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 D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]

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Félicité
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie
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MessageSujet: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Mar 30 Avr - 0:01

La vie n'était pas toujours tendre, et ce même pour les bonnes les plus parfaites. Madame de *** avait donné à Félicité ses trois jours suite à un prétexte idiot : parce que la jeune femme avait été vue en compagnie d'un homme un dimanche ou qu'elle se soit mal comportée lors de sa virée dans les grands magasins... ou quelque chose comme ça. Elle était caractérielle, Madame de ***. Félicité avait donc dû se rabattre sur les bureaux de placement afin de trouver une nouvelle maîtresse. Heureusement, elle présentait bien et malgré le coup de sang de Madame de ***, ses références étaient correctes. Elle fut donc engagée assez rapidement par une bourgeoise aux joues rondes et au teint rosé - un amour de petite femme qui, assurément, devait aimer se faire pomponner : Madame Séraphine Spéret. Celle-ci devait s'inquiéter plus que jamais de la bonne tenue de son ménage, car elle lui avait annoncé qu'elle avait recruté une cuisinière peu de temps auparavant. Félicité avait hoché la tête sans rien dire, songeant tout de même, en son for intérieur, que les cuisinières n'étaient jamais des gens fréquentables.

Après avoir dormi deux jours dans un garni, elle prit ses malles en ces premiers jours d'avril et après avoir mal mangé à l'Abbaye de Thélème, brasserie réservée aux femmes pour une question de convenance, elle se présenta au n°2 de la rue Mazarine à l'heure indiquée par sa nouvelle maitresse. Celle-ci la reçut et lui fit faire le tour du propriétaire, lui indiquant ses desiderata particuliers, ses préférences et ses interdictions. Nous ne nous étendrons point sur ce chapitre, car nous n'oserions prendre la place de Madame Spéret. Ensuite, elle lui indiqua ses quartiers, où Félicité put s'installer, défaire ses malles et lui indiqua qu'elle prendrait son repas avec les autres domestiques dans la cuisine. Elle commencerait son service le lendemain à la première heure. Il n'était pas exclu qu'on la sonnât dans la nuit si besoin. Félicité acquiesça (la situation était parfaitement normale) et la jolie Madame Spéret disparut bientôt, accaparée par d'autres obligations. La jeune femme, une fois seule, inspecta avec un œil relativement bienveillant la petite chambre qui lui avait été allouée. Cette Madame Spéret lui faisait bon impression : elle lui semblait à la fois aimable et raffinée, et elle serait sans doute un plaisir à servir ! Mais une petite cloche retentit bientôt au loin et lui annonça qu'il était temps de descendre. La jeune femme rajusta d'un geste sa robe et sa coiffe, dont quelques mèches folles s'étaient échappées, et elle descendit à pas légers les grands escaliers de service.

Le bon fumet d'un potage lui indiqua bientôt le chemin jusqu'à la cuisine. Celle-ci n'était occupée que par une petite femme au teint noiraud. Félicité la salua poliment :

- Bonjour, je suis Félicité, la nouvelle femme de chambre.

Présentation bien formelle, à n'en pas douter. La jeune femme jaugeait déjà son interlocutrice, notant les traits un peu marqués par l'âge et une vie sans doute pas aussi rangée qu'elle ne devrait - elle avait le jugement rapide, Félicité, et c'était là le moindre de ses défauts. Cependant, son examen fut bientôt perturbé par l'odeur douceâtre du potage qui mijotait et qui, assurément, la mettait en appétit. Le ventre de la petite bonne gargouilla un peu et elle s'exclama, dans un élan de spontanéité :

- Cela sent drôlement bon, je meurs de faim !

Avant de devenir écarlate et de murmurer, confuse :

- Euh... Je m'installe ici et vous laisse terminer, peut-être...

Faisait-on entrée moins conventionnelle... ! La jeune femme s'en mordait les doigts.
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Mar 30 Avr - 4:14

    La vie chez Monsieur et Madame Spéret était bien différent de celle de l'école Saint-Denis. Il avait été dur pour Eugénie de faire ses adieux à l'établissement et à ses occupants; elle avait promis au gardien de le voir toutes les semaines, avait embrassé quelques élèves qui s'étaient attachés à elle, remercié une nouvelle fois Monsieur Carpentier qui l'avait béni pour la suite de sa vie. Ses valises sous le bras, elle s'était donc rendue dans cette demeure qui prenait à ses yeux les allures d'un palais.

