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 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)

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Louison Delorme
Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants, dans tes jupons remplis de parfums.
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MessageSujet: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Ven 5 Oct - 11:03

Enfoncée au fond d'un fauteuil, dans un coin du salon de la Reine Blanche, les jambes négligemment croisées, je parcours lentement les pages du petit cahier dans lequel je note les principaux événements de ma vie. J'ai commencé à rédiger celui-ci à mon arrivée à Paris, en mars 1895, en cachette d'Arthur. Dès le départ ce fut mon jardin secret bien qu'à l'époque je ne me sois pas méfiée de celui qui m'avait attirée dans la capitale. Et en feuilletant les pages je refais pas à pas le cheminement de ma vie de petite de bourgeoise jusqu'ici, à la maison close où je passe maintenant l'essentiel d emes journées. D'abord l'éblouissement de la provinciale qui découvre les monuments et l'agitation de la vie parisienne, puis les doutes qui m'assaillent sur la réelle personnalité d'Arthur, les petits larcins qu'il m'oblige à faire et puis le jour où il m'a présentée à la patronne de la Reine Blanche. Il y a près d'un an que j'ai dû m'occuper de mon premier client. Le seul fait d'y repenser m'a longtemps troublée. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

En feuilletant le cahier je tombe sur la page relative à ce jour de juin 1896 où j'ai pu sortir et mettre pour la première fois les pieds aux Folies Bergères. Je revois encore cet étrange personnage, Jean de Fréneuse. Et j'éprouve une certaine nostalgie en repensant à cet homme, avec ses difficultés à marcher, sa canne, son calme imperturbable, son caractère attachant. D'autres que lui n'auraient pas supporté mes frasques ce soir-là, la façon dont je me suis exhibée en m'attirant les foudres du directeur des Folies.

Il y a un moment que je n'ai plus pensé à lui. Il faut dire qu'il y a huit mois que je ne l'ai lus vu, que je n'ai lus aucune nouvelle. Je n'en aurais sans doute jamais plu et soudain je ressens une curieuse sensation, un pincement au coeur qui m'étreint. Oui, nous sommes maintenant en février 1897, huit mois après cette soirée qui me marqua et tant d'eau a coulé sous les ponts de Paris. Après deux fausses alertes, il y a deux mois j'ai fini par me trouver au pied du mur. Je n'avais rien dit à personne, sauf à Lola, une fille arrivée dans l'établissement deux ou trois mois après moi et avec laquelle j'ai vite sympathisé. Je me suis débrouillée pour aller chercher dans les bas-fonds de la ville celle qui m'aida à "faire passer" cet ennui passager. J'avais souffert mille maux, perdant beaucoup de sang après que la femme, avorteuse bien connue, m'eut soulagée de l'encmbrant cadeau que m'avait laissé un de mes clients. J'y avais laissé les quelques économies que j'avis pu mettre de côté.

L'hiver de cette année 1897 était encore bien présent. Et je n'étais pas sortie depuis cette escapade où j'étais partie à la recherche de cette femme, mi rebouteuse, mi sage-femme, sans diplome mais bien utile pour des filles comme moi. En fait j'étais sortie quelques fois pour la traditionnelle visite médicale qui pour nous est obligatoire. L'espoir d'une autre vie, ce fol espoir qui m'était resté chevillé au corps pendant de si longs moisa maintenant complètement disparu. Je sais bien que jamais la patronne ni Arthur ne me laisseront partir ou alors il faudrait y mettre le prix. Je suis trop appréciée de la clientèle pour qu'ils perdent pareille rente. Et moi je n'ai pas d'argent.

Feuilleter ce cahier m'a rappelé de vieux souvenirs, huit mois c'est tellement lointain ... L'image de Jean se rappelle à ma mémoire. Et les souvenirs de cette étonnante soirée par la même occasion. Je me revois à la sortie des Folies Bergères, alors que je venais de lui lancer quelques noms de lieux bien connus des Parisiens amateurs de frissons nocturnes mais que je n'avais bien entendu jamais fréquentés. Je l'avais fait sans imaginer qu'il y ait un écho à cette demande. Et pourtant ... une fois dehors Jean de Fréneuse m'avait fait cette divine surprise de m'emmener là où je n'aurais jamais imaginé aller. Ce fut une soirée inoubliable et excitante avant qu'il ne me ramène à la Reine blanche. C'était il y a huit mois et depuis je ne l'ai plus revu. Mes dogts feuillettent le cahier, revenant en arrière sur ces épisodes qui reviennent aussitôt à ma mémoire ...
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mar 9 Oct - 3:04

En huit mois, il pouvait se passer tellement de choses ... Jean avait presque oublié cette étrange soirée aux Folies Bergère puis au Chat Noir avec une des filles de la Reine Blanche - ou, pour être plus exact, il se flattait de l'avoir presque oublié ... tout en évitant Lle bordel et ses pensionnaires avec un zèle assez suspect. En vérité, quelque chose lui traînait en tête. Au début, il n'avait pas vraiment réfléchi, en homme du monde qu'il était, aux conséquences du discours que lui avait tenu le patron du cabaret puis quand il y avait songé, cela lui sembla trop tard ... Parallèlement, Jean de Fréneuse commença à se ranger. Il sortit davantage rive droite, mit plus fréquemment l'habit, et commença à se chercher une épouse. Il rechignait pourtant à côtoyer les vieux barbons qui s'enlisaient en maison close ... Mais finalement, au bout de huit mois, un soir qu'il ne savait que faire, ennuyé déjà par les programmes des théâtres, par le froid ambiant et les mélancolies de ses amis Kérante et Vallonges, qui avaient eu l'excellente idée de rompre en même temps avec leurs maîtresses respectives - sans oser, simplement, les échanger comme il leur avait conseillé - il prit le chemin de la Reine Blanche, soudain déterminé. La soirée commençait à peine. Sans dépasser le hall, il prit quelques arrangements avec la sous-maquasse, lui remit une somme rondelette et partit attendre à L'Oeil d'Eboli, en buvant du thé bizarre ...

~ * ~

Bientôt, on alla chercher Louison en lui présentant une robe étrange, indécemment près du corps.

- Mettez-ça, relevez vos cheveux en un chignon très serré et tracez-vous un trait sur les yeux. En un mot, déguisez-vous en chinoise. Dépêchez-vous, on a peu de temps.

On la laissa s'affairer, en lui expliquant qu'un grand Monsieur avait donné une forte somme pour l'avoir hors de la Maison. Cependant, on fut assez réticent à révéler l'endroit où elle allait être conduite. La sous-maquasse finit enfin par dire :

- On vous emmène à L'Oeil d'Eboli, un fumoir d'opium bien connu. Mais gardez toujours la tête froide, c'est un bon conseil que je vous donne ...

Et son regard laissait entendre que ce n'était pas là une règle absurde, pour une fois ... On la conduisit, accompagnée d'une des bonnes de l'établissement, dans un fiacre aux stores baissés qui fendit la nuit, à tombeau ouvert. La bonne la mena jusqu'à l'intérieur d'une petite boutique à la porte rouge, fort sombre en apparence. On ne distinguait que le comptoir depuis l'entrée, le mystère de l'établissement était préservé par des paravents peints de monstres naïfs, disposés un peu partout. L'odeur, lourde et capiteuse, pouvait suffire à tourner la tête d'un non-habitué. La bonne chuchota quelques mots à l'homme qui se tenait là, assis en tailleur sur sa chaise. Il scrutait Louison d'un drôle d'air, ses yeux brulant d'un étrange feu intérieur ... Puis il hocha la tête, et indiqua le fond de la boutique. On la mena dans une des alcôves, et dans la pénombre, parmi les fumeroles, elle vit ... Elle ne vit que Jean de Fréneuse, affalé là, encore lucide, qui lui adressait un sourire satisfait.

- Vous avez eu peur ? Venez à côté de moi et installez-vous bien ! Vous faites une bien piètre chinoise !

Était-ce une façon de répondre à son désir, huit mois trop tard ... ?

Citation :
Et voilà ! Et si ça te va, je propose qu'on bouge le sujet à L'Oeil d'Eboli vu que la majorité du RP va se dérouler là. Zhûn risquera peut-être d'intervenir dans le sujet, ça ne te dérange pas ? ^^
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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mer 10 Oct - 10:49

Je m'attardais sur ces pages vieilles de quelques mois et les souvenirs remontaient à ma mémoire. Je n'avais jamais totalement oublié Jean de Fréneuse et pourtant je doutais le revoir un jour. Je ne savais pas si je devais le regretter ou au contraire être soulagée car à quoi cela servirait-il que je me fasse des illusions. Je resterais pendant de longues années à la Reine Blanche, travaillant pour la maquerelle des lieux, jusqu'à ce que je n'intéresse plus les hommes ou que j'attrape quelque maladie infamante. Et je ne savais pas comment aurait pu tourner une relation plus suivie avec un homme comme Jean. J'aurais sans doute honte qu'il ne voit en moi qu'une prostituée.

