorité sur ces petits défenseurs de la Loi et, étonnamment, c'était une des rares choses que ces derniers respectaient encore.

"Lucien Rausa, oui. Que s'est il passé?
- Ce matin le directeur est venu pour ouvrir son établissement et il l'a trouvé dans cet état.
- Qu'est ce qui a disparu?
- Rien monsieur l'Inspecteur. Il n'y avait pas d'argent dedans.".


Lucien soupira. Certains de ces livres valaient parfois plusieurs centaines de francs. Qui volerait cinquante franc contre une édition originale?

"M'est avis que c'est l'oeuvre des tziganes!".

Lucien fixa le policier. Il était fréquent d'accuser les tziganes qui avaient, il est vrai, bonne côte chez les artistes du quartier. Mais il n'y avait ni preuve, ni témoin. Trouver un coupable vite n'était pas son idée. Lucien s'agenouilla et se mit en quête de regarder les éclats de verre et les pages déchirées. Peu à peu la foule s'éclaircit, le spectacle avait perdu en intérêt. Lucien sortit de sa poche son carnet et nota toutes sortes de choses : dimensions de la vitrine, taille de l'impact présumé. Il mesura la distance entre les livres et ramassa quelques pages qu'il frotta entre ses mains. Il en goutta même une et esquissa un sourire. C'est alors qu'il la vit. Une belle femme, visiblement épanouie, aux habits nettement plus riches que ceux des habitants du quartier. Lucien devina qu'elle venait ici pour la curiosité plus que par nécessité : un luxe que seule la noblesse pouvait s'offrir. L'accompagnait deux jeunes enfants qui lui ressemblaient beaucoup. L'un d'entre eux, jeune garçon, semblait s'intéresser de très près à la scène alors que sa mère faisait des efforts pour mondainement le pousser à se détourner de cet environnement indigne de son monde. L'enfant enfin le montra du doigt et parla fort.

"Regarde le monsieur, il ne ressemble pas aux autres policiers!".


Lucien esquissa un sourire. Il se releva et approcha de la famille. Il vérifia que sa mise était correcte, bien qu'ici de la petite bourgeoisie, il connaissait les convenances.

"Madame, je suis M. Rausa du Bureau de la Sûreté.".
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Ven 3 Jan - 6:49

Snowden était le plus vieux, mais également le plus sage des enfants de Catharina.  Il parlait peu, demeurait en retrait et préférait feuilleter quelques livres plutôt que de courir partout et interpeler tout le monde.  Il n’avait que six ans, mais sur lui pesait un sérieux d’adulte presque triste.  La mère, parfois, s’en inquiétait, mais le garçon ne faisait qu’adopter la même attitude que sa mère.  Être timide et réservé.  

Catharina emmena deux de ses fils avec elle.  La princesse se rendit dans les quartiers se situant près du théâtre d’art.  Elle n’avait besoin de rien, mais c’était mieux que de rester enfermée comme elle avait l’habitude de le faire.  Regarder les vitrines, pointer doucement à son fils les choses qui pourraient les intéresser.  Honey, du haut de ses trois pommes, couraient de droite à gauche, se faufilant entre les passants, parfois s’éloignant trop loin.  Catharina le rattrapait, en se disant que la vie serait beaucoup plus facile si l’enfant savait se tenir comme son frère.  Elle le pensait mais, au fond, ne le désirait pas.  Il fallait bien chez les enfants Ainsworth un enfant capable de sociabiliser !  

Pas très loin, là-bas, se trouvait un amas de personnes.  Pas un attroupement mais la princesse de Fréneuse n’aimait pas particulièrement la foule.  Aussi maigre fut-elle !  Hélas, se prenant pour de grands explorateurs, ses fils foncèrent vers la scène de crime.  Honey tenant la main de son grand frère, et le pauvre Snowden qui se contenta de suivre.  Le plus jeune parut déçu, mais l’ainé, lui, eut sa curiosité piquée.  Il aimait bien les policiers et, même s’il ne lisait pas encore très bien, il faisait beaucoup d’efforts pour arriver au bout de ces histoires policières que l’on racontait aux enfants.  Celles qui avaient une morale, qui n’étaient pas très réalistes mais oh ! combien captivantes !  Catharina se pencha et attrapa dans ses bras Honey.  Elle tendit sa main libre vers Snowden mais celui-ci était beaucoup trop concentré sur l’étrange policier pour la voir.  

