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 Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?

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Dominique Lebrun
Être homme ? tu le peux. Va-t'en, guêtré de cuir
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MessageSujet: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 15 Juil - 3:04

Ah tiens ! Cette petite silhouette sautillant vers l'entrée du jardin des Plantes, c'était elle. Forcément elle. Dominique sourit : elle avait toujours eu ce don d'amener le sourire aux lèvres. Son énergie, sa bonne humeur étaient communicative. Un drôle de petit bout de femme madame Champmézières.

~~~~~~

Mars 1891

« Et l'avez-vous entendue chanter ?... »
L'ambiance était excellente sur cette fin de repas. Non qu'elle ait été mauvaise avant, non. Elle avait été plus retenue voilà tout. Et puis, la soirée avançant, le vin et la chaleur aidant, elle était devenue franchement gaie. On avait sympathisé de part et d'autre. Monsieur et madame Champmézières savaient recevoir. Une bien bonne soirée.
« On dirait des trilles, et elle chante et elle chante ! Ma femme est une fauvette, que voulez-vous ?! Oh reprendriez-vous du dessert lieutenant ?... mais si mais si... allez une part, je vous accompagne. »
Oui, une bien bonne soirée.


~~~~~~



Une fauvette grisette, bien sûr. Monsieur Champmézières avait le chic pour trouver un surnom idéal à tout le monde.
La fauvette, justement, s'avançait vers lui. Il la rejoignit et la salua, avec un plus de déférence qu'à l'ordinaire.

« Madame. Avant que vous ne me le reprochiez, je fais mon mea culpa. Oui, il y a longtemps que nous ne nous sommes vu, mais vous savez aussi bien que moi ce que sont les obligations, vous qui courez à travers dentelle et soie toute la journée pour embellir nos parisiennes. Mais j'endosse la faute. Néanmoins, je saurai me la faire pardonner, je vous le promets.
Alors, comment se porte madame Champmézières ? »


Il lui proposa son bras et ils s'engagèrent au milieu des allées du jardin des Plantes.
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 15 Juil - 5:02

La journée avait fort mal commencé. Un arrivage de soie qui n'arrivait pas, justement... Et puis le courrier, surtout : ces cartes postales, quelle atrocité ! En les découvrant, Lise avait pâli, puis violemment rougi, et ses lèvres avaient tremblé. Peut-être même avait-elle essuyé une larme de rage. En la voyant dans cet état, Berthe avait cru bon de la rappeler à ses devoirs : « Madame, il y a monsieur Champmézières qui s'est annoncé pour quinze heures, et il est quatorze heures cinquante-sept... ». Lise s'était levée d'un bond : supporter Victor, après cette humiliation ? Ah non, c'était trop lui demander. Il ne lui avait pas fallu plus de deux minutes pour se préparer à sortir ; et tandis que l'horloge en bronze doré sonnait trois coups, la porte de la Maison Champmézières se refermait derrière sa couturière. « Une affaire urgente ! Monsieur comprendra ! » avait-elle assuré avant de disparaître.

Le joli soleil de cette fin d'avril la rasséréna un peu. Elle inspira profondément et s'éloigna à petits pas rapides - il ne s'agissait pas de croiser Victor. Le Jardin des Plantes serait parfait pour la distraire. Et qui sait, peut-être les bergeronnettes seraient-elles enfin de retour d'Afrique ? Elles se faisaient attendre, cette année...

Mais en guise de plumage, c'est un bel uniforme qu'elle aperçut au loin. Oh, le colonel Lebrun valait bien toutes les bergeronnettes de Paris ! Pfiou, envolé le chagrin ! Toute guillerette à nouveau, elle s'avança à sa rencontre.

~~~~~~
Mars 1891

« J'ai rencontré un homme épatant ! » avait annoncé Edmond à son retour de Longchamp. « Uniforme, yeux bleus... Du charme, de l'esprit... Il va vous plaire. » Et ses yeux à lui pétillaient d'espièglerie. Lise avait répliqué sur le même ton : « Merveilleux ! Invitons-le à dîner. »
La soirée avait été délicieuse. Et lorsque le lieutenant était reparti, laissant les deux époux face à face, Edmond avait demandé : « Alors ? », et Lise avait eu un petit soupir ravi : « Vous aviez raison, comme toujours... Un épervier, bien sûr ! »
Et depuis, la couturière avait toujours regretté que les éperviers aient ces yeux orange et non les iris bleutées du beau militaire.

~~~~~~

« Les obligations ? » Elle lui adressa un regard amusé. « Vous êtes donc tellement pris par les obligations de dentelle, vous aussi ? » Prévenant toute protestation : « Allons, Colonel, ne niez pas ; je sais bien que ce n'est pas si prenant, un régiment ! »

Et, prenant son bras avec plaisir :

« Madame Champmézières se porte merveilleusement bien depuis qu'elle vous a vu... Vous voyez, vous êtes déjà à moitié pardonné ! Et vous saurez trouver le moyen de vous faire pardonner tout à fait, je n'en doute pas. »

Autour d'eux, les enfants gazouillaient, les oiseaux jouaient... Ah, que la vie semblait simple aux côtés de Dominique Lebrun !
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 15 Juil - 7:41

Obligation de dentelle ? Oui certainement aussi. D'autres genres de préoccupations qu'elle, c'était certain, mais où il était question de dentelle parfois également. Mais il n'avait pas pensé à ça. Et auquel cas il ne se permettrait jamais d'en parler à Lise.
D'ailleurs, la jeune femme ne lui laissa pas le temps de protester.

« Depuis qu'elle... ? Oh mais je suis, mais alors, absolument ravi de vous avoir égayé la journée. Et peu importe ce qui vous l'avait obscurci, n'y penser plus. Regarder ces carrés à la Française, écouter ces gazouillis – d'enfants, d'oiseaux, on ne sait plus bien. Respirer le parfum des fleurs. Faites ce que bon vous semble mais laissez loin de notre promenade vos soucis ! »

Il se tourna, lui sourit. Lise Champmézières était la pétillance incarnée. Lise Champmézières ne saurait être contrariée. En tous cas, c'était un état qui ne lui convenait pas.

« Ah moins bien sur que vous vouliez en parler ?  Vous savez que vous pouvez tout me dire. »

~~~~~~
1893

« Vous savez que vous pouvez tout me dire. »
Tout était tendu de voiles noirs et c'était sinistre. Même la jeune femme était toute en noir. Elle semblait encore plus jeune comme ça. Dominique la regarda d'un air triste, sans rien dire. Il était parfaitement inutile d'en dire plus.

~~~~~~


« Alors, où voulez-vous allez ? L'orangerie ? La ménagerie ? Les serres ? Nulle part et vous laissez balader au gré des caprices d'un vieux colonel ? »
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 15 Juil - 9:06

Le colonel se faisait lyrique pour la distraire de ses idées sombres ! Elle le regarda avec affection, et rit :

« Allons aux serres, voulez-vous ? Cela vous rappellera vos colonies ! »

~~~~~~
Août 1892

Il avait fait particulièrement chaud, ce jour-là. Dans la moiteur de cette soirée d'été, le dîner s'était prolongé fort tard, et la discussion s'était encore poursuivie autour d'un verre de Calvados. Un verre ou deux. Ou plus...
Edmond avait commencé à déclamer du Baudelaire puis s'était tu. Les yeux bleus du capitaine étaient plus brillants qu'à l'ordinaire. Il s'était mis à parler, longuement, et on eût dit que rien ne pouvait plus l'arrêter ; il parlait de fleurs enivrantes, de marchés d'épices et d'ivoire, d'enfants aux dents blanches et de femmes aux hanches lourdes. Oubliant d'aller dormir, Lise écoutait, fascinée.

