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 [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?

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Anne-Marie Forestier
Crème aux champignons
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MessageSujet: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Mer 24 Oct - 7:01

Vous arrivez chez la Forestière, une de ces grandes demeures Haussmaniennes sur les grands boulevards parisiens. Vous êtes accueillis par une jeune domestique souriante qui vous conduit au premier étage vers un salon décoré avec un style très classique même si en regardant de plus près vous pouvez remarquer des tableaux plus modernes. Pour ceux qui sont déjà venus chez la Forestière, il ne s’agit pas du salon habituel très excentrique où elle accueillent les membres de son cénacle, mais un salon beaucoup plus ordinaire.

Les meubles ont été visiblement enlevés pour laisser place au milieu de la pièce à une grande table ronde en bois. Sur la table sont posés des étiquettes joliment manuscrites avec le nom des invités indiquant leur place pendant la séance de spiritisme.



La jolie domestique vous invite à vous installer dans un coin de la pièce où quelques canapés et une table basse ont été installés et vous offre à boire et à manger. Elle vous précise aussi que la Forestière arrivera d’un moment à l’autre.
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Zhûn
Je laisse aller, me laisse inhaler, Les vapeurs en dégradé ...
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Mer 24 Oct - 8:56

    Qui aurait cru que Zhûn aurait un jour ses entrées dans la mondanité ? C'est que le temps avait passé, des projets s'étaient formés. A force de faire tourner les tables devant des clients crédules, Zhûn avait vu sa réputation changer. De simple patron d'un fumoir il était devenu une curiosité, un étranger sachant le secret de parler aux esprits. Et les mondains étaient friands de sensations fortes et d’exotisme. Les deux allaient si bien ensemble.

    Avec un rien d'excitation, Zhûn avait répondu de façon affirmative à l'invitation de la Forestière. La soirée se promettait d'être distrayante - il allait pouvoir mesurer la bêtise des Occidentaux au sein de leur habitat naturel.

    Sans un regard pour la domestique - femme soumise à son rôle naturel - Zhûn retira ses chaussures et les posa à l'entrée. Oh il savait qu'en France on agissait pas ainsi, mais c'était là une partie de son rôle d'étranger crédule. Puis on faisait ainsi dans son pays. Et ses pieds étaient propres et ne sentaient pas la sueur !

    S'asseyant à même le sol en tailleur, Zhûn s'attabla devant la table basse. Premier arrivé il allait pouvoir observer les nouveaux venus, les jauger selon ses propres critères.

    — Monsieur, je ne crois pas...

    La pauvre domestique était perdue devant un comportement si... hors normes. Zhûn haussa les épaules - que ce soit au pays ou en France, les femmes étaient véritablement fatigantes.

    — C'est pas vot'rôle d'croire. Fait' vot' boulot. Se'vez l'invité.


    Et sur ces mots de tendre sa tasse.


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Floris Abilio Dallo
Monsieur, voici un petit remède, un petit remède !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Jeu 25 Oct - 6:56

Floris était excité à l’idée de venir à une séance de spiritisme organisée par Anne-Marie Forestier. Lui qui désirait depuis un bon moment déjà d’intégrer le Cénacle de la Forestière, il savait que participer à cet évènement et ainsi de rencontrer la dame augmentait ses chances d’intégrer le Cénacle. Le basque se savait très chanceux d’être invité à cette soirée. Il en avait entendu parlé de la bouche d’Anne-Marie elle-même un soir au théâtre. Gêné par la femme, Floris l’avait quand même abordée en disant qu’il aurait toujours voulu participer à une séance de spiritisme. La Forestière en prit peut-être note, mais le médecin croyait plutôt que ce qui avait joué en sa faveur, c’était le fait qu’il en avait parlé au Docteur Valmaison. Ce dernier étant un membre du Cénacle, il pouvait parler de Floris à la Forestière. C’était donc avec joie que le basque reçu l’invitation.

En arrivant dans la demeure haussmannienne, le basque se fit répondre par une jolie domestique qui ne le laissait pas indifférent. Son magnifique sourire suffisait à faire rougir le médecin, qui se sentait toujours un peu timide auprès des femmes. Il lui tendit sa redingote et remarqua une paire de chaussures qui étaient juste à côté de la porte. Cela intrigua le médecin, qui se dirigea dans une pièce ayant en son centre une grande table ronde en bois. Mis à part un homme qui n’était définitivement pas français, Floris était le seul arrivé. L’étranger avait une peau plus sombre que celle du médecin et ses yeux étaient presqu’aussi noirs que sa chevelure et sa barbe. L’homme était dénudé, ce qui expliquait les chaussures à l’entrée. Il était assis non pas dans les fauteuils qui étaient dans le font de la pièce, mais plutôt par terre, devant la table basse avec les tasses de thé. Floris s’approcha de l’autre invité et se présenta.

« Bonjour, je m’appelle Floris Abilio Dallo, mais tout le monde m’appelle Floris. Et vous, quel est votre nom? »

Puis, Floris se servit une tasse de thé et s’assit sur le fauteuil confortable. Il restait encore d’autres personnes à arriver, 11 en tout, le médecin ayant dénombré 13 cartons sur la table ronde.
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Catharina de Fréneuse
L'enfant reconnaît sa mère à son sourire.
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Jeu 25 Oct - 8:31

Anne-Marie était une femme surprenante, il fallait le dire, très agréable à côtoyer. Son invitation à sa séance de spiritisme m’avait d’abord surprise, mais je l’avais rapidement acceptée. Il semblerait que, l’année dernière, j’étais tombée sur la bonne personne à l’église. « C’est qui Spir Itism ? » Fit mon jeune garçon en tirant sur ma manche. Il me regardait avec ces yeux qui quémandaient une réponse, innocents. « C’est quoi. Spiritisme, c’est une chose, c’est… communiquer avec les esprits, les fantômes. » Assise devant ma coiffeuse, je laissai la femme de chambre –que Madame Pentois me prêtait généreusement- arranger mes cheveux. « Pourquoi tu vas communiquer avec les esprits ? » Je baissai les yeux vers lui, au grand désespoir de la domestique qui échappa une mèche au passage, et haussai les épaules. « Je ne sais pas, pour s’amuser, parce que Madame Forestier aime sans doute lancer des piques aux esprits comme elle aime le faire avec les gens qu’elle côtoie. » Le jeune garçon parut pensif, analysant lentement les informations que je venais de lui transmettre. « Et les esprits seront pas fâchés ? » J’eus la même réaction qu’à sa question précédente. Peut-on contrarier quelque chose qui n’existe sans doute pas ? Néanmoins, je continuai avec une certaine liberté « Un grande dame comme La Forestière peut bien faire ce qu’elle veut. »

Comme les précédents invités, une gentille et toute petite domestique m’accueillit. Je lui laissai mon châle –qui n’était que sur mes épaules pour faire genre- et me laissai guider vers une tierce pièce qui m’était inconnue. Je fus un peu déçue de ne pas voir de ces grands tableaux abstraits et colorés qui ne voulaient rien dire, lors de ma première visite, ils m’avaient énormément plu. J’accordai à la frêle bonne un signe de tête, en remerciement et ignorai les fauteuils pour le moment, préférant demeurer près de la table –Et puis le coin divan était occupé par des hommes, ah ! Je me penchai sur les étiquettes sur lesquelles des noms étaient inscrits. Je fis le tour du meuble, prenant connaissance de l’identité des douze autres invités. Je m’immobilisai à ma place « Floris… Prosper… » Marmonnai-je tout bas. Floris, Catharina, Prosper. Floris ressemblait un peu à fleur, je pouvais croiser les doigts et espérer un jeune femme, mais Prosper était clairement le nom d’un homme, et anglais, qui plus est ! L’idée de changer les étiquettes –me mettre à côté de Lise, par exemple- passa dans mon esprit mais je me retins, jugeant qu’Anne-Marie n’avait pas fait cette disposition pour rien. Une fois la nouvelle digérée –on aurait dû me mettre plus près de Madame !- je continuai ma ronde, sans m’adresser aux deux autres invités. Timidité, désintéressement, réserve.
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Octave Canard-Mauperché
Encore une victoire de canard !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Ven 26 Oct - 3:21

Madame Forestier avait fait fort : la séance de spiritisme qu'elle organisait, avec faste et cérémonie, faisait trembler tout le milieu mystique parisien. Certains s'extasiaient ou se pâmaient de jalousie devant une si belle occasion perdue, d'autres s'inquiétaient de la bonne conduite d'une affaire si dangereuse ... Le nom de M. de Nersac n'étant pas encore connu par tous les spirites chevronnés de Paris, Octave avait cru bon de rassurer tout le monde en faisant bénéficier cette petite sauterie de son flegme naturel [sic]. Il s'était enquis auprès de Jules de l'occasion et avait appris avec stupéfaction qu'il s'y rendait aussi - cela avait piqué davantage encore sa curiosité ... Il avait pris contact avec M. de Nersac, avait exposé ses références - ô combien sérieuses - ainsi qu'un rabais sur le matériel s'il passait en sa boutique. Après, il écrivit sur un ton très modeste à Madame Forestier, présentant son expérience en ce genre de cas et lui assurant qu'il comptait profiter de l'occasion, en tant qu'éditeur d'avant-garde, de rencontrer l'une des principales actrices de l'art moderne ... Il avait, semble-t-il, assez bien tourné la chose pour être invité. Et il eût dû se trouver le plus heureux des hommes, à n'en pas douter !

