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 Complot contre la virulence

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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Complot contre la virulence    Mer 5 Sep - 13:02

Le condamné venait de passer dans l’au-delà et la foule se régalait du spectacle. Je jetai un coup d’œil par-dessus les chapeaux, cherchant avec flegme la tête blonde de mon époux ; Si je dépassais les autres femmes d’une tête, lui ne se démarquait pas autant. Je le repérai, entre un ou deux messieurs ordinaires, près d’une femme de basse vie. Il bougeait de manière inconfortable, ses habits étaient humides, ses cheveux trempés par la pluie. Je pouvais l’imaginer, au fond de ma tête, lui râlant contre le mauvais temps, rêvant d’un endroit chaud et sec où vivre. Je détachai mes yeux de sa silhouette et daignai retirer mes mains de mes oreilles, affrontant les bruits de la foule pour attraper le bras de Marie-Gilbert, tirant dessus comme une enfant pour l’entrainer plus loin. Loin des gens, loin de cet homme responsable de mes peurs, loin, tout simplement.

Après être passée quelques fois derrière Madame pour me cacher, je glissai vers elle et me penchai sur son chapeau. Mes yeux, grands et méfiants, scrutèrent d’un côté, puis de l’autre. Sur le ton de la confidence, je baragouinai avec mon français tremblotant « Marie-Gilbert, dear, me permettez-vous de vous accompagner jusqu’à votre demeure ? Il me semble que cela fait longtemps que nous nous sommes vues, autour d’une tasse de thé…! » Je paraissais en piteux état, je la suppliais du regard, serrant les dents. J’avais si hâte de retrouver mes enfants, de les serrer dans mes bras, de jouer avec eux, de les voir rire, mais je craignais également de croiser mon mari. Cet homme avait une imagination débordante et une estime totalement dégoutante en les femmes –sa propre femme !- ce qui le laissait croire que je n’étais pas mieux qu’une… Enfin, bien des choses. Oh ! Il avait bien raison, mais cela restait tout de même blessant, dégradant, démotivant.

« …Je vous en prie ! » Rajoutai-je, attrapant la main de Madame, pour mettre e l’emphase sur le sérieux de ma demande. Pour les rares fois où je quémandais une sortie, où j’avais l’intention d’aller ailleurs que dans les bras de mes enfants, elle ne pouvait me le refuser ! Au loin mon époux me foudroyait, dur, ses yeux froids, suspicieux, et mes doigts qui s’accrochèrent au gant de Marie-Gilbert. Et dire qu'il y a à peine plus d'un mois, je n'avais jamais connu, ou ressenti une quelconque peur vis à vis ce qu'il pourrait m'arriver mais, au fil des jours et des coups, j'avais réalisé que je ne pouvais pas laisser mes enfants avec cet hommes.
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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Mar 2 Oct - 2:01

La requête était surprenante, assurément ... La respectable Marie-Gilbert et son chapeau de travers écarquillèrent les yeux, sans comprendre. Y avait-il quelque chose de grave qui se tramait ?

- Mais enfin, ma chère, ce n'est pas une heure convenable pour recevoir ses amis ... réplique-t-elle avec douceur.

Mais l'insistance de Madame Ainsworth lui mit la puce à l'oreille. C'est d'un air empressé qu'elle ajouta :

- Rentrons à pied, si vous le voulez bien. Nous mettrions une heure à attraper un fiacre. Vous comprenez, je n'ai pas pris ma propre voiture pour aller jusqu'ici, je craignais que les encombrements, l'agitation ... C'est que ça fait bien vite des dégâts quand cela tourne mal ...

Elle parlait décidément trop. Marie-Gilbert se tut, et chemina. Elle l'entretint de choses et d'autres, de futilités et de badineries pendant tout le temps du trajet.
Ce n'est qu'une fois arrivée chez elle, après avoir demandé à la bonne de préparer du thé et s'être installée aec Madame Ainsworth dans son petit salon qu'elle demanda, avec gravité :

- Qu'est-ce qui vous pousse à vouloir m'entretenir à cette heure, Catharina ? Dites-moi tout ...