~~~~~~

On apercevait au loin l'imposante structure métallique du jardin d'hiver. Ils s'en rapprochaient, sans se presser. Après un moment de silence, Lise reprit :

« Dites-moi très franchement, Colonel... Je peux compter sur votre franchise, n'est-ce pas ? » Moment d'hésitation. Oh, elle faisait confiance à Dominique. Vraiment. Les officiers dans son genre n'avaient qu'une parole. Mais la galanterie, parfois, les poussait à dire des choses... « Que pensez-vous des femmes qui roulent à bicyclette ? »


Dernière édition par Lise Champmézières le Mar 16 Juil - 3:17, édité 1 fois
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 15 Juil - 9:48

Les colonies. Dominique s'en souvenait toujours avec plaisir.

~~~~~~
Novembre 1891

« -Vous devriez être relevé dans six mois ! Mais mon cher, pensez ! Dans six mois, que sera donc devenue Paris ? Ah ça ! Vous parlez d'une nouvelle ! Et vous emprunterez naturellement le canal de Suez ?
- Naturellement oui. Et dans six mois, quand nous nous reverrons, pensez à tous ce que nous pourrons nous raconter ! Vous Paris, moi les colonies... Mais nous nous écrirons entre-temps.
- Certes, certes. Mais ça ne remplace pas la présence. Eh eh ! et c'est que dans six mois, quand vous nous reviendrez de ces si charmantes colonies, vous aurez peut-être de nouvelles épaulettes. C'est qu'on dit qu'on prend du galon après ces petites escapades.
- On le dit, oui...

~~~~~~

On le dit et c'était vrai. L'affectation avait duré huit mois finalement. Et le lieutenant était revenu capitaine. Il avait fallu plusieurs dîner chez les Champmézières pour épuiser anecdotes et souvenirs de part et d'autre.

Lise le tira de ses pensées. Des femmes à bicyclette ? Ce qu'il en pensait ? Sincèrement ? La question saugrenue le fit largement sourire. Et même un peu rire. Un peu.

« Des femmes à bicyclette ? Je m'attendais à beaucoup de sujets comme question, mais celui-ci, franchement, je ne l'avais pas pressenti. Je ne me l'étais même jamais posé.
Des femmes à bicyclette ?... »


Elle lui avait demandé son avis, sincère. Alors Dominique prit le temps de la réflexion.

« En toute franchise, ma chère, je pense que c'est une activité qui ne convient pas à toutes les femmes. Celles qui considèrent partir à l'aventure en allant faire leur marché elle-même ne me semblent pas vraiment candidate à le petite reine. Celles qui se considèrent affreusement défigurées parce que leur coiffeuse a raté une boucle non plus...
… Humm, cela me semble moins incongru qu'une femme en automobile. Qu'une automobile tout court d'ailleurs.
En fait, très franchement, je ne sais que vous dire. Je suppose, vous connaissant, que la question n'est pas anodine. Et je suppose également, vous connaissant, que vous seriez tentée. Mais ne connaissant pas vraiment le sujet en question, et pour tout vous dire ne m'y étant jamais penché, et bien je ne pourrais vous donner l'opinion fondée,  franche et dénuée de préjugés que vous me demandez. »


Le colonel essaya d'imaginer la couturière juchée sur une bicyclette.

« Alors ? Ai-je raison ? Y-a-t-il quelque chose que je devrai savoir ? Songez-vous à livrer vos œuvres à bicyclette désormais ? »
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 15 Juil - 22:02

La question lui paraissait ridicule, il riait. Curieusement, cela soulagea Lise qui sourit, elle aussi, comme se moquant d'elle-même. N'avait-elle pas accordé une attention démesurée à ces cartes postales, à ce commentaire bête et mesquin ?

Mais, en officier gentleman, il daigna malgré tout prendre sa question au sérieux. Elle l'écouta sagement, haussant les sourcils ou fronçant le nez à mesure de ses évocations. Finalement, il ne trancha pas et elle fut un peu déçue. Peut-être n'avait-il réellement pas d'idée sur la question, ou bien évitait-il de la livrer à Lise de peur de la froisser... Mais à ses derniers mots, elle fit franchement la grimace avant d'éclater de rire :

« Livrer à bicyclette ? Seigneur, vous en avez, des idées... De quoi aurais-je l'air ?! »

Mais ne lui devait-elle pas, tout de même, un petit aveu ?

« Malgré tout vous êtes perspicace, mon cher... » Elle releva un peu la tête, comme pour faire face aux moqueurs, et annonça avec une nuance de fierté : « Figurez-vous que j'ai investi dans un vélocipède. »

Elle attendit une fraction de seconde, menton levé prêt à affronter bravement la foudre, puis son maintien se relâcha un peu et elle se laissa aller à l'enthousiasme :

« Oh, Colonel, si vous saviez comme c'est plaisant ! » Ses yeux brillaient d'excitation. « La vitesse, le vent qui vous caresse le visage, la sensation de... oui, de liberté ! » Pause. « Naturellement, j'ai encore beaucoup à apprendre. Les débuts m'ont coûté quelques égratignures, mais je compte bien me perfectionner ! ... N'en déplaise aux vipères parisiennes. »

Ils pénétrèrent dans la serre et une chaleur humide les enveloppa. Les gigantesques plantes de l'entrée s'égouttaient paresseusement. Lise se tourna vers Dominique pour quêter sa réaction dans son regard. Une goutte d'eau était tombée sur lui et glissait lentement sur son front.

~~~~~~
Octobre 1894

« Cela va faire un an... » avait-elle murmuré. Il avait proposé de l'accompagner et elle avait accepté, reconnaissante.
Elle avait déposé un bouquet très coloré sur la tombe, et ils étaient restés là tous les deux, en silence.
Sur le chemin du retour, ils avaient été pris par l'une de ces pluies glaçantes d'automne, et il avait hélé une voiture en catastrophe. En montant, sa robe s'était accrochée à la portière et ils avaient mis quelques secondes à la dégager, les doigts froids et peu habiles. Puis, assis face à face sur les étroites banquettes du fiacre, ils s'étaient regardés et avaient ri de leur maladresse. L'eau avait effacé le chagrin de leur visage. Elle ruisselait dans les cheveux bruns coupés court, sur ses cils, son nez, sa bouche, dans son cou... Alors elle avait pensé qu'il serait doux de...
Effrayée, elle était descendue trois rues avant la sienne. Il n'avait pas cherché à la retenir.

~~~~~~
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mar 16 Juil - 4:51


A côté de lui, le visage de Lise s'animait de tout un tas de petites mimiques. Il le savait. Bientôt, elle allait se mettre à rire, il en était certain... Et cela ne tarda pas.
Un vélocipède, rien que ça. Dire que lui-même en avant un flambant neuf qui ne lui servait à rien, il aurait peut-être pu l'offrir à la couturière ? Mais était-il bien sage d'encourager Lise dans cette voie ? A juger de la lueur qui faisait briller ses yeux et de l'enthousiasme qu'elle décrivait, elle n'avait visiblement besoin de personne pour l'encourager.

« Ah je vois, vous me demandez mon avis après la bataille à ce que je vois ! »
Il lui sourit, moqueur.
« Me montreriez-vous un jour vos exploits roulants ? »
Il était curieux de voir cela, tiens. Une amazone sur roues, une aventurière moderne, c'est à ça que devait ressembler le tableau. Et c'était tellement dans son caractère.

« Ma chère Lise, je vois par-fai-te-ment ce que vous voulez dire. C'est exactement ce qu'on ressent au galop. Avec les sensations que peut procurer un être vivant en prime. Un cheval, bon dieu, c'est tout de même..., c'est... »


Léger froncement de sourcil. Aucune machine, aucune technologie ne pourrait remplacer la relation qui se noue entre une monture et son cavalier. Mais il faut monter pour comprendre.

