AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  



 

Partagez | 
 

 Des gammes et des arpèges

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Charles-Armand de Lonsay
Dandynosaure
avatar

Messages : 167

MessageSujet: Des gammes et des arpèges   Jeu 3 Jan - 9:33

Quelques jours avaient passé depuis la rencontre fortuite du vicomte de Lonsay et de la petite cantatrice Constance Saintoin. Quelques jours qui avaient vu les deux protagonistes de notre histoire échanger quelques lettres... non seulement entre eux, mais également, en ce qui concernait le vicomte, à l'une de ses relations. François Amédée Borel était le nom de cet heureux élu. Il avait double mérite : d'une part, il était un ami de longue date ; d'autre part, il avait la réputation d'un excellent professeur de chant, entre les mains duquel étaient déjà passées plusieurs artistes de l'Opéra. Avec succès, disait-on. Mais le succès venait-il plutôt du talent du professeur, de la voix de l'élève ou de l'influence du mécène ? La question restait entière.

Nous disions donc que le vicomte avait écrit au professeur, lui demandant de prendre, sur sa recommandation, une jeune demoiselle rencontrée à l'Opéra. Sans tout lui dire de la situation dans laquelle elle se trouvait, il ne lui avait pas caché que ses origines modestes lui avaient ôté toute chance face à MM. les directeursde l'Opéra, alors que la voix de la jeune fille pouvait, qui sait ? donner toute satisfaction aux mélomanes avertis. Néanmoins, il lui semblait fort présomptueux de porter lui-même un jugement sur les capacités de cette demoiselle : voilà la raison pour laquelle il s'en remettait à lui. Le professeur avait gravement accepté cette demande, peut-être plus par amitié que par devoir ou que par intérêt. Et c'est ainsi que Charles-Armand de Lonsay avait pu proposer à Constance Saintoin de se rendre le 28 février, à 16h très exactement, au domicile de M. François Borel, professeur de chant.

Lui-même était arrivé au lieu de rendez-vous une bonne demi-heure auparavant : ceci avait été convenu avec M. Borel lui-même, afin que les deux hommes s'entretiennent entre eux avant l'arrivée des élèves. Celles-ci, au nombre de deux (outre Constance) et assez avancées, formaient pour le professeur un entourage tout à fait correct pour une jeune femme désirant entrer au Palais Garnier. Après tout... il ne fallait pas être médiocre dans son domaine pour postuler à l'Opéra ! Seraient donc présentes, en plus de MM. de Lonsay et Borel, Mlle Léonie Galloy, 18 ans, amatrice très éclairée, et Mlle Toinette Deschamps, 15 ans, désirant également entrer à l'Opéra.

Lorsque seize heures approchèrent, Mlle Galloy et Mlle Deschamps arrivèrent tour à tour... et ces jeunes personnes, surtout la seconde, semblèrent particulièrement ravies de la présence d'un éventuel protecteur dans la salle ! Le professeur fit entrer tout ce petit monde dans une pièce de la demeure, où se trouvaient un grand piano et des partitions, invita le vicomte à s'asseoir. Nous en étions là lorsque l'on frappa à la porte et que la domestique de M. François Borel fit entrer Constance Saintoin dans l'assemblée...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance Saintoin

avatar

Messages : 42

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Jeu 3 Jan - 10:18

Pendant quelques jours Constance et Charles-Armand avaient eu quelques correspondances, pour fixer le lieu de rendez-vous pour tester la voix de Constance : il s'avérait que le vicomte avait un professeur de chant comme contact, et que celui-ci avait accepté de la prendre à l'essai .
Ils devaient se rejoindre au domicile de Monsieur Borel - tel était le nom du professeur de chant- ce jour même à 16 heures précises.
Constance avait enfilé pour l'occasion une robe de taffetas bleu marine, une des dernières neuves que lui avait achetée sa mère. (celle-ci mettait en valeur ses yeux bleus)

La jeune femme était partis une heure avant l'heure fatidique. Elle avait si peur. D'abord de se perdre dans une ville qu'elle ne connaissait pas, mais aussi de décevoir le professeur et Charles-Armand qui lui avait apporté du soutien quand elle ne pensait ne plus rien avoir affaire à Paris !
Elle allait donner son maximum pour impressionner son monde.