... En vérité, l'âge rendait Octave de plus en plus casanier ... et parfois presque misonéiste - un comble ! S'il aimait à croiser ses vieux amis dans un salon audacieux, il n'aimait rien moins que faire des courbettes inutiles devant un ramassis de jeunes inconnus à la mode, semble-t-il bien décidés à avoir quelques frissons. Et puis pour tout dire, le spiritisme faisait son fond de commerce, parce qu'il était à la mode et lui permettait de garder sa boutique, mais ce n'était pas cela qui l'intéressait ... et il n'était pas sûr que le monde des esprit apportât la matière nécessaire à une belle œuvre ... C'était pourtant ce qu'il cherchait. Enfin ... Quoiqu'il arrive, au moins, il y retrouverait Jules ...

Marchant lentement dans les rues du VIe (sa boutique était très proche de l'hôtel particulier de la Forestière), il songea à sa pauvre Raymonde, qu'il délaissait encore. Celle-ci couperait doucement les revues et les livres reçus par l'homme, avant d'aller dormir après avoir pris sa tisane de verveine, déposé ses pantoufles au bord du lit et mis sur ses épaules un de ces vieux châles pelucheux qui la vieillissaient, petit à petit. Elle aussi, bientôt, enterreraient les derniers vestiges de sa jeunesse et de son charme pour devenir une grand-mère ... Grand-mère sans enfants, avec pour toute descendance des séries de livres à couverture jaune ou bleue ... Il se sentit particulièrement mélancolique lorsqu'il sonna et se fit annoncer. La jeunesse et la beauté de la petite domestique n'arrangea rien.

Octave, après avoir laissé son manteau, ses gants et sa pelisse à l'entrée - sa courte vue ne lui fit pas remarquer les chaussures qui trônaient à côté du porte-manteau - entra à son tour dans la pièce que Madame Forestier avait préparée, chapeau à la main comme le voulaient les convenances.

- Messieurs, Madame, Octave Canard-Mauperché, éditeur, fit-il avec un signe de tête obséquieux. Avec qui aurai-je le plaisir de partager cette expérience ?

Jules n'était pas encore arrivé, sans surprise - mais son retard serait-il accepté ici avec la même indulgence que chez la Présidente et autres muses légères ... ? Se piquant d'un sourire qui lui donnait un peu l'air d'un vieux faune ou d'un génie proche de la retraite, Jules s'approcha lentement de la table ronde y chercha son nom. Il hausse le sourcil quand il découvrit le nom de son voisin de table ... Et fixa avec une curiosité polie l'asiatique qui était accroupi, pieds nus, sur le sol.

- Monsieur, serez-vous celui qui nous ouvrira la porte des esprits ?

Il fallait dire qu'il avait la tête de l'emploi, sans doute plus que cet illuminé de Nersac ... Et s'adressant à la domestique qui passait par là ("Mademoiselle, puis-je avoir du thé, s'il vous plaît ?") Octave adressa un sourire poli à cet invité hors norme, sans s'occuper des deux autres plus que la politesse ne l'exigeait.

Misonéiste, vraiment ... ?
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Lise Champmézières
Elle court, elle court, la cousette !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Dim 28 Oct - 0:16

Qui l’eût cru, mes amis, qui l’eût cru ? Certainement pas Lise, en tout cas. Déjà, lorsque La Forestière avait franchi un jour le seuil de la Maison de Couture Champmézières, cela avait été tout un événement. Sur le coup, le cœur de Lise avait manqué un battement avant que, quelques secondes plus tard, un flot de fierté ne l’envahisse. Quoi, Anne-Marie Forestier avait donc eu vent de ses créations ? Mieux, elle les avait trouvées à son goût, suffisamment pour faire le déplacement ? Ah, c’était un jour de triomphe pour Lise ! Depuis le temps qu’elle habillait le cercle de La Forestière, qu’elle notait de loin les tenues de celle-ci pour connaître ses goûts et proposer à ses amies des robes qui lui fassent impression…

Madame Forestier avait été royale, évidemment. Elle avait même fait une commande et Lise s’était promis de confectionner un chef-d’œuvre.

Et puis il y avait eu cette statuette. Lise avait voulu s’en débarrasser, quelques mois plus tôt lorsqu’elle avait reçu une missive anonyme. Mais Monsieur de Nersac avait réussi à la convaincre de la garder, et même de l’exposer dans un coin de son salon. Quand La Forestière l’avait aperçue, elle avait semblé fascinée. C’était curieux, comme un simple objet reçu dans un colis de bananes pouvait attirer l’attention ! Lise, un peu gênée, s’était opposée à ce que La Forestière le lui emprunte. Avec diplomatie, évidemment (du moins l’espérait-elle). Mais Madame Forestier ne l’entendait pas de cette oreille : visiblement, elle tenait à tout prix à exhiber cette curiosité dans son cercle. Et c’est alors que l’incroyable s’était produit : La Forestière, drapée dans son bon droit de princesse mondaine, avait fini par convier Lise à leur petite séance. Avec la statuette, inutile de le préciser.

Et voilà que Lise se retrouvait devant l’hôtel particulier si prisé. Elle avait placé la statuette convoitée dans un joli sac en tweed pied-de-poule. Le choix de sa toilette avait été beaucoup plus long. Elle avait d’abord opté pour un classique, avant de se raviser. Après tout, si elle ne saisissait pas l’occasion pour tester l’une de ses idées les plus modernes, elle ne le ferait jamais. Sous la mante sombre à collet très montant qu’elle laissa à la domestique, elle portait donc une robe violine qui, en y regardant bien, surprenait par sa coupe. En travaillant avec son corsetier, Lise avait imaginé une silhouette où le ventre était plus plat, les hanches rejetées en arrière. La couturière n’était pas bien grosse et le changement n’était pas révolutionnaire mais tout de même, elle tirait une certaine fierté de son invention et de l’allure altière que cette tenue donnait*. Un chignon haut placé et un ou deux bijoux complétaient sobrement le tableau.

En suivant la jolie domestique dans le salon, Lise se sentait tout émoustillée. Par le spiritisme, un peu – elle était curieuse de voir cela –, et au moins autant par l’idée de se retrouver chez La Forestière en bonne compagnie. Ou, à tout le moins, en compagnie mondaine.

Elle eut un signe de tête aimable en direction des canapés (« Messieurs ») (son regard passa avec étonnement sur le curieux Asiatique qui se croyait encore au pays), accepta la tasse qu’on lui proposait et rejoignit la table où, grâce au Ciel, Catharina se trouvait déjà. Un sourire, quelques mots amicaux et, après un coup d’œil au plan de table, un commentaire amusé, glissé à mi-voix :

« Zhun ? Est-ce le nom de notre ami nu-pieds ? Comment suis-je censée prononcer cela, à votre avis ? Zin ? Zun ? Ces noms chinois, je n’y connais rien… ! »


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Prosper Turnipfield
Un air d'hydrocéphale asperge...
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Ven 2 Nov - 7:08

Beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts depuis la première visite de Prosper chez La Forestière. Il avait pu prendre ses marques et comprendre les coutumes de ce lieu singulier. Désormais, le petit provincial timide et hésitant n'était plus. Prosper avait pris de l'assurance et dégageait presque de l'arrogance. Sur le plan professionnel, les derniers mois n'avait pas manqué de piquant : le jeune auteur avait rapidement réussi à monter sa première pièce au théâtre de la porte Saint-Martin. L'accueil avait été mitigé, mais son travail n'avait pas laissé indifférent et c'était ce qu'il cherchait avant tout. Il vaut toujours mieux, pour un artiste, susciter de la haine que de l'indifférence. La majorité de la critique l'avait démoli et s'était gaussé de ses talents littéraires. Mais la pièce avait trouvé son public et son nom commençait à être reconnu dans le milieu. En revanche, au sein du Cénacle, 'Les amants de Varenne' avait reçu un accueil poli mais plutôt froid. Le jeune homme y avait toujours ses entrées mais il semblait qu'on attendait autre chose de lui. Prosper n'y voyait que pure jalousie.

