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 A ma petite femme, avec tout mon respect

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Octave Canard-Mauperché
Encore une victoire de canard !
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MessageSujet: A ma petite femme, avec tout mon respect   Ven 28 Juin - 20:53

C'était un dimanche comme les autres, dans la maison bourgeoise qui surplombait la librairie... ou presque. Octave avait traîné un peu au lit - mais un peu seulement - puis il s'était levé et avait pris son petit déjeuner devant les suppléments littéraires des journaux, en robe de chambre et fumant sa pipe... Raymonde... Eh bien que faisait-elle Raymonde ? S'était-elle reposée, soucieuse de se remettre des émotions de ces derniers jours ? S'était-elle rendue à la messe, afin de prier ou de se faire voir... ? Toujours est-il qu'en cette heure, où seule la messe dominicale pouvait pousser les gens dehors, les deux époux devaient se retrouver, vers dix ou onze heures, autour d'une tasse de thé, café, chocolat. A vrai dire, Octave appréhendait un peu de se retrouver en tête à tête avec son épouse. Si l'incident de la librairie semblait s'éloigner des mémoires, il n'était pas certain que Raymonde avait pleinement apprécié la soirée chez M. et Mme Pentois, où un mauvais plaisant les avait raillé et où ils s'étaient retrouvés, finalement, assez isolés. Il avait résolu de lui en parler à l'occasion mais pour l'heure, attendant que sa femme paraisse, il demeurait l’œil fixé sur son journal, dégarni, les bésicles perchées sur son nez aquilin - en parfaite image d'une vieillesse prématurée.

C'est alors que la porte du salon gémit... En temps normal, le vieux hibou n'eût pas daigné lever les yeux des colonnes de son journal... Mais les temps changeaient. Octave leva la tête et, cherchant de son regard myope son épouse, la salua :

- Bien le bonjour, Raymonde. Comment vous portez-vous en cette belle matinée ? Avez-vous bien dormi ?

Et ce serait mentir que de dire qu'il n'était pas fier de sa prévenance soudaine... !
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Jeu 4 Juil - 9:06

Ah... Quelle journée magnifique ! Les pièces de la bâtisse baignaient dans la lumière des doux rayons matinaux. L'ombre des meubles était quant à elle bancale, épousant maladroitement les sols. Et alors que s'éveillait un paysage plutôt chaleureux, Raymonde elle, ne faisait point d'efforts.
Les yeux plissés, elle déambula dans sa demeure tel un cadavre mal coiffé.

"Bon dieu, que cette lumière me donne la migraine !" vociféra-t-elle.

Lorsqu'elle se pointa dans le vaste salon, une voix quelque peu satisfaite s'adressa à elle :

- Bien le bonjour, Raymonde. Comment vous portez-vous en cette belle matinée ? Avez-vous bien dormi ?

"Bien dormi, bien dormi, c'est peu dire ! Avez-vous vu au moins dans quel état je suis ?"

Cette réponse intérieure réchauffa sa mauvaise humeur. Néanmoins, comme la politesse devait être de mise, elle lui offrit un bref "bonjour" qui s'acheva d'un silence long et pesant. L'on entendait dès lors, plus que le bruit des cuillères se cognant contre les tasses ainsi que les cui-cui incessants de ces piafs irritants.

Merveilleux cadre, en somme.

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Octave Canard-Mauperché
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Mar 9 Juil - 2:58

Les femmes étaient des créatures étranges et difficiles à comprendre. Encore qu'elles fussent plus sensibles, du fait de leur nature fragile et impressionnable, aux changements climatiques et qu'elles dépérissent, lorsque le temps était maussade, Octave pouvait le concevoir. Mais ne point rayonner quand le soleil était au beau fixe et que les oiseaux chantaient, décidément, cela le dépassait ! Car Octave comprit tout de même, au simple bonjour que son épouse lui concéda, qu'elle n'était pas d'humeur bien folichonne... Il ne vit cependant pas comme une faute ni une négligence de sa part de ne pas l'avoir remarqué par lui-même.

- Qu'est-ce qui vous tracasse donc de si bon matin, Raymonde ?

Il posa les yeux sur le journal qui trônait encore à côté de lui et se demanda comment vivraient les femmes si elles devaient affronter, en plus de leurs humeurs, le déferlement des actualités. Sûr que celles qui s'adonnaient à ces lectures finissaient ravagées... Toujours soucieux d'être aimable, il continua même sur le même ton, cornant du bout du doigt une page du quotidien, distraitement :

- Et qu'avez-vous prévu de beau, aujourd'hui, ma chère... ? ...Des visites, une promenade, peut-être ?