Constance avait bien fait de partir bien en avance, elle avait fait demi-tour un bon nombre de fois et demander son chemin sans cesse...
Constance frappa timidement à la porte de la demeure, elle patienta quelques instants jusqu'à ce qu'une domestique la fasse entrer. Cette dernière la débarrassa de son manteau et de son chapeau. Constance tenait à garder son sac remplit de partition au cas où...
La jeune femme suivit la petite bonne qui la mena jusqu'à une autre pièce de la maison où devait déjà l'attendre le professeur, certaines de ses élèves et bien sûr le vicomte.
Constance entra. En effet, tout le monde l'attendait.

"Excusez-moi." dit-elle en entrant.

Elle gratifia d'un sourire ses nouvelles compagnes de chants. Salua le professeur et le vicomte vêtut ce jour d'un complet bleu-gris.
La jeune femme posa son sac près d'une grande armoire qui devait elle aussi contenir beaucoup de partition, et elle prit place auprès des autres jeunes filles.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Armide
Caméléon psychopathe - Incarnation de l'Efficacité
avatar

Messages : 791

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Jeu 3 Jan - 11:42

François Borel, professeur de chant

Lorsque Constance entra, elle eut droit à quelques petits gloussements pas forcément - et sans doute pas foncièrement - aimables de la part des deux petites Parisiennes. Dans leur langage, cela voulait tout sous-entendre : peste, qu'elle est mal fagotée ! Ce n'est pas du tout à la mode, ça ! Oh, voyez l'accent !... Et ces manières !... Ca sait chanter, ça ? Un petit sourire hypocrite revint bien vite sur les lèvres des deux élèves, chacune semblant intimement persuadée de l'emporter haut la main sur la nouvelle venue, ainsi que - sans doute - sur sa camarade coutumière. À elle le mécène ! Car à voir la distinction du monsieur, il n'y avait aucun doute qu'il n'était pas un parent de la petite nouvelle venue...

Le vicomte, lui, avait réagi d'une manière bien différente. Se moquer de sa mise ne lui était pas venu à l'esprit - quand bien même il allait de soi qu'il lui faudrait faire un petit effort de toilette et de présentation avant d'aller chanter devant MM. les directeurs. Il s'était contenté d'incliner calmement la tête en signe d'encouragement, sans se lever, sans aller la chercher, sans la conduire devant M. Borel. Accepter de lui donner une chance, consacrer quelques francs à une leçon de chant, c'était une chose ; se conduire en prétendant, c'en était une tout autre.
Enfin, le professeur resta bien grave face à la nouvelle venue. Elle semblait un peu perdue, mais qu'importait ? Elle était là pour prendre une leçon de chant, pas vrai ?

"Mademoiselle Saintoin... François Amédée Borel, je serai votre professeur. Et voici mesdemoiselles Léonie Galloy et Toinette Deschamps", dit-il en présentant successivement la blonde aux paupières tombantes et aux yeux lourds, pâle et menue, mais un peu fade ; puis la brune à la moue hautaine et au teint olivâtre. Les deux élèves saluèrent à nouveau. "Mesdemoiselles, Constance Saintoin, votre camarade pour cette leçon." De toute évidence, le vicomte était soit déjà connu, soit déjà présenté... En tout cas, M. de Lonsay se fit si discret qu'il ne semblait même plus présent, tant il était silencieux et immobile. Mais sans doute les jeunes filles le voyaient-elles comme tout sauf absent...

"Mesdemoiselles, voici le la.", reprit François Borel en frappant une touche du piano, puis en leur laissant le temps de trouver le ton. "Nous commençerons par la gamme de do majeur, et nous progresserons jusqu'à celle de fa majeur en passant par tous les demi-tons."

Constance, à vous de jouer... Saurez-vous impressionner non seulement vos deux rivales, mais également votre professeur et votre potentiel mécène ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance Saintoin

avatar

Messages : 42

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Jeu 3 Jan - 12:24

"Mademoiselle Saintoin... François Amédée Borel, je serai votre professeur. Et voici mesdemoiselles Léonie Galloy et Toinette Deschamps"

Constance n'aurait su devinez qui était Léonie et qui était Toinette. Elle se ressemblait non pas par le physique, mais par leur allure méprisante et hautaine. La jeune femme remarqua que la brune portait une vive attention au vicomte.
Les deux filles pouffaient tout en regardant Constance, elle fit celle qui ne voyait pas... après tout elle était là pour partager un cours de chant, pas pour autre chose.