« Regarde le monsieur !  Il ne ressemble pas aux autres policiers ! » Ah… Tiens donc !  La norvégienne esquissa un sourire puis soupira.  Qu’est-ce qu’elle en savait, s’il était différent des autres ?  Elle distinguait à peine les traits de son visage ! « Hai, hai, meg hjertet* !  Ne crois-tu pas que tu devrais laisser monsieur faire son travail ? » Catharina baissa les yeux vers son fils.  Ciel !  Il l’avait dérangé !  Elle glissa ses doigts gantés sur la petite tête blonde et l’incita à se rapprocher d’elle.  Accroupis, l’homme paraissait ordinaire mais, comme Jean, une fois redressée, se tenant sur toute sa longueur, elle se surprenait à devoir lever les yeux pour le regarder.  Elle-même qui dépassait les françaises d’une tête, habituellement…

« Pardonnez mon fils, Monsieur Rausa.  À cet âge, ils sont trop curieux. » Elle esquissa l’ombre d’un sourire, mais hocha poliment la tête pour le saluer.  « e more høy* than Jean ! »  S’exclama l’enfant qui reposait dans les bras de sa mère.  Il leva même haut son bras, pour appuyer ses dires.  Catharina se consola en se disant que sa fille aurait su se montrer désagréable, contrairement à Honey qui ne faisait qu’émettre une évidence.  « Pourquoi vous avoir mangé le livre, monsieur ? » Le français de Snowden était maladroit, mais le petit faisait de gros efforts en espérant que le monsieur lui réponde.  

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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Ven 3 Jan - 7:10

Lucien était loin d'être un homme sociable. Il était même de l'avis de tous au Bureau une sorte de Javert réservé et à la moralité inaliénable. Cela inquiétait beaucoup ses collègues : comment faire confiance à quelqu'un d'intelligent mais qui refusait systématiquement toute forme de "petits dons" qui rendaient la vie plus facile? Pourtant parfois Lucien brisait le masque de pierre qui semblait recouvrir son visage.
Lucien put plus à loisir regarder la famille en question. La mère était clairement de la noblesse il y avait chez elle une sorte de paix qui était devenue un luxe bien trop cher pour la plupart des habitants de Paris. En ces temps modernes, avoir le loisir et le temps de se promener dans les rues juste pour le plaisir n'était pas si courant. Les enfants avaient hérité de leur mère leurs traits nordiques bien que Lucien ne puisse déterminer le pays exactement. Cela fut confirmé par la langue utilisée par la femme, il reconnut l'accent sans en comprendre pour autant les paroles. La dame était déjà mère pourtant elle paraissait assez jeune et, il devait bien l'admettre, était d'une rare beauté. Une beauté naturelle qui n'était pas artificiellement créée par quelques coquetteries.
La question fit sourire l'Inspecteur.

"Nul besoin de vous excuser madame. Les enfants ne peuvent pas résister à ce qu'ils ne comprennent pas.".

Lucien aimait la curiosité du petit garçon et avait remarqué l'oeil brillant du plus grand des deux. Ses méthodes d'investigation étaient inspirées des nouvelles manières utilisées en Angleterre. Cela lui attirait les quolibets des collègues passéistes mais jusqu'à présent il n'avait jamais raté une affaire... Sauf une... Il y avait longtemps. Il se baissa au niveau du plus jeune, ce qui signifia pour lui mettre un genoux à terre.

"Je n'ai pas mangé le livre. Je voulais voir si il y avait des résidus dessus. Par exemple la poudre a un goût à la fois sucré et cendré un peu comme...".

Lucien se rendit compte soudain qu'il parlait d'engins de mort à un être innocent. Honteux il se redressa d'un bond.

"Pardonnez moi madame, je m'oublie.".
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Ven 3 Jan - 7:53

L’homme était un grand conciliant.  Les enfants avaient très peu de crédits, habituellement et, en tant que mère beaucoup trop poule et beaucoup trop aimante, Catharina leur en accordait trop.  Snowden recula d’un pas, intimidé par le très très haut Monsieur Rausa, mais ne cessa pas de le fixer avec ses grands yeux bleus.  La jeune mère fit un sourire un peu plus naturel, remerciant silencieusement le policier de ne pas tenir compte du comportement déplacé de ses fils.  

