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 Rêverie sur les marches de l'Opéra

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Constance Saintoin

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MessageSujet: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Mer 2 Jan - 9:47

Constance était désespérée, elle avait tant espéré trouver un emploi ici à l'Opéra... Elle aurait accepté n'importe quel poste, elle aurait même récuré les planches de la scène à la paille de fer s'il le fallait pour ensuite révéler ses talents et devenir une chanteuse à part entière. Au lieu de ça, on lui avait ri au nez et on lui avait demandé de partir sans aucune démonstration.

Elle se fichait de salir sa robe de soie pourpre sur les marches de l'opéra... elle voulait juste un emploi. Constance enleva les épingles qui retenait son chapeau noir et posa celui-ci sur ses genoux. Elle aimait sentir l'air du vent sur son visage.

La jeune femme ferma les yeux et s'imagina, dans le costume de la reine de la nuit au milieu de la scène, tous les regards tournés vers elle tandis qu'elle chantait le plus célèbre air de la flûte enchanté de Mozart. Elle se sentait enfin vivre. Tout tourbillonnait autour d'elle : la musique, les costumes, les décors, les gens... Constance était enfin une artiste, une vraie artiste...

Pourtant quand elle ouvrit les yeux, elle était toujours là assise sur les marches avec sous le coude sa rage et son désespoir.

-Je n'y arriverai jamais. dit-elle à voix haute. Qui voudrait de moi... Regarde-toi dans une vieille robe usée par de tout aussi vieille rombière prise d'un élan de générosité envers la pauvre petite bourgeoise que je suis... Je hais tout cela, et je hais cette ville porteuse de faux espoir!

Les gens passaient en lui jetant des regards de travers. Constance sentait les larmes lui monter aux yeux, mais elle les ravalait se disant qu'il serait encore plus honteux de pleurer sur son sort.
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Charles-Armand de Lonsay
Dandynosaure
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MessageSujet: Re: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Mer 2 Jan - 10:47

Parfois, les rencontres ne tiennent qu'à une toute petite circonstance, si ténue qu'il aurait suffi d'un petit décalage pour qu'elles n'arrivent pas. La rencontre entre Charles-Armand, vicomte de Lonsay, et celle qui se présenterait plus tard comme Constance Saintoin relevait de ces concours de circonstances. Si elle ne s'était pas arrêtée pour ressasser son malheur sur les marches de l'Opéra, s'il n'avait pas dû passer devant l'Opéra pour rentrer chez lui, rue des Petits-Champs, et s'il n'avait pas souhaité s'arrêter un instant pour vérifier une bagatelle, sans doute ne se seraient-ils jamais croisés, ou peut-être leur éventuelle rencontre aurait-elle pris un tout autre cours. Mais le fait était qu'ils s'étaient croisés en ce jour de février 1897, et que les aléas avaient poussé le vicomte à gravir les marches au moment où la jeune femme achevait de parler. De ses mots, seul les deux derniers étaient parvenus à ses oreilles ; le reste était flou.

Le vicomte se demanda quelle obscure raison pouvait bien pousser cette petite jeune femme qu'il n'avait jamais vue auparavant, même pas sur la scène de l'Opéra ou parmi le personnel, à retenir des larmes qui gonflaient ses yeux, assise sur une marche de l'escalier du Palais Garnier. Elle ne semblait ni blessée, ni égarée, ni même dans le besoin... Elle portait une petite robe de soie et un chapeau... Ce n'était peut-être pas d'un grand luxe, mais ce n'était pas pauvre non plus... Et elle était jeune, si jeune, malgré la grimace qui lui tordait les lèvres... Peut-être lui était-il arrivé quelque chose ? Peut-être était-elle perdue ? En tout cas, les principse moraux qui lui avaient été inculqués dès sa jeunesse lui interdisaient, quel que soit son malaise à l'égard des femmes en général, d'en laisser une sans secours. Il s'approcha de la jeune femme et, arrivé à deux marches d'elle, s'éclaircit la voix :

"Mademoiselle ?... Peut-être... puis-je vous aider ?"
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Constance Saintoin

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MessageSujet: Re: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Mer 2 Jan - 11:23

"Mademoiselle ?... Peut-être... puis-je vous aider ?"
"Oh oui, vous pouvez surement m'aider... Vous n'avez qu'à me tuer sur-le-champ avant que je ne le fasse moi-même...je n'arriverais jamais à rien de toute manière, peut-être même que j'arriverais à me rater !"

Constance se releva pour parler avec son interlocuteur. Il s'avéra que c'était un homme plutôt charmant habiller d'un costume de loa couleur de ses yeux :gris. Il faisait environ une tête de plus que Constance et il avait des cheveux chatains.
La jeune femme se rendit alors compte du ridicule de la situation et du ridicule de sa personne. Une Femme assise au milieu des marches, sans chapeau et des larmes dans les yeux, cela devait être aussi pathétique qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine

"excusez moi monsieurs... Je... Je suis vraiment déçu de tout ça... De cette ville, et de cette vie. je ne veux pas vous déranger avec mes problèmes. C'est gentil à vous de vous soucier de moi. À Paris les gens semblent tellement indifférents. Vous devez me trouver bien ridicule."