Le professeur donna le La. Constance le trouva spontanément, cela avait d'ailleurs toujours impressionner son professeur de chant de province, qui lui assurait que ce n'était pas donner à tout le monde de trouver de La aussi naturellement que Constance le faisait. Les autres filles mirent plus de temps à le trouver, ce qui fit plutôt plaisir à la jeune femme.

"Nous commencerons par la gamme de do majeur, et nous progresserons jusqu'à celle de fa majeur en passant par tous les demi-tons."

La première note jouée au piano, toutes les jeunes femmes chantèrent en choeur : "Do-ré-mi-fa-sol-la-si-do- si- la-sol- fa- mi-ré-do" Tout allait bien jusqu'en mi-majeur ou l'une de ses comparses (peut-être la blonde) chanta plusieurs fausse note. Cela fit tressaillir Constance, et elle sera les dents jusqu'à la fin des autres gammes. Le piano s'arrêta.
Une de ces filles ne trouverait pas d'emploi de si tôt...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Armide
Caméléon psychopathe - Incarnation de l'Efficacité
avatar

Messages : 791

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Jeu 3 Jan - 12:47

François Borel, professeur de chant

Les trois jeunes filles commencèrent à chanter... et le professeur dut bien admettre que la leçon allait plus mal cette fois-ci que les précédentes. Plusieurs hypothèses s'échafaudaient dans sa tête : serait-ce la petite nouvelle qui chantait si mal ? Elle ne semblait pas avoir eu trop de difficultés à atteindre sa note, au début, pourtant... Mais qui sait, ce n'était peut-être qu'un petit coup de chance ! Après tout, on n'en savait rien, n'est-ce pas ? Et les deux autres demoiselles étaient tout sauf mauvaises... Le professeur prêtait au mieux l'oreille, cherchant à repérer l'origine exacte de la faute, mais il n'y parvenait qu'imparfaitement, et ceci commençait à l'agacer. Il jeta un coup d'oeil au vicomte, qui n'avait pas l'air plus dérangé que ça par les fausses notes : son visage restait de marbre. De là à affirmer qu'il n'en était pas dérangé, c'était tout autre chose... En tout cas, il scrutait attentivement les trois jeunes filles, dont deux au moins étaient sur le point de rivaliser d'oeillades pour attirer son attention. En vain, comme on pouvait s'en douter. À croire qu'elles n'avaient toujours pas compris qui pouvait exactement être ce personnage...
Arrivé au bout des gammes, monsieur Borel n'y tenait plus. Il se leva du tabouret et se mit face aux trois jeunes femmes, scrutant tour à tour chacune d'elles, mais ne voyant chez aucune la culpabilité : les deux parisiennes étaient tout à fait capables de feindre, et la provinciale semblait soit très bonne comédienne, soit bonne musicienne. "Mesdemoiselles, vous m'avez habitué à mieux que cela", fit-il sèchement en regardant les trois filles dans les yeux, cherchant encore celle qui baisserait le nez. Il fut déçu dans son attente. Fort heureusement pour ses nerfs, aucune des deux Parisiennes n'eut le culot de renchérir et de désigner en victime la nouvelle venue... celle sur qui se portaient actuellement le plus de soupçons : peut-être aurait-elle fait sortir du ton une de ses camarades ? Il voulut s'en assurer. "Nous reprenons. Vous chanterez une gamme, chacune à votre tour."

Hélas pour Constance, si Léonie semblait avoir eu un peu de peine au début, la remontrance du professeur avait suffi à la remettre dans le ton, et elle chanta très aimablement sa gamme. Toinette suivit avec beaucoup plus de musicalité, mais un peu moins d'exactitude. La concurrence semblait plus rude que prévu...

Et qui sait, peut-être l'une de ces demoiselles l'avait-elle fait exprès ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance Saintoin

avatar

Messages : 42

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Jeu 3 Jan - 22:45

"Mesdemoiselles, vous m'avez habitué à mieux que cela."