Perdue dans mes souvenirs j'entendis des pas qui s'approchaient et je levais la tête pour apercevoir Jeanne, la sous-maquasse, qui gérait au mieux les affaires de la maison. Elle avait toujours vécu dans ce milieu et, venant d'un milieu populaire, j'avais plus d'une fois subi ses humiliations. Je me trompais peut-être mais il me semblait qu'elle y prenait un malin plaisir, connaissant mes origines provinciales et bourgeoises. Elle me demanda de la suivre et nous retrouvames dans une pièce où se trouvaient plusieurs filles qui jacassaient. On m'enleva les vêtements que je portais pour me tendre une robe comme je n'en avais jamais porté. Une fois enfilée, j'avais la sensation qu'elle épousait les formes de mon corps, faisant ressortir chacune d'elles. On finit par m'expliquer que je devais ressembler à une chinoise et pour y arriver me faire un chignon, entourer mes yeux d'un trait fin et allongé. Je ne comprenais rien à ce que l'on me faisait faire jusqu'à ce que, une fois prête, Jeanne m'annonce que j'allais être amenée à l'Oeil d'Eboli, me parlant de fumoir, d'opium, me conseillant de garder la tête froide. Il y avait dans tout cela un petit parfum d'exotisme et d'inconnu qui m'attirait. Les circonstances étaient étranges. Quelques minutes plus tôt je rêvais en me rappelant cette soirée qui avait suivi mon escapade aux Folies Bergères, soirée au cours de laquelle Jean n'avait pas voulu me faire découvrir l'Oeil d'Eboli. Et voilà que j'allais être conduite dans ce lieu de perdition pour y retrouver un homme qui avait payé très cher pour m'y faire venir. Jeanne avait beau me conseiller de "garder la tête froide" je me demandais si l'idée que je cède aux tentations du lieu ne la réjouissait pas.

C'est un fiacre qui me conduisit à travers les rues de la capitale jusqu'au fumoir. Une des servantes qui oeuvraient à la Reine Blanche m'amena sur les lieus. Elle avait pour consigne certainement de s'assurer que la marchandise était livrée au riche client qui avait payé d'avance. Quand je franchis la porte, l'odeur qui envahissait les lieux me surprit. Je n'en avais jamais senti de pareilles. Au début je fus quelque peu écoeurée, la tête me tournant puis je m'y habituais et la trouvait plutôt agréable et envoutante. On me mena jusqu'à une alcove où était installé un homme. Je le reconnus, d'abord sa silhouette qui se dessinait parmi les fumerolles, puis j'aperçus plus distinctement son visage.

Je me détendis un peu en le voyant. Il m'adressa un sourire et m'invita à m'approcher, se moquant quelque peu de mon acoutrement. Pourtant je sentis son regard se poser sur moi et j'eus soudain la sensation d'être presque nue devant lui. Je fis quelques courbettes et vint m'assoir à ses côtés. Il y avait près de lui une petite table noire sur laquelle étaient posés plusieurs instruments, une sorte de pipe, un objet que je pris d'abord pour une lampe mais dont je vis quelques petites fumées s'échapper m'indiquant qu'il s'agissait d'autre chose sans que je sache quoi, un petit récipinet rempli d'une sorte de poudre, des cuillers et d'autres petites babioles. Tout cela m'était totalement inconnu et me laissait perplexe. Je finis par m'adresser à Jean

"Vous me préférez en chinoise ou en danseuse un peu leste .... les deux ont une part d'indécence qui ne vous déplait point semble-t-il."

Je ne savais point ce qu'il attendait exactement de moi mais je n'allais pas tarder à le savoir. Curieusement malgré cette part d'inconnu et de mystère, malgré l'étonnant décor des lieux avec des paravents aux décors inquiétants et aux couleurs sombres, je n'éprouvais ni appréhension ni gêne en sa compagnie. Je voyais les yeux de Jean qui brillaient, d'étranges lueurs qui se dessinaient et lui donnaient un air par moment absent. J'attendais qu'il me dise ce qu'il souhaitait de moi. J'étais prête à me laisser guider sur des voies connues ou moins connues, selon son inspiration.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Sam 13 Oct - 1:14

Jean observa les yeux de Louison se promener sur l'attirail que l'on avait déjà déposé sur la table. Par un singulier orgueil - et pour ne plus avoir à attendre la disponibilité des employés en cas d'affluence - il avait appris à confectionner lui-même les pipes d'opium : c'était sa petite fierté de bohème. A son tour, il jeta un oeil aux objets étalés sur la table, où brillaient l'envie d'en finir, la tentation ... Puis il se ravisa. Il n'était point temps de pérorer ou quoi que ce soit 'autre ... Qu'il dise ce qu'il avait à dire, et puis après ... Tout c'qu'on voudra !

- Mes goûts importent peu ce soir, ce sont de ceux du directeurs de Folies dont je viens vous parler. Vous vous souvenez de ce que vous aviez fait, ce soir-là, au cabaret ? Lui, je crois qu'il s'en souvient ...

Il déglutit. A vrai dire, il avait tellement traîné qu'il était difficile de savoir si l'offre tenait toujours. Mais il se serait acquitté du message.

- Il veut vous racheter, il peut mettre un bon prix. Vous deviendriez danseuse du ventre, dans le cabinet privé du cabaret. Il trouve que vous ressemblez à une kabyle. - à ces mots, il eut un sourire ironique - Vous auriez de quoi prendre une petite chambre quelque part, et après ... Faudrait voir si ça marche. C'est pas vraiment différent qu'votre ancien métier, mais la vie est pas la même.

Et, d'un air gouailleur, qui trahissait plus que tout le reste un sérieux qui ne s'avoue pas, Jean demanda :

- Qu'est-ce que ça vous inspire ?

Son regard fuit un instant pour se poser sur le patron qui mangeait, avec des baguettes, un bol de riz - vraisemblablement. Dans l'attente d'une réponse, pris d'un caprice, il demanda la même chose.
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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Dim 14 Oct - 2:07

Décidément cet homme avait le don de me surprendre, de partir dans une direction où je ne l'attendais point. Je l'avais vu agacé par mon comportement indécent lors de notre première rencontre aux Folies Bergères et pourtant il m'avait ensuite entraînée dans une soirée étonnante dans des lieux que je n'imaginais pas. Il m'avait en quelque sorte couvée, prise sous son aile avant de me ramener à la Reine Blanche. C'était il y a huit mois maintenant et ensuite il avait disparu de mon horizon. Et voilà que maintenant il avait fait en sorte, en payant cher semble-t-il, que je fusse déguisée en chinoise pour être conduite dans cet endroit, ce fumoir, l'oeil d'Eboli, tenu par un chinois. Et je ne savais toujours pas ce qu'il voulait réellement. Devant lui s'étalaient des objets dont je devinais l'usage, certaines des filles que je cotoyais tous les jours avaient goûté ce genre d'expériences et m'en avaient décrites les sensations éprouvées avec force détails. Elles avaient évoqué les nausées du début qui les avaient d'abord rebutées puis l'euphorie ressentie et l'apaisement, l'oubli de leur vie peu reluisante. J'étais certaine, à l'observer avec ses yeux brûlants, son visage étonnament souriant dans cette atmosphère aux parfums inconnus, que Jean avait utilisé tout cet appareillage avant que je n'arrive.

Il me surprit donc une fois de plus en me déclarant que ses goûts n'étaient pas le sujet. Pourquoi donc avait-il demandé que je sois ainsi atiffée ? Et, de suite, il enchaîna sur une proposition qui me laissa sans voix. Le directeur des Folies, celui-là même qui m'avait fermement réprimandée, voulant me chasser de son établissement ce que Jean avait évité en prenant ma défense, le directeur des Folies donc voulait me racheter pour que je devienne "danseuse du ventre" dans le "cabinet privé de son cabaret". Je regardais mon interlocuteur, cherchant à bien comprendre ce qu'il me disait, à en mesurer toutes les implications. Il paraitrait que je ressemblerais à une kabyle. Ce mot évoquait des souvenirs en moi. Je fis appel à ma mémoire, du temps où j'étudiais dans ma province natale, où je lisais aussi car alors je lisais beaucoup. Quelques poèmes surgirent alors dans ma tête ...
"... Alors s'en vont en foule et sultans et sultanes,
Pyramides, palmiers, galères capitanes,
Et le tigre vorace et le chameau frugal,
Djinns au vol furieux, danses des bayadères,
L'arabe qui se penche au cou des dromadaires,
Et la fauve girafe au galop inégal..."