Pour preuve qu'il était toujours dans les petits papiers de La Forestière, le garçon avait été convié à une séance de spiritisme très privée. Il n'avait pas compris grand chose quant aux tenants et aboutissants de cette soirée et, d'ailleurs, il s'en moquait pas mal. Du beau monde serait présent et l'idée était plutôt amusante. Parler aux morts... Déjà que les vivants n'avaient pas grand chose à raconter...

Lorsqu'il entra dans le petit salon où les « festivités » étaient censées avoir lieu, Prosper ne reconnut quasiment personne. Personne d'intime, en tout cas. Il y avait bien cet éditeur, que le garçon espérait impressionner ou des demoiselles fort charmantes... mais son regard fut attiré par un individu au profil exotique qui le contraria fort. Depuis quand de telles personnes étaient tolérées au Cénacle ? Et évidemment, la maîtresse de maison qui se faisait encore et toujours attendre. C'était donc de fort mauvaise humeur que Prosper confia son chapeau et son manteau à la servante. Il marmonna un « Bonsoir mesdames, messieurs » sans conviction et se dirigea d'un pas rapide vers un canapé pour observer la table ronde, centre d'intérêt de la soirée.
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Armide
Caméléon psychopathe - Incarnation de l'Efficacité
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Messages : 791

MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Sam 3 Nov - 1:00

Eugène Valmaison, médecin

Le docteur Valmaison fut introduit à son tour, et ses connaissances - limitées pour l'instant à son collègue, ou du moins le pensait-il - purent constater chez le médecin un changement radical, qui ne dut cependant pas étonner ceux qui ne le connaissaient que via le cénacle. C'est que le monsieur avait abandonné sa blouse blanche, sa trousse de scalpels, son flacon d'acide phénique et tutti quanti et passé un élégant costume. Sans doute pas le plus à la pointe de la mode : c'est qu'on pouvait toujours tomber sur une tierce obligation en route (obligation médicale, il va sans dire) et avoir à y sacrifier son plastron ; c'est qu'on n'était pas particulièrement bien payé en tant que médecin, surtout en tant que médecin des hôpitaux... Mais bon ! S'il n'était pas vraiment "bien mis", il ne détonnait pas non plus.

Introduit dans la pièce par un domestique, le médecin salua les membres de l'assemblée - qui n'étaient au demeurant pas fort nombreux -, fut assez surpris de voir là de nouvelles têtes (cette haute dame blonde et son amie, cet étrange
Asiatique déchaussé agenouillé devant la table) pour une séance intime et rejoignit simplement le groupe, sans ajouter quoi que ce soit. La maîtresse de maison n'allait pas tarder.
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Eustache de Nersac
Mage d'Épinal
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Sam 3 Nov - 2:44

Tressaillement nerveux. De tous les invités, Eustache de Nersac était arrivé le premier. Et pour cause : il avait eu quelques petites choses à régler. Des détails. D'infimes détails. Mais l'entièreté de la séance l'angoissait. Il en était arrivé à la tirade des "et si ... ?" : Et s'ils n'étaient pas treize à table ? Et si quelqu'un rompait le cercle ? Et si une dame de l'assemblée faisait un malaise ? Et si tout ne se passait pas comme prévu ? Et si l'esprit invoqué ne paraissait pas ? Et si l'assistance était déçue ? Et si ... ? Et si ... ? Et si ça arrivait vraiment, tiens ? Car en matière d'imprévus gênants, la charmante hôtesse était arrivée avec une mauvaise nouvelle... M. Cyrus Holland ne serait finalement point présent. Catastrophe ! L'ancien officier qu"il était avait fait son possible pour paraître extrêmement calme, ce à quoi il avait réussi, mais il fallait un remplaçant... et en désespoir de cause, dans un moment peut-être de raillerie, Mme Forestier avait finalement convié... un ramoneur à se joindre à eux. Drôle d'idée. Il lui avait par la suite fallu changer les places autour de la table, et le nom de Cyrus Holland fut barré au profit de celui du "Ramoneur" avant d'être placé entre Mme Champmézières et M. Zhûn. Une bonne chose de faite.



Parlons-en, de la table ! L'occultiste avait prévu bien des choses. Tout d'abord, de faire fermer les rideaux et éteindre les bougies, à l'exception d'un lustre à bougies que l'on allumerait au-dessus de la table, de manière à ne garder aucune zone d'ombre autour des assistants. Ensuite, une dague ornée, qui servirait à tracer le cercle de protection. De petites coupelles contenant un peu de sel, à disposer dans les quatre coins de la pièce. Deux lectures prévues, une pour l'élévation morale du public, l'autre pour préparer la séance. La dernière lecture, à la fin : une prière de remerciement... si tout se passait bien. Il avait fait du spiritsme chez lui, plusieurs fois. Avec, à son sens, de bons résultats. Mais cela donnerait-il aussi bien en groupe ? La question était de taille, d'autant plus que le lieutenant de vaisseau tenait à ne pas décevoir son hôtesse... Puis, il y aurait un verre à pied au centre de la table. Il savait bien que ce genre de manifestations-là était un peu secondaire, mais s'il fallait'en contenter... On verrait comment se déroulerait la séance !

Tout à sa nervosité, Eustache de Nersac s'était permis de sortir de la pièce, de déambuler un peu à côté, de griller un cigare. Lorsqu'il rentra à nouveau dans la salle de réception, plusieurs personnes étaient arrivées. Un Asiatique, qu'il avait déjà côtoyé. Deux femmes, l'une inconnue, l'autre connue : Lise Champmézières. Un monsieur sur la cinquantaine, qu'il identifia comme Octave Canard-Mauperché - étrange, d'ailleurs, qu'il le croise ici alors qu'il se fournissait de temps en temps à la Chimère ! Plusieurs autres messieurs, qu'il n'avait pas l'heur de connaître. Mentalement, Eustache compta les invités : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf avec lui-même... Manquaient encore trois personnes. Espérons qu'il n'y ait pas de désistement fortuit !

Eustache de Nersac, ou le lieutenant Dumont, salua tranquillement chaque membre de l'assemblée. Lui présent, la maîtresse de maison ne saurait tarder.
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Antoine "Le Zozio" Viret
Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Dim 4 Nov - 0:15

En début d'après-midi, M.Viret n'était venu ici que pour une chose : ramoner la cheminée. Comment avait-il bien pu être entraîner dans cette histoire ?

Il avait entendu quelques bribes de conversations, une vague question d'invité manquant... Et voilà qu'une domestique lui annonçait qu'il était invité à participer à une soirée chez la Forestière en personne ! Le ramoneur, la tête dans la cheminée, n'avait entendu l'invitation que de manière étouffé, mais, de surprise, il se cogna très fort la tête, si bien qu'il en fut à demi assommé. Le temps qu'il retrouve ses esprits, il ne put distinguer laquelle des domestiques lui avait adressé la parole, et si tout cela n'était pas qu'une mauvaise blague... Jusqu'à ce qu'en ressortant, quelqu'un lui lance : "Au plaisir de vous revoir ce soir !"

Grand dieu.

Lui, ancien vagabond, et maintenant ramoneur de son état, invité chez l'une des plus puissantes mondaines de Paris ? Lui, qui détestait tellement ce monde, et qui ne loupait jamais une occasion de s'en moquer ? En voilà une drôle d'idée ! Mais on ne refuse pas ce genre d'invitation, surtout de la part d'une cliente de cette envergure. C'était aussi une occasion à ne pas manquer... Qui sait quelles bêtises ces mondains pourraient sortir et faire ? Et qui seraient retenu contre eux par un certain chanteur de rues...

Antoine n'en revenait tout de même toujours pas. Il passa le reste de l'après-midi à se décrasser en profondeur, à recoudre son plus beau costume, et à maugréer de devoir y aller sans sa chère guitare. Le voilà paré ! Si, pour ces amis, il aurait paru d'une rare élégance, à coup sûr, dans ce salon, l'ancien Zozio ferait tâche.

M.Viret arriva à l'heure dite... Mais par habitude, il s'annonça à l'entrée des domestiques. Une charmante jeune fille (mais pas aussi charmante que sa Ninie) ouvrit la porte et soupira :

"... De l'autre côté, Monsieur. De l'autre côté....
- Oh, euh, pardon, c'est vrai..."