Le regard du professeur était perçant, c'était comme s'il voulait lire en chacune d'elles pour trouver la coupable de cette dissonance. Constance soutint son regard, elle n'allait tout de même pas se laisser marcher sur les pieds, alors qu'elle n'avait commis aucune erreur !
La musique avait presque toujours été une seconde peau pour elle, elle ne pouvait la laisser tomber pour deux petites pimbêches, certes talentueuse elles aussi, mais pimbêche tout de même.
Le regard, du professeur n'eut pas l'effet escompté, car aucune des jeunes femmes ne baissa la tête.
Constance était persuadée que tous les soupçons se portaient sur elle: les autres jeunes femmes étaient élève du professeur depuis bien longtemps, et avec elle juste arrivée, le cours semblait se dérouler beaucoup moins bien.

"Nous reprenons. Vous chanterez une gamme, chacune à votre tour."

Léonie et Toinette débutèrent, aucune ne semblait faire de grosse erreur, même celle que Constance avait soupçonné d'être sortis du ton. Celle-ci semblait au contraire plutôt bien se débrouiller. La concurrence était rude.
Puis ce fut au tour de Constance de chanter une gamme. À son grand bonheur tout se passa bien pour elle et pour les autres gammes de même.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Armide
Caméléon psychopathe - Incarnation de l'Efficacité
avatar

Messages : 791

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Sam 5 Jan - 9:27

François Borel, professeur de chant

Tiens... Voilà qui était bien curieux... Ensemble, elles chantaient faux ; séparées, elles chantaient juste... Le professeur en conclut qu'il y avait plutôt une espèce de course au mécène qu'une véritable incompétence chez l'une des trois demoiselles, et tout particulièrement chez la nouvelle venue. Il devait bien admettre qu'elle avait une voix agréable... mais de là à le montrer, c'était tout autre chose !

Les gammes ayant pris fin, il était temps de passer aux arpèges ! La première victime fut Toinette, la brune, qui s'en tira tout à fait bien : l'effet de plusieurs années de cours, sans aucun doute, avec un professeur renommé. La petite provinciale pourrait-elle en faire de même ? L'adolescente en doutait, en tout cas, et adressa une petite moue au vicomte impassible. La blonde enchaîna, se débrouilla un peu moins bien - elle n'était qu'amatrice, après tout. "Mademoiselle Saintoin, à vous."

Et comme toutes trois auraient chanté, après ces arpèges, le professeur Borel voulut voir comment se débrouillait la nouvelle venue sans l'exemple de ses condisciples, sur une partition peu connue. Il prit l'une des partitions qui reposaient sur le piano, la posa devant lui et en tendit un autre exemplaire à Constance. "Voici, Mademoiselle, un air de M. Luigi Cherubini, issu de sa Médée. Vous le chanterez à vue. Mais commençons ces arpèges : sol majeur."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance Saintoin

avatar

Messages : 42

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Mar 8 Jan - 9:24

Le professeur semblait satisfait... C'est pour cela qu'il passa aux arpèges. La brune commença: une voix d'une implacable justesse et tout à fait mélodieuse, elle semblait être déjà être une professionnel malgré son jeune âge.
La blonde enchaina. Elle avait une jolie voix, mais beaucoup plus imparfaite : moins de justesse et de précision que la brunette.
Quand les deux concurrentes eurent fini, Monsieur Borel se leva pour se diriger vers son armoire. Il revint avec deux partitions, dont il tendait un exemplaire vers Constance.

"Voici, Mademoiselle, un air de M. Luigi Cherubini, issu de sa Médée. Vous le chanterez à vue. Mais commençons ces arpèges : sol majeur."

Constance prit la partition et tenta de cacher son désarroi... Elle n'avait jamais chanté cet air, cependant elle l'avait déjà entendue plusieurs fois.
Le professeur commença à jouer au piano, signe qu'elle devait chanter les arpèges.
Elle entonna l'arpège de Sol majeur puis quelques autres encore sans difficulté. Elle était rompue à ce genre d'exercice depuis fort longtemps.
Cependant, elle appréhendait de devoir chanter la partition que lui avait fournie Monsieur Borel.
Ces arpèges terminés, Constance alla se placer de l'autre côté du piano là où l'attendait le pupitre... Elle avait l'impression d'être conduite à l'échafaud : ses doigts se crispèrent quand elle posa la partition sur le pupitre, et elle fut tentée de jeter un regard au vicomte, mais elle se retint... Il lui fallait être forte
Alors elle commença :

http://www.youtube.com/watch?v=mOs9WLFhZ90

La voix de Constance trembla pendant toute une mesure, ce qui faussait ses performances... Pourtant au fur et à mesure que le morceau avançait, la jeune femme prenait de l'assurance et sa voix reprit de l'ampleur et de la justesse. Quand elle eut fini, elle regagna sagement, les yeux baissés à sa place auprès de ses comparses.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Armide
Caméléon psychopathe - Incarnation de l'Efficacité
avatar