    Eugénie n'avait pas encore eu l'honneur de voir Monsieur. Monsieur était fort occupé, Monsieur vivait peu chez lui comme si la demeure était un hôtel. Mais Eugénie s'était promis de ne pas juger, et elle ne pouvait qu'écouter Madame se laisser parfois à confesser, lui offrir ses services pour oublier ses soucis grâce à un bon plat.

    En tant que cuisinière, Eugénie se devait de nourrir aussi bien la famille, les invités que les domestiques. C'était là une tâche que lui convenait à merveille, elle qui incarnait si bien l'image de la mère nourricière. Le repas du soir serait certes simple, mais il saurait réchauffer les estomacs et les remplir.

    Eugénie entendit la porte s'ouvrir. Se retournant, la main toujours sur la louche pour mélanger le potage, elle hocha la tête pour saluer la nouvelle venue.

    — Bonsoir. Désolé de ne pas venir vous saluer, mais je dois vérifier la soupe. Je suis Eugénie, la cuisinière.

    La réaction franche et vive de Félicité fit sourire Eugénie. Cette petite sentait la jeune fille tout juste débarquée en ville, avec encore un bon parfum de province flottant autour d'elle. Eugénie voyait en elle la demoiselle qu'elle avait été un jour, pleine de rêves et d'espoirs et dont la gentillesse n'avait d'égal que la naïveté.

    — Ne vous inquiétez pas, ça montre que j'ai pas perdu la main. Venez donc, je ne vais pas vous manger. Vous pourrez me dire ce que vous en pensez.

    Agitant la main, Eugénie invitait la jeune fille à se rapprocher. La chaleur de la soupe se faisait sentir sans même se pencher au-dessus du chaudron.

    — Je peux pas vous faire goûter, ça vous brûlerait la langue. Ce sera prêt dans cinq minutes. Rien de tel qu'une bonne soupe de légumes pour le soir. (D'un ton plus bas, Eugénie ajouta sur le ton de la confidence) Puis y a des restes de viande du repas de ce soir, des morceaux tout tendres. Vous allez vous régaler.

    Avoir de la viande, même dans une soupe, restait un luxe. Ce petit repas avait presque des allures de fêtes comme le présentait Eugénie. Voyant que tout était fin prêt, Eugénie alla quérir une assiette pour l'emplir de potage. La posant sur la table, elle y ajouta les couverts et une miche de pain.

    — Félicité, voici votre repas. N'hésitez pas à critiquer, je veux que ça vous plaise !

    On entendrait presque une mère donner des ordres à sa fille.


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Félicité
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Ven 3 Mai - 22:52

La cuisinière avait l'air résolument peuple... mais gentille. Marquée par la vie, sans nul doute - c'est qu'elle avait dû en faire des places, et pas des plus reluisantes ! - mais elle avait encore une bienveillance un peu maternelle. A l'entendre, on eût même pu croire que Félicité était une enfant ! La jeune femme ne savait pas trop si elle devait s'en réjouir ou s'en offenser... Fort prompte au jugement d'habitude, elle n'eut le temps de rien conclure et hochait la tête avec un vague sourire tandis qu'Eugénie lui confiait que le repas était plus riche qu'il n'en avait l'air au premier abord.

- C'est une chance, assurément ! répliqua-t-elle, impatiente de déguster son assiette.

Lorsqu'Eugénie lui apporta son assiette, Félicité la remercia d'un signe de tête. Elle attendit que la cuisinière se fût servie également avant de commencer, évidemment... et même là, elle ne se jeta point sur son potage. Ne venait-elle pas de dire qu'elle mourrait de faim... ? La jeune femme sortit un mouchoir propre, très blanc, qu'elle déplia soigneusement et posa sur ses genoux, puis entreprit de rompre le pain à gestes lents. Très droite, elle déposa les petits morceaux à côté de l'assiette et, seulement, saisit la cuillère et la porta doucement à sa bouche.

- C'est... c'est délicieux !