Elle lui tendit une main tremblante pour le saluer , il n'était pas vraiment poli pour une jeune femme de s'adresser à son interlocuteur sans se présenter.

" Je me présente, Constance Saintoin. Je suis cantatrice, voila la raison de tous mes soucis..."

Elle regarda l'opéra d'un air quasi désespéré, tout en se disant que celui-ci n'était qu'un rêve un plus inaccessible.
Son chapeau et ses épingles entre les doigts, elle tenta alors de le remettre d'une manière convenable sur sa tête sans y réussir. Alors elle explosa et se mit à pleurer à chaude larmes.
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Charles-Armand de Lonsay
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MessageSujet: Re: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Mer 2 Jan - 12:05

S'il s'attendait à une réponse un peu émue, il devait bien admettre qu'il s'était fourvoyé : ce qu'elle lui sortait était parfaitement digne d'une tragédie de Sophocle. Et s'il demeura interdit un long moment face à cette toute petite jeune fille, ce bout de femme désespéré face à lui, il comprit un peu mieux lorsqu'elle lui dit qu'elle était cantatrice... et qu'elle regarda vers l'Opéra. Visiblement, il avait dû se passer quelque chose avec l'un des directeurs de ce célèbre établissement... restait à savoir quoi. Elle venait de se présenter, et il s'apprêtait à lui baiser aimablement la main, lorsque la petite femme fondit en larmes.

Un instant, le vicomte fut totalement déstabilisé par cette réaction excessive à laquelle il ne s'attendait pas du tout. Puis, il se ressaisit et se pencha un peu sur la jeune fille. Constance Saintoin, s'était-elle présentée.

"Mademoiselle Saintoin, allons... Ressaisissez-vous..."

Des paroles qui ne risquaient pas d'avoir un effet quelconque sur l'état de la jeune femme... mais que pouvait-il dire d'autre ? Chacune des paroles qu'il envisagea tour à tour, dans sa tête et à toute vitesse, lui semblait soit trop distante, soit trop proche pour convenir à la situation...

"En quoi être cantatrice vous pose-t-il problème ?"

Que dire d'autre ? Que faire d'autre ?
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Constance Saintoin

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MessageSujet: Re: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Jeu 3 Jan - 3:55

L'homme essayait de la consoler tant bien que mal, il n'avait pas l'air d'être à son aise.
Constance sortit alors un mouchoir de son petit sac et sécha ses larmes comme elle put. Pleurer ne lui servirait strictement à rien, et elle avait été des plus malpoli avec son interlocuteur.

"- Vous avez raison monsieur. Je...je suis navré. Je n'ai pas trempé votre complet au moins ?" dit la jeune femme confuse.

Il lui avait posé une question tantôt. Il n'avait pas l'air de se rendre compte de la difficulté de trouver un poste en tant que cantatrice en étant inconnus de tous.

" Le problème monsieur, c'est que je ne suis pas l'une de ses chanteuses de petites vertus qui font carrière parce qu'elles aguichent et ont des relations intimes avec l'un des directeurs de l'opéra où l'un de ses hommes influent qui peuvent leur obtenir une place des plus facilement. Cette ville ne me connaît pas, je n'ai donc aucun protecteur "honnête" qui peut m'introduire.
Donc, quand je me suis présentée à l'opéra, ils m'ont renvoyé comme une malpropre... Ils ne m'ont même pas écouté chanter ! "


Elle aurait pu continuer des heures à parler de ses problèmes, du fait que si elle ne trouvait pas rapidement un emploi, elle se retrouverait à Laure.
Constance aurait pu aussi parler du précaire de sa situation : une vie dans une chambre noire et miteuse avec, tout de même, des meubles convenables. Mais elle ne pouvait pas se plaindre, car elle avait au moins un toit sur la tête, et elle pouvait surement trouver un emploi dans une brasserie : N'étant point trop vilaine, elle pourrait se faire de l'argent avec ses pourboires...
Puis, la jeune fille se rendit compte qu'elle ne connaissait pas l'identité de l'homme avec qui elle devisait depuis plus d'une demi-heure.

" si cela ne vous dérange pas, puis-je connaitre votre nom ?"
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Charles-Armand de Lonsay
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MessageSujet: Re: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Jeu 3 Jan - 4:33

Effectivement, vu comme cela, être cantatrice pouvait poser quelques problèmes... d'autant plus que les artistes de vertus correctes étaient plutôt introuvables dans ce bon Paris, que ce soit en 1897, avant (depuis la fondation de l'Académie royale de musique, plus de deux siècles auparavant) ou, sans doute, après. Ceci ajouté au fait qu'elle était, à en croire son accent, provinciale et, à en croire sa mise, peu fortunée, pouvait bien expliquer le refus qu'elle venait d'essuyer.