« Un peu comme… quoi ? » Insista Snowden, voulant connaitre la suite de l’histoire !  « Je ne savais pas qu’en France, les policiers regardaient les petits détails. » Murmura Catharina, ne tenant pas compte de la mention de la poudre précédente.  Les jeunes Ainsworth savaient ce qu’était un pistolet, ils savaient également que ça pouvait faire très mal.  Encore plus mal que lorsqu’ils se chamaillaient ou tombaient !  La norvégienne voyait les français comme des gaillards bruyants, des grandes gueules qui ne savaient tenir correctement un secret.  Ils parlaient et parlaient toujours, accumulant messes-basses et hypocrisies.  Les anglais n’étaient pas mieux, ils chuchotaient pas mal sans ne jamais agir mais, leurs problèmes, ils ne les criaient pas sur tous les toits.  Peut-être était-elle trop réservée et froide pour se mêler à la foule et hurler ses soucis à son tour ?  

Catharina plissa les yeux, regardant les alentours pour voir ce qui était arrivé.  Elle distinguait à peine les bris, sa vue n’arrêtait pas de la trahir.  Honey, n’étant plus le centre d’attention de tous et chacun, commença à s’agiter dans les bras de sa mère, tirant sur le rebord de son chapeau, sur le col en dentelle, mettant sa petite main sur le visage blanc.  La Princesse de Fréneuse grimaça, plissa le nez en se tournant vers son bambin. « Hva, hva !  Tu veux que je te pose ? Voila ! » Répondit-elle d’une voix douce, joignant ses gestes à sa parole.  Le petit garçon alla se coller contre son frère, grand sourire aux lèvres.  
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Ven 3 Jan - 8:33

Lucien était intrigué. Il était rare qu'une dame du monde se comporte ainsi. En public ces femmes montraient le plus possible un visage dédaigneux en faisant des efforts presque contre nature pour se montrer froide avec tout le monde, en particulier leurs enfants. Cela montrait bien que la femme était d'origine étrangère. Lucien saisit la remarque qu'elle fit à voix très basse. Il en tira une certaine fierté, voire même un orgueil sans doute déplacé. Paris était à la fois un centre d'attraction énorme mais aussi un lieu terrible qui broyait les corps des pauvres et martyrisait les esprits de ceux qui n'y prenaient garde. Nul doute que cette dame en avait eu un avant goût à plusieurs reprises mais ce naturel en faisait une sorte d'hybride qui avait heurté le jeune homme, plus qu'il ne voulait bien l'admettre. Il regarda le plus âgé des frères. Il était réservé et avait observé sans mot dire. Il y avait dans son regard quelque chose de très mature pour son jeune âge. Lucien décida de ne pas le traiter comme un enfant et le regarda doit dans les yeux.

"Comme une pomme cuite à la cendre. Mais la poudre d'explosif a un goût infect très reconnaissable.".

Il ne put pas finir. Le policier de la Municipale le rejoignit, sans doute pressé de rentrer au bureau et de finir sa partie de cartes.

"Pardon monsieur mais que fait-on?".

Lucien eut du mal à camoufler son exaspération. Il allait répondre quand le fonctionnaire bedonnant reprit la parole d'un seul coup.

"Pardonnez moi, Princesse. J'ignorais que vous étiez ici.".

Lucien ne put cacher une réaction étonnée. Princesse? Soudain il se souvint en avoir entendu parler grâce à une conversation sur les nouvelles mondaines. Une femme avait récemment fait un mariage heureux avec un membre de la très haute noblesse. Lucien se désintéressait de tout cela mais à présent qu'il la voyait, celle que l'on appelait Madame lui laissait une excellente impression : elle avait éveillé sa curiosité.

"Monsieur l'Inspecteur... On rentre?
- La vitrine n'a pas été brisée par explosif ou arme à feu mais sans doute par un coup de poing ou de coude. Il y a du sang sur les pages des livres là dehors mais très peu ce qui fait la coupure a dû être limitée par les vêtements.
- Du vandalisme! J'étais sûr que c'étaient les tziganes!
- C'est possible. Je pense plutôt à une bonne vieille vengeance. Après tout on n'a rien volé. Ou à une dette non payée.".

Le policier aurait préféré aller battre les tziganes mais voir que l'inspecteur avait déjà des réponses le satisfaisaient amplement : cela lui évitait de lui-même travailler la question. A présent que le crime s'était avéré peu important, la Sûreté n'avait plus d'intérêt à être là et c'était la Municipale qui allait prendre le relais. Lucien avait fini son travail. Il se retourna vers le jeune garçon puis sortit de sa poche un mètre gradué qu'il offrit à l'enfant. En souriant il se retourna vers la mère.