.. Victor Hugo et ses "Orientales" ...
ou encore ...
« sur l'escalier, en face de nous, la lumière l'entourant et se détachant sur le fond bleu du ciel, une femme debout, en pantalons roses, n'ayant autour du torse qu'une gaze d'un violet foncé […] Elle a sur le bras droit, tatouée, une ligne d'écritures bleues. »...« Elle s'enlève tantôt sur un pied, tantôt sur un autre, chose merveilleuse ; un pied restant à terre, l'autre se levant passe devant le tibia de celui-ci, le tout dans un saut léger. J'ai vu cette danse sur des vieux vases grecs. »
... Gustave Flaubert dont je me surpris à murmurer ces quelques phrases.

Fixant avec une certaine intensité les objetsposés sur la petite table, je finis par réagir à la question que Jean m'avait posée.

"Qu'est-ce que cela m'inspire ... d'abord quelques souvenirs fugaces de ce que je pouvais lire il y a quelques années ... mais sinon ... vous êtes sérieux ? vous croyez vraiment que quelqu'un voudra mettre de l'argent pour me sortir de la maison où je croupis aujourd'hui ? ... je n'ose y croire ..."
Je le regardais comme si j'étais incrédule et pourtant je ne pouvais imaginer que cet homme puisse se moquer de moi, me faire miroiter un horizon qui ne serait qu'un mirage ...

"vous me parlez d'une chambre ... de quelque chose de pas très différent de mon ancien métier ... cela veut dire que devrais faire commerce de mes charmes sans être dans une maison c'est cela ? ... les hommes m'apprécient et j'ai passé le temps de trouver cela honteux ... tout sera mieux que de rester au service de la maquerelle et de subir les violences de ce coquin d'Arthur ... après ... il faudra voir comment cela peut se faire mais je n'ose croire que le destin soit un peu moins dur avec moi ..."

Dès le moment où je l'avais vu, Jean m'était apparu comme quelqu'un qui pouvait m'aider à m'échapper à ce triste sort qui était le mien depuis de longs mois. Mais il y avait malgré tout quelque chose d'irréel au moins dans le scirocntsances où tout cela survenait.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Sam 20 Oct - 1:22

Jean de Fréneuse buvait son thé lentement, en écoutant distraitement son interlocutrice. Il ne put retenir une expression un peu perdue lorsqu'il l'entendit murmurer quelques passages de littérature. Il avait déjà soupçonné que cette prostituée était d'origine plus élevée qu'on ne pouvait croire, mais il oubliait vite ... Et puis ... Laisser lire à son enfant le Voyage en Orient de Flaubert ... Il ne fallait pas s'étonner qu'elle tournât mal ensuite ! Lorsqu'enfin elle réagit, après avoir digéré la nouvelle, et lui demanda de confirmer, il hocha doucement la tête. Dodelina, même, dans un mouvement qui s'éternisait, paresseusement ... Il cessa, cependant, lorsqu'elle parle de vendre ses charmes.

- Ce ne sera pas vraiment pareil. Je veux dire, ce sera concrètement la même chose, mais vous ne pourrez user de termes aussi grossiers pour le dire. Je déplore qu'on ne vous l'ait pas appris à la Reine blanche - bien qu'il n'y ait pas eu nécessité de le faire, puisqu'il n'était pas prévu que vous sortiez tout de suite ... Les mots, cela change tout. Vous plairez aux hommes, il vous arrivera, car vous êtes bien gentilles, de partager un verre ou un repas avec eux et, afin de vous encourager dans votre art, il vous donneront un peu d'argent ...

Il eut un geste évasif.

- C'est tout ce qu'il se passera, et vous serez criminelle d'en dire davantage hors des murs de votre cabaret ou de votre chambre.

Il se demanda alors, non sans amusement, s'il n'était point là en train de former une cocotte en devenir ...

- Pour le reste, je ne sais pas bien ce qu'il en sera. Le directeur viendra négocier avec la maquerelle, et on vous préviendra en temps voulu, j'imagine ... - Puis, faisant volte face, comme à son habitude - Mais avez-vous faim ? On ne m'a point encore apporté ce que je demandais, et je voudrais goûter la cuisine de ces gens-là avant de m'enfumer. Me suivrez-vous ?

L'idée n'était peut-être pas très bonne ... Mais il héla de nouveau, bien assuré de son bon droit et toujours obéissant à ses fantaisies.
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Zhûn
Je laisse aller, me laisse inhaler, Les vapeurs en dégradé ...
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Sam 20 Oct - 6:16


    La commande avait mis du temps à arriver non pas parce que le cuisinier avait du mal à officier, mais parce que Zhûn avait souhaité donner lui-même ses ordres. Il voulait voir comment ce cher Fréneuse allait se débrouiller et ce que la dame allait bien pouvoir dire, elle qui n'avait cessé de fixer du regard les bijoux du fumoir comme s'ils étaient des jouets.

    Portant avec délicatesse un plateau dont le fumet se distinguait malgré l'air opiacé, l'employé s'inclina devant Jean et Louison. Un employé, vraiment ? C'était Zhûn lui-même avec sa barbe pointue et son sourire d'idole orientale, curieuse et mettant mal à l'aise.

    — Excusez m'sieur. Voici vot'bol.


    Posant le récipient sur la table, Zhûn disposa les baguettes sur un côté, une minuscule soucoupe de l'autre. Le liquide qu'elle contenait dégageait une odeur de poisson.

    — Nuoc man. Sauce poisson pour... améliorer goût du riz.


    Reprenant son office, Zhûn posa une tasse de thé à l'attention de Lousion, qu'elle puisse elle aussi étancher sa soif.

    — Pour m'dame je vous propose Pho. Soupe de nouilles.

    En bon commerçant, Zhûn avait déjà amené le bol. Bien plus grand et profond que celui de Jean, il y avait presque de quoi manger pour deux. La soupe était brûlante, on en sentait la chaleur rien qu'en s'en approchant. Zhûn repartit après une dernière inclination du buste laissant les Occidentaux découvrir la cuisine du Vietnam.

    Spoiler:
     
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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Dim 21 Oct - 6:55

Les quelques bribes de lecture que j'avais récitées avec une voix assez basse m'étaient venues spontanément. Cela m'avait fait remonter le temps et j'en étais restée un instant comme sur un nuage. Je ne savais pas comment Jean avait pu interpréter ce passage, s'il ne s'était pas trouvé interloqué qu'une jeune fille ait eu ce genre de lecture, puisqu'à l'époque j'avais dix huit ans ou un peu moins. Cela avait peut-être contribué à ce que j'ai quelques idées d'émancipation et de découvertes des plaisirs de la chair. Mais je ne regrettais rien, sauf de m'être laissée embobiner par ce coquin d'Arthur.

Mon interlocuteur, fidèle à ce qu'il m'avait déjà montré aux Folies Bergères, dans cet épisode qui restait gravé dans ma mémoire, me fit de nouveau la leçon pour mon langage cette fois-ci. Décidément j'avais beaucoup à apprendre en sa compagnie. Il est vrai que mon éducation ne me prédisposait pas à prononcer le genre de mots que je venais d'utiliser. J'avais eu tort de parler ausi crûment de 'vendre mes charmes". Et Jean décrivit ce que pourrait être l'activité qu'envisageait pour moi le directeur des Folies Bergères avec des mots aussi élégants que lui ... "Vous plairez aux hommes, il vous arrivera, car vous êtes bien gentille, de partager un verre ou un repas avec eux et, afin de vous encourager dans votre art, il vous donneront un peu d'argent ...". Comme il venait de me le rappeler les mots pouvaient tout changer.

de nouveaux souvenirs de lecture me revinrent à l'esprit. Ils dataient encore de cette période cette période de l'adolescence en province, de ces lectures en cachette de mes parents. C'était une nouvelle de Monsieur de Maupassant, dont je ne me souviens plus trop comment j'avais pu m'en procurer le texte ... une nouvelle intitulée "Le Signe" ...
"Et je pris ma lunette de théâtre pour me rendre compte de son procédé. Oh!
il était bien simple: un coup d'oeil d'abord, puis un sourire, puis un tout
petit geste de tête qui voulait dire «Montez-vous?» Mais si léger, si
vague, si discret, qu'il fallait vraiment beaucoup de chic pour le réussir
comme elle
." Il s'agissait d'une dame de bonne naissance qui observait une fille et s'essayait à l'imiter ... "«Je commence donc à choisir. J'en voulais un qui fût bien, très bien. Tout à coup je vois venir un grand blond, très joli garçon. J'aime les blonds,
tu sais. «Je le regarde. Il me regarde. Je souris, il sourit; je fais le geste; oh!
à peine, à peine; il répond «oui» de la tête et le voilà qui entre, ma
chérie! Il entre par la grande porte de la maison.»