Certainement, il ne put s'empêcher de remarquer l'ironie de la situation lorsqu'elle en vint à parler de son absence de mécène. Sans doute ne se doutait-il pas qu'un mécène potentiel, elle en avait un sous les yeux, quoiqu'exigeant et sans aucun doute moins fortuné que certains grands banquiers ou commerçants... Il n'en avait pas moins ses entrées dans les grands cénacles parisiens, n'en connaissait pas moins plusieurs personnalités du monde artistique de l'époque, et en particulier certains membres influents de l'Opéra Garnier...

Peut-être donner sa chance à cette petite jeune femme ? C'était à voir. Voilà un moment qu'il n'avait plus fait bénéficier quiconque de ses largesses... Certes, d'ordinaire, on ne devenait pas le mécène d'un artiste de cette manière, mais bon... Peut-être était-ce passer à côté d'un talent potentiel ? Même si pour l'instant, la voix de la demoiselle était plutôt enrouée par les larmes et ne donnait aucune idée de ses capacités réelles...

"Louis Charles Armand Borderin, vicomte de Lonsay", répondit-il lorsqu'elle lui demanda son nom - provinciale, définitivement -, accompagnant ces quelques mots d'un signe de tête. Si son nom avait à peu près toutes les chances d'être inconnu à la jeune femme, n'étant ni de noblesse ancienne, ni de noblesse fameuse, ni de noblesse richissime, ni de noblesse scandaleuse, le titre pouvait toujours faire son petit effet... bien que ne relevant, après tout, que de la moyenne noblesse.

"Vous me voyez navré du traitement que vous ont infligé MM. les directeurs de l'Opéra... Voilà qui était fort incivil... Peut-être, Mademoiselle, pourrais-je intercéder en votre faveur..."

Une chance ? Connaissant le vicomte de Lonsay, son amour de l'art, sa connaissance aiguë de la musique et son exigence générale, ce n'était pas sûr...
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Constance Saintoin

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MessageSujet: Re: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Jeu 3 Jan - 4:59

"Louis Charles Armand Borderin, vicomte de Lonsay"

Vicomte de Lonsay... un certain titre, dont Constance n'avait jamais entendu parler, en provinciale comme elle l'était, elle ne connaissait que les grands bourgeois de sa province que sa mère côtoyait de temps à autre. Cet homme était un noble et elle lui avait pleuré dessus, racontée ses moindres petits malheurs à un grand monsieur qui ne devait sa présence ici qu'à son éducation distinguée... et au hasard.
Mais Constance était injuste... Le vicomte aurait pu tout aussi bien passer son chemin comme tous les autres et laisser la jeune femme en proie au désespoir.
Constance répondit à son signe de tête par une légère révérence comme lui avait appris sa mère quand elles se trouvaient en présence de personnes distinguées.

"Monsieur"

"Vous me voyez navré du traitement que vous ont infligé MM. les directeurs de l'Opéra... Voilà qui était fort incivil... Peut-être, Mademoiselle, pourrais-je intercéder en votre faveur..."

Un sourire fleurit sur le visage de Constance laissant apparaître de petites fossettes sur ses joues. Le hasard faisait parfois bien les choses.

"Vous pourriez monsieur, vous le pourriez vraiment . Si vous faisiez cela pour moi, je ne pourrais jamais assez vous remercier !"

Les yeux de la jeune femme brillaient d'excitation en attendant la réponse du vicomte.
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Charles-Armand de Lonsay
Dandynosaure
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MessageSujet: Re: Rêverie sur les marches de l'Opéra   Jeu 3 Jan - 6:55

Eh bien, c'est qu'elle allait vite en besogne, la petite demoiselle... Le vicomte ne savait pas trop s'il devait attribuer cette hâte au peu d'expérience des convenances, à l'émotion ou à quoi que ce soit d'autre... Il ne pouvait cependant pas revenir sur sa proposition pour quelques paroles, et d'ailleurs, l'aurait-il seulement voulu ?

Toujours était-il qu'il ne pouvait aider cette jeune demoiselle que d'une seule manière, s'il tenait à la fois à ne compromettre ni l'un, ni l'autre, tout en faisant quelque chose de tout à fait mérité. On n'introduisait pas ainsi quelqu'un à l'Opéra, même en ayant quelques relations... et surtout quand on s'appelait Charles-Armand de Lonsay.

Aussi la manière la plus efficace de donner une chance, aussi ténue soit-elle, à la jeune Constance Saintoin était-elle de lui offrir une leçon de chant... un essai. Et ensuite, ils verraient bien... Avec un peu de chance, la jeune femme aurait le soutien d'un professeur proche des artistes de l'Opéra ; avec encore plus de chance, elle aurait son soutien aussi... et si jamais elle ne se montrait pas capable de satisfaire aux exigences des directeurs et du public... eh bien... il faudrait envisager une autre carrière...

Le vicomte sortit un petit rectangle de bristol de son porte-cartes.

"Voici ma carte, Mademoiselle. Écrivez-moi. Je verrai ce qu'il me sera possible de faire pour vous."

HRP:
 
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