Et malgré lui, il hésita, dans la formulation de sa question. L'idée d'être de plus en plus seul à la librairie, tandis que sa femme renouait avec une existence mondaine, l'inquiétait toujours un peu malgré lui.
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Mar 9 Juil - 8:53

La bourgeoise trempa ses lèvres dans sa tasse bouillante. Prise de court, elle ne put s'empêcher d'étouffer une injure. Préoccupée de la douleur mordant sa bouche, elle ne fit attention à la première question de son époux. La seconde, quant à elle, se déversa sur elle telle une douche froide.

- Eh bien, je...

Ce ton hésitant ne lui ressemblait pas.

"Bon sang, reprenez-vous idiote !" se dit-elle.

Tournant la poignée dorée du petit récipient, elle se laissa aller à l'angoisse. Quel effroyable sentiment qu'est celui de se sentir sale et indigne d'une promesse éternelle.

- Il me semble qu'aujourd'hui, une vieille relation m'invite à boire le thé.

Puis, essayant de justifier ce temps de réflexion :

- Je ne savais pas si je devais vous le dire ou non, Octave... Mon amie ne vous porte pas dans son cœur.

Le double-sens de ses phrases l'étonna elle-même... Et si celui-ci voyait clair dans son petit jeu ?
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Octave Canard-Mauperché
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Sam 27 Juil - 3:22

C'était bien plus qu'une humeur pas folichonne... Le libraire eut un élan vers sa femme lorsque celle-ci se brûla - "Voulez-vous que j'appelle ?" et les précautions d'usage... Mais son épouse n'y prêta pas attention, quelque chose de plus profond semblait la préoccuper. Octave hocha la tête lorsqu'elle annonça son projet de visite, mais il déchanta bien vite.

- Mais enfin, ma chère, que dites-vous ? A-t-elle quelque chose à me reprocher ?

Puis un soupçon étrange et un peu ridicule l'étreignit... Il hésita à son tour, s'abîma dans la contemplation des vestiges de son petit-déjeuner... et c'est d'une voix mal assurée qu'il reprit, l'air préoccupée à son tour :

- Mais dites-moi, Raymonde... Pardonnez-moi de vous demander cela, mais cette histoire m'inquiète. Votre amie... c'est une dame bien convenable, n'est-ce pas... ?

Le pauvre Octave imaginait son épouse fort influençable...
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Mer 21 Aoû - 13:59

Les questions de son mari la rendaient de plus en plus mal à l'aise. Afin de cacher ce sentiment grandissant, elle prit une serviette pour s'essuyer. Puis, d'un geste maladroit, elle déplissa sa robe, le regard fuyant.

- Pourquoi une telle question ? Doutez-vous donc de la qualité de mes relations ? Sachez que je n'accorde mon amitié qu'à des gens tout à fait admirables... C'est juste que votre personne n'inspire mon amie et ce pour des raisons qui me sont inconnues. Elle ne préfère s'étaler, de peur d'entacher notre bonne entente. Et je la comprends, voyez-vous !

Raymonde fit semblant de réfléchir pour, quelques instants plus tard, prendre un air ennuyé :

- Mais dites-moi mon cher Octave... L'idée que l'on a de vous vous est-elle si précieuse ?

Centrer la discussion sur notre interlocuteur nous permet, parfois, d'éviter tout genre de désagréments... Et cela, Raymonde le savait bien.
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Octave Canard-Mauperché
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Ven 23 Aoû - 22:22

Mais, dites-moi mon cher... Cela commence comme une petite chanson, une comptine conjugale - ou un air un peu grivois. Cependant, les protestations de Raymonde le rassurèrent : assurément, si les femmes étaient souvent coupables de duplicité, la sienne était bien incapable de mentir, il en aurait mis sa main à couper ! - Les hommes sont bien aveugles, parfois...

- Bien sûr, ma chère, je vous fais confiance.

Mais comment cela, "je la comprends"... ? Cependant, Octave n'eut point le temps de peser et repeser les mots. La question de Raymonde, insidieuse, demandait réponse.

- Pas spécialement, et vous êtes la première à me le reprocher d'habitude, répliqua-t-il, d'un ton affable. Je m'inquiétais juste du jugement d'une amie assez proche pour vous recevoir. Qu'elle ne me porte point dans son cœur, soit, mais... Permettez-moi de vous recommander la plus grande prudence contre les recommandations de vos amies. Elles sont sans nul doute très avisées sur beaucoup de choses, mais à trop écouter et à trop parler avec ces dames, on risque parfois de se fausser le jugement. Combien de mariages se sont brisés de cette façon-là... !