Dans les faits, c'était surtout chaud, et la jeune fille réprima une grimace, s'étant légèrement brûlé la langue. Mais, dans les faits... il fallait avouer que c'était bon. Ce n'était pas le plus fin repas qu'elle avait mangé de sa vie, soyons clairs, mais c'était de ces plats populaires qui vous tenaient au corps et vous donnait le cœur à l'ouvrage. Tout en dégustant son potage, avec un certain enthousiasme qu'elle tentait de contrôler un minimum, Félicité reprit :

- C'est peut-être... oh, ce n'est pas une réelle critique, voyez, mais c'est un peu simple... mais c'est bon et nourrissant, c'est ce dont nous avons besoin !

Qu'elle comprenne, cette pauvre cuisinière, Félicité avait déjà goûté des huîtres, des épices orientales, et tout un tas d'autres choses prisées par ses maîtres. Depuis, elle tendait vers cela, y songeait avec regret, sans pourtant avoir les moyens d'y parvenir. Elle reprit d'un ton plus neutre - son assiette déjà bien entamée :

- Madame Spéret m'a dit que vous étiez arrivée récemment également. D'où venez-vous ?

Elle réprima un petit sourire satisfait en pensant d'où elle venait, elle...
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Lun 6 Mai - 4:58

    Bon et simple, assurément Eugénie n'aurait pas porté un tel potage à la table des Spéret. C'était un plat populaire dont le goût demeurait des plus banals, mais qui vous emplissait de chaleur et de vigueur. Eugénie ne prit pas mal les propos de Félicité; elle devait être habituée à meilleure chère, et après tout elle n'avait pas dit que c'était mauvais.

    — Si vous z'avez des conseils il faut me le dire. Après je peux faire qu'avec ce que j'ai.


    Ce n'était pas une critique, juste une constatation. Même si elle travaillait dans une demeure plutôt cossue, les repas des domestiques demeuraient simples au vu des moyens alloués. De cette simplicité Eugénie voulait tout de même en tirer une cuisine savoureuse, et qui tienne à l'estomac. Personne ne pouvait se permettre de manger chichement au vu du travail à effectuer. Puis cela faisait un bon exercice à Eugénie, en vue de son prochain mariage : toute épouse devait savoir tenir sa maison, et si elle pouvait le faire avec peu de moyens, c'était encore mieux surtout pour mener des économies.

    — Madame Spéret m'a dit que vous étiez arrivée récemment également. D'où venez-vous ?

    Eugénie prit la peine de finir de mâcher son bout de pain, trempée auparavant dans la soupe, avant de répondre.

    — Je travaillais à l'école Saint-Denis en tant que domestique. Je m'occupais de plusieurs petites tâches, entretenir les lieux, repriser les vêtements...

    Les paroles d'Eugénie furent interrompues par l'arrivée d'autres domestiques, venus prendre leur repas. S'excusant d'un hochement de tête, la femme se leva pour servir les nouveaux venus, échangeant quelques paroles avec chacun. Ceci fait, la femme revint à sa place; les autres s'étaient placés peu loin d'eux, mais étaient déjà trop occupés à dévorer leur potage pour écouter les brouahahas autour de la table.

    — Et vous Félicité, d'où venez vous ? Vous avez toujours été à Paris ?

    A chacun son tour de jouer les curieuses.
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Félicité
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Lun 6 Mai - 21:14

Des conseils ? Félicité devait bien l'admettre : elle n'était pas très douée en cuisine. Elle avait déjà dû mettre la main à la pâte (... littéralement), mais lorsqu'elle pouvait éviter, elle le faisait. C'était une besogne trop basse pour ses blanches mains, qu'elle rechignait à plonger dans la pâte, à salir du sang de la viande, à couper en épluchant ou éminçant les légumes... La cuisine était une besogne bien trop... matérielle pour cette adepte d'un esprit pur détaché de toute contingence, d'une morale fondée sur l'impératif catégorique (Félicité, kantienne sans le savoir...) et d'une piété dressée contre les appels du corps. Tout un programme. Elle répondit donc d'une voix douce, affichant l'air le plus modeste possible :

- Non Madame, je n'ai point de conseils. Je dois vous avouer que je ne suis pas bonne cuisinière et loin de moi l'idée de déprécier votre repas. J'ai mangé bien pire et bien moins riche, déjà. Une chance que vous ayez pu utiliser les reliefs de viande !

Ensuite, elle hocha la tête, visiblement intéressée par l'ancienne place d'Eugénie. Ce n'était certes pas prestigieux ni même reluisant comme tâche, mais quelque chose touchait une corde sensible de la jeune femme...