Le ramoneur endimanché fit donc le tour du bâtiment, et la même domestique lui ouvrit la porte. Elle le conduisit jusqu'au salon, où, déjà, de nombreuses personnes se trouvaient. L'oiseau chanteur sut poser un nom sur chaque tête (son réseau d'informations était encore bien développé), et sourit intérieurement face à l'attitude de Zhûn. Il s'empourpra cependant en reconnaissant Mme fon Reytes...Réteus... (décidément, il n'y arriverait jamais), l'ancienne Madame Ainsworth. Dieu-en-qui-il-ne-croyait-que-quand-ça-l'arrangeait, faites qu'elle ne le reconnaisse pas !

Antoine salua l'assemblée d'un signe de tête :

"Messieurs-dames..."

Avant de se caler debout dans un coin où il ne gênerait personne. Ce beau monde ne souhaiterait sûrement pas d'un simple ramoneur sur de si beaux coussins...
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Anne-Marie Forestier
Crème aux champignons
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Lun 5 Nov - 4:43

La Forestière avait sciemment pris du temps pour se préparer. Elle voulait laisser le temps à ses invités de se f aire au lieu et à l'ambiance. Elle voulait aussi laisser du temps à Eustache qui n’avait pas tout à fait terminé les préparatifs. Aussi lorsqu’elle fut fin prête, elle se glissa derrière une des portes du salon et guetta l’arrivée des invités. Elle avait là une population bien hétérogène allant du haut fonctionnaire au ramoneur honnête. Cela lui fit soudainement peur, et si rien ne se passait comme prévu... Cependant, elle ne pouvait se permettre de rester cachée plus longtemps. Il ne manquait qu’Ulysse et Evelyne. Elle prit une profonde inspiration et ouvrit la porte d’un grand coup. Elle se tenait droite, marchait avec élégance et se plaça au bout de la table ronde. Sans un mot, et avec un sourire, elle attendit que chacun s’approche. Elle fit alors un geste pour dire à tous de s’installer. Elle laissa encore quelque secondes passer, sachant que personne à priori n’oserait parler en premier, pas avant elle.

«Je suis ravie de vous accueillir dans mon «humble» demeure ce soir.»Cette simple déclaration mis immédiatement un écart entre ceux qui avait les moyens ou avait une demeure du genre et ceux qui ne pourrait jamais. Il fallait bien que chacun reste à sa place !

«Faisons un rapide tour de table car vous ne vous connaissez pas tous. A ma gauche, auraient du se trouver Ulysse Lion et sa chère fiancée Evelyne Devaux, mais il semble qu’ils ont plus important à faire en cet instant.»
Son ton très ironique en insinuait énormément et elle ne put s’empêcher d’ajouter : «D’ailleurs, saviez-vous que les deux précédents époux d’Evelyne ne sont plus ?»Voici, un allusion très mesquine.

Elle fit semblant d’être choquée mais sans s’attarder elle continua : «Ensuite, Eugène Valmaison, médecin plus motivé que compétent, mais dont nous apprécions beaucoup la compagnie et l’enthousiasme. A coté de lui, le journaliste brillant dont vous avez sûrement entendu parlé mais qui a sûrement une affaire très importante à régler, rédacteur en chef de la Revue Mauve, Mr Jules Spéret.» Elle fit semblant de parler plus bas pour ajouter : «Ou alors est-il encore en train de se disputer avec sa femme !» Elle sourit brièvement, et oui les rumeurs se faisaient vite à Paris.

«Nous avons ensuite, Monsieur Octave Canard-Mauperché, imprimeur que tout le monde connait. Quel joie de vous accueillir chez moi ! Comment va la présidente ?»Elle n’attendait bien entendu aucune réponse. Elle tirait un fierté personnelle à chaque fois que des membres du cercle de la présidente se retrouvaient chez elle.

Elle reprit ensuite :« Cet homme asiatique ici présent est un grand connaisseur en matière de spiritisme et d’occulte, sa présence semblait assez logique ici ce soir.»Et en le détaillant un peu plus ajouta d’un air sévère « J’espère qu’il saura accorder plus d’importance à notre étiquette au cour de cette soirée.»
Elle faisait bien entendu référence au fait que l’homme était arrivé, avait retiré ses chaussures et s’était assis à même le sol. Totalement inadmissible.

Puis, reprenant, son petit tour de table, elle jeta un regard à ce jeune homme qui semblait très déplacé dans le décor du lieu. Elle le regarda fixement et le détailla de la tête au pied, puis repris : «J’ai le regret de vous dire que mon cher ami Cyrus Holland, que certains d’entre vous ont eu le plaisir de croiser n’a pas pu ce joindre à nous ce soir, je ne l’ai appris qu’il n’y a que quelques heures. Mais le nombre 13 était très important pour cette séance.»Elle marqua une pause pour laisser au temps à chacun de comprendre que cet intrus n’était en réalité que le remplaçant de Cyrus. Et c’était aussi un mea culpa silencieux de la Forestière qui ne supportait pas l’idée d’exposer les membres de son cénacle à des pouilleux.

«Lise Champmézières... J’espère que vous n’avez pas oublié notre petit arrangement chère amie.» Puis s’adressant à la foule. «Saviez-vous que certains objets rares d’origines africaines étaient présents à Paris et nous en avons un en exclusivité ce soir même.» Ne pas oublier de faire comprendre à tous que ce n’était pas vraiment Lise, simple couturière, qui avait valu une invitation.

«Floris Dallo, médecin, trop peu bavard pour que je sache beaucoup plus sur lui.» Une phrase bien courte à la hauteur de ce qu’elle pensait et savait du jeune homme.

« Madame Catharina von Reutersvärd, une jeune femme très brillante dont j’admire le courage d’avoir récemment quitté son mari violent. Soyez gentils avec elle, elle est un peu timide.» Ajouta-t-elle en lançant un sourire amical à Catharina.

«Ah ! Prosper Turnipfield, un auteur à l’avenir encore incertain. Comment allez-vous mon cher ? Et comment va votre mère ?» Encore une fois aucune réponse n’était attendue. Elle n’avait que peu parler à ce jeune homme depuis son arrivée récente et même s’il semblait prendre ses repères, cette petite pique discrète lui rappelait qu’il n’avait pas encore fait ces preuves auprès d’elle, et qu’il n’était ici que parce que sa mère avait demandé ce service à la Forestière.Puis se tournant vers Octave, elle ajouta d’un air on ne peut plus ironique : «Ne cherchiez-vous pas une perle rare à publier ?»

Elle ponctua sa phrase d’un rire court avant de terminer : «Et enfin Eustache de Nersac, dont vous avez sûrement entendu parlé si vous êtes ici ce soir. Celui à qui on doit la merveilleuse idée de cette soirée et qui a été d’une aide précieuse pour son organisation.»

Maintenant qu’elle avait marqué tout les esprits assis à cette table il était temps de faire venir les esprits des morts. En s’asseyant, elle reprit la parole,et prenant un ton plus sombre et mystérieux commença à mettre les invités dans l'ambiance : «Donc, comme vous le savez, vous êtes ce soir conviés à une séance de spiritisme, ceci n’est en aucun cas un jeu. Nous allons invoqués des esprits désincarnés. Mais, je laisserai Eustache faire un discours plus complet à ce sujet. » Elle lui jeta un regard pour avoir son approbation et continua

«Avant ceci et aussi en attendant nos trois absents, avez-vous des questions, des craintes, des réactions, des suggestions. Dans tous les cas, c’est le moment de parler car je ne garantis pas que ce sera possible par la suite.»

Cette phrase n’avait pour seul but de mettre les gens en situation, comme si la présence des esprits par la suite les empêcherait de parler librement. Mais le but était aussi de tâter les impressions de chacun et leur attentes pour y répondre au mieux. Car même si elle se moquait parfois très méchamment de ses convives, il fallait qu’ils vivent pendant cette soirée, des sensations fortes dont ils auraient envie de parler sur plusieurs génération.
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Zhûn
Je laisse aller, me laisse inhaler, Les vapeurs en dégradé ...
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Lun 5 Nov - 11:15

    Les festivités n'avaient pas commencé que déjà on venait briser la petite paix qu'il s'était forgé. Se montrant poli, et même obséquieux, Zhûn salua le médecin.

    — 'avi d'faire vot'connaissance, m'sieur. Zhûn pour vous servir.

    L'échange se tint là, les invités venant les uns après les autres, brisant le calme. Tout n'étaient plus que débordement de paroles, froissement des jupes, frottement de moustaches, raclement de gorges. Zhûn replia davantage ses jambes - on serait bien capable de lui écraser les pieds !