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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Mar 2 Oct - 14:21

Avoir eu l’âge, j’aurais tapé du pied en faisant la moue : Je voulais définitivement me rendre chez Madame qui, grâce au ciel ! céda à ma demande et m’invita chez elle. J’acquiesçai de la tête et la suivis dans la foule qui se dispersait. Durant le trajet, je l’écoutai parler, un peu plus enjouée. Qu’elle attende notre arrivée chez elle avant d’aborder le sujet de mes tracas me soulagea, en quelque sorte. Ma situation s’expliquait-elle vraiment au milieu d’une rue ?

Je pris place près de Marie-Gilbert et ignorai la tasse de thé un moment. Je cherchai, au creux de mon esprit, comment lui dire tout cela. Mes yeux se promenaient d’un point à l’autre, craintifs malgré le salon sûr dans lequel nous nous trouvions. Je fermai les yeux et pris une inspiration par le nez, tranquille, pour me calmer. Ce n’était que Marie-Gilbert Pentois, voyons ! Une amie, une confidente, de quoi avais-je peur ? De trop de choses, malheureusement. « Marie-Gilbert, je... Hm… » Confier mes ennuis, comme c’était étrange. Évacuer une crainte, dire ce qui ne va pas, difficile à souhait. « Mon mari, Monsieur, il… il… » Mes doigts pianotaient sur mes cuisses couvertes de jupons, ma voix se faisait de plus en plus bas, j’avais peur. Le violent époux, sans doute, s’il apprenait que j’avais échappé quelques mots à propos de ses gestes, serait courroucé. Pas que son tempérament d’un naturel agressif était caché à la face du monde, mais il ne supportait pas que l’on puisse parler en mal de lui. Monsieur Ainsworth avait donc développé cette paranoïa, cette possessivité qui, aujourd’hui, me nuisait plus qu’autre chose. J’enchainai, de manière hachée, prononçant chaque syllabe avec lenteur. « Il me… frappe… ? » Non, ce n’était pas le bon mot. Frapper, il le faisait depuis toujours, même si l’intention n’était pas la même. « Je… Je me fais constamment battre, Madame... Ne le répétez à personne, je vous prie ! »

J’aurais préféré rester impassible, mais une certaine panique m’envahissait. Je ne réussissais pas à demeurer immobile, ma respiration hoquetait. Pour me rassurer, je pris l’une des mains de Marie-Gilbert et la gardai entre mes paumes. Ma voix, pour une rare fois, abandonna sa douceur. Elle grésilla, prit une intonation particulière, incertaine « Oh, Marie-Gilbert, j’ai si mal… Je sais, c’est égoïste, je devrais surmonter cela mais… J’ai peur, j’ai besoin de votre aide, de vos conseils ou juste… juste de votre présence réconfortante… » Comme si je venais de poser une horrible action, de déblatérer d’infâmes paroles, je me retournai vers l’entrée du petit salon, craignant d’y voir mon mari prêt à me ramener chez moi et à me violenter à nouveau. Je me permis de respirer en constatant qu’il n’y avait personne et revint à Madame Pentois pour la regarder dans la yeux.
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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Mar 9 Oct - 2:00

Marie-Gilbert congédia rapidement sa bonne : l'heure était grave. Mais elle eut tout de même une exclamation de surprise lorsque Catharina lui énonça la raison de sa venue. Elle prit sa propre tasse de thé et la but presque d'une traite, se brûlant fortement la langue.
- Ciel ! J'avais oublié que Camille faisait toujours le thé trop chaud ...

Elle fit la grimace puis s'adressa à son amie d'une voix forte, très sérieuse (l'accent de vérité, la panique de son interlocutrice ne permettait pas le doute : Catharina disait bien la vérité ...) :

- C'est inadmissible ce que vous me contez là, Catharina. Un homme du monde ne lèvera pas la main sur sa femme, quand bien même aurait-elle commis la moindre faute. Je veux bien que nous soyons sous l'égide de notre mari, qui devient notre directeur de conscience profane, pour ainsi dire ... Mais on ne peut souffrir de tomber sous