« C'est comme si vous aviez l'habitude de faire vos robes sur des mannequins, un peu répétitivement, et qu'un jour vous passiez à une commande inédite pour une vraie personne. Voyez-vous ? C'est... c'est incomparable. Il faut monter à cheval pour comprendre.»

Oui voilà, c'est difficilement explicable. Mais... qu'avait-elle dit tout à la fin ?

« Mais qu'entendiez-vous par « les vipères parisiennes » ? Des passants auraient trouver à redire de vos exploits ? Je comprend mieux vos interrogations passées en tout cas.»

Il franchirent l'entrée de la serre et Dominique s'immobilisa un instant. Immédiatement, la chaleur les emprisonna dans sa moiteur de coton. C'était la chaleur des colonies. Celle qui faisait à la longue tout languir. Celle qui faisait rêver de s'asseoir au frais avec une bouteille et des amis. Une goutte vint finir sa chute sur son front. D'un revers de la main, il l'essuya.

~~~~~~
Août 1892
Le flacon de Calvados était resté sur la table. Son éclat brillait dans la nuit. Le Calvados, lui, avait disparu depuis longtemps.
"- Lise n'était pas obligée de m'écouter aussi tard. Elle tombait de fatigue. Je n'aurai peut-être pas du...
- Bah pensez! C'était du pain béni pour elle toutes ces histoires. Son imagination adore cela. Allons, lieut... capitaine. C'est qu'il va falloir s'y faire ! Allons, maintenant que nous sommes entre hommes, racontez-moi. Sont-elles réellement si... si... si comme on les imagine d'ici, les femmes de là-bas ? Aventureuses, piquantes, un peu... vous voyez ?»
Le capitaine se mit à rire. Et la conversation se poursuivit. Encore et encore. Sur ça et autre chose. Quand soudain...
"Tiens, une goutte !... Et... houlà nous devrions rentrer Champmézières. Va avoir de l'orage."

~~~~~~


Tiens, pourquoi pensait-il à cela ? Il se reprit.

« C'est cette histoire de vélocipède qui vous contrariait tout à l'heure ? »
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mar 16 Juil - 22:33

« Ah Colonel, n'en dites pas plus ou je vais bientôt vous supplier de m'enseigner l'équitation ! »

Elle eut ensuite une petite moue :

« Vous vous moquez... Il ne faut pas parler d'exploits. » Mais une lueur espiègle s'alluma dans ses yeux : « Pas encore, du moins ! Quant aux vipères, oh... vous savez, il y a des gens qui s'ennuient, et qui ne trouvent rien de mieux à faire pour tromper leur ennui que de réveiller leurs instincts les plus mauvais... leurs instincts cannibales. »

~~~~~~
Paris, le 10 janvier 1892

Cher lieutenant,
Votre lettre, après avoir parcouru des chemins extravagants à travers le monde, nous est arrivée ces jours-ci et elle nous a procuré, vous vous en doutez, la plus grande joie. Ainsi vous voilà aux colonies... ! Nous avons peine à imaginer notre cher ami si loin de nous, au milieu de peuplades dont les coutumes sont si étrangères aux nôtres... Comment avez-vous fêté Noël ?
(...)
Ciel, que vous devez avoir chaud ! Je vous envie. Paris est sous la neige ! Les rues sont étrangement silencieuses, et il faut aller au théâtre pour trouver un peu de chaleur et d'animation. L'année débute avec un programme excellent. Serez-vous revenu en avril ? On jouera un nouveau Feydeau qui fait d'ores et déjà parler de lui.
(...)
Soyez sage et prudent, lieutenant, et revenez-nous vite. Prenez garde aux anthropophages, surtout ! Edmond se moque de moi, et veut ajouter quelques mots. Adieu ! Pensez à nous de temps en temps !
Lise Champmézières
Si vous étiez prisonnier des anthropophages, lieutenant, pensez à leur proposer un peu des bonbons que Lise vous envoie - il est probable qu'ils aient meilleur goût que vos jarrets, et vous en sortiriez entier. Amitiés. E. Champmézières

~~~~~~

« Ce n'est pas très agréable, évidemment, d'en faire les frais... » Après une courte hésitation pendant laquelle le souvenir des cartes postales ressurgit, elle eut un mouvement de la main comme pour chasser des moucherons importuns : « Enfin, c'est oublié ! »

Après tout, si elle avait rougi, n'était-ce pas à cause de la température de la serre ?
Ils contournaient une grosse plante aux feuilles épaisses et crantées, d'où émergeait une sublime fleur rouge.

« Oh regardez comme c'est beau ! ... Mais dites, c'est étouffant ici, non ? Faisons encore quelques pas et retournons à l'air libre, voulez-vous ? »

Un temps puis, souriant :

« Et pour vous, Colonel, quelles sont les nouvelles depuis que nous ne nous sommes vus ? Vous ne m'avez encore rien raconté ! »
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mer 17 Juil - 4:11

Le colonel sourit. L'équitation ? Mais pourquoi pas ? Oui pourquoi pas après tout ? Mais déjà Lise était repartie dans ses rêves à deux roues. Quant aux vipères... c'était oublié assura-t-elle. L'officier n'insista pas.

« Elle est splendide. Je crois me souvenir d'en avoir vu en touffe, et l'effet est simplement ravissant. Mais vous avez raison, ces plantes aime les atmosphères lourdes, vous avez les joues toute rosées ! »

~~~~~~

Mars 1891

La petite femme s'avançait vers lui. Vive, pétillante, souriante comme l'avait prédit son mari. Elle le salua avec enthousiasme :
« Mon mari m'avait parlé de vous lieutenant Leroux et j'avais hâte. Quelle joie de vous rencontrer ! »
Dominique se tourna légèrement vers monsieur Champmézières. Le mari le regarda avec un regard amusé puis tourna les yeux au ciel. Il devait être habitué aux étourderies de sa femme.
« Cette joie est partagée madame. C'est un plaisir de faire votre connaissance. »
Salut, baise-main. Il enchaîna sur le ton le plus naturel du monde.
« En revanche, moi c'est lieutenant Lebrun. Mais je me ferai au Leroux pour la soirée si vous préférez. »
Sourire de circonstance. Mais les prunelles trahissaient la plaisanterie. Il n'allait pas lui en tenir rigueur pour si peu.
Madame Champmézières piqua un fard.
La soirée commençait bien.

~~~~~~



« Nous pourrions tourner à droite après les petites fleurs jaunes, je crois qu'il y a une sortie au bout de l'allée. »

Oh oui de l'air frais.

« Des nouvelles ?... Hum et bien... en mettant de côté ces choses ennuyeuses de régiment... C'est un peu la routine vous savez.
Ah ! Si ! Vous apprendrez que vous n'êtes pas la seule à partir à l'aventure à Paris. Je me suis également essayé à un nouveau mode de déplacement... Mais je vous en parlerez un autre jour, regardez cette plante, là, n'est-elle pas belle ? Et celle-ci ? Non ? »


L'officier savait parfaitement que la curiosité de son amie était piquée et que toutes les fleurs du monde ne lui feraient pas perdre la tête. Justement, il s'en amusait. Et ouvertement, puisqu'il la regardait mi-sérieux mi-moqueur avec un petit sourire contenu aux lèvres.


Dernière édition par Dominique Lebrun le Jeu 18 Juil - 2:43, édité 1 fois
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mer 17 Juil - 5:46

Ce qu'il lui faisait penser à Edmond... ! Elle se surprenait toujours à l'oublier, puis à le redécouvrir.
Les lèvres entrouvertes sur une esquisse de sourire un peu étonné, un peu émerveillé, Lise sembla un instant suspendue hors du temps, reprise par un souvenir...

~~~~~~
Mai 1893

« Nous sommes de la même race... Vous et moi, je l'ai toujours su. Mais lui aussi. Nous sommes de la même race, tous les trois.
- Quelle race ? »
Edmond n'avait pas répondu. Il semblait songeur.