    - Monsieur, serez-vous celui qui nous ouvrira la porte des esprits ?

    Zhûn leva un sourcil, puis sa personne. D'un pas il alla jeter un œil sur les cartons (il ne s'en était pas soucié), remarqua que le nom du nouveau venu était à côté du sien. Diantre, autant se mettre celui-ci dans la poche puisqu'il passerait la soirée coude à coude avec lui.

    — Faut d'mander à la dame des lieux. J'suis qu'un... novice, j'crois que c'le mot... j'connais des trucs.

    Il souligna le dernier mot d'un sourire énigmatique, laissant son interlocuteur s'interroger sur les dits "trucs".

    Enfin après nombre de minutes arriva la maîtresse de maison. Comme tous les autres invités, Zhûn obéit docilement à l'invitation de s'asseoir. Toute ouïe, il écouta chaque invité se faire sermonner comme de vulgaires enfants. Lui-même n'y échappa pas mais s'en trouva plus amusé que fautif - il eut même l'outrecuidance de lisser sa moustache.

    — C'est pour mieux sentir les courants tel... comment qu'vous dites m'sieur Nersac ? Telluriques ? Enfin des courants que les fantômes y z'aiment bien.

    Pas sûr que quelqu'un le croit, mais cela l'amusait de jouer les sots et simples d'esprit.

    — Si quelqu'un a peur, ferais mieux d'partir. Après c'trop tard, personne doit sortir sinon... 'fin vaut mieux pas savoir.

    Doucement Zhûn remit son masque d'étranger impénétrable, transformant son visage en un bois d'ébène lisse et illisible. Seuls les yeux brillaient curieux, dardant leurs sombres teintes sur les invités.
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Floris Abilio Dallo
Monsieur, voici un petit remède, un petit remède !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Lun 5 Nov - 13:24

Zhûn, il s'appelait. Drôle de nom... Peu après cette réponse, d'autres personnes firent leur entrée dans la pièce. Une grande femme aux cheveux platine qui s'assit à la table.Un homme aux cheveux grisonnants qui demanda du thé. Une autre demoiselle aux cheveux bruns qui semblait déjà connaître la blonde. Un homme aux cheveux et yeux noir qui s'assit sur un autre canapé. Son collègue le Docteur Valmaison. Un homme nerveux. Et un autre qui s'assit dans son coin seul. À part Eugène, le basque ne connaissait personne.

Puis la Forestière était arrivée. Elle les invita tous à s'asseoir à la table ronde. Floris chercha son nom sur celle-ci et fut déçu de voir son nom entre celui de Lise et Catharina. Elles avaient l'air bien gentilles, tel n'était pas le problème. Le problème était que le médecin était très gêné avec les femmes, alors passer une soirée entière entre deux le rendait plutôt inconfortable. Surtout après que Anne-Marie Forestier ait fait ce commentaire qui insinuait qu'elle avait énormément d'argent et que certains, dont lui-même, n'en aurons jamais autant. Puis elle présenta chacun des invités. Dont lui. « Floris Dallo, médecin, trop peu bavard pour que je sache beaucoup plus sur lui. » Sincère et peu étonnant comme commentaire. En effet, le jeune homme n'était pas très connu dans le milieu plus bourgeois. Certes, il avait une réputation de médecin, mais qui ne datait que de quelques mois. Très peu pour avoir un nom. Catharina Ret... Reut... Rét... Catharina timide aussi? La soirée allait définitivement être longue...

Puis vint le temps des questions. Sur savoir quelles étaient les appréhensions des invités à cette séance. Zhûn avait tenté d’effrayé les personnes en avertissement que plus tard, il sera trop tard pour quitter. Floris, qui ne connaissait que très peu de choses à ce sujet, eu un léger frisson dans le dos :

« Merci de l’avertissement » Puis Floris posa une question à la Forestière. «J’ai lu que Victor Hugo a parlé avec sa fille décédé. Nous sera-t-il possible de s’adresser à des gens de notre volonté? Je veux dire de choisir nous-même les personnes avec qui nous parlerons en les appelant? »

Question un peu naïve, probablement, mais peut-être aurait-il la chance de vérifier si sa mère était morte.
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Catharina de Fréneuse
L'enfant reconnaît sa mère à son sourire.
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Lun 5 Nov - 15:38

Je souris lorsque Lise vint me parler. Il fallait croire qu’il n’y avait pas que mon nom qui serait massacré ce soir, celui de l’asiatique y passerait aussi. Je jetai à nouveau un rapide coup d’œil sur le papier où était inscrit le nom de Zhûn. « À mon avis ? Tsoune, mais il n’y a que lui qui peut vous le confirmer. » Puis j’accordai un distrait signe de tête au nouveau venu, avant de baisser mes yeux sur la silhouette de la couturière, intriguée. Il fallait dire que sa taille prenait une forme moins commune, même si la différence restait plutôt discrète. Je ne m’y attardai pas indéfiniment –les mystères de la mode n’étant pas fait pour moi- et repoussai d’une main ma courte traine avant de m’asseoir devant la grande table ronde, patiente.

Madame Anne-Marie Forestier fit son entrée. Elle abordait des airs mesquins que je n’avais pas remarqués lors de notre dernière rencontre, cela ne lui allait pas mal, d’ailleurs. Tour à tour les invités furent présentés, je suivis les places du regard, de manière silencieuse. Monsieur peu ponctuel, sa fiancée, médecin louche –juste parce qu’il était un homme, rédacteur en chef peu ponctuel, imprimeur –que je ne connaissais pas, je devais être autant ‘tout le monde’ que l’asiatique, puis vint ledit petit homme bridé, un autre qui s’était décommandé, Lise –Lise !-, puis un second médecin, déjà moins louche que le premier, moi –dont les oreilles saignaient. Je renvoyai le sourire à Madame, même si j’aurais préféré qu’elle taise mes petitsproblèmes conjugaux antérieurs. Je tournai la tête vers ma gauche et regardai l’anglais au nom douteux, puis Anne-Marie termina avec un dernier individu qui paraissait aussi douteux que tous les autres.

J’entrouvris les lèvres pour questionner l’hôtesse mais me retint. J’allais prendre sur-même mes craintes et rester sagement assise à ma place, ne demandant pas à Madame de revoir les places. Je fus interpelé par la question du jeune homme à mes côtés. S’adresser à des gens de notre volonté ? Il me plairait énormément de communiquer avec ma chère mère, dont le décès m’affectait encore aujourd’hui. Cependant, entrer en contact avec elle irait à l’encontre de ses enseignements et, même si elle n’avait pas été une personne susceptible ou fondamentalement mauvaise, elle ne se montrerait sans doute pas… Si les esprits pouvaient le faire, bien entendu. Je remarquai à ce moment que la traine de ma robe avait glissé jusqu’à l’auteur et la ramenai d’un coup de poignet pour ma presser contre ma chaise. Je m’adressai ensuite à l’asiatique « …Sinon quoi ? » J’articulai mes lettres, nos accents respectifs pouvant poser des barrières de langage. Je le fixai, d’une façon ben sérieuse, nullement apeurée. Je craignais les hommes vivants, s’il fallait que je sois effarée par ceux qui étaient morts également… !
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Lise Champmézières
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Mar 6 Nov - 7:22

Lise avait-elle l’esprit particulièrement mal tourné, ou bien les propos de La Forestière étaient-ils vraiment déplacés ?

S’étant assise comme les autres, Lise en était à ce stade de la réflexion (activité(s) ayant pu retenir deux fiancés et faire mourir deux époux d’épuisement ?) quand le « plus motivé que compétent » tomba, et elle se contenta de suivre, incrédule, la série de piques lancées par la maîtresse des lieux. Elle était odieuse, tout simplement. Ah, elle avait bien caché son jeu lorsqu’elle était venue à la Maison de Couture, lorsqu’elle cherchait le moyen de se procurer la statuette ! Quel plaisir pouvait trouver son cercle à venir se faire insulter auprès d’elle ? Sans doute, comme à la cour des rois, les courtisans courbaient-ils l’échine pour plaire ; peut-être même en retiraient-ils un plaisir malsain… Une légère crispation des mâchoires fut la seule marque extérieure de sa désapprobation bouillonnante.