Cela paraissait si facile en effet. Et la liberté permet de s'affranchir de bien des conventions. Je m'imaginais pouvoir choisir mes clients hors du carcan de cette maison close dont les murs constituaient la plupart du temps mon seul horizon. Et qui sait ... si je pouvais devenir une de ces femmes entretenues qui fréquentent le joli monde dans cette ville si particulière qu'est Paris. Personne ne s'en offusque. Et cela ne me generait pas non plus. Jean, de son côté, après m'avoir mise en appétit par cette proposition, se montrait beaucoup moins bavard sur le sujet, se contentant de supposer que le directeur des Folies Bergères négocierait en temps utile avec ma patronne. Puis, aussi vite qu'il avait abordé cette question, il me demanda si j'avais faim.

Je fus quelque peu désarçonnée par ce changement de conversation. Je n'avais d'ailleurs pas imaginé qu'on servit à manger dans ce lieu. Je restais quelques instants comme transformée en statue muette. Et je vis arriver aussitôt un vieux chinois, je supposais que c'en était un bien que n'en ayant jamais vu. Il portait un plateau sur lequel reposaient deux bols fumants et une tasse à thé. Il posa un bol dveant Jean, le plus petit, un autre devant moi, le plus grand, ainsi que la tasse à thé. Avec maintes courbettes il expliqua que mon bol contenait une soupe de nouilles ... je n'avais aucune idée de ce que pouvait être ce genre de mets. Perplexe, je pris dans la main une des pipes que je manipulais machinalement tout en m'interrogeant sur le genre de nourriture qui se trouvait devant moi. Les yeux rivés sur la poudre que renfermaient les petits pots que j'avais vus sur la table en entrant, je remerciais le vieux chinois.

"Merci monsieur ... pour ces mets que vous venez d'amener. Tout cela a l'air fort appétissant ..."

J'allais peut-être un peu loin en disant cela mais je voulais me montrer bien élevée et puis .. j'avais un peu faim car il començait à se faire tard. Puis je me tournais vers Jean, un sourire aux lèvres.

"décidément Monsieur vous avez décidé de me surprendre ce soir ... et ... de me faire découvrir plein de choses ...y en aura-t-il d'autres ? ... j'aime découvrir ... "
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Lun 22 Oct - 23:22

En vérité, comme souvent lorsqu'il faisait le malin, sautant d'un sujet à l'autre tel un écureuil ivre de noisettes (la comparaison douteuse est le fait d'une autre), Jean était inquiet. Non de l'avenir de cette fille qu'il connaissait à peine, non de l'odeur rance qui émanait du bol de riz - quoique... - et pas même de son pitoyable avenir de bête à marier. C'était une simple inquiétude sourde qu'il charriait, à chaque instant du jour, quelque chose qui le poursuivait - ombre fugitive - et qui n'avait pas de sens ni de nom ; une sorte d'essoufflement poussé à son comble, une lassitude un peu amère, à "A quoi bon ?", un grand Zut ... N'importe quoi. C'était cela qui, paradoxalement, le rendait si léger, si prompt à passer à autre chose, sans s'attarder sur rien. Un philosophe allemand avait déclaré un jour que les Grecs étaient superficiels par profondeur ... Il sourit à la jeune femme, aimable - peu concerné.

- D'autres ? Hé bien, si vous le voulez, vous fumerez un peu avec moi ... Si vous me promettez de ne pas oublier le message que je vous ai fait parvenir, cela ferait de moi un piètre messager ... Mais goûtons tant que cela est chaud !

A vrai dire, il n'était pas peu fier d'avoir obtenu qu'on lui servît à manger dans un endroit où cela ne se faisait pas. C'était ridicule - inutile de le nier - mais cela l'amusait. Cependant, il déchanta bien vite ... Son riz collait et avait un goût amer-rance-bizarre trop prononcé. Il fit la grimace et commenta :

- Vous aurait-on mieux servie que moi ? C'est amer comme c'est pas possible, cette chose ... Vraiment, la cuisine asiatique me semble bien moins raffinée que la cuisine française - et c'est un amateur de pauvres brasseries qui vous le dit ! Ce petit bol de riz fait bien piètre figure à côté des plats en sauce que même nos plus pauvres confectionnent, parfois ... Vraiment, aucun légume, aucune viande ? Et cela se mange ainsi ? J'avoue être perplexe. Moi qui voyais l'Asie comme un endroit de grande civilisation ...

A vrai dire, il avait proféré cela avec légèreté, presque avec innocence - sans y accorder, tout du moins, la moindre importance. Mais qui sait ce qu'autour de lui on pourrait comprendre ... ?
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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mer 24 Oct - 10:10

J'étais vraiment troublée par le programme que me proposait Jean. C'était vraiment une soirée composée de situations toutes plus inédites les unes que les autres. Il m'avait d'abord faire sortir de l'antre du loup, la Reine Blanche d'où je sortais finalement assez peu, pour cela on m'avait affublée et grimée comme une chinoise, puis il m'avait laissé entrevoir une possible émancipation de la maquerelle. Je venais de mettre pour la première fois les pieds dans un fumoir, découvrir tout cet attirail qui servait, j'en avais entendu parler, à fumer de l'opium, cette substance qui vous fait oublier vos soucis du moment, vous rend quelque peu euphorique, c'est du moins ce que j'avais entendu dire. Et mintenant il nous faisait servir un repas chinois, un gere de cuisine que je connaissais absolument pas. Pourtant l'Oeil d'Eboli n'avait pas comme réputation d'être un restaurant et nous étions les seuls convives. Comment s'y prenait-il donc pour réussir à obtenir aussi facilement ce qu'il demandait. Cet homme me surprenait de plus en plus !

Avant de goûter à la nourriture qu'on venait de nous apporter, Jean insista pour que je n'oublie pas le message dont il m'avait part. La seule idée qu'il put douter de mon intérêt pour sa proposition me fit sourire. Certes je ne pouvais jeter aux oubliettes pareille opportunité. Comment pouvait-il en douter. S'imaginait-il que j'hésiterais, que je serais trop timorée pourme lancer dans cette aventure. C'était mal me connaître. Et pourtant j'avais le sentiment qu'il avait bien cerné ma personnalité, bien que paraissant toujours, ou presque, tellement détaché qu'il paraissait parfois dans un autre monde. Ce soir il avait peut-être déjà fumé ce qui pouvait accentuer cette sensation.

"Mais Monsieur ... comment pourrais-je laisser de côté cette opportunité que vous ouvrez pour moi. Vous pourrez dire à celui qui vous a confié ce message, au directeur des Folies, que je suis d'accord pour danser dans ses salons privés et être ... de bonne compagnie pour ses clients privilégiés."

Je parlais calmement en observant ses réactions. Il me sembla satisfait de ce queje venais de lui dire. Il le fut beaucoup moins, me sembla-t-il, de ce qu'il goûta dans son bol. Il préférait la cuisine françaie à la cuisine chinoise. J'imaginais quecet homme était habitué à la bonne chair ce qui le rendait d'autant plus exigeant. Ce n'était pas mon cas. Nous étions correctement nourries, sans plus, à la Reine Blanche. Mais c'était loin d'être de la haute gastronomie et, là aussi, il m'arrivait plus d'une fois de penser avec une certaine nostalgie à la table familiale qui n'avait rien à voir avec ce que je connaissais depuis mon arrivée à Paris. Ce soir je n'avais pas encore mangé et je dois dire quej'avais un peu l'estomac dans les talons. Je mangeais donc cette fameuse soupe de nouilles que l'on m'avait amené. Il fallait pourtant avoir faim pour apprécier cette nourriture qui commença par provoquer en moi des hauts le coeur. J'eus quelque mal à manger les trois quarts de mon bol.

"Vous avez raison ... cette tambouille n'est pas d'un grand raffinnement ... J'espère que la suite des réjouissnaces sera plus à la hauteur ..."

Disant cela, après avoir reposé le bol je pris de nouveau une des pipes dans ma main et la manipulait négligemment tout en regardant Jean.
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Zhûn
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mer 24 Oct - 11:02

    Dès que l'étranger a le dos tourné, les langues vont bon train. Zhûn n'était jamais trop loin, tendant l'oreille, notant ce qui se disait sur son compte. Il se doutait que ces plats n'allaient pas être critiqués à leur juste valeur mais voir ainsi sa culture traîner dans la boue. De Jean il tolérait l'idiote occidentale - même si le principe de raffinement lui avait fait plisser la bouche. Mais le mot de "tambouille" proféré par la femme (une fille de joie !) avait fini de l'achever.

    Lissant sa barbe en pointe, Zhûn alla dans les coulisses du fumoir - ce n'était pas là le terme exact, mais il aimait le caractère spectaculaire que cela donnait au lieu. Murmurant quelques mots à l'un de ses employés, Zhûn repartit à sa place approprié, l'accueil. Non sans se départir d'un sourire narquois de djinn mystérieux.