~~~~~~

Puis elle dégagea vivement son bras de celui de Dominique et, sans un regard pour les fleurs qu'il lui montrait, vint se planter face à lui :

« Colonel, vous êtes exaspérant ! »

Elle avait de la peine, néanmoins, à paraître fâchée. Mais copiant l'expression faussement sérieuse du militaire, elle poursuivit :

« Oh mais ne comptez pas sur moi pour vous interroger ! Je trouverai bien par moi-même ! Voyons... »

Elle lui tourna le dos et se mit à avancer lentement vers les fleurs jaunes qu'il avait désignées, brassant l'air de la main au fur et à mesure de son discours.

« Commençons par éliminer l'automobile : vous n'aimez pas, vous détestez, vous pestez, vous trouvez cela - comment avez-vous dit ? - incongru. Bon. Le tramway ? L'omnibus ? Bah, ça n'a rien de nouveau... Vous auriez investi dans un cabriolet de jeune homme ? Mmh, possible... A moins que... »

Elle fit volte-face pour se retrouver face à lui :

« A moins que vous n'ayez fait venir un dromadaire d'Afrique ? Un éléphant d'Asie ? Un tapis volant ? »

Et, ne retenant plus le sourire qui couvait, elle attendit que le colonel voulût bien mettre fin au suspens.
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Jeu 18 Juil - 3:43

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les fleurs n'avaient pas eu un grand succès. Elle s'était plantée devant lui, tentant de prendre la mouche de manière convaincante, le sourire déjà presque à fleur de lèvres. Puis tourna les talons, et tenta de trouver la réponse par elle-même.
La situation amusait réellement Dominique. Un instant, en la voyant partir, en l'écoutant supputer et extrapoler, il fut tenté de partir lui aussi, de se mettre à couvert derrière une de ses immenses plantes vertes. Imaginez un peu Lise se rendant compte tout d'un coup qu'elle était seule, dans cette serre chaude...
Mais ces espiègleries de gosses ne se faisaient pas. Pas à son âge. Pas à une dame. D'ailleurs peut-être avait-elle senti la ruse, elle se retourna brusquement. D'autres idées avaient germé. Éléphant, dromadaire, et même tapis volant...
Le rire fusa. Le tapis volant avait achevé le semblant de sérieux du militaire.

« Tapis volant ? Mais allez-vous chercher cela ? En même temps, il faut bien avouer que ça serait extrêmement utile pour éviter les affreux encombrements de la capitale. Non, ce n'est pas un tapis volant, c'est fort dommage. Mais il faut se faire une raison, il aurait été ridicule avec l'uniforme.»

~~~~~~
Janvier 1896

Des heures qu'ils étaient assis là. Bon, peut-être pas des heures, mais trop longtemps en tout cas. Il n'en pouvait plus. Il aurait été seul, il serait volontiers descendu dans la neige pour avancer un peu à pied, prendre l'air, n'importe ! La patience n'était pas vraiment le fort du chef d'escadron.
Mais il ne pouvait pas se le permettre. Alors, il tentait de cacher son énervement à la passagère. Jamais, jamais ils ne seraient là-bas à temps. Ils manqueraient le début, c'était certain. A croire que tout Paris avait eu soudainement envie de se rendre au bal de l'Opéra. Partout, des masques, des capes, des dominos... Il soupira. A quoi bon s'énerver ?
« Le carnaval est décidément très en vogue cette année. »
Il la regarda désolé. Elle était juste en face, dans cette petite voiture. Son parfum emplissait l'espace. Dans la lumière de la rue, on ne voyait que sa jupe verte. Et parfois un coin de la voilette. Ils resteraient bloqués là encore longtemps.
« Je suis navré madame. Vraiment navré. Ces embouteillages... »
Elle souriait. Il ne le voyait pas, mais il le devinait. Elle fit un geste de la main, comme pour évacuer le problème. Ce n'était rien. On n'arriverait bien un jour. Le principal n'était pas d'être en foule, mais en bonne compagnie.
« Oui vous avez raison. »
Elle s'agitait un peu. Le bas de la jupe froufrouta, le tissu se froissa dans un bruit feutré. Deux ans qu'il ne l'avait plus vue qu'en noir ou en violet. Cette débauche de couleurs sages pour le carnaval ne lui en allait que mieux.
Ils restèrent bloqués là encore longtemps. Elle parut s'en accommoder en commentant chaque masque qu'elle voyait avec une imagination absolument intarissable.

Ils restèrent bloqués là encore longtemps.
Et jamais soirée de carnaval ne laissa un meilleur souvenir à Dominique.


~~~~~~


Il s'était rapproché de Lise et lui retendit le bras, l'invitant à continuer.

« Encore qu'en matière de ridicule... En y repensant, je n'ose vous le dire. Figurez-vous que je suis aller à ce palais des Glaces dont j'avais tant entendu parler. A la patinoire oui oui ! Avec les patins à glace ! J'y 'ai d'ailleurs fait une rencontre tout à fait inattendu. Mais pas inutile, madame s'est avéré être un excellent professeur de glisse. »

Madame. De Fréneuse, évidemment. L'esprit du colonel avait oublié de précisé le nom tant cette rencontre restait... unique ?

« Alors qu'en dites-vous ? Ah, ce n'est pas aussi exotique que le dromadaire, j'en conviens. »
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Ven 19 Juil - 3:03

« La patinoire... ! »

Lise rit de bon cœur. Imaginer l'officier trébucher sur la glace et ravaler son orgueil, lui qui détestait tant se trouver en position de faiblesse, avait quelque chose de hautement réjouissant.

« Ce que j'en dis ? Mais c'est excellent, Colonel, excellent ! ... Ce que je donnerais pour voir cela... ! »

La taquinerie affleurait dans sa voix.

« Mais dites-moi, qu'est-ce qui vous a poussé à... Oh, je vois. Un excellent professeur de glisse. Mmh. Eh bien... félicitations ! »

Ah, Dominique et les femmes ! Les femmes de Dominique ! Le sexe faible, ou la grande faiblesse du militaire.

~~~~~~
Décembre 1892

La pièce était médiocre, et personne ne suivait ce qui se passait sur scène.
Edmond avait posé la main sur son bras pour attirer son attention, et désigné une loge du menton :
« N'est-ce pas le capitaine Lebrun là-bas ? Eh bien... notre ami est en charmante compagnie ! »
Il avait ri.
« Il faut croire que les colonies l'ont rendu exotique, lui aussi. Depuis son retour, ses conquêtes sont plus belles de jour en jour ! »
C'était vrai. Celle-ci avait certes un rire insupportable, mais de jolies dents blanches et un maintien agréable. Et ce soir-là, elle resplendissait dans une robe bleu nuit qui dévoilait des épaules parfaites. Une robe exactement au goût de Dominique.

~~~~~~

Le coloris qu'il aimerait voir, le tissu qu'il aimerait toucher, le ruban qu'il aimerait dénouer... Oh, Lise connaissait précisément les goûts de l'officier. Ce n'était pas difficile : elle habillait toutes ses maîtresses.

A peine était-elle surprise lorsque telle demoiselle bien sage, telle dame très attachée à son mari venait la voir et lui demandait à mi-voix, avec l'accent enjoué et gêné que l'on n'a qu'avec sa couturière, une toilette digne de plaire à l'officier Lebrun. Tiens, celle-ci est donc aussi à son goût ? constatait-elle alors, simplement, avec un brin d'étonnement.

Il y avait pourtant certaines liaisons que Lise désapprouvait franchement. Tromper un proche ami en couchant avec sa femme, par exemple, faisait partie des choses que la couturière réprouvait sévèrement. Et que Dominique, si à cheval sur ses principes lorsqu'il s'agissait de son régiment, pût trahir si légèrement ceux qui l'estimaient... Cela la mettait hors d'elle. Non... cela la peinait surtout.