"Madame, je vous prie d'excuser mes manières. J'ignorais que vous fussiez de si haute condition."
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Ven 3 Jan - 17:14

L’enfant eut une moue grimaçante, pinçant les lèvres en imaginant le gout de jolies petites pommes toutes rouges cuites dans… de la cendre. Néanmoins, il marqua cette information sur la poudre explosive dans un coin de sa tête et se promis de s’en souvenir. Au cas où, ne sait-on jamais ! Toute connaissance était bonne à prendre et, même s’il n’était encore qu’un bambin, il savait que sa situation était délicate, que son avenir confortable dépendait dorénavant d’un homme qui n’était pas son père. Un officier bedonnant coupa le fil de ses pensées et, suivant les pas de sa mère, il se recula, cherchant de sa petite main des jupes rassurantes. Honey, lui, c’était retourné vers l’homme pour le saluer, agitant son bras et montrant son enthousiasme.

Catharina salua le policier d’un hochement de tête réservé et poli. « Vous ne pouviez pas savoir, monsieur. » Quelques fois, la jeune mère était reconnue sans reconnaitre. On la respectait par son rang, mais dans l’ombre, on la raillait pour son divorce. Ah ! On fond, cela ne la dérangeait pas tant, elle savait vivre avec. Elle continua à s’écarter, laissant les deux hommes de lois parler entre eux. Snowden écoutait, tenant la main de sa mère mais les deux prunelles rivées vers l’inspecteur. Intérieurement, la norvégienne pesta, se disant que le policier était bien vilain de soupçonner si rapidement une minorité visible. C’était toujours la faute des étrangers !

Le petit garçon eut les yeux tous brillants, attrapant avec joie le mètre gradué. La mère écarquilla les yeux, surprise de tel comportement venant d’un inconnu. Honey possédait Aldo, le dé à coudre que lui avait offert Lise Champmézière, et maintenant, Snowden avait son propre petit mètre ! À coup sûr, il se mettrait à tout mesurer dans la maison. De ses jouets jusqu’à la canne de Jean, en passant par sa nourriture ! Catharina était là mais, tout bas, elle craignait que son fils tombe sur de mauvaises personnes, s’il acceptait n’importe quel présent de n’importe quel inconnu. Elle aimait à croire, cependant, que Monsieur Rausa avait à cœur la justice autant qu’il le laissait paraitre.

« Je suis la princesse de Fréneuse, pas la reine d’Angleterre. » Ajouta instinctivement Catharina, sans vraiment réfléchir. Elle préférait les gens au naturel, pas avec un bâton là où le soleil ne brille pas tout simplement parce qu’elle avait épousé le fils d’un duc. « Merci Mister. » Finit par marmonner le petit Snowden, timide. Ses joues rondes devinrent un peu rosées et, son mètre gradué en main, il se colla contre sa mère. « Je suis certaine que mon fils meurt d’envie de savoir comment vous savez que ce ne sont pas les tziganes qui ont commis ce crime. » En temps normal, Catharina se serait éloignée subtilement de l’inspecteur, cet inconnu mais, voyant les prunelles étincelantes de son fils, elle ne put s’empêcher de luter contre sa nature introvertie et de continuer la conversation.
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Sam 4 Jan - 7:51

Lucien se retourna pour constater que les deux policiers de la Municipale en avaient terminé avec le directeur qu'ils avaient laissé seul face à son désarroi. Ils saluèrent respectueusement et partirent par une rue parallèle. Lucien soupira. Voilà pourquoi le crime régnait dans cette ville. Il se concentra de nouveau sur la Princesse de Fréneuse et ses deux enfants. Lucien voyait bien que le jeune garçon aimait le cadeau et que cela n'avait fait qu'éveiller encore plus sa curiosité. La dame semblait ne pas insister pour partir. L'Inspecteur ne savait pas si il s'agissait d'une simple politesse ou d'une soudaine curiosité. Chez n'importe qui d'autre, Lucien aurait pris cela pour de la curiosité malsaine, lugubre, pour un crime qui sortait les bourgeois de leur quotidien doré et monotone. Mais pour cette femme charmante, Lucien voulait bien lui accorder que ses origines étrangères, son quotidien peut être trop ennuyeux et l'amour qu'elle portait visiblement à ses enfants, poussait Madame de Fréneuse à découvrir sincèrement ce qu'elle ne connaissait pas.

