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 Autour du chevalet

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Guignol
Méfie-toi des gones que savent faire rien de rien, ils sont capables de tout.
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MessageSujet: Autour du chevalet   Lun 30 Sep - 3:47

Etienne Valentin était un homme résolument optimiste. Il croyait en beaucoup de choses et en beaucoup d’artistes. Lorsqu’il promenait sa fière et fine moustache aux quatre vents de la butte Montmartre, comme en cette fin de matinée d’avril 1897, il espérait tomber sur un futur grand peintre, un génie incompris, un artiste d’exception.

Il s’arrêta bientôt devant une toile bien différente des autres. Le peintre semblait chercher l’inspiration en regardant autour de lui. Là où la plupart des artistes peignaient Paris d’une façon réaliste et académique, là où d’autres, plus modernes, tentait de la peindre dans le style neo-impressionniste, lui semblait peindre dans le style de Brueghel l’Ancien, en accordant qu’une importance relative aux perspectives, mais montrant à loisir, le fourmillement de petits personnages, de petits parisiens ici, affairés à leurs tâches. Et ceci semblait parler à notre jeune mécène.

Il tenta de réfréner son ardeur et de ne point trop montrer son enthousiasme !

Bonjour Monsieur… Dit-il en s’approchant de la toile pour en examiner les détails.

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Andrea Brissec

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MessageSujet: Re: Autour du chevalet   Mar 3 Déc - 5:31

Cela faisait plusieurs jours qu’Andrea parcourait la capitale en quête d’inspiration, de sujets nouveaux, de passionnantes intrigues à dépeindre. Il avait quitté les quais de Seine sur le conseil d’un ami. Apparemment Mont Martre accueillerait bien mieux ses toiles. C’est là qu’il fallait être. Là qu’il fallait se vendre. Soit.
Un matin somme toute banal, Le Magot déposa son chevalet dans un coin de la place, sous des treillages à vignes encore nu dans ce froid mois d’Avril. Il avait les mains gelées et regrettait déjà d’avoir oublié ses gants de laine dans la chambre qu’il occupait depuis peu près des Halles. Pour se réchauffer un peu, il alluma sa pipe et commença à disposer quelques toiles achevées autour de son chevalet. Surpassant toutes les autres, une vue du quartier des tanneries en pleine effervescence. Une foule de personnages s’activant autour de grandes cuves pleines de vapeur tourbillonnante, de peaux tendues séchant au soleil sous le regard du maître d’œuvre réduit à un petit bonhomme hagard dans un coin de la toile. C’était là le Paris qu’aimait Andrea. Le jeune homme plaça cette toile sur un linge, devant toutes les autres, la déplaçant avec tendresse et précaution. Satisfait de son petit étalage, il s’assit sur son tabouret et guetta les promeneurs susceptibles de lui acheter une peinture, et par conséquent, garants de son déjeuner.

Quelques heures plus tard, Andrea toujours en poste sur son tabouret observait avec intérêt un couple se disputant en terrasse d’un café non loin de lui. Un homme le tira cependant de son vagabondage oculaire. Grand, la moustache fine, il déambulait entre les artistes, comme s’il cherchait ardemment quelque chose.

Bonjour Monsieur dit-il le regard déjà penché sur les toiles d’Andrea.
Bonjour à vous Monsieur. Répondit Le Magot.

L’homme n’était pas le premier à s’intéresser vaguement à ses œuvres. De nombreux badauds passaient, s’arrêtaient quelques instants puis détournaient le regard, continuant ainsi leur promenade. Les premiers passants avaient éveillés de grands espoirs de vente dans le cœur de l’artiste, mais en cette fin de matinée il n’y croyait plus. Midi sonnait au loin et le ventre d’Andrea grondait méchamment sous sa chemise. Ces gargouillis décidèrent le jeune homme à engager la conversation

Je vois que cette toile vous attire tout particulièrement ? Je l’ai terminée ce matin même, vous avez de la chance de la trouver encore ici à cette heure Monsieur.

Naturellement il mentait, ses œuvres ne se vendaient pas le moins du monde et il promenait la toile des tanneries sous son bras depuis des semaines... Les amateurs d’art préférait actuellement des hommes tels que Monet et sa touche était bien différente de celle de notre Andrea, au plus grand dam du jeune peintre.
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Guignol
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MessageSujet: Re: Autour du chevalet   Mer 4 Déc - 3:53


Étienne Valentin se redressa aux mots du peintre.

Voyons ! Ne me prenez pas pour un lapin de six semaines, commença notre cher mécène sur le ton de la plaisanterie, je doute qu’il y ait beaucoup d’acheteurs pour des œuvres aussi… mmh… surprenantes ! Je suis d’ailleurs moi-même surpris de trouver une telle toile ici !

Il marqua une petite pause et tourna autour du chevalet pour voir les autres œuvres de l’artiste. Elles étaient moins intéressantes mais il n’aurait su dire pourquoi. Puis, s’accroupissant près d’une autre toile, il reprit le cours de son commentaire comme s'il ne s’était pas arrêté de parler.