— L'école Saint-Denis, vous dites ? N'est-ce pas une des dernières écoles de Paris où ce sont des prêtres qui enseignent ? — Elle joignit les mains — Oh, c'est merveilleux !

Et, de nouveau, le vrai enthousiasme éclatait, sous la gangue de prétention et de ressentiment qui emprisonnait le coeur de la jeune femme. Celle-ci se tut et baissa les yeux - modèle de madone - tandis que les autres domestiques commençaient à manger. Elle les observait par en-dessous, avec ce même regard scrutateur et jugeant, qui vous classait tout de suite, dans sa petite tête, en personne fréquentable ou personnage indigne...

— Et vous Félicité, d'où venez vous ? Vous avez toujours été à Paris ?

La jeune femme cligna des yeux, un peu étourdie.

— Je... Non. Je ne suis pas arrivée depuis longtemps, en vérité. J'ai fait une place avant celle-ci, mais je viens de Normandie. Je servais chez une grande dame de Guiseniers, Madame Robert. Mais Paris... Pour une femme de chambre, qui s'occupe de la beauté des dames, Paris est une tentation, un appel... auquel il est difficile de résister.

Parfois, Guiseniers lui manquait un peu, cependant... Il y était plus facile d'être belle et simple...

Citation :
J'ai changé de couleur, vu qu'on utilisait presque la même. Wink
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Dim 12 Mai - 8:45

La remarque de Félicité au sujet de l'école démontrait une piété digne d'une pensionnaire n'ayant pas reçu l'influence de ses camarades. Cette enfant devait lire un extrait de Bible chaque soir et ne pas oublier ses prières quotidiennes; à l'image d'Eugénie qui aurait pu entrer dans les ordres si l'amour ne s'y était point mêlé. La femme se contenta de sourire, veillant à ce que chacun profite du repas.

Mais nommer la Normandie revenait à nommer la patrie, le village d'enfance pour Eugénie. Comme toute provinciale de naissance rencontrant une enfant du pays, Eugénie ne put s'empêcher de questionner.

— Normandie, dites-vous ? J'y habitais avant d'venir ici. Lisieux, vous connaissez p'têtre ?

Un des convives l'appela, laissant la question en suspens. Se dépêchant d'aller répondre à la requête, mettant la vaisselle laissée par ceux qui partaient à laver, Eugénie frotta ses mains moites sur son tablier. Demeurant cette fois debout, vu les mouvements qui agitaient la cuisine, elle reprit son bavardage comme si de rien n'était.

— Paris nous aura toutes. Moi aussi j'suis venue pour avoir un bon travail.


Eugénie préféra ne pas préciser davantage. Il y avait des souvenirs qui devaient demeurer secrets et ne pas être dévoilées. La petite pouvait être bien gentille mais un mot maladroit de sa part à Mme Spéret et Eugénie perdait sa place. Que dirait Mme Spéret en apprenant que sa cuisinière fut prostituée et vagabonde ? Le renvoi serait l'unique solution, et allez trouver une autre place avec une telle réputation ![/list]
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Sam 18 Mai - 6:02

Entre deux phrases, la cuisinière devait se lever, récupérer les assiettes, resservir un affamé, etc. Quel métier ! Félicité, qui n'était pourtant pas encline à plaindre les autres, se surprit à songer qu'Eugénie n'avait pas un métier facile. Elle pensa même lui proposer de l'aide mais quelque chose l'arrêtait : elle craignait que, par la suite, la cuisinière prenne cette exceptionnelle faveur pour un acquis. Félicité n'avait pas une journée de travail dans les jambes aujourd'hui, mais qu'en serait-il, quand elle aurait couru tout Paris, chargée des paquets et commissions de Madame Spéret... ? Heureusement, Eugénie ne réclamait rien et en restait sagement au sujet qui les occupait :

- Lisieux ? Je n'y suis allée qu'une fois, pour la grande foire de printemps. J'étais si contente ! La cathédrale Saint-Pierre est si belle ! Je regrette de n'avoir pu y entrer... mais il fallait attraper le train et...

Mais la pauvre Eugénie repartait déjà. Félicité se tut et la regarda, ayant à présent terminé son potage. Lorsque son interlocutrice revint de nouveau et y alla de son petit commentaire, la femme de chambre demanda, sans arrière pensée :

- Et êtes-vous satisfaite ? Pour ma part, je regrette un peu la simplicité de Guiseniers, parfois...