    L'employé vint jusqu'à la table de Jean, s'enquérant de savoir si le client voulait s'adonner au plaisir de l'opium. Se taisant sur le subtil mélange que son maître avait demandé de mener - secret professionnel, voyez-vous.

    Spoiler:
     
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Sam 27 Oct - 2:05

Jean eut un franc sourire lorsqu'elle reprit ses mots : voir une jeune âme se plier, doucement, comme une feuille de papier japonais, sous ses conseils et injonctions avait un charme particulier ... Le sourire se mua même en rire lorsque la jeune femme avala sans plaisir le contenu de son bol.

- Je l'espère aussi ! Mais la production ici est de qualité. La décoration est d'un goût curieux, à n'en pas douter, mais ce n'est pas un de ces bouges comme on en trouve tant, où l'on vous fait fumer des produits qui ont dû pourrir en fond de cale ... !

Petit relent de déception tout de même : Jean était persuadé qu'elle avait été mieux servie que lui, quand bien même il n'aimait point les potages ... Mais l'heure était à la rêverie. Le message avait trouvé sa destinataire, tous deux avaient, par un singulier caprice et une désastreuse expérience, le ventre plein, il n'était plus question que de cela, n'est-ce pas ? Aussi l'employé fut-il accueilli comme un roi, avec presque plus de déférence que le patron -s'ils savaient ...

- Bien entendu, mon brave, et plutôt deux fois qu'une !

Alors que l'employé s'éclipsait, avec un sourire qui, faciès asiatique oblige, lui donnait un air sournois, Jean le retint et lui glissa à voix basse - mais suffisamment pour être entendu de Louison :

- Amenez-en pour une pipe et demie tout au plus, c'est une première fois pour Mademoiselle.

Et, adressant un signe de tête à l'intéressée, il ajouta :

- J'espère que vous ne m'en voudrez pas, mais les effets sont très forts, surtout pour une première fois ... Je serais navré de vous abrutir pour des heures et de devoir vous laisser là au petit matin.

Et d'un haussement d'épaules, il saisit sa propre pipe, qu'il prépara d'une main experte ... ignorant tout du mélange qu'on leur avait servi.

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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Dim 28 Oct - 6:54

J'étais restée sur ma faim, c'est le cas de le dire, en mangeant cette nourriture chinoise que je découvrais ce soir. C'était bien là le principal attrait que j'y avais trouvé ... la découverte d'horizons nouveaux, inconnus. J'avais soif de découverte, voulant sans doute rattraper le temps perdu depuis que j'étais à Paris. Et j'avais l'impression que ce soir les choses étaient en train de s'accélerer. Je n'allais pas m'en plaindre mais j'étais malgré tout fébrile. Je cherchais à donner le change à mon interlocuteur. Celui-ci, je m'en rendais compte mais ne m'en offusqauot pas, se distrayait de me voir suivre ses directives, aussi surprenantes fussent-elles.

Jean me vanta les mérites du lieu et je ne doutais pas qu'il parlait en connaisseur, fréquentant sans nul doute bien des endroits à la mode et particulièrement ceux distillant quelques plaisirs à la mode, bien que réservés à des initiés. Il parlait surtout de la fumerie d'opium plus que du lieu de restauration que l'Oeil d'Eboli n'était pas vraiment. Et quand un employé vint jusqu'à nous pour lui demander s'il voulait s'adonner aux plaisirs de l'opium je vis son oeil briller d'une lueur intense, tandis que je continuais à triturer entre mes mains cette pipe que j'avais saisie quelques instants plus tôt.

Il avait demandé qu'on apporte de quoi remplir une pipe et demi, estimant qu'il valait mieux que je sois prudente pour une première expérience. L'opium fut rapidement apporté par l'employé chinois qui s'était absenté quelques instants, allant sans doute chercher auprès le nécessaire auprès de son patron, le vieux Monsieur Zhûn. J'observais Jean qui commençait à remplir sa pipe d'une main experte. Il ne lésinait pas sur la marchandise, devant certainement être initié depuis belle lurette à la pratique du fumoir. Je m'interrogeais même pour savoir s'il n'avait pas fumé avant mon arrivée tant j'avais observé en entrant un regard différent de celui que je connaissais ... à moins que mes souvenirs ne me jouent des tours. Le seuls produit que j'avais fumé jusque-là était du tabac, Anaïs, une des filles de la Reine Blanche m'en ayant proposé une qu'elle avait elle-même roulée. J'en fume de temps à autre, ayant appris à rouler le tabac dans cette mince pellicule de papier et ayant acheté deux ou trois fois tabac et papier par l'intermédiaire d'Anaïs. Cela nous distrait en attendant les clients. Mais je sais, pour avoir écouté les récits d'autres filles, que cela n'a rien à voir avec les sensations éprouvées avec l'opium.

"Monsieur, vous connaissez mon ignorance dans l'art de préparer l'opium comme dans l'art de le fumer. Puis-je, sans vous importuner, solliciter votre aide ..."

Et je tendis à Jean la pipe que j'avais dans la main. J'étais de plus en plus impatiente de goûter à ce qui pouvait me paraitre comme un de ces fruits défendus dans lesquels j'avais envie de croquer.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Jeu 1 Nov - 22:51


Il avait préparé sa pipe et esquissait le geste de passer le réservoir à la flamme quand il entendit la requête de la jeune femme. Diable ! lui qui pensait que l'employé lui aurait présenté une pipe faite ! Il posa cependant la pipe sans trop de mauvaise grâce et recommença le rituel. Il prit l'aiguille, racla doucement le petit pot où reposait la pâte d'opium, la présenta à la flamme de la lampe, paresseusement. Il la déposait ensuite dans le fourreau de la pipe. Il recommença plusieurs fois, puis présenta le fourreau par dessus la flamme et le fit chauffer, doucement. Une odeur douceâtre les envahissait ... Lorsque la pipe fut assez chauffée, il la présenta à Louison.

- Santé, Mademoiselle ... si je puis dire.

Et il saisit lui-même sa propre pipe, délaissée, racla le fourreau et recommença l'opération, avec une patience et une application de monomane. Quand, enfin, il inspira une bouffée du précieux produit, il crut qu'il allait enfin s'adonner à ce doux sommeil sans rêve que seul l'opium était à même d'offrir. Bien plus que l'amour, bien plus que la boisson, c'était une petite mort que le risque rendait délicieuse - un instant de rien ; Néant, Béatitude ... Mais c'était sans compter sans la malice du génie des lieux. Le sommeil dans lequel Jean sombra fut de courte durée et il ouvrit bientôt les yeux ... Ceux-ci se posèrent sur une femme affalée à ses côtés, et qui lui semblait une étrangère ... Les paravents autour d'elle oscillaient comme étoffes agitées par le vent. Il déglutit. Un dragon rougeâtre, aux écailles ruisselant d'or, est prisonnier d'une fenêtre. Ses anneaux ondulent, fiévreusement, comme autant de fauves en cage ... Soudain, Jean pousse une exclamation : le panneau a vacillé et la bête file, enrubannée de brumes, dignement ceinte des crépuscules taris. Dans un élan de folie, il avance une main comme pour retenir le sort, l'attraper par la queue, mais le dragon file et son souffle, par périodes, fait trembler le plafond. Des flammes pleines courent le long des coursives, entre les becs de gaz, comme pour se rire des lueurs timides gardées sous verre. Lorsque la bête se tourne vers lui, comme prête à l'embraser d'un soupir - ou comme en passant - Jean bondit vers Louison et d'un geste irréfléchi, sans rien dire, sans même la voir, lui agrippe le bras ... Il serre, l’œil girovague, cette amarre lointaine, comme un fil d'Ariane, un objet ténu, que l'on craindrait de perdre. Il la regarde, mais son œil fuit alentours ... il ne la voit pas. Et puis soudain - a-t-elle bougé ? a-t-elle dit quelque chose ? - il lâche. Son pied bute contre quelque chose, il glisse et se retrouve sur le sol. Cligne des yeux. Le dragon est toujours là, mais il semble à présent profiter de sa liberté si chèrement acquise, et il joue, comme un chat longiligne, avec les flammèches qui lui sortent de la gorge. Ses grands yeux d'opale prise restent fixés sur les fumeurs alentours, qui flottent doucement, pauvres hères, dans l'incompressible généralité. Le spectacle est si grotesque que Fréneuse éclate de rire. Un rire étrange, qui lui fend le visage de part en part. Il oscille, roide comme un pendu, se rattrape à quelque chose mais demeure rivé au sol, impuissant. Au loin, un bruit d'étoffe qui se déchire ... Il cherche des yeux la main qu'il avait attrapée tout à l'heure, il tâtonne, comme un aveugle ou comme un ivrogne.