Geste emphatique. Puis il rajusta sa voix et ses bésicles.

- Mais ce genre de problèmes ne nous touchera pas, n'est-ce pas, Raymonde ?

La stratégie avait-elle donc marché, charmante épousée ?
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Lun 2 Sep - 23:30

Si l'on prenait assez de recul pour regarder Raymonde d'un œil objectif, nous serions fort hésitant quant à la rougeur de ses joues. Était-ce là un abus d'artifices ou la marque d'une possible faille à son devoir ? Je vous laisse choisir, mais sachez que la réponse est très mal cachée.

En effet, la confiance et l'aveuglement d'Octave ne cessaient de la mettre six pieds sous terre. Le pauvre rat de bibliothèque avait le nez bien plus souvent dans ses fouillis que sur son épouse. Et c'était là que découlait sa naïveté. Connaissez vous un berger somnolant qui puisse garder une brebis dans un pré ? Les loups auront bien fait de la croquer avant que celui-ci ne puisse la siffler.
Cependant, pour lui éviter quelques déboires, Raymonde jugea bon de ne pas relever ses sous-entendues et répondit :

- Bien entendu, bien entendu mon cher Octave.

Son sourire hypocrite laissa entrevoir des dents jaunes ciselées par deux lèvres tartinées de rouge à lèvres. Celle-ci étaient si pincées que l'on aurait pu croire à une grimace. C'était presque ça.
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Octave Canard-Mauperché
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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Mar 15 Oct - 3:10

La conversation tomba un peu et le couple Mauperché termina son déjeuner dans un silence un peu lourd. Octave, quant à lui, songeait, troublé par les petites révélations de son épouse. Et puis sa simili grimace ne lui échappa point, pour une fois. Grave, il fit sa tête des grands jours et demanda de façon presque cérémonieuse :

- Ma chère, dites-moi... Y a-t-il quelque chose qui ne va pas, je vous sens mal à l'aise et cela m'inquiète... Rencontrez-vous des soucis, en ce moment ? Vous savez que vous pouvez tout me dire...

Et il laissa planer le silence, prêt à tout entendre - croyait-il. Il ne prêta même pas attention à la domestique qui était rentrée et débarrassait la table, dans des gestes précis et rapides. Celle-ci d'ailleurs trébucha, la théière qu'elle tenait en équilibre sur son plateau vola... en éclats, sur le sol, aux pieds de Madame Mauperché. Octave poussa une exclamation :

- Raymonde ! Vous n'êtes pas blessée... ?

Elle semblait n'avoir rien, la théière ayant chuté à côté d'elle... Mais le fond de thé qui restait avait éclaboussé le bas de sa robe... La petite bonne, interdite, demeurait bêtement plantée là, et semblait se préparer à mourir.

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MessageSujet: Re: A ma petite femme, avec tout mon respect   Dim 27 Oct - 12:40

Dans son malheur, la pauvre sotte portait des nattes ! Ce petit détail, d'habitude fort discret, donna l'idée à Raymonde de tirer dessus afin de lui montrer son acte de maladresse :

- PETITE IDIOTE ! REGARDE CE QUE TU AS FAIT !

Elle voulu baisser d'un ton, mais la vue de sa robe ne faisait qu'envenimer les choses. Madame Mauperché redoubla de force quant à son emprise sur cette tignasse tout en augmentant en décibels :

- VA ME CHERCHER UNE ROBE, SIMPLETTE ! OSER SALIR TA MAÎTRESSE QUI S'EN VA VOIR DE PIN. QUELLE IMPERTINENCE !

Aussitôt sa phrase achevée, elle comprit là son erreur. Elle avait fini par lâcher le morceau ! Et quel gros morceau que voilà ! Posant une main sur sa bouche bien trop bavarde, elle fixa son époux.
La règle prohibant les scènes de ménage devant les domestiques lui revient en tête et elle décida de se ré-asseoir, la mine plus grisâtre qu'un chat de gouttière.

- Babette, sortez. J'aimerais que nous soyons seuls.

La fautive, surpris de ce retournement de situation, acquiesça néanmoins avant de disparaître aussi vite qu'elle était apparue, le pas pressant.
Croisant ses mains tremblantes d'où brillait cette bague souillée, elle joua avec ses doigts tout en fixant le napperon posé au centre de la table.

- Octave, je...

Sa phrase fut immédiatement coupée.
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