Et, alors que les autres domestiques s'éclipsaient, laissant à la cuisinière le soin du rangement et de la vaisselle et de tout le reste... Félicité repensa à son idée de tout à l'heure :

- Vous n'avez pas d'aide-cuisinière pour vous épauler... ? Je ne garantis pas de pouvoir le faire à l'avenir mais, pour ce soir, si vous souhaitez un peu d'assistance... Nous pourrons continuer à bavarder un peu sans être dérangées, comme ça.

Après tout, elle n'était pas si mesquine que ça, Félicité...
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Sam 25 Mai - 10:25

Que c'était bon de causer avec une fille du pays ! Si elles avaient du temps devant elles, elles auraient pu échanger leurs souvenirs d'une terre qu'elles avaient en commun, parler des bonnes vieilles traditions, de leurs villages... Mais Eugénie devait travailler, s'occuper de chacun et ce, sans cesse ! Ce n'est qu'avec le départ des domestiques qu'elle put souffler un peu, mains sur le tablier.

— Paris est une belle ville, mais l'village... ça reste l'enfance, les souvenirs... J'avoue que j'aimerais bien y retourner quelquefois, revoir les gens, les prés... C'est ce qui manque à Paris, la verdure !


Il y avait bien les parcs, mais ce n'était pas pareil, pas pareil du tout ! Ils n'avaient pas le charme des prés, des champs et des bois avec leurs charmes et leurs dangers. On ne cueillait pas de champignons dans un parc, ni de fruits ! Sinon Eugénie se serait lancée à cœur joie.

- Vous n'avez pas d'aide-cuisinière pour vous épauler... ? Je ne garantis pas de pouvoir le faire à l'avenir mais, pour ce soir, si vous souhaitez un peu d'assistance... Nous pourrons continuer à bavarder un peu sans être dérangées, comme ça.
— Si vous êtes pas fatiguée, je dis pas non. Je devrais avoir bientôt une aide, Madame Spéret en aurait trouvé une. Mais surtout si vous fatiguez, allez vous reposer ! (Eugénie avait affermi sa voix pour se donner plus de sérieux) Vous devez être fraiche pour demain !

Eugénie tâcha d'ailleurs de ne pas malmener Félicité. Elle lui laissa les piles de vaisselle les plus légères, et Eugénie préféra mener elle-même le nettoyage, ne laissant à la domestique que le soin d'essuyer le tout.

— Je sais que le sujet est délicat, mais... avez-vous un amoureux ?

Eugénie était de ces femmes aimant taquiner les plus jeunes au sujet de l'amour. Et si Félicité lui retournait la question, elle avait de quoi lui répondre !
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Félicité
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Mar 28 Mai - 3:22

La proposition de Félicité fut bien accueillie et elle se mit au travail. Elle fut soulagée et - osons le dire - touchée par l'attention d'Eugénie, qui semblait vouloir la préserver à tout prix. Elle laissa échapper un "Oh ! vous êtes bien aimable !" qui exprimait toute sa reconnaissance et elle se mit au travail. Elle se surprit même à dire, mise en confiance :

- J'espère que cela se passera bien demain et que Madame Spéret sera contente de moi !

Mais la demoiselle se crispa lorsqu'Eugénie s'aventura à lui demander si elle avait un amoureux. Elle rougit un peu.

- Oh non, non non non, ce ne serait pas convenable ! Vous savez comme moi ce qui arrive aux filles comme moi si elles ont un amoureux ! Il y a bien un jeune homme qui m'avait proposé une promenade mais... je n'ai pas trouvé bien d'accepter. Vous auriez fait la même chose, n'est-ce pas... ?

Pauvre inconsciente ! D'ailleurs, elle hésita d'abord à ajouter quelque chose... et se surprit, en essuyant une assiette, à songer au breton bizarre qui avait voulu lui conter fleurette, il y a quelques dimanches de cela. Un instant, un seul, elle fut distraite, et l'assiette lui glissa des mains pour aller se briser sur le sol. La jeune femme piqua un fard.

- Oh, je suis navrée ! Attendez, je vais ramasser tout ça... Bien entendu, vous direz que c'est moi, en voulant vous aider. Quelle maladroite je fais...