Tandis que son voisin de gauche, prétendument timide mais à coup sûr naïf, posait sa question, Lise jeta un coup d’œil à l’étiquette de son voisin de droite. Ramoneur. Drôle de prénom. Ramon... Ramoneur ? Le regard intrigué de la couturière remonta sur l’homme que La Forestière n’avait pas daigné nommer. Un ramoneur, était-ce possible… ! Mais que venait-il faire là ? Madame Forestier avait peut-être réussi à faire fuir tous ses amis, finalement, pour devoir inviter sa couturière et son ramoneur à une petite séance privée ! Amusée par cette idée, et liée par une secrète solidarité à son voisin, elle lui sourit. Son œil expert devina que le jeune homme avait pris un soin particulier (et maladroit) à sa toilette. C’était touchant. Lise espérait sincèrement que La Forestière ne le malmènerait pas trop.

« Vous y croyez, vous, à toutes ces histoires ? » lui demanda-t-elle dans un murmure, de manière à ce que seul le ramoneur pût l’entendre.
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Prosper Turnipfield
Un air d'hydrocéphale asperge...
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Mar 6 Nov - 8:49

Finalement, la maîtresse de maison fit son arrivée peu après celle de Prosper. Et comme à son habitude, elle fit en sorte d'attirer tous les regards sur elle en théâtralisant son apparition. En tant qu'auteur, le jeune homme ne pouvait qu'apprécier sa prestation. Il devait se rendre à l'évidence : à Paris, les meilleurs comédiens - et comédiennes – ne jouaient pas sur les scènes des théâtres.

La Forestière remercia tout le monde de sa venue (mais qui aurait osé refuser?) et s'empressa de présenter tous les convives un par un, non sans glisser une petite remarque ironique presque à chaque fois. Premier enseignement pour Prosper, avec elle, les absents avaient toujours tort. Elle ne se gêna pas pour divulguer des petits secrets sur la vie personnelle de ceux qui n'avaient pas eu le bon goût d'arriver à l'heure, y compris Ulysse.

Ainsi, Prosper put connaître l'identité des autres invités. L'homme repoussant était effectivement un étranger qui venait de l'autre bout de la Terre. Et même s'il parlait le petit-nègre (ou le petit-jaune?), son importance lors de la soirée était primordiale. Le jeune auteur haussa les épaules, il ferait avec. Les autres n'avaient que peu d'intérêt pour lui. Le seul qui aurait pu l'intéresser était absent. Il s'agissait du directeur de la Revue Mauve, qui avait démoli inexplicablement sa magnifique pièce de théâtre.

Enfin, quand vint son tour, Prosper inclina légèrement la tête, sans comprendre l'allusion qui était faite à travers l'évocation de sa mère. Il allait bientôt être temps de passer aux choses sérieuses et le jeune auteur sentit monter une légère excitation malgré son scepticisme qu'il partagea avec Catharina, sa voisine.

« Franchement... Vous pensez que c'est bien sérieux cette réunion ? On se croirait dans un roman d'écolier... »
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Octave Canard-Mauperché
Encore une victoire de canard !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Sam 10 Nov - 4:00


Il connaissait des trucs... ? Voilà un mot qui sonnait bizarrement, dans la bouche d'un étranger, a fortiori quand celui-ci ne savait pas prononcer le "r". Octave sourit poliment en hochant la tête, feignant le crédule. Au fond, si on allait par là, lui aussi connaissait des trucs - à la différence près que sa connaissance n'était que théorique et ne résultait que de ses lectures ; pour la pratique, il faudrait repasser.

- Je serais ravi de voir cela, Monsieur !

Puis il se tut pour assister à l'entrée remarquable et remarquée de leur hôte. Il l'observa attentivement, caché derrière son monocle, ponctua d'un signe de tête sa mention de la Présidente... Dire qu'Apolline était si douce à côté de cette mégère - ... mais aussi si naïve, hélas ! Danser ne vous mettait pas du plomb dans la cervelle. Entendant autour de lui quelques commentaires désobligeants, il eut une moue de mépris. Si ces gens-là venaient, c'était bien que cela les intriguait un peu tout de même, non ... ? Quant à lui, il fit un signe de dénégation et déclara juste, d'un ton posé :

- J'attends de savoir comment M. de Nersac va en user. Nous verrons bien, mais je serai immuable.

Mais il ne put s'empêcher de jeter un œil inquiet au carton d'invitation posé à côté du sien, espérant que Jules ne tarderait pas trop. Vu l'ambiance du lieu, Octave savait qu'il pourrait difficilement le défendre et puis... il ne souhaitait pas un autre ramoneur ou une vulgaire cuisinière comme voisin de table... !
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Antoine "Le Zozio" Viret
Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Sam 10 Nov - 23:22

En voilà un divertissement ravissant que cette entrée ! Mme Forestier était décidément à la hauteur de sa réputation ! En moins de dix minutes, elle avait réussi à imposer sa présence, rabaisser ses invités et les remettre sous son giron. Antoine l'aurait presque adorée pour cela si la Forestière n'était pas aussi odieuse et de si haute bourgeoisie. (il fallait choisir l'un ou l'autre, cumuler ainsi ces deux tares ne pouvait qu'apporter l'antipathie !)

Antoine s'attendait à passer la soirée entière sans que ces gentes personnes ne daignent lui adresser la parole, mais voilà que sa voisine lui posait une question ! De plus, il s'agissait de la fameuse couturière Champmézières. Il s'était toujours dit que si, un jour, il possédait suffisamment d'argent, il apporterait ses multiples déguisements à réparer entre ses mains expertes. ... Et peut-être réussirait-elle à rattraper les diverses tâches dû à l'humidité des Catacombes ?

Le ramoneur lui répondit sur le même ton de confidence pendant toute la durée de leur conversation :

"La seule chose que je crois, Madame, c'est que mon opinion sur ce sujet n'a que peu d'importance ici."

Il faillit partir d'un rire franc, se ravisa au vue de l'assemblée, et n'offrit qu'un sourire entendu.

"Après tout, ne suis-je pas qu'un simple substitut, qui s'est trouvé au bon endroit, au bon moment ? C'est cependant une occasion unique à saisir, quelque soit la raison d'être ici, et quoi qu'on doive endurer pour cela ! N'est-ce pas également votre cas, Madame "Statuette africaine" ?"

M.Viret adressa un sourire complice à sa voisine.

Pendant que les personnes devisaient autour de la table, l'ancien Zozio, lui, réfléchissait. Devait-il subir le reste de la soirée sans mot dire ? Ou pouvait-il se permettre quelques fantaisies et impertinences aujourd'hui, au risque que la Forestière ne lui fasse une réputation qui lui ferait perdre sa clientèle ?

... Au fond, il pouvait toujours reprendre une de ses perruques, changer de nom, et continuer son activité.

Le ramoneur murmura à la couturière, avec un grand sourire :

"Je crois que je peux réussir à faire déglutir de travers certains de ces messieurs-dames pour pas grand chose. Amusons-nous donc un peu !"

Antoine se leva, de manière à attirer ainsi l'attention sur lui.

"Veuillez m'excuser, mesdames, messieurs, mais je crains que le reste de la soirée ne soit difficile si vous ne pouvez me nommer, et puisque Madame Forestier ne semble pas me connaître, permettez-moi de me présenter. Antoine Viret, ramoneur du lundi au vendredi, à toutes heures du jour ou de la nuit, aujourd'hui connu sous l’appellation du treizième convive remplaçant de M.Holland ! A votre service !"

M.Viret inclina la tête, et se rassit. Peut-être, par cet acte, serait-il exclu sur le champ et remplacé par le premier vagabond qui passe ? Quelle ironie en soi !


Dernière édition par Antoine "Le Zozio" Viret le Lun 12 Nov - 23:30, édité 1 fois
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Jules Spéret
La perfection n'existe que dans mon miroir
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Dim 11 Nov - 21:29

L'éditeur n'était pas pressé. L'éditeur était plus que pressé. Depuis qu'il avait poussé le bouchon un peu trop loin, avec ses frasques en tous genres - la sortie avec Clarisse de Miomandre n'ayant jamais été que le point d'orgue d'une série d'imbécillités plus ou moins profondes, plus ou moins conséquentes et surtout, plus ou moins dangereuses pour son insertion dans le monde. Et l'éditeur avait enfin fini par le comprendre : il ne pouvait pas se permettre, et surtout pas dans l'état actuel de ses finances, de rompre avec la crème de la crème du milieu de l'avant-garde pour quelques pitreries. Il avait donc pris, après maintes disputes avec sa femme - qui avaient semblé finir par un consensus, ou du moins un couvre-feu convenable - et quelques méditations sur sa conduite, la bonne résolution de se montrer un peu plus sage.