Lui en parler ? Oh, jamais. A ce sujet, il y avait entre eux un accord tacite, un silence pudique. Il ne parlait pas de ses maîtresses, elle faisait mine de ne pas les connaître. A peine se permettait-elle de discrètes plaisanteries comme tout à l'heure, lorsqu'elle avait parlé de ses obligations de dentelle.

Il était donc entendu qu'elle n'insisterait pas sur ce professeur de glisse. En outre, les révélations de Dominique étaient suffisamment intéressantes sans cela.

« Mais alors, comment est-ce, ce Palais des Glaces ? Depuis le temps que Catharina m'en parle et que je ne trouve pas le temps d'y aller... ! Est-il bien difficile de patiner ? Oh, êtes-vous tombé, Colonel ? »

Inutile de dire qu'elle savourait d'avance la réponse.
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Dim 21 Juil - 9:29

« Vous vous faîtes des idées totalement erronées ma chère. Je décline formellement toute ambiguïté dans cette rencontre. Rencontre qui doit tout au hasard, je le répète. Elle ne m'a appris qu'à patiner. Et puis, madame était avec ses enfants, et il me semble qu'ils accaparent toute sa tendresse. »

Il repensa à madame de Fréneuse. Décidément non, il ne l'imaginait déjà pas avec un mari, alors un amant, pensez-vous !
Mais il n'insista pas. Oh, il savait qu'elle savait. Il ne s'en cachait pas. Et il avait plusieurs fois reconnu la patte de la couturière sur une robe froissée. Mais c'est un sujet qu'ils n'évoquaient que par touche, par petites allusions. Et encore. Sans être absolument tabou, il n'avait juste pas sa place entre eux. Edmond, parfois, le plaisantait sur la jolie blonde de l'autre soir au théâtre qui était devenue subitement brune à l'opéra. Il en riait, en parlait, entre homme. Mais avec Lise, jamais. C'était un sujet parmi d'autres que l'on n'abordait pas.

~~~~~~

Juillet 1891
«Non non, vous étiez à l'heure lieutenant. C'est moi qui suis en retard, excusez-moi. »
Le médecin venait juste de sortir. Dominique l'avait croisé dans le salon.
« Mais tout va bien ? J'ai vu passé le docteur...
- Oui oui, tout va bien merci. Un petit contrôle de temps à autre. Voir si tout tient avec le temps... »
Edmond avait répondu avec précipitation, presque avec gêne. Deux jours avant, c'était Lise qui n'avait pas pu venir. Pour une raison très floue qu'il avait oublié. Ils cherchaient à dissimuler quelque chose, c'était évident. Mais Dominique n'insista pas. Tout couple a ses secrets. Il ne forcerait pas la confidence.

~~~~~~


Elle se délectait par avance de la réponse. Ses yeux pétillait, son sourire mutin était là, son air de pas y toucher aussi. Elle s'imaginait avec gourmandise l'officier chuter. Et savourait avec une gourmandise encore plus grande l'aveu qu'il serait obligé de faire.

Et bien non.

« Madame Champmézière ! - le ton était faussement outré- Vous voilà bien intéressée par les moindres broutilles sans importance qui ne manquent pas de parsemer tout apprentissage. Sachez donc, pour satisfaire votre curiosité, que je n'ai certainement pas perdu l'équilibre plus de fois que vous à bicyclette. »

Et sur ce sujet, il en resterait là.

« Néanmoins, c'est assez amusant et fort agréable. On patine un peu mieux d'une séance sur l'autre. Car oui, je m'y suis rendu plusieurs fois. Courtet m'y a emmené, et depuis... et bien disons que l'on y prend goût. »

Disons qu'il était aussi fort intéressant de placer en société que l'on serait ravi de faire découvrir la patinoire à untel ou untel. Ce qui n'enlevait rien au charme glacé de l'endroit.

« Je ne sais pas à bicyclette, mais vous seriez charmante sur des patins. Si votre amie ne peut vous y emmener, ce serait un plaisir de la suppléer. Et vous jugerez par vous-même de la stabilité de la chose.»

Il lui offrit un grand sourire. Sincère et malicieux à la fois.
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Dim 21 Juil - 22:44

C'était un demi-aveu de chute, tout de même. Camouflé derrière une raillerie, certes, mais... Lise sourit ; c'était de bonne guerre.

« Un point partout, monsieur le bretteur. »

La fierté des hommes n'est-elle pas une sorte de pudeur, qu'il faut traiter avec beaucoup de délicatesse ?

~~~~~~
Octobre 1893

Lise avait quitté la chambre, incapable de supporter plus longtemps le bourdonnement des réciteuses de chapelet, le regard compatissant des amis de la famille, l'odeur de cire chaude et de café fort.
Avant de partir - il avait des obligations au cabinet, il ne pouvait pas rester, il était désolé -, le cousin d'Edmond avait demandé des papiers.
« Cela vous paraît précipité, chère Lise, mais il faut régler tout cela au plus vite. »
Il ne l'avait jamais appelée par son prénom du vivant d'Edmond. Elle n'aimait pas son air nouvellement protecteur, mais il fallait reconnaître que c'était un soulagement de pouvoir se reposer sur lui pour les formalités à remplir. Il viendrait chercher les papiers le lendemain. Elle trouverait tout dans le secrétaire d'Edmond, probablement.
Elle s'était dirigée vers la bibliothèque. Il faisait nuit, à présent. Dans le silence de la maison, on n'entendait plus que la pluie tomber au-dehors. Les gouttes d'eau glissaient sur le toit, glissaient sur les fenêtres. Lise avait pensé
c'est la maison qui pleure.
C'est en poussant la porte qu'elle l'avait vu. Ses galons tout neufs se détachaient dans l'obscurité.
Il lui tournait le dos. La tête bizarrement courbée entre les épaules, il s'appuyait des deux bras sur la cheminée. Il respirait irrégulièrement, et fort. Trop fort. L'air semblait parfois s'étrangler dans sa gorge.
Elle avait refermé la porte, très doucement.
Il n'avait jamais su qu'elle l'avait vu.

~~~~~~

La proposition de Dominique suscita un petit rire chez Lise.

« La stabilité de la chose... Eh bien, votre invitation a tout l'air d'un piège ! »

Elle fit mine de le jauger. Il affichait le sourire qu'elle aimait. Celui qui le faisait paraître à la fois plus mûr et plus jeune. Le sourire de l'ami vrai, que l'on était prêt à suivre dans toutes les aventures qu'il proposait.

« Défi relevé, Colonel ! Vous voyez, j'ai très peu d'orgueil, finalement... »

Leurs pas les conduisirent enfin hors de la serre. C'était comme sortir d'un cocon ; la brise printanière les assaillit. Par réflexe, même s'il ne faisait pas vraiment froid, Lise passa la main sur ses joues, réajusta le manteau léger qu'elle avait revêtu.

« Catharina pourrait nous accompagner, au fait. Elle se faisait une joie d'assister à mes premières chutes ; il faut être généreuse et faire profiter largement du spectacle, j'imagine... ! Et puis qui sait, nous rencontrerions peut-être votre professeur, et ces dames sympathiseraient sans doute, entre mères de famille attentionnées... »

Ils s'immobilisèrent un instant.

« Eh bien Colonel, où allons-nous ? Avez-vous quelque obligation à honorer, ou poursuivons-nous ? Moi je suis libre tout l'après-midi. » C'était dit avec beaucoup de simplicité. Mais elle eut ensuite une petite grimace. « En réalité, je suis prisonnière du dehors. Un raseur... » Haussement d'épaules pour signifier que l'importun était de peu d'importance.
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 22 Juil - 4:06

Il ne dit rien. Il accentua juste le sourire. La chose était entendue. Puis ils sortirent de la serre, et l'air plus frais du dehors les piqua légèrement. Tout en l'écoutant lui parler de son amie, il déboutonna le manteau d'uniforme et le lui proposa.