- Le dragon est libre, loué soit le Seigneur ... Mais sa liberté l'ennuie déjà. Hélas pour lui, Schopenhauer a d'jà brûlé sous la lampe ...

... Douce maîtresse, n'est-il pas ? Et il rit de plus belle, l'âme déchirée.
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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Ven 9 Nov - 7:26

J'étais très excitée à l'idée de bientôt goûter à ce qui pour moi avait l'attrait du fruit défendu. Je n'avais donc jamais jusque là était plus loin que fumer ces drôles de tuyau qu'on appelle des cigarettes et que l'on fait avec du tabac. J'avais bien sûr beaucoup entendu parler des fumeries d'opium et certaines des filles que je cotoyais à la Reine Blanche y avait goûté. L'une d'elles m'avait parlé des miracles que peut produire cette poudre ou cette pate plutôt que l'on met dans le fourreau d'une pipe et que l'on va faire doucement chauffer avant d'en inhaler les vapeurs et d'en ressentir l'inestimable bienfait. Elle m'avait dit combien tout autour d'elle était devenu plus beau, plus gai, combien elle s'était sentie forte, prête à surmonter les difficultés, à vaincre les embuches. C'était un peu par hasard, plus pour la réputation sulfureuse de l'endroit que j'avais parlé de l'Oeil d'Eboli à Jean quelques huitmois plus tôt. Je n'avais que très peuentendu mentionner le nom et les effets de l'opium. Et, depuis, la réputation de l'endroit et de ses consommateurs réguliers s'était frayé un petit chemin jusqu'à mes oreilles. Mon coeur avait tressauté quand j'avais franchi le pas de la porte, quand j'avais senti les effluves de ce que j'avais deviné être l'opium.

Et voilà qu'après que j'eus demandé à Jean de me préparer la pipe, il l'avait fait, presque mécaniquement, mais c'était la force de l'habitude. Puis il m'avait tendu la pipe après l'avoir religieusement chauffé. Je fis ainsi qu'il me l'avait dit et portait la pipe jusqu'à ma bouche pour en aspirer les fumerolles. J'aspirais d'abord doucement, surprise par le goût qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais connu jusque-là, puis je fis deux ou trois aspirations plus fortes, m'emplissant les poumons. J'eus soudain l'impression de m'envoler vers la voûte céleste que le plafond de la pièce avait découvert en s'ouvrant, là-bas, derrière le paravent. Je me sentais légère, flottant au-dessus du sol, à quelques mètres, regardant le monde qui, soudain, n'était plus si triste. Une sensation de puisance, d'invicibilité m'avait envahie. Je poussais un premier cri alors que l'image d'un homme, pas très loin de moi, devenait plus floue. S'agissait-il donc de Jean ? mais que faisait-il, remuant les mains au-dessus d'une flamme ?

Je perdis quelques instants la conscience de ce qui m'entourait puis des flammes surgirent à proximité, semblant déchirer le paravent. Un monstre se dessine devant moi. Comment vais-je me sauver. J'appelle Jean à mon secours. J'ai déjà vu de tels monstres dans des livres ... un dragon ... surgi de nulle part et dont la gueule s'ouvre devant moi, monstrueuse, avec une langue qui surgit et cherche sa proie. Mes mains s'accrochent au fauteuil sur lequel j'étais assis. Il n'y a plus de fauteuil. Il a été dévoré par les flammes qui m'entourent, obsédantes. Le dragon s'est déplacé et je l'aperçois à deux mètres de moi, là où était Jean il y a quelques minutes. La tête d'un monstrueux dragon et le corps d'un homme.

Je me lève, j'ai chaud, sans doute l'effet de ces flammes qui se rapprochent maintenant. Une main s'accroche à mon bras. Je repousse le monstre qui s'affale à terre. Mais non, c'était Jean qui m'avait pris le bras et qui maintenant est étalé par terre. Et le dragon se déforme pour revenir quelques mètres plus loin. Les murs, les tentures se déforment. Mais quel est le farceur qui s'amuse ainsi à me jouer des tours. Le sepctacle est grotesque, risible. Je ne vais pas me laisser prendre à ce jeu. J'éclate de rire, un rire qui résonne pendant ce qui me semble une éternité et auquel répond en écho un autre rire qui vient de ce pantin allongé par terre. Je ris encore et encore. Les falmmes ressurgissent un peu loin, des langues de feu sortant de la gueule du monstre, tour à tour jaunes et rougeoyantes. J'ai chaud, très chaud. Au pied du paravent j'aperçois comme un grand baquet rempli d'eau. Ce doit être une baignoire. Je vois là l'occasion de me rafraichir le corps et l'esprit. Je fais glisser les pans de ma robe pour pouvoir me glisser dans l'eau bienfaitrice. Pourtant rien ne calme le feu qui semble me dévorer, alimenté par les flaméches que lance la gueule du dragon. Ce doit être encore un tour de ce farceur de Jean.

"Jean ... arrêtez de jouer .. au dragon. Ce costume et ... ce rôle ne vous vont pas. "

Je crie presque ces quelques mots entrecoupés de rires spasmodiques.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Ven 23 Nov - 2:49

Jouer au dragon, lui ? Jean dodelina de la tête et rampa, sans élégance aucune, vers l'endroit d'où provenait la voix. Il s'empêtra dans des soieries - draperies asiatiques, tapis persans ou vestiges de la robe ? - s'enroula dedans comme dans une chrysalide grotesque et, sur un coup de chance, attrapa enfin l'épaule de la jeune femme. Elle riait aussi, et les éclats de son rire parsemaient le sol noir de L'Oeil d'Eboli de paillettes incandescentes...

- Qu'importe que le rôle m'aille ou non, s'il me colle à la peau ! répliqua-t-il en désignant les tissus moirés qui glissaient sur ses bras.

Un nouveau vertige l'envahit et il demeura un instant sans rien dire, hébété, malaxant doucement l'épaule blanche sous les dentelles. Matière à réflexion, sans nul doute, mais l'image répondait mal à son miroir... Tâches noires dans les yeux, éblouissement passager, il ne savait où donner de la tête. Vaguement, le sentiment de quelque chose d'inhabituel... Mais pas de réponse...

- Monsieur... marmonna-t-il, Madame... - et il chuchota à Louison - il y a... quelque chose de pas normal. Retournez... Retournez à la couchette, faites comme si rien n'se passe. Il ne faut pas qu'ils nous attrapent !

Ils ?
Les mille yeux d'Eboli et de ses clients, peut-être, rivés sur cet étrange et ridicule spectacle...

Citation :
(Hors rp) Désolé pour le retard, miss, j'ai été bien malade ces derniers temps ! On peut contacter Zhun pour une réponse si tu veux. Je suis à ta disposition par MP si besoin.
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Zhûn
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mer 12 Déc - 12:12

    Spoiler:
     

    Les effets étaient à la hauteur des attentes de Zhûn qui se régalait d'un tel spectacle. De même que les clients riant des déconvenues de Jean. Peut-être se trouvaient là quelques connaissances qui lanceraient dans les soirées quelques éclats sur cette aventure ("si vous aviez vu Fréneuse ! A courir après des chimères !").

    Mais voici que la mascarade tournait au cauchemar. Les paravents tombaient, les rideaux et voiles se déchiraient sous l'emprise de Jean. Zhûn voulut crier au scandale, mais sut qu'il ne stopperait rien de tout cela. Les effets des drogues devraient bientôt se dissiper mais il se devait tout de même agir. On ne détruisait pas son précieux fumoir !

    — M'sieur. M'dame. Un 'tit souci ?


    De son éventail, Zhûn secoua l'atmosphère, tendit qu'il éloignait les pipes des deux convives. Il secoua son éventail sous le nez de Jean et de Louison.

    — Si j'puis m'permettre m'sieur la maison accepte pas c'genre... de relation*. Puis la dame doit avoir mal d'être ainsi serrée.

    De son éventail Zhûn désigna la main de Jean qui agrippait l'épaule nue de Louison. Dans le cahot la robe avait été presque arrachée. Zhûn regarda d'un air désolé le paravent gisant au sol, les voiles décrochés.

    Citation :
    * Le fumoir n'est pas une maison de passe. Zhûn a bien deviné que Louison n'est pas une grande dame. Wink
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Louison Delorme
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MessageSujet: "   Jeu 27 Déc - 20:03

La chaleur ... toujours cette chaleur intense qui me dévore et jevoudrais tant un peu de fraicheur. Je suis presque nue et peu m'importe qu'il y ait autour de nous du monde. Je ne les vois pas d'ailleurs ... juste ce dragon qui lance ses flammes ... à moins que ... par moment les brumes se dissipent et il me semble entendre Jean. Je crois même l'apercevoir. C'est bien sa voix qui me chuchote quelques mots ... "il y a quelque chose de pas normal...retournez à la couchette"

Parle-t-il de la chambre de la Reine Blanche ? Pourtant je ne reconnais pas ces lieux. Ce n'est pas là que je reçois mes clients habituellement. Peu importe finalement. Et je m'accroche à Jean. Je défais lentement les boutons de sa chemise. Mais ses bras s'agitent de nouveau. Et ce bruit infernal qui revient, comme si la fin du monde survenait. Tout s'effondre ou presque. Voilà maintenant qu'un nouveau monstre arrive à proximité. Il ressemble à ce chinois qui nous a servi un peu plus tôt. Que vient-il faire ici. Et de quoi parle-t-il ? "M'sieur, madame un petit souci ?"