Mais voilà, il était en retard. Et ce n'était pas du tout le moment d'être en retard. Voilà déjà un petit temps qu'il n'avait plus été invité chez la Forestière, cette invitation à une séance intime de spiritisme était pour lui une chance de remonter en grade et de redorer son blason... Il ne fallait surtout pas la laisser passer ! Il avait déjà quelques minutes de retard lorsqu'il se présenta à la porte et qu'on le fit entrer. Quelques rires de domestiques dans son dos lui firent bien comprendre qu'il était le dernier arrivé. Et zut ! Espérons qu'on ne lui en veuille pas trop...

De sa grâce de jeune quadragénaire encore énergique, le monsieur Spéret gravit l'escalier quatre à quatre - sans grand raffinement, pour le coup -, ne ralentissant la cadence qu'en arrivant près du salon où recevait la dame. Celle-ci venait à peine d'arriver : à l'oreille de l'éditeur résonaient les derniers sons de sa phrase. Il renoua sa cravate, vérifia l'ajustement de ses habits, entra enfin dans la salle. Certains regards se tournèrent vers lui, comme à l'habitude, mais il les soutint avec moins d'assurance qu'à l'ordinaire. Sauf celui d'Octave Canard-Mauperché, bien sûr. "Mesdames, Messieurs, bonsoir", déclara-t-il posément avant d'aller saluer sa belle hôtesse et de lui présenter ses excuses pour son retard.
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Armide
Caméléon psychopathe - Incarnation de l'Efficacité
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Dim 11 Nov - 21:40

Eugène Valmaison, médecin

L'entrée habituelle de la Forestière ne le surprit pas plus qu'à l'habitude, pas plus qu'il ne s'étonna de la voir sous-entendre de vilaines choses à propos de ses capacités médicales. Il avait l'habitude. Pas qu'on lui dise ça, que la Forestière dise ça. Pour sa part, se rendait compte ne pas connaître grand monde dans l'assemblée : les deux dames semblaient n'être jamais venues, les deux éditeurs étaient rarement invités, le ramoneur et l'Annamite ne le seraient jamais plus, le couple Lion était absent... restaient Floris, bien évidemment, qui continuait à se faire appeler par son prénom plutôt que par son nom ; la Forestière, encore plus évidemment ; M. Prosper Turnipfield, auteur qu'il avait à peine croisé deux ou trois fois... et le spirite, M. Eustache de Nersac, qui semblait fort occupé par la préparation de sa séance... Déjà, des conversations se formaient, quand Jules Spéret entra et salua l'assemblée. Le médecin lui rendit calmement son salut, l'éditeur étant assis à côté de lui, et jeta un oeil sur les chaises vides du couple Lion - Devaux. Espérons qu'ils arrivent, sans quoi la séance ne pouvait pas commencer...
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Absalom "Ulysse" Lion
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Sam 17 Nov - 1:34

Soupirs. Gros soupirs, alors qu’il se gratte le haut du crane sans grande conviction devant l’air complétement désolé et paniqué du cocher, l’essieu d’une des roues gauches gisant sans vie apparent sur la chaussée pavée. A croire que les esprits n’ont pas envie de le voir arriver jusqu’à cette fameuse séance de spiritisme. Oui, cette malchance, ajoutée à tout ce qui avait pu arriver dans la journée, en était surement le signe .Que croire, que ne pas croire. S’il y va, c’est d’abord parce que c’est enfin pour Evelyne une occasion de faire connaissance avec La Forestière et le milieu qu’elle fréquenterait à partir de maintenant. Il jette un regard sur l’ombre restée dans la voiture qui trépigne d’impatience à l’idée d’aller à cette fameuse séance. Que penser, qu’omettre. Les ombres, surtout une grande, bien noir, bien pâteuse de rouille l’enserre déjà sans séance de spiritisme alors, qu’allait donner ce mystérieux spectacle. Là tout était la question. Il n’avait pas eu le temps de renseigner. Il aurait dû. Grave erreur. Manque de temps. C’est que le mariage se profilait déjà maintenant de plus en plus en issus rapide. Il avait déjà fait trainer suffisamment cette affaire, il était maintenant temps de conclure. Regard réprobateur envers la jeune femme, destiné à la faire se calmer, un peu comme s’il grondait une enfant. C’est tout juste s’il ne sifflait entre ses lèvres pour montrer sa colère. Il ne devait pas. Le masque devait encore tenir pour Evelyne jusqu’au moins l’église. Peut-être plus. Surement pas de peu. Jusqu’au moment où elle serait confronté à sa belle-famille .Peut être sentirait elle l’ombre de ce beau père qu’elle ne connaitrait jamais planée sur l’ensemble de membres, conditionnant leur réactions. Absalom se mordit la lèvre avant de se montrer rassurant pour Mathurin qui semblait se triturer sa mémoire aguerrie et ses yeux verts écarquillés sur la cassure, lui demandant d’appeler un fiacre et de faire emmener la voiture à la réparation, ajoutant de ne pas hésiter à mettre le prix pour l’essieu soit réparé dans les plus brefs délais .Dernière instruction, venir les chercher avec une Clarence de secours chez quelqu’un de la famille , ne souhaitant pas imposer le Landau en plein hiver à la jeune femme. Il se retourne d’ailleurs vers elle

« L’essieu est brisé, Evelyne. Mathurin dit qu’en quinze ans de service, il n’a jamais vu une telle fracture. Je crains qu’il faille continuer en fiacre si nous ne voulions pas arriver plus en retard. Je pense qu’on nous attend pour commencer. Mettons cela sur le compte de la malchance, comme l’accroc sur votre nouvelle robe ou le verre cassé de tout à l’heure. Vous devriez rajuster votre châle, il ne fait pas chaud ici. »

Il lui tend le bras pour l’aider à descendre, un fiacre s’arrêtant par chance très vite, les emmenant à l’hôtel particulier, court voyage durant lequel il s’attache à chasser les nuages noirs et grisâtres de son esprit, paraissant inquiet devant elle. Son rapport à la mort avait toujours été suffisamment proche, connu. Un être disparait de votre quotidien, un frère, une sœur, une mère , une demi sœur, un demi-frère, une seconde mère , un père … Mais l’idée qu’ils puissent revenir , comme ça , sur demande …. Cela ne lui plaisait vraiment. Son poing se sert, mal à l’aise. Il a besoin d’un masque, vite. D’autant plus que le fiacre s’arrête déjà devant le bâtiment imposant. Il se redresse lentement, payant le fiacre avant d’aider Eve dans sa descente, entrant posément à l’intérieur, se faisant accueillir par la domestique , déposant manteau et chapeau .Il prend un peu d’avance , passant dans la salle où un débat semblait prendre l’assistance

« Cet homme n’a pas tort, après tout. Que serait la vie sans amusement. Je vous prie de nous excuser, un problème de voiture nous a retenu quelque peu, l’essieu semblait ne pas vouloir faire en sorte que nous nous joignions à vous. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Ulysse Lion. Ma fiancée devrait paraitre d’ici peu. »

Il salue discrètement mais amicalement Prosper d’un signe de tête , un autre adressé plus respectueusement que possible à La Forestière , passant sa main dans le dos d’Evelyne quand celle-ci parait avant de se diriger vers leur place .
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Anne-Marie Forestier
Crème aux champignons
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Ven 28 Déc - 10:34

La vagues de murmures qui passa parmi les invités juste après sa petite présentation confirma qu’elle avait réussi son entrée en scène. Voici un début de séance qui s’annonçait très bien. Et les réactions qui suivirent lui firent encore un peu plus plaisir.

D’abord ce cher Zhun qui vint ajouter un peu plus de suspens à sa dernière affirmation. Ceci ne ferait que lui donner un peu plus de crédibilité. Peut être parviendrait-il mieux qu’elle à convaincre les gens de son milieu social du sérieux de cette entreprise car elle lisait sur certains visages un certain scepticisme.

Vint ensuite la réaction de Floris Dallo. Et bien, elle ne s’attendait pas à entendre sa voix dès le début de cette séance. Voici une très bonne surprise, même si la question même n’avait que peu d'intérêt. Elle ne savait même pas s’il arriveraient à invoquer un esprit alors en appeler un en particulier, alors promettre plus serait bien prétencieux... Mais soit, elle afficha un sourire qu’elle voulait agréable mais qui ne pouvait cachait une certaine moquerie et répondit :

« Vous me voyez ravie d’un tel enthousiasme. Monsieur de Nersac mènera cette séance, je pense que les esprits dépendront plus sa volonté que de la votre.»

Elle se tourna vers Eustache pour vérifier qu’il confirmait ses propos. Cependant, il ne servait à rien de s’attarder sur le sujet. Et,Il ne fallait pas en aucun cas mettre en doute la crédibilité de cette séance. Moins elle en dirait, mieux ce serait pour la suite.