« Mais bien entendu. - Tenez ma chère, couvrez-vous, le changement brusque de température est mauvais à cette saison. Je m'en voudrais. - Et vous me parlez tellement de votre Catharina, que je serai ravi de faire sa rencontre.»

Elle s'arrêta un instant. Prisonnière du dehors ? Le militaire arqua un sourcil interrogatif à la mention d'un raseur. Suffisamment indésirable pour pousser la couturière à abandonner épingle et mètres de soie pour ne pas le croiser. Un petit exploit. Sa maison de couture, c'était... enfin, il suffisait de l'y avoir vue pour comprendre.

~~~~~~
Novembre 1892

Des tissus absolument partout. Une débauche de coton, de flanelle, de soie, de dentelle... Des couleurs à rendre jaloux un arc-en-ciel... Et madame Champmézières en pleine création.
« -Lise ? Venez-vous ? Nous allons être en retard ?... Comment ?... Mais Lise... »
Edmond avait soupiré, s'était tourné vers lui et levé les yeux au ciel. Dans l'embrasure de la porte, il la voyait piquer une épingle, enlever un ruban, le remettre...
« Allons-y capitaine. Elle dit qu'elle n'a pas la tête à sortir, qu'il fait froid, qu'elle préfère rester au chaud. Je crois surtout qu'elle préfère finir son modèle. Certaines femmes ont des bouffées de chaleur, la mienne a des bouffées d'inspiration que voulez-vous ? Dans cet état, il ne faut pas la sortir de son atelier. Et puis, je vous avouerai que ce qu'elle fait est ravissant. Que ceci reste entre nous hein ! »
~~~~~~


« Ah ! Je comprends mieux pourquoi j'ai le privilège de me promener avec vous en pleine journée. C'est que vous fuyez votre royaume ! Et bien, remerciée soit cette insupportable personne ! Et puisque c'est ainsi, je n'ai donc aucun scrupule à vous enlever à vos clientes. »

Dominique se demanda tout de même qui pouvait être à la personne à l'origine de tout cela. La silhouette vague d'un tabellion lui passa en tête. Comment s'appelait-il déjà ?... Sans importance. L'officier et le notaire ne s'étaient jamais vraiment parlé, mais n'avaient jamais vraiment cherché à le faire non plus. On se saluait brièvement quand on se croisait, mais non, le courant ne passait, comme on dit.

« J'ai toute l'après-midi à vous consacrer. Alors dîtes, profitez, que voulez-vous faire ? Migrer au Luxembourg ou aux Tuileries ? Prendre une voiture et aller du côté des Invalides, avec ce soleil, le dôme doit resplendir. Ou bien... flatter la gourmandise et aller rue Montorgueil. Avez-vous déjà goûter les pâtisseries de Stohrer ? Oh ! Mais tant que nous y sommes, nous pourrions aller voir la volière, ce doit être à quelques pas. Je suis aux ordres. »

Et de fait, le moment était agréable du fait de la compagnie.
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 22 Juil - 5:09

Il lui proposait son manteau. Non, sérieusement, il lui proposait son manteau ? Lise lui rit franchement au nez.

« Rassurez-moi Colonel, c'est une plaisanterie ? Vous ne croyez tout de même pas que je vais enfiler ça ?! »

Se reprenant un peu - toujours cette histoire de fierté masculine à préserver :

« Non, je veux dire, c'est... c'est très gentil... mais non merci. D'ailleurs, il ne fait pas si froid. »

Préférant ne pas s'appesantir sur la question, elle rebondit très vite sur ce qu'il disait :

« Vous êtes libre ? Oh, chic ! »

Pour un peu, elle eût battu des mains comme une fillette. Les propositions qu'il faisait étaient d'ailleurs alléchantes, et elle hésita un moment :

« Mmh, tout cela est bien tentant... »

Elle interrompit sa réflexion pour glisser malicieusement « C'est bien agréable, d'avoir un officier sous ses ordres ! », puis trancha : « Allons d'abord à la volière ! Je n'y résiste jamais - vous le savez... Et puis nous poursuivrons par votre rue de l'orgueil : je ne connais pas, mais quand on me parle de pâtisseries, vous savez... »

Geste éloquent. De fait, elle se sentait presque un début de petit creux.

« Le programme sied-il à monsieur le Colonel ? Ou conserve-t-il une vieille rancune contre les volatiles de volière ? »

~~~~~~
Juillet 1895

Il était venu pour une retouche, une commande, une visite amicale - elle n'avait jamais su. Quand il était arrivé, il avait trouvé la maison dans un état d'agitation anormal : c'est-à-dire non pas causé par une avalanche de tissu (état d'agitation normal), mais par un incident : la bonne avait laissé la porte de l'une des volières ouverte et les perruches s'en étaient échappées ; elles poussaient des cris affreux en battant frénétiquement des ailes dans la pièce, semant des plumes à tout va. En plus de la cliente que cela amusait follement, Lise avait débauché trois ouvrières pour venir l'aider à récupérer les fuyardes.
Au lieu de fuir à son tour - c'eût été plus raisonnable -, il avait tenu à s'associer à la chasse. Pendant plus d'une heure, ils avaient couru à travers la pièce en faisant preuve d'une imagination débordante (et souvent inefficace) pour piéger les oiseaux. L'un d'entre eux résista tellement qu'ils durent s'avouer vaincus ; un peu triste, Lise avait ouvert la fenêtre et l'avait laissé s'envoler loin d'elle - un oiseau exotique perdu dans Paris.
Puis ils s'étaient tous écroulés dans les fauteuils, en sueur, et Lise avait fait servir généreusement de la limonade. Ils avaient longtemps ri.

~~~~~~
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Lun 22 Juil - 11:46

Et elle rit. Mais franchement. Dominique resta coi, avec son manteau dans les mains à la regarder. Un peu surpris. Qu'y avait-il de si comique après tout ? C'était la coupe militaire qui n'allait pas ? Pas assez gracieuse peut-être ? Baste. L'officier reprit son bien et le ré-enfila.
Elle avait repris son air pétillant et malicieux. Alors le colonel oublia ce moment. Sans importance, somme toute.

« J'étais à peu près sûr que vous ne résisteriez pas à la volière. Quant aux volatiles qui s'y trouvent, ma foi, tant qu'ils y restent...»

Le sourire était revenu sur ses lèvres. L'allusion à l'oiseau fugueur était limpide.

~~~~~~

Juillet 1895

« Oui avec plaisir merci. »
Dominique tendait son verre de cristal bleuté. Ils avaient couru, avaient monté plan et stratégie pour venir à bout de la dernière fuyarde, puis avaient déclaré forfait. Elle avait ouvert une fenêtre et l'avait laissé s'envoler. Accoudés au rebord, ils l'avaient regardée partir à la découverte de Paris. Puis le militaire s'était laissé tombé dans un fauteuil. Elle était resté à la fenêtre un moment. Sa petite chose colorée... Elle avait l'air vaguement triste. Comme quand un ami s'en va pour un voyage. Comme quand un enfant quitte le foyer pour vivre sa vie.
Et puis le fameux service en cristal bleuté avait fait son apparition. La limonade s'était mise à couler à flot.
« Ne soyez pas triste... nous sommes en plein juillet, il fait chaud, c'est son moment idéal pour visiter notre capitale. Et puis, pensez, elle avait sans doute un rendez-vous à honorer, un congénère qu'elle voulait revoir. Et pourquoi pas un amoureux transi quelque part, au Jardin des Plantes ? Hé ! »
La tristesse s'était elle aussi envolée dans le vent chaud du mois de juillet.