"un souci ? ... Nnnoonn ... il fait juste un peu chaud pour recevoir mon ... mon client ..."

Le chinois est plus grand qu'il n'était un peu plus tôt dans la soirée ? Est-ce bien lui? Et pourquoi reste-t-il ici. Je ne vais pas ... faire ça devant lui quand même ! Pourtant je m'accroche au dragon .... non à Jean. Mon dieu qu'il fait chaud. Et le chinois qui dit que "la maison n'accepte pas ce genre de relation...". Je prends la main du client et la pose sur ma poitrine nue. Elle est brulante. Le dragon revient tout près de nous puis les flammes s'éteignent peu à peu. C'est bien Jean qui est là, tout contre moi.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Jeu 3 Jan - 23:35

Sous ses doigts battait un cœur - rougeur du sang monté aux joues, blancheur de la peau. Il se laissa faire, pour un temps - celui de comprendre ce qu'il faisait ? Les dragons noirs qui voletaient autour de lui s'étaient estompés, et la voix nasillarde du vieux chinois résonna, tout contre ses tempes. Jean eut un mouvement d'humeur. Mais un petit vent doux vint lui secouer les idées - et un battement d'ailes d'éventail agita la marée déchaînée de son esprit, l'adoucit... Il reprit pied, tant bien que mal. Lâcha Cligna des yeux. Louison était là, fort dévêtue - était-ce lui qui avait, devant tout le monde... ? Il baissa les yeux. Il se trouvait sur le sol, embarrassé dans les voiles et les soieries. Soit... Il tenta de rassembler ses esprits, mais son sens de la répartie semblait être parti en fumée avec la pâte d'opium, tout à l'heure... Désignant Louison, il eut cette réponse bizarre, qui se voulait presque justification :

- Les robes chinoises, ça vaut rien. Celle-là, en tout cas - soit dit sans vous offenser. Vous auriez quelque chose pour ménager la pudeur de Madame ... On va pas la laisser sortir comme ça, quand même.

Vague sourire, de ceux qui voudraient faire pardonner les pires horreurs - qui en appellent à votre indulgence sans oser demander rémission complète. Puis, se massant les tempes, il demanda :

- Vous auriez pas un truc un peu fort ? Cette pipe-là m'a pas réussi, 'devait être frelaté, votre opium. D'ailleurs, d'habitude...

Il désigna Louison.

- Ça rend pas les gens si agités, d'habitude...

Et s'adressant à la jeune femme, il ajouta, la voix rauque, le timbre lourd :

- Est-ce que ça va... ?

Lui-même se sentait épuisé, presque malade... Comme sortant de ces demi-sommeils qui vous assomment plus qu'ils ne vous reposent.
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mar 8 Jan - 2:22

    Le prenait-il pour un tailleur pour avoir des vêtements à disposition des clients ? Ces Occidentaux n'avaient véritablement aucun sens de la courtoisie. Ils auraient du s'excuser d'avoir eu un tel comportement chez un hôte, même si celui-ci leur offrait gîte et couvert contre rétribution.

    Ravalant les sarcasmes qui manquaient de l'étouffer, Zhûn fit appel à une des serveuses. Lui commandant de ramener de quoi "couvrir Madame", il finit de remettre en place les objets tombés au sol.

    — Madame d'vait pas êtr' habituée, sont des choses qui arrivent. M'sieur a pas eu d'la fatigue y a peu ? Si z'êtes pas en forme pouvait avoir mauvais rêves.

    La serveuse, une femme typée asiatique comme tous les employés du fumoir, revint avec une robe chinoise. Celle-ci demeurait longue, masquant les jambes, ne dévoilant que les bras. Zhûn servit d'interprète, expliquant à Louison de suivre la serveuse afin de pouvoir se changer dans une alcôve, à l'abri des regards.

    Dès que les femmes disparurent derrière des tentures, Zhûn sortit (allez savoir d'où, de ses manches peut-être ?) une bouteille dont il versa le contenu dans un verre. L'alcool se fit sentir, chatouillant les narines des deux hommes.

    — Un 'tit alcool de riz. Devrait être assez fort mais pas trop. Serait pas bon que vous tombiez encore.

    Laissant Jean quelques instants seuls, Zhûn s'occupa des clients qui quittaient le fumoir. Nombre d'entre eux jetèrent un œil à Jean, riant sous cape.

    Citation :
    Je suis rouillée, désolé.
    Louison tu peux faire agir la servante qui t'aide, elle parle très mal français mais pour le reste tu es libre.



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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Dim 10 Fév - 3:35

Je ne sais pas ce qui m'arrive. Je ne me sens pas bien du tout ... c'est à dire que ce n'est pas si simple. Les sensations éprouvées ne sont pas si désagréables mais j'ai tellement chaud que je ne supporte plus rien sur moi. Et puis... ces dragons ... à moins que ce ne sot Jean. Je ne sais décidément plus où j'en suis. J'ai l'impression qu'autour de moi il y a des ricanements mais je ne vois personne. Si ... il y a quelqu'un ... ce chinois ... je l'ai vu quelque part. Mais bien sûr! c'est le patron de cet établissement. Je ne suis pas à la Reine Blanche mais .... à l'Oeil d'Eboli. Il me semble que j'arrive peu à peuà rassembler quelques idées dans ma tête.

Le chinois est là et me dit, tout doucement, que je devrais suivre la chinoise qui est là, à mes côtés. Elle a entre les mains une robe qui va pouvoir recouvrir mon corps presque dénudé. Je ne suis pas à la Reine Blanche ? mais alors qui était cet homme ... ce client? Je réalise que le seul homme proche de moi ... c'est Jean. Et j'éprouve une furieuse envie de ... enfin de coucher avec Jean. Mais .... là ... non ce n'est pas possible. Tout se brouille dans ma tête. J'essaye tant bien que mal de me lever ... mais je tremble sur mes jambes. Malgré tout je suis la chinoise qui est venue à mes côtés. Nous allons à l'abri des regards des autres clients. Je ne suis pas vraiment dans une tenue décente. Ma poitrine pointe fièrement.

Nous voilà maintenant dans une alcôve. Jean est restée là où nus étions quelques minutes plus tôt. Ma tête est lourde, très lourde. Je regarde la serveuse chinoise qui reste sagement à mes côtés, attendant que je reprenne une attitude et une tenue un peu plus décente. Je la fixe un moment, d'abord incapable de parler mais ... je ne peuxpas rester ainsi. Je dois avoir l'air ridicule.

"il y a longtemps que je suis comme ça ? et toutes les jeunes femmes qui ... qui fument de ... de l'opium réagissent ainsi? ... je dois être ridicule ? n'set-ce pas mademoiselle ?"


Je dois faire un effort terrible pour arriver à parler. Je guette la réaction de la serveuse asiatique. Malgré tous mes efforts pour entendre quelques bruits, quelques voix familières, aucun écho ne me parvient. Jean est-il reparti ? Ce ne serait pas très sympa. Mais ... finalement est-ce qu'il doit s'occuper d'une fille qui ne sait pas se tenir. J'essaye de me rappeler ce qu'il m'a dit un peu plus tôt dans la soirée. Il parlait de me sortir de la maison close. Comment ais-je pu croire de telles balivernes. Je suis pensionnaire de La Reine Blanche ! et je le serais encore dans un an. Je tends désespérément les bars vers la chinoise pour essayerd'enfiler la robe ... une robe pour emplacer mes vêtements déchiquetés. J'ai dû les déchirer dans les minutes obscures où ma tête ne parvenait pas à émerger d'un brouillard fou.

"cette robe me va-t-elle et ... conviendra-t-elle aux clients ? "

Toujours cette obsession de plaire ...

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Zhûn
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Sam 16 Fév - 10:47


"Chin Jung" d'Yasui Sotaro


    La servante (appelons-la Kim pour plus de commodités, après tout c'est son nom) ne comprenait pas un traître mot de ce que lui racontait la Française. Elle allait bien trop vite et son accent n'aidait en rien la pauvre femme à comprendre une langue qui demeurait une énigme à ses oreilles. Elle se contentait alors d'hocher bêtement la tête tout en gardant le sourire. ("Le client cherche le plaisir, ne cesse jamais de sourire et s'il rit, tant mieux !" lui avait stipulé le patron).