"Il n'y a pas de quoi, jeune homme." adressa-t-il à l'enfant. Puis il répondit :

"Les tziganes sont des monte-en-l'air. Ils auraient forcé la serrure de la porte, volé l'argent et les décorations les plus légères puis seraient partis dans la nuit sans un bruit. Celui qui a fait cela voulait faire des dégâts onéreux, mettre le plus de pagaille possible afin que tout le monde sache que cette enseigne n'était plus fréquentable. Voilà pourquoi il doit s'agir d'une dette. je pense que notre cher directeur ici présent a contracté quelques crédits auprès d'hommes peu recommandables qui sont venus rappeler ses échéances. Mon rapport conseillera à la Municipale de se concentrer sur la bande qui erre dans les Tanneries.".

Son œil brillait, sa mine s'était faite plus joviale. Lucien aimait son métier, ce sentiment d'être utile. Plus que tout il aimait vaincre même si il n'était pas dupe et que personne n'irait arrêter qui que ce soit. Il reprit contenance :

"Si j'ai un conseil à vous donner Madame, c'est de continuer à éviter de fréquenter ces quartiers sinistres de Paris. Toutefois je me dois de vous prévenir : même dans les beaux quartiers il est malavisé de se promener seule la nuit par les temps qui courent."

Lucien était obnubilé depuis peu par les disparitions de jeunes femmes.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Mar 7 Jan - 15:41

Le petit enfant blond écoutait les paroles de l’homme avec beaucoup d’attention. Qu’est-ce qu’il aimait apprendre, contrairement à sa fratrie qui ne voulait que s’amuser. Catharina passa distraitement une main dans ses cheveux, silencieuse, battant des paupières tout en écoutant le récit de la résolution du crime. Elle hocha, lentement, la tête, signifiant qu’elle l’écoutait.

« Je prends vos conseils en note, monsieur Rausa. Je ne sortirai pas seule la nuit. »

Il arrivait que les bals, les soirées, les soupers, terminent tard, mais à ce genre d’évènements, Catharina ne s’y rendait jamais seule, trop timide et mal à l’aise pour y paraitre sans son époux. Et puis, qu’est-ce qu’elle s’y ennuyait ! Elle trouvait les autres couples trop… trop. Trop bruyants, trop envahissants. Des connaissances mélangées à des personnes appréciées et des moins appréciées.

« …Mais dites-moi monsieur, comment vous pouvez associer un vol directement aux tziganes ? Les parisiens ne volent pas ? »

Honey vint glisser sa petite main dans celle de sa mère et celle-ci referma ses grands doigts dessus, douce. Catharina ne cherchait pas les problèmes avec le policier. Cette idée ne lui était même jamais venue en tête mais, son faible esprit de femme avait du mal à comprendre pour qu’elle raison un crime était associée directement à une ethnie. Comme si les français étaient blancs comme neige ! Et là, sans doute que son nationalisme ressortait, encore ! Elle-même jugée pour ses origines étrangères autant que son mariage anglais. Le plus jeune enfant commença à tirer sur le bras de sa mère en l’implorant. Catharina baissa les yeux sur lui et demeura immobile, comme un rock. Comme il mettait presque tout son poids dans sa tâche, la princesse de Fréneuse ouvrit les doigts et lâcha Honey qui tombe prestement sur le derrière, sur le pavé. « Heeeeei ! Mother ! » Le sourire de la mère s’élargit et il se mit à rigoler, ne s’étant pas blessé et trouvant cela plutôt drôle, au final. Catharina releva les yeux vers Lucien et le regarda avec ses grands yeux clairs.

« Vous voyez, monsieur, je n’aimerais pas que mes fils apprennent en grandissant que les autres personnes qui sont différentes d’eux sont responsables des crimes qui pourraient les entourer. »

Une mère scandinave, un père anglais, un beau-père français, si les petits Ainsworth devaient un jour juger les autres de part leurs origines, ça ne serait pas sous le toit de Catharina qu’ils auraient appris ce genre de choses ! Parce qu’après tout, les tziganes n’étaient pas tout à fait des voleurs, si ? N’avaient-ils pas une notion divergente de la propriété, de la possession ? Qui avait mis de telles pensées dans la tête d'une femme, hein ?!
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Lucien Rausa

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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Mer 26 Fév - 11:01