Et elle se confondait en excuses, Félicité, comme si elle avait commis le pire crime au monde.


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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Mer 29 Mai - 5:30

Le rougissement subit de Félicité était plus éloquent que n'importe quel discours. Soit la demoiselle en avait un et celui-ci devait être bien récent, soit elle était aussi vierge que la grande Marie et ne devait accueillir les grivoiseries qu'avec un air choqué de pucelle outragée. Eugénie pencha pour le second cas quand Félicité réussit à parler.

— Vous avez eu raison d'vous méfier. Avant de demander une promenade on fait connaissance, après... Peut-être qu'il savait pas comment vous aborder. Vous savez les hommes sont parfois si maladroits...

En disant cela, Eugénie songeait à ce Zozio devenu Antoine qui avait tenté de la séduire, de manière si impromptue que sur le coup Eugénie n'avait put que reculer sa réponse définitive. Mais l'attente avait fini par payer, le mariage se profilait. Ainsi que la rencontre avec la belle-maman dont le tableau peint par Antoine faisait craindre à Eugénie quelques disputes futures avec sa belle-mère.

Le bruit de l'assiette brisée sortit Eugénie de ses pensées qui accourut auprès de Félicité qui tentait de ramasser les débris.

— Laissez je m'en occupe. Vous risquez de vous couper, et il serait malvenu que vous tâchiez ensuite vos vêtements à cause d'une petite coupure. Tendez moi ce torchon, je vais y mettre les éclats...


Prenant les éclats du bout des doigts, Eugénie les déposa sur le torchon posé sur le sol qu'elle noua ensuite pour le déposer à part; elle jetterait les éclats plus tard. Heureusement l'assiette ne s'était pas brisée en plus petits morceaux qui auraient été plus difficile à ramasser, requérant le balai et un oeil de lynx.

— Que d'émotions vous me donnez là. Ne soyez pas si fébrile, respirez... Si vous vous agitez déjà tant, vous ne tiendrez pas longtemps !


La pauvre petit ne semblait plus savoir où se mettre suite à l'incident. Eugénie la força à s'asseoir, et boire un verre d'eau.

— Voyez il n'y a pas eu de blessés, vous n'avez pas à vous alarmer. Comment réagirez-vous si jamais vous briser un peigne lorsque vous coifferez Madame Spéret ?

Tout de même, une telle scène serait cocasse. Madame, digne dans son fauteuil, un bout de peigne coincé dans ses nobles cheveux.
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Sam 1 Juin - 3:38

L'incident empêcha un instant Félicité de songer aux bonnes manières de répondre aux hommes - y avait-il de bonnes manières de le faire, d'ailleurs... Elle regarda Eugénie ramasser les éclats avec un sang froid exemplaire et se promit de s'inspirer de sa conduite. Aussi Félicité répondit-elle facilement à la question de la cuisinière, bien qu'elle fût toute blanche et toute tapie derrière son verre d'eau :

- Je réagirai comme vous, avec le même calme. Du moins j'essaierai. C'est que vous avez dû en voir de belles en travaillant avec les enfants, cela a dû vous endurcir, n'est-ce pas... ?

Elle but son verre d'eau, doucement, à petites gorgées.

- ...Vous... ne m'en voulez pas, n'est-ce pas ? Je vous promets que je ne suis pas maladroite comme cela, d'habitude, je...

Elle s'arrêta un instant, prenant conscience qu'on pouvait mal interpréter son trouble... et tout naturellement, cela nous la ramena au sujet initial de la conversation (que les choses étaient bien faites !).

- A vrai dire, ce que vous disiez, tout à l'heure, avant que... Eh bien c'est tout à fait ça. Mais vous savez... J'ai l'impression que tous les hommes ont de mauvaises intentions à mon égard. Je trouve qu'il est toujours un peu dangereux de leur accorder même peu de choses. Je ne leur fais pas confiance.

Mais une jeune femme parfaite pouvait-elle assumer la honte de finir vieille fille... ? Les problèmes étaient souvent insolubles, dans la petite tête de Félicité.
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Mer 5 Juin - 1:21

Eugénie ne tapota pas la main de Félicité, de peur d'augmenter son trouble, mais d'un geste de la main elle l'invita à respirer, calmer son débit de voix. La pauvre, si elle se mettait dans un tel état au moindre incident, elle quitterait le logis des Spéret dans moins d'un mois. La crainte de Félicité pour les hommes confirmaient les doutes d'Eugénie; elle ne devait pas même avoir une seule fois conter fleurette avec un jeune homme de son village.