Puis, arriva une remarque rapide d’Octave mais qui soulevait un point intéressant :

«J’ai aussi hâte que vous.»

Non, elle ne remettait pas en cause les capacités d’Eustache, enfin qu’un peu, mais c’était beaucoup plus pour lui rappeler que si quelque chose allait mal cela retomberait sans doute sur lui ! Mais, dans un élan de sympathie elle ajouta :

« Mais notre cher ami maitrise parfaitement ce domaine.»


Et puis l’intervention extraordinaire du ramoneur sur qui elle put mettre un nom, Antoine Viret, donc. A ce moment, la Forestière fut rassurée quand à l’invitation qu’elle avait lancé à ce jeune homme. Elle le fixa un long moment, ne sachant si elle devait l'applaudir pour avoir oser se présenter à ce petit groupe et d’autant plus devant elle ou bien le sermonner en lui demandant de se taire pour la suite, car après tout, devait-elle autoriser une personne de son genre à parler d’égal à égal avec les autres de ce cercle ? Elle le fixa dans les yeux, cherchant à savoir si c’était une intelligence ou au contraire une inconscience qui l’avait poussée à se lever et à parler. Après cet instant de suspens, elle choisit de ne rien faire. Laissons lui le bénéfice du doute, après tout. Ce ne serait sûrement pas la personne la plus difficile à renvoyer s’il posait plus de soucis à l’avenir. Et puis, cela ferait un bous émissaire de plus s’il commettait trop d’erreurs.

Et bientôt apparut Jules Spéret avec son élégance habituel, peut-être un brin moins assuré qu’à l’ordinaire. La Forestière lui adressa un sourire amusé. Dommage, il n’avait pas entendu sa remarque de plus tôt, mais elle y reviendrait. Il vient lui présenter ses excuses et d’un geste gracieux, elle lui indiqua la place où il devait s’installer.

«Bienvenue parmi nous. Vous n’êtes pas le dernier, votre retard est donc pardonné.»

Il fut très vite suivi du couple tant attendu. Ulysse, tout aussi charismatique que son prédécesseur annonça les raisons de son retard. La Forestière fut aussi très ravie de le voir :

« Ainsi ce n’est qu’un problème de voiture. Vous m’en voyez rassurée.»


Un nouveau regard amusé apparut sur son visage lorsque Evelyne arriva à son tour.

« Et bien installez-vous. Cela était peu convenable que les deux des trois places vides appartiennent à ceux de mon Cénacle. Quelle image me faites vous ?»


Elle ponctua cette remarqua d’un rire franc, c’était plus une moquerie qu’un réel reproche.

« Nous pouvons donc entrer dans le vif du sujet maintenant que chacun à sa place autour de cette table.»

Elle se tourna alors vers Eustache avec un grand sourire :

«Vous laisse donc la parole cher ami.»
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Eustache de Nersac
Mage d'Épinal
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Mar 8 Jan - 6:15

Le grand moment venait d'arriver. Ils étaient au complet. Treize à table. Aux yeux de beaucoup de gens, ça pouvait être considéré comme un signe de malheur... et après tout, n'était-on pas placé sous le signe de la superstition, en cette réunion ?

Le spirite, qui s'était bien efforcé, pendant tout le début de cette réunion mondaine, de concentrer au mieux ses forces vitales et de réunir tout son potentiel afin de créer la plus belle des apparitions - enfin, soyons modeste, disons juste des manifestations... -, se redressa alors de toute sa hauteur, regardant l'assemblée de ses gros yeux inquiétants.

"Mesdames... Messieurs..." Signe de tête alentour en guise de salut. "Permettez-moi d'abord de remercier Mme Forestier de nous accorder cette occasion d'entrer en contact avec les forces de l'au-delà." Un temps. "Ce que nous allons faire n'est pas dénué de danger. Néanmoins, si vous respectez les quelques préceptes que je vais vous donner, il ne vous arrivera rien." Frémissement palpable dans l'assemblée. Lui-même tâchait de ne pas montrer le moindre signe d'appréhension.

"Asseyez-vous solidement dans votre chaise, les deux pieds à plat sur le sol, les mains posées la paume sur la table. Comme ceci." Et Eustache de Nersac montra l'exemple en s'asseyant, bien droit, sur sa chaise, comme il l'avait demandé. "Il faut que vos deux pouces se touchent. Écartez au possible, mais sans vous blesser, les doigts, de manière à ce que vos auriculaires touchent ceux de vos voisins. Nous formerons ainsi une chaîne, ce qui nous permettra de nous transmettre nos énergies."

Il laissa passer un moment encore avant de reprendre son explication.

"Maintenant, fermez les yeux. Concentrez-vous. Vous allez entrer en contact avec l'Autre Monde. Ne pensez pas à vos proches décédés, ne les priez pas de venir : vous n'avez aucun pouvoir sur eux. Ce sont Eux qui décident de se manifester. Il est tout à fait possible que nous entrions en contact avec un inconnu. Respirez profondément... calmement... détendez-vous..."

Lui-même très détendu, parlant d'une voix étonnament douce et grave pour un homme de cette carrure et de cette carrière, il attendait que l'assemblée atteigne l'état désiré...
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Octave Canard-Mauperché
Encore une victoire de canard !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Lun 14 Jan - 22:58

M. Canard-Mauperché écouta gravement les recommandations de M. de Nersac. Cependant, son esprit n'était pas tout à fait là, et il ne pouvait s'empêcher de songer à sa chère Raymonde, qu'il avait laissée seule à la maison. Il avait privilégié cette soirée à une réception à laquelle son épouse souhaitait se rendre et, pour être honnête, craignait de le regretter. Parce qu'elle lui en voudrait, peut-être, mais aussi parce que la soirée lui semblait un peu hasardeuse. Cependant, en sa qualité d'éditeur de mysticismes et autres curiosa, il se devait de montrer l'exemple, n'est-ce pas ? Ponctuant son installation d'un "Bon, bah ..." de la meilleure éloquence (n'est-ce pas ?), il se plaça comme M. de Nersac avait montré et écarté ses petites mains courtaudes autant qu'il était possible. Il jeta un regard un peu sceptique à Jules, uniquement à lui, et laissa échaper un " C'est parti, alors ", lui aussi du meilleur effet. Puis il guetta autour de lui, rechignant à fermer les yeux en premier, et quand autour de lui, on fut installé aussi, il respira, profondément ... Difficile pourtant de se concentrer. Raymonde obsédait ses pensées bien plus que les âmes de l'au-delà, hélas !
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Lise Champmézières
Elle court, elle court, la cousette !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    Mar 15 Jan - 9:48

Ce ramoneur était loin d’être stupide. Oui, bien loin. Il s’exprimait avec aisance, il avait du courage et de l’esprit. Lise avait suivi son acte de bravoure avec un œil mi-amusé, mi-admiratif. Antoine Viret. Ce nom-là, elle se promit de s’en souvenir.

Les retardataires s’installèrent, y compris les fiancés sur lesquels avaient couru ces affreux sous-entendus de La Forestière. Bien. On entrait, comme le souligna l’hôtesse, dans le vif du sujet. Malgré elle, Lise se sentit gagnée par une curiosité fébrile. Voire, fallait-il l’avouer, par une légère angoisse. C’est que le Capitaine Dumont avait du talent pour semer une drôle d’atmosphère, dans cette pénombre ! Docilement, Lise adopta la posture indiquée. Elle jeta un coup d’œil à Catharina, puis à son voisin de gauche, puis au ramoneur auquel elle souffla un « Bonne chance ! » qu’elle eût été incapable de justifier.

Elle posa ses doigts fins, écartés, sur la table, attendant que les auriculaires de ses compagnons spirites viennent les rejoindre. Elle comprenait, maintenant, pourquoi ils étaient si serrés autour de la table. Transmettre nos énergies… Bien… Avait-elle vraiment envie de recevoir les énergies de ces douze olibrius ? Pas sûr, pas sûr… Elle ferma les yeux à contrecœur. Concentrez-vous… Bon… Essayons… Mais sur quoi ? Espérons qu’il ne fallait pas faire le vide dans sa tête ; c’eût été peine perdue pour Lise. Ne pas penser à Edmond. Aïe, trop tard. C’était malin, aussi, de demander de ne pas penser à ses proches décédés ! N’était-ce pas le meilleur moyen pour qu’ils y pensent ? Ne pas penser à Edmond. Bon. Edmond, si vous pouviez ne pas vous manifester, cela me soulagerait. Vraiment !
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MessageSujet: Re: [Petit scénario] Mot d’esprit, es-tu là ?    

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