Lucien ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Cette dame ne savait pas grand chose de la réalité criminelle de cette ville. Lorsqu'elle se promenait dans les allées du Luxembourg avec son ombrelle en dentelle, elle ignorait que les haies avaient sans doute été taillées par un jardinier payé à l'heure de travail dont le salaire misérable ne permettait pas d'offrir autre chose que de la soupe et du pain à sa famille et dont la vision chaque jour des richesses inaccessibles le plongeaient de plus en plus dans la tentation un jour de succomber aux offres de ses amis de l'usine qui parlaient sans cesse combien il était facile de se faire un mois de salaire en allant briser une vitrine. La dentelière de madame, une femme sans doute aux yeux brisés par le travail harassant et ingrat, payée une misère par un patron qui se vante de la qualité de son travail auprès des belles femmes de Paris. Qui sait si cette pauvre femme une nuit ou deux pour payer son loyer n'a pas levé la jambe dans une de ces rues sordides où des hommes enivrés et brutaux cherchent la compagnie fugace et peu chère d'une mère désespérée?
Lucien lui il voyait ces liens. Il les voyait sans cesse. Il se baignait chaque jour dans cette horrible et épaisse fange qu'est la misère qui pousse au crime. Il s'en rendait malade et la nuit il lui semblait que l'odeur de la corruption lui remontait les sinus. Toutefois pouvait-il en vouloir à cette dame pour ne pas le voir? Il enviait cette douce ignorance, ces deux enfants en bonne santé dont les poumons ne connaîtront pas la tuberculose et dont le visage ne sera pas marqué par la syphilis. Après tout sans doute le méritait-elle. Lucien était un agent de la Sûreté, son travail était de nettoyer les rues pour que les gens d'en haut ne voient jamais ce qui rampait en bas. Il répondit d'une voix posée et calme.

"Je ne voulais pas vous offenser madame. Je n'ai pas prétendu que les tziganes étaient responsables je n'ai fait qu'émettre une hypothèse. Si cela avait été eux, ils l'auraient fait autrement. L'esprit criminel agit selon un schéma établi. Voyez-vous Monsieur Alphonse Bertillon a écrit un article très intelligent sur..."

Il s'arrêta, comprenant soudain que ce n'était pas une conversation pour des enfants.

"Vous avez raison madame. Vos enfants doivent savoir qu'un homme ne naît pas criminel mais le devient si il le souhaite. Et ce quel que ce soit sa fortune ou sa naissance."
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: D'avant garde...   Mer 12 Mar - 3:18

L’homme se défendit plutôt bien. Catharina fleurait une certaine innocence quant au monde du crime. Elle en avait vue, des choses, mais rien d’infiniment grave. Son pays, la Norvège, croulait sous la pauvreté depuis des dizaines d’années. Une famine était passée et le peuple du nord s’en remettait doucement. Chanceuse, elle était née de noblesse suédoise et de bourgeoisie. Cependant, vivre la moitié de sa vie exclue tout en haut du cercle polaire vous faisait voir la séparation des classes de manière différente. Mais, peu importait la raison, Catharina ne saurait jamais comprendre la violence des hommes. Se bastonner ne serait-ce que pour le plaisir, devenir vandale par pur vengeance, cela lui échappait.

Les deux jeunes garçons regardaient le policier avec de grands yeux émerveillés. Quoi qu’ils leur arrivent, ils auraient le choix ! Ils se regardèrent et échangèrent, entre silence et gloussement, de nombreuses phrases silencieuses. Ils communiquaient avec leurs yeux, puis éclatèrent de rire. Pour les calmer, Catharina posa sur chacune de leur tête une main bienveillante. Néanmoins, les garçons commençaient à ne plus tenir en place, à voir s’agiter malgré les choses intéressantes que disait le policier. Elle inclina la tête respectueusement.

« Merci Monsieur. Je ne vous retiens pas plus longtemps. »

Elle sourit doucement, incitant ses fils à saluer le jeune homme à leur tour. Poli, Snowden se courba mais, Hansel, lui, agita énergiquement la main avec un large sourire, presqu’insolent. La mère soupira et l’enfant comprit son erreur, il se courba comme son frère. Calmement, la Princesse et ses fils continuèrent leur chemin, suivant les pavés de grandes rues de Paris. Catharina dut répondre à une panoplie de questions de la part de l’ainé qui, habituellement, était si silencieux. Ce dernier, une fois à la maison, s’empressa d’aller tout raconter à sa jeune sœur.

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D'avant garde...

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