Mais agréablement surpris, si vous voulez savoir le fond de ma pensée ! Vous n'êtes peut-être pas dans l'avant garde, mais ce style est assez rare dans notre chère capitale. J’aime cette originalité et il me tarde d’avoir l’avis d’un … d’un ami à moi !

La toile devant laquelle s’était accroupi notre jeune mécène était une vue des quais de Paris. Le point de vue était plus « bas » que sur le tableau des halles. C’était peut-être cela qui lui plaisait moins ou peut-être les couleurs qu’il trouvait plus lumineuses ; trop lumineuses peut-être ?

Étienne fût sorti de ses pensées par les senteurs de tabac qui émanaient de la pipe de… mais comment s’appelait-il en fait ?!

Je m’appelle Étienne Valentin et je suis très heureux de vous rencontrer, monsieur … ?

Un enthousiasme réel s’affichait sur le visage souriant et bienveillant du jeune dandy !

Il ne tarderait pas à allumer, lui aussi, sa pipe pour célébrer cette trouvaille (et un peu pour se réchauffer, il est vrai). Cette fin de matinée semblait placée sous les meilleurs auspices !
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Andrea Brissec

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MessageSujet: Re: Autour du chevalet   Dim 8 Déc - 1:45

Brissec, Monsieur. Andrea Brissec.

Le jeune peintre contourna ses toiles pour se placer devant Valentin. L’homme le dépassait d’une petite dizaine de centimètres. Sans se montrer impressionner, Le Magot tendit sa main au dandy qui la serra en retour. Andrea n'avait jamais entendu parler de cet homme. Un mécène? Un bourgeois amateur d'art? Il n'en savait rien mais n’en croyait pas ses yeux. Quelqu’un s’intéressait à ses toiles ! Décidément il avait bien fait de quitter les quais de Seine pour cette petite place. La chance semblait enfin tourner en sa faveur.

L’enthousiasme de cet homme était communicatif, Andrea s’enhardi à poser d’avantage de questions. Lui qui n'avait pas pour habitude de parler plus que de mesure... Il ne fallait pas laisser filer cet homme sans promesse de vente, ou tout du moins de rendez-vous futur!
Andrea, sans ambition particulière de nature, ne voyait pas en Etienne Valentin la possibilité d’appartenir à un large cercle d’artistes se retrouvant chez une de ses femmes donnant salon dans leur hôtel particulier. Non, Etienne Valentin était pour l’heure un simple synonyme de revenu, et par conséquent, d’un déjeuner. Mais il ne fallait pas que l’homme s’aperçoive de l’espoir naissant dans ce jeune esprit encore vierge des intrigues du monde parisien. Dans un sourire, Andrea reprit le fil de la conversation :

Dites-moi Monsieur Valentin. Pardonnez ma curiosité et peut-être ma précipitation, aurais-je la chance de rencontrer votre… Ami, prochainement ?

Le ton était détaché mais les mains de l’artiste tremblaient légèrement, trahissant son impatience. Pour se donner une contenance, Andrea les fourra dans les poches de son pantalon et toujours souriant, planta son regard dans celui de son interlocuteur.
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Guignol
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MessageSujet: Re: Autour du chevalet   Mer 11 Déc - 5:41



Enchanté Monsieur Brissec ! Vraiment enchanté ! S’exclama notre jeune mécène en serrant vigoureusement la main que lui tendait l’artiste. J’aime quand mes promenades m’amènent vers de si belles découvertes, ajouta-t-il en désignant les toiles posées autour du chevalet.

L'artiste l'interrogea :

Dites-moi Monsieur Valentin, pardonnez ma curiosité et peut-être ma précipitation, aurais-je la chance de rencontrer votre… Ami, prochainement ?

Bien sûr ! Si vous n’étiez pas si chargé, je vous proposerais d’y aller de ce pas. Il tient une petite galerie du coté de la Madelaine et aura certainement un œil un peu plus expert que le mien sur votre travail.

Etienne sortit sa pipe et son tabac.

Mais parlez-moi un peu de votre travail justement… Disons… Combien de temps cela vous prend-t-il pour réaliser vos toiles ? Je… Celle-ci – il montra la fameuse toile des halles –me semble excellente mais je crains que les autres n’aillent pas assez loin dans ce… dans cette veine… comment dirais-je … « fourmilliste » !

Tout en écoutant la réponse du peintre, il alluma sa pipe et inspira quelques bonnes bouffées de son excellent tabac de Virginie. Souriant, il reprit la parole.

Que diriez-vous si en échange de 40 francs et ma carte, je vous prenais cette toile et l’emmenais chez mon ami galeriste… Il réfléchit un instant. Oh et puis si ! Faisons comme cela et passez me voir dans …mmh… disons une semaine et nous irons ensemble à la galerie ! C’est d’accord ?

Et si la toile ne plaisait pas à son ami, nul doute qu'elle trouverait bonne place dans le salon de notre prodigue mécène !
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