— Oh croyez-moi il y a de gentils hommes mais il est vrai à Paris qu'il y a tant de monde, on ne connait pas les gens aussi bien que dans son petit village. Si jamais un homme tente encore de vous séduire, voudrez-vous que je vous chaperonne ? Si jamais les choses tournent mal, je serais là pour vous aider.

Les chaperons n'étaient pas toujours dans le cœur des demoiselles; ils vous gênaient quand vous vouliez sortir des sentiers battus. Mais pour Félicité, avoir des conseils ne serait-il pas une bonne idée ? Eugénie la laissa réfléchir, finissant la vaisselle brutalement interrompue. Le tic-tac des aiguilles d'une horloge poussa Eugénie à regarder l'heure; une heure bien avancée.

— Nous parlons, nous parlons, et vous devriez être déjà couchée. Vous devez vous lever tôt !

Eugénie essuya ses mains sur son tablier qu'elle ôta. La femme se posa à côté de Félicité prête à l'aider à se lever.

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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Jeu 6 Juin - 21:57


La proposition de la cuisinière stupéfia Félicité. Oh bien sûr : si quelqu'un était prêt à surveiller une entrevue de près et à garantir sa bonne conduite, cela changeait tout ! Mais le pêché n'était pas justement dans les arrangements que l'on faisait avec sa conscience... ?

- Oh ce serait vraiment chic de votre part, commença-t-elle. Vous comprenez, j'ai déjà perdu une place car on m'avait vue avec un homme, au marché... Et je ne le connaissais pas, et je lui disais de s'en aller ! Ma maîtresse n'a rien voulu savoir : on m'aura calomniée... Alors oui, j'aimerais bien votre aide. Pour moi, tous les hommes semblent mauvais et immoraux, je ne sais voir que le danger qu'ils représentent... Peut-être que vous, vous saurez voir autre chose... Je... Je vous remercie.

Mais Eugénie avait raison, l'heure tournait.

- Vous dites vrai. Je vais monter et demain sera un autre jour. Nos chambres doivent être proches alors... Pour vous remercier... Si un jour vous manquez de quelque chose - de bougie, de fil, que sais-je - n'hésitez pas à toquer chez moi. Je vous rendrai service à mon tour si cela m'est possible.

Elle sourit doucement à Eugénie et se leva, osant s'appuyer doucement à son bras - sans trop insister. Une fois debout, elle se dandina un peu, hésitante, puis se dirigea doucement vers la porte de la cuisine.

- Oh et, encore merci pour le repas et tout le reste, ça change des autres maisons que j'ai connues. Les cuisinières sont habituellement... plus grossières.

Et elle passa la porte, pour monter d'un pas léger l'escalier de service.

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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]   Mer 12 Juin - 3:15

Quand elle se proposait d'être son chaperon, Eugénie ne s'attendait pas à une telle vivacité ! La cuisinière ne pouvait que sourire, hochant la tête pour confirmer que oui, son expérience serait bien utile. Il y a tant d'hommes en Paris, et tant de mauvaises surprises !


— Je vous remercie pour votre aide. De même n'hésitez pas si vous rencontrez un souci. Il faut savoir s'entre-aider entre femmes !

La remarque sur la grossièreté des cuisinières ne put qu'amuser Eugénie. Elle imagina une femme aussi ventrue qu'un chaudron, une caricature de vieille paysanne parlant tel un charretier. Ce devait sûrement pas être plaisant de parler à une telle femme, surtout quand on a la délicatesse de Félicité !

— Je vous en prie. Dormez bien !

Eugénie se retrouva dans la cuisine où flottait encore l'odeur du repas. La vaisselle terminée, la pièce nettoyée, elle quitta à son tour les lieux pour gravir l'escalier. Tendant l'oreille, elle ne perçut que le bruit des respirations des dormeurs. L'étage respirait le calme et invitait au songe, ce que fit Eugénie après une dernière prière devant son lit en bon catholique.

Citation :
Et ceci conclut le RP. J'espère bientôt chaperonner Félicité !
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D’être domestique, on a ça dans le sang... [PV]

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