~~~~~~

« Donc le programme sied à monsieur le colonel, oui. Et qui sait, nous y croiserons peut-être votre perruche récalcitrante. C'est juste à quelques pas d'ici, par là. En chemin, madame aura-t-elle la bonté de m'exposer son point de vue sur les améliorations à apporter à la mode militaire ?»

C'était dit avec humour et complicité. Parce qu'il ne voulait pas rester sur un semblant de... de malaise ? - c'était un peu fort -, sur un semblant... d'incompréhension entre eux.
Mais déjà, on entendait piailler au loin. La volière était là, quelque part à droite, au détour d'une allée.
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mar 23 Juil - 5:08

Ciel, le voilà qui était vexé... Blessé dans sa virilité... !

Lise se mordilla la lèvre. Elle n'aurait pas dû rire, évidemment. Ni même refuser son offre, sans doute. Mais sérieusement, pouvait-elle accepter par pure bonté d'âme ?!

Indécise, elle commença par botter en touche et répliqua d'un ton léger :

« Oh, récemment je me suis laissée aller à quelques réflexions - de bon sens - sur les uniformes et cela ne m'a pas porté chance. Comptez sur moi pour ne pas recommencer... ! »

Un court instant puis elle s'anima, incapable en fait de s'arrêter là :

« Mais Colonel, il est très bien votre manteau, ce n'est pas le problème ! (Enfin évidemment il y a toujours le bas des manches qui...) » Ahem. Il s'agissait de ne pas recommencer. « Il vous va très bien d'ailleurs ! (Si vous cessiez simplement de tirer sur vos manches en permanence...) » Oups.

~~~~~~
Mai 1893

« Mais cessez donc de tirer là-dessus ! »
Il avait interrompu son geste, surpris. Plus doucement, tentant de se faire pédagogue, elle avait poursuivi :
« Ça ne se tire pas, un col. Ça se met bien - voilà, comme ça -, et puis on n'y touche plus. C'est pareil pour les manches. Là. Cela vous tombe parfaitement. Plus un geste ! »
Elle s'était retournée pour chercher une épingle. Mais dans le miroir, du coin de l’œil, elle le voyait encore. Très droit dans son nouvel uniforme, presque raide... S'examinant d'un œil sévère... Tirant discrètement sur ses manches. Elle s'était mordu la lèvre pour ne pas rire. Ce qu'il était maniaque... !

~~~~~~

« Ce n'est pas le problème ! » répéta-t-elle avec conviction.

Mais quel était le problème, finalement ?

« Mais enfin... c'est un manteau d'homme ! » Ah ! « Vous me voyez, flottant là-dedans comme... comme un fantôme ridicule ? Et vous à côté, le cou au vent, tel le héros d'un feuilleton à la mode... Tel un chevalier servant des temps modernes... »

Elle eut un air navré, presque triste :

« De quoi aurions-nous l'air, vraiment... ? »

Resserrant son bras autour du sien, levant le nez vers lui :

« Vous ne m'en voulez pas, n'est-ce pas ? »
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mar 23 Juil - 6:33

« Oui évidemment, présenté comme ça... Mais en cette saison, un coup de froid est si vite arrivé...  Enfin, madame, évidemment que non, je ne vous en veux pas. »

Il avait été surpris, un peu vexé oui. Mais lui en vouloir pour si peu, c'était puéril. Et puis elle levait vers lui un regard auquel on résiste difficilement. L'incident du manteau était clos.

« Alors, c'est votre fantôme en manteau militaire qui vous faisait rire ? Les pans ne tombaient pas comme il fallait ? Mes manches étaient trop tirées ? Les autres fantômes se moquaient ? Et j'arrête là avant que vous ne me parliez de mon col. D'ailleurs, oublions, regardez, nous arrivons à la volière.»

Ils n'étaient jamais venus ici, Edmond et lui. Étrangement. Les connaissances d'Edmond sur les oiseaux étaient largement supérieures aux siennes, et il en parlait toujours avec passion et pédagogie. Dominique écoutait avec intérêt. Mais ils n'étaient jamais venus ici tous les deux.

~~~~~~
Octobre 1892

« C'est tellement dommage. Ils ont un nouveau spécimen de... »... d'oiseau ? La mémoire du militaire n'avait pas retenu le nom du volatile en question. « Mais je comprend, bien sûr bien sûr... Et non, après j'ai moi-même des obligations... Mais ce n'est que partie remise ! Un jour, capitaine, nous irons voir cette volière ensemble. Vous verrez, elle est superbe. Ensuite nous irons goûter un bon bordeaux en bord de Seine. Ce sera un excellent moment ! »

~~~~~~


De manœuvres en obligations, de rendez-vous prévus de longue date en déjeuner dans le monde, Edmond n'avait jamais eu l'occasion de lui faire découvrir cette volière. Il en éprouvait un profond regret chaque fois qu'il y pensait.
Et maintenant en face d'elle, il était tout au souvenir de son ami. Un peu absent, il avait même oublié la couturière à son bras.
Heureusement, le cri d'un oiseau le sortit de sa rêverie. Avec de la chance, Lise ne se serait pas aperçu de son trouble.
Chassant les derniers voiles de mélancolie, il lui sourit. Il aurait voulu lui dire quelque chose, n'importe quoi, une banalité mais même ça, il ne trouvait pas. Et puis une perruche passa devant eux. Un tourbillon rouge. Il la pointa du doigt.

« Oh regardez celle-ci ! Là, à se pavaner dans ses plumes rouges devant les deux gris. Elle s'imagine dans Robert-le-Diable ! A exhiber ses jolis atours flamboyants comme Isabelle dans votre si commentée robe rouge.»

~~~~~~
1896

« Oh elle était splendide ! Avez-vous vu ? Ce tissu, ces plis... Ouiii, elle vient de la maison Champmézières. Champ-mé-zières. Oh ! Vous croyez qu'elle me ferait une robe pour le mariage de ma cousine ? »
La pièce était un vrai succès. Et partout Dominique pouvait deviner les femmes se passer le nom magique : Champmézières.

~~~~~~
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mar 23 Juil - 9:36

En fait, Lise avait très bien perçu le silence du colonel. Pour la bonne raison qu'elle le comprenait, qu'elle le partageait. Le souvenir d'Edmond était au milieu d'eux, si fort que l'on en ressentait presque la présence.

Lise lâcha doucement le bras de Dominique et s'avança jusqu'à la volière. Ses mains vinrent se poser sur la vitre, de chaque côté de son visage, et elle observa le ballet des oiseaux. Songeuse. Pas précisément triste.

Et puis Dominique la rejoignit et rompit le silence avec la gaieté qu'il avait toujours lorsqu'il voulait la distraire. Se distraire lui-même aussi, peut-être. Son regard suivit ce qu'il désignait, et elle éclata de rire :

« C'est le même rouge, précisément ! Mais voilà une Isabelle bien délurée... »

Pointant un oiseau aux ailes vertes :

« Regardez celui-ci ! C'est une perruche à moustaches ! Il paraît qu'elle peut parler comme vous et moi, pour peu qu'on la dresse correctement... »

Ils passèrent quelques minutes à s'extasier sur tel ou tel spécimen. Lise était intarissable quand il s'agissait de volatiles. Pardon ? Mmh, certes, Lise était intarissable même lorsqu'il ne s'agissait pas de volatiles, mais...

Ils poussèrent jusqu'aux oiseaux de proie, prisonniers d'une immense cage à proximité.