    Kim comprenait surtout que Madame s'était sentie mal - Zhûn lui avait brièvement expliqué les faits. Voyant que la cliente n'arrivait même plus à s'habiller, la servante l'aida.

    — Excusez. Kim aider vous.




L'asiatique aida Louison à se glisser dans la robe chinoise, puis à la fermer avec ses multiples boutons. On était bien loin des robes occidentales avec leurs jupons !  Lisant les pans pour qu'ils tombent bien droit, Kim se retrouvait aux pieds de la cliente. Cliente qui n'arrêtait pas de parler. Les Occidentaux étaient tellement bavards ! Il n'y avait qu'à voir les clients, tous des hommes, dont les voix graves vous assourdissaient !

— Robe belle. Madame belle. Plaire à messieurs.

Constatant que les cheveux de Louison étaient tous décoiffés, entre les aventures de l'opium et l'essayage de la robe ils avaient bien souffert, Kim revint avec un peigne et un petit miroir. Elle les montra à Louison, mimant le geste de coiffer. La cliente accepterait-elle ce service, évidemment gratuit ? C'est que Kim ne voulait pas que son patron croit qu'elle ne sache pas s'occuper dignement des clients.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mar 26 Fév - 5:43

Non, décidément, cette atmosphère lui pesait. Tandis qu'une employée emmenait Louison pour lui donner une mise plus décente, Jean s'agitait sur sa natte, mal à l'aise. Il se surprit même à se demander, lui qui était d'un naturel si peu inquiet, si la jeune femme allait revenir ... craignant que les mauvais génies de l'endroit ne la fassent disparaître, comme par magie ... Il hasarda une question, élevant légèrement la voix - espérant, sans trop d'illusions tout de même, que les autres clients ne l'entendraient pas :

- Allez-vous mieux, Madame ?

Pendant ce temps, il se leva, récupéra son manteau, se rassit sur sa couchette. Sa tête semblait vouloir rouler le long de sa colonne vertébrale, dans un bruit sec - comme les cascades, rouge et noir, sur un boulier chinois. Les minutes passaient, atrocement longues. Il songea même, un instant, partir sans la fille - eh qu'importe, après tout ? Puis il se ravisa, l'attendit ... Quand elle revint, Jean sourit tristement : l'incident était oublié, elle était ravissante. Et cette beauté offerte, ce regard sans pudeur lui donnaient je-ne-sais-quel vague-à-l'âme - et pourtant, n'était-ce point ce qu'il cherchait, d'habitude, chez les femmes de ce genre ... ? Paye tes contradictions ! Jean de Fréneuse s'éclaircit la gorge et s'approcha de la jeune femme. Il lui offrit son bras, d'un geste las ... Lui-même vacillait un peu.

- Allez, Louison, on s'en va...

Il se dirigea vers Zhûn et, lui glissant quelques francs dans la main, il marmonna d'un air sombre, sans le quitter des yeux :

- Vous nous avez joué un sale tour, Monsieur, j'en suis persuadé ... Est-ce dans la nature des vôtres d'agir sournoisement et de ne point affronter les gens de face ?

Et, entraînant Louison dehors, il se demandait confusément ce qu'il allait faire de cette fille et où il pourrait oublier cette humiliation, d'ici le point du jour ...

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Louison Delorme
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Sam 23 Mar - 8:10

A défaut d'avoir retrouvé tous mes esprits, j'étais en effet encore sur un petit nuage, je commençais à reprendre figure presque humaine. Ma tenue avait aussi repris un semblant d'apparence à défaut de dignité, grâce au concours de la chinoise. Je ne passerais certes pas pour une femme d ela société mais cela m'importait peu après tout. J'aimais bien finalement attirer les regards des hommes, des regards qui laissaient transparaitre quelques pensées coquines. Et c'est bien dans cet état d'esprit que je revins dans le salon qui venait de voir une vraie tornade dévaster les lieux. Le dragon était reparti à mon grand soulagement et Monsieur de Fréneuse était lui toujours là. Je l'observais. Il me regardait, pas comlètement remis de ce qui venait de se passer.

Avec toujours cette élégance et cette classe qu m'avait impressionnée dès la première fois où je l'avais rencontré Jean de Fréneuse me tendit son bras et je le pris avec douceur, retrouvant quelque temps le style qu'avait la jeune fille de bonne famille que j'avais été quelques années plus tôt. "Allez Louison, on s'en va...". Je le sentais pressé de quitter l'établissement de M. Zhun. Il prit cependant le temps de dire au chinois, maître des lieux, ses quatre vérités, le traitant de sournois. Je ne l'avais pas encore vu dans un tel état de mécontentement, voire de colère.

Nous sortîmes de l'Oeil d'Eboli et je le sentais indécis. La soirée n es'était certainement pas déroulée comme il l'eut souhaité. Et la contrariété qu'il venait d'exprimer devait le perturber. Mais il y avait autre chose, comme un doute qui s'était installé dans sa tête. Nous marchions lentement mais avec une certaine distinction. Je cherchais à compenser par une tenue irréprochable ma tenue vestimentaire qui ne l'était que très petitement. Je serrais un peu le bras de Jean en inclinant ma tête légèrement sur son épaule, sans excès cependant.

"Mon ami ... je vous sais gré de cette expérience. J'ai peut-être réagi d'une manière un peu ... forte... mais j'espère que la prochaine fois ce sera plus discret..."

et je ris en disant cela. C'est vrai que j'espérais bien qu'il y aurait une autre fois.

"où pourrions-nous aller finir cette nuit un peu particulière pour que nous puissions parler un peu plus de cette proposition du directeur des Folies dont vous m'avez parlé."

Car je n'avais pas oublié ce que Jean m'avait dit du directeur qui voulait racheter ... me racheter à la patronne de la maison close où je travaillais. L'idée de danser ... des danses orientales aux Folies me plaisait bien, comme la pensée de me sortir des griffes d'Arthur. Je pourrais certainement mettre un peu d'argent de côté si je compléter mes revenus de danseuse en recevant quelques messieurs à mon propre compte.

"et puis ... Monsieur ... je voudrais vous remercier à ma façon de cette soirée .... vous imaginez comment et vous ne pouvez le refuser ...."

Je le regardais en souriant et je me sentais bien à ses côtés.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: 1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)   Mer 27 Mar - 22:32

Ah la succube ! C'est qu'elle avait raison : une telle proposition ne se refusait pas - la pauvre s'en trouverait d'ailleurs offensée, et à raison. N'était-elle point ravissante ? Jean sembla hésiter, cependant : c'était que ses desseins étaient arrêtés et qu'il devrait bientôt changer de vie. Il venait en effet d'envoyer une certaine lettre et il ne souhaitait pas que l'on apprît, par la suite, qu'il avait mené avec lui - chez lui - une prostituée, qu'elle fût de bas ou haut étage... Il héla un fiacre, soucieux de ne point être surpris avec elle dans les rues - encore qu'il ne risquait point de croiser sa - peut-être - future fiancée dans le coin, mais Paris avait bien des yeux et Paris était bavard... Au cocher, il indiqua le numéro 4 de la rue Dupuytren... le cheval hennit dans la nuit - bruit sinistre - et ils partirent. Jean posa sa main sur l'épaule de la jeune femme, moins distant et moins froid dès lors que l'on quittait l'espace public.

- Permettez que je vous amène chez moi, j'appellerai une voiture pour vous ramener.

Et il songea qu'il devrait prendre soin de donner lui-même l'adresse au cocher, afin d'éviter que la demoiselle ne filât et qu'on n'allât chez lui la réclamer ensuite... Sa responsabilité était tout de même engagée dans l'affaire... et puis elle était sauvée, d'une certaine façon. Ce n'était plus qu'une question de temps. Songeur, il ajouta :

- Savez-vous que vous serez sans doute la dernière...?

Et rien de plus... A Louison de nous dire si elle releva ou non... Et le fiacre roulait dans la nuit, comme une voiture fantôme. Qui sait ce qu'il se passa tandis que la voiture descendait sur la ville et passait les ponts ! La nuit était bien avancée, à présent, et c'est dans une rue silencieuse et endormie qu'ils arrivèrent, au terme d'un assez long voyage. Jean paya le conducteur une forte somme, comme pour l'enjoindre au silence et, faisant comprendre à Louison qu'il s'agissait d'être discrète, il ouvrit la porte de la maison, alluma une lampe à huile qui traînait là et commença - péniblement - l'ascension des escaliers.

- Permettez que je vous précède, pour vous montrer le chemin.

Il resta muet comme une tombe jusqu'à avoir fermé la porte derrière eux. L'appartement était silencieux - le domestique s'était retiré depuis longtemps pour dormir.

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1897 - huit mois déjà et il ressurgit du passé (PV Jean)

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