Messages : 791

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Mer 9 Jan - 7:52

Mh. Correct, sans plus, semblait jauger le professeur Borel, les sourcils froncés tandis qu'il accompagnait la chanteuse. La voix était acceptable, mais quel manque d'émotions là-dedans ! Et la jeune fille qui voulait être cantatrice, savait-elle seulement jouer ? Car chanter, ce n'était pas que pousser la chansonnette... c'était aussi maîtriser tout un tas de techniques scéniques, savoir montrer beaucoup d'émotions tout en conservant ses capacités vocales... et de ce côté, il restait encore visiblement quelques efforts à faire. Si François Borel s'était permis un petit peu d'ironie, il aurait bien dit que la consternation de l'héroïne était plus palpable dans les premières mesures tremblantes de la jeune élève que dans la suite du morceau...

Pour la forme, il fit chanter les deux autres filles. Chacune chantait différemment, selon ses ambitions, et ce n'était pas forcément une mauvaise chose : ça illustrait simplement divers intérêts. Lorsque le moment fut venu de prendre congé, François Borel ne put se permettre de dire à Mlle Saintoin : "Allez, je n'ai plus rien à vous apprendre." Car il avait encore des choses à lui apprendre... si du moins M. de Lonsay le souhaitait : après tout,c 'est lui qui payait la leçon présente. Il convenait donc de s'entretenir quelques instants avec le vicomte... Mais d'abord, renvoyer les jeunes filles chez elles.

"Mesdemoiselles, votre leçon est terminée. Mlle Galloy, Mlle Deschamps, nous nous reverrons après-demain pour votre leçon, n'est-ce pas ?" Il n'ajouta rien pour Constance. Qu'aurait-il pu dire ? "Nous verrons" ? C'était dégradant ! Derrière lui, le vicomte de Lonsay se contenta d'un hochement de tête aimable en guise de salut. Il la tiendrait de toute manière informée par lettre...

Une fois les demoiselles parties, les deux messieurs tinrent conciliabule.

Hors jeu:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance Saintoin

avatar

Messages : 42

MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   Mar 15 Jan - 22:40

Les autres chantèrent à leur tour, et presque instantanément, elle constata la différence.
Elle avait chanté comme une débutante, rien d'extraordinaire comme elle l'aurait espérée. Elle lissa les plis de sa robe usée et désuète comme devait le sous-entendre les autres au début du cours.

"Mesdemoiselles, votre leçon est terminée. Mlle galloy, Mlle Deschamps, nous nous reverrons après-demain pour votre leçon, n'est-ce pas ?

Constance voyait que monsieur Borel n'osait rien ajouter à son sujet devant elle. Elle trouvait cela délicat, mais elle aurait préféré être fixée sur son sort toute suite plutôt que d'attendre la lettre surement prochaine du vicomte.
Ses compagnes regroupèrent leurs effets et sortirent de la salle, non pas sans jeter un dernier regard à Constance récupérant tant bien que mal son sac remplis de partition, qui surement ne lui servirait plus jamais à rien si elle continuait à chanter comme elle l'avait fait aujourd'hui.
Elle salua le vicomte et le professeur froidement, et sortit tout en retenant les larmes qui affluaient au coin de ses yeux.
La petite bonne l'aida à remettre son manteau et son chapeau. Cette dernière la reconduit gentiment à la porte.

-au revoir Madame et merci ! Dit-elle d'un air détachée.

Constance sortit de la petite demeure du professeur. L'air froid lui souffla au visage, elle en fut surprise, mais au moins celui-ci chassa les larmes.
Elle se dirigea jusque chez elle tout en priant pour son avenir qui allait être déterminé par deux hommes qu'elle ne connaissait même pas
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Des gammes et des arpèges   

Revenir en haut Aller en bas
 

Des gammes et des arpèges

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Chronique du règne de Félix Faure :: Paris, ses faubourgs... :: Autour de l'Opéra-