« Ceux-là, je n'aime pas tellement les voir enfermés... Ils sont différents, ceux-là... Ils sont faits pour les grands espaces. Pensez, c'est comme si on vous enfermait, vous ! »

~~~~~~
Novembre 1891

« Ah lieutenant, je vois bien que vous n'aspirez qu'à partir ! Votre corps est bien là mais votre esprit, votre cœur sont déjà loin de nous ! Paris ne va-t-elle pas vous manquer ?
- Mais certainement, ma chère ! Paris et ses Parisiennes, Paris et ses Parisiens ! Mais Paris... On ne peut l'aimer pleinement que lorsqu'on a vécu loin d'elle. »
Elle avait pensé :
il en parle comme d'une femme...

~~~~~~
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Dominique Lebrun
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Mer 24 Juil - 3:06

Dominique partageait totalement cet avis. Ces oiseaux-là, il fallait les laisser voler à leur aise. Il leur fallait de l'espace. Si grande que soit leur volière, ils seraient toujours à l'étroit.

« Je suis bien d'accord avec vous. Ils ont besoin de déployer leur envergure, de chasser... C'est un peu attristant de les voir enfermés comme ça. Mais j'imagine parfaitement ma chère. On dirait qu'ils sont punis, comme des écoliers en faute, astreints à leur version latine..»

La version latine des études n'avait visiblement pas laissé de souvenirs épatants.
Ils restèrent un bref instant devant les pauvres captifs, puis l'envie de passer à autre chose que ce morne spectacle les poussa dans une autre allée. L'envie de sucrerie peut-être.

« Alors ? Les pâtisseries de la rue Montorgueil vous tentent-elles toujours ? Une voiture et nous y sommes dans... vingt minutes. Plus ou moins le trois quart d'heure parisien d'embouteillages habituel. Mais ça... »

La main du colonel indiqua que cela ne dépendait que de Paris.

« Mais si vous préférez rentrer, je vous raccompagne. Ah non, c'est vrai, il y a votre fâcheux... »

Même sans fâcheux, comment Lise Champmézières pouvait-elle résister à un gâteau appétissant ? Mais force était d'avouer que Dominique aussi se faisait une petite joie de goûter aux délicieuses sucreries.

« Vous êtes témoin, nous sommes donc obligés d'errer encore un peu. Si notre errance nous même près des halles, ce serait tout de même dommage de ne pas profiter de la proximité de la plus vieille pâtisserie de Paris. Et par là même, d'en goûter quelques unes. Ce sont les circonstances qui nous y obligent, n'êtes-vous pas d'accord ? »

Il était parfaitement inutile de déployer tout l'arsenal pour la convaincre. Elle l'était déjà. Il aurait été surpris de la voir refuser. D'ailleurs, il la dirigeait tout naturellement vers la sortie.

~~~~~~
18 Octobre 1892

« Ce n'est rien vraiment. Vous verre, c'est juste un tout petit présent. »
C'était une petite boite, emballée dans du papier bleu. On entendait un bruit de frottement à l'intérieur quand on la secouait. Il avait pensé que cela plairait mais maintenant, il se demandait si ça ne serait pas un peu... un peu pas assez. C'est que madame Champmézières avait reçu de très beaux cadeaux cette année.
« J'ai voulu rapporter un peu de tout. Mais les bagages ne sont pas illimités... »
Il y avait tenté de ramener un petit quelque chose à chacun. Aux Courtet, aux Champmézières, aux amis du régiment restés en France, à d'autres.
Le paquet ouvert, une dizaine de petites boîtes, de tailles différentes, en bois des îles étaient sagement rangées. Un parfum curieux, mélange d'épices et de sucre s'échappaient du paquet.
« Les gousses de vanille sont laissées séchées. Une fois bien sèches, vous les fendez en deux et récupérer les petits grains à l'intérieur. Quelque part, il y a bien sûr du gingembre, pour votre limonade. Oh ! Ca, alors je n'ai pas bien retenu le nom, missélé, massilé quelque chose comme ça, mais c'est délicieux. Avec du poulet notamment... »
Et puis tout au fond, un étrange bâton.
« Canne à sucre. On le fend en deux, et on récupère l'intérieur. Toute une opération complexe avant d'avoir notre sucre sous la forme que l'on connaît mais même comme ça, c'est comestible. On le coupe et on le mâche. Juste du sucre. »
L'anniversaire de Lise avait soudain pris un air d'ailleurs.
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?   Jeu 25 Juil - 4:27

« Condamnés à vie à la version latine, quelle horreur ! »

Et Lise avait ouvert de grands yeux véritablement épouvantés.
Elle-même n'avait jamais vraiment eu à pâtir de la discipline tant redoutée ; mais le souvenir du fils Saint-Loÿs faisant les cent pas dans le salon, un livre à la main et répétant désespérément : "Consuetudo est jus quodam moribus instit... institutum, quod pro lege usurpatur ubi deficit lex... Bon sang j'y comprends rien, même en français !", ce souvenir-là suffisait à vous faire craindre le latin pour le restant de vos jours. Quant aux prières qu'elle ânonnait dans la langue de Virgile, elles lui paraissaient appartenir à un monde magique et mystérieux où les angelots s'exprimaient à coups de "-ousse" et de "-oume".

Heureusement, Dominique ne paraissait pas plus enclin qu'elle à s'attendrir sur les misères de la version latine, et proposait de se tourner vers des activités nettement plus alléchantes.

« Ah Colonel, comment pourrais-je envisager de rentrer alors que vous évoquez mille délices ? Allons, en route ! Et quant aux embouteillages eh bien... » Elle balaya la question d'un revers de main. « Ils feront partie du plaisir ! »

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Janvier 1896

Peut-être qu'il n'avait pas su laquelle de ses maîtresses inviter. Ou peut-être qu'elles avaient toutes refusé.
Toujours est-il qu'il avait proposé de l'emmener, et elle lui avait sauté au cou. Des années qu'elle n'était pas allée au Bal de l'Opéra ! Autant dire qu'elle trépignait.
Et puis minuit avait sonné et ils étaient là, coincés dans la voiture, loin de l'orchestre qui avait dû ouvrir les festivités. Dominique bouillait d'impatience, elle le sentait bien. Mais elle... oh, non. Ce débordement de hauts-de-forme et de capes, de robes extravagantes et de masques colorés... Pour elle, le spectacle avait bien commencé là.
Ils étaient arrivés alors que la fête battait son plein et que certains invités - les plus âgés - commençaient déjà à partir. Mais eux, des heures durant, avaient dansé au milieu d'une foule bariolée, dans un Opéra inondé de lumière.
Et puis ils étaient rentrés, ivres de tourbillons et de fatigue, aux premières lueurs de l'aube. D'embouteillages il n'était plus question : la voiture filait dans Paris encore ensommeillée. Lise aussi s'était endormie, la tête oscillant au rythme de leur course.

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Et c'est donc obligés par les circonstances qu'ils se rendirent au numéro 51 de la rue Montorgueil, où ils se ravirent le palais de babas, de religieuses, de macarons et d'autres pâtisseries dont le seul nom éveille la gourmandise.

Après avoir sauté hors de la voiture qui la ramenait chez elle, Lise se retourna vers le colonel penché à travers la portière et eut pour lui son plus beau sourire.

« Merci Colonel... C'était une journée épatante, finalement ! »

Et de retour chez elle, elle déchira les affreuses cartes postales, les jeta avec le petit mot que Victor avait laissé ("Ma chère Lise, si vous vous faites aussi rare dans votre propre maison que vous l'êtes dans la mienne, je vais finir par désespérer de vous revoir cette semaine..." Mais désespérez, mon pauvre ami, désespérez donc ! Depuis le temps qu'on vous le demande...) et se lança dans le dessin d'une nouvelle robe dont elle avait eu l'idée en admirant les gâteaux de chez Stohrer.

Il n'y avait pas à dire : les moments que l'on passait avec le colonel Lebrun étaient toujours... épastrouillants.

Spoiler:
 
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Le jardin des Plantes ? C'est idéal pour la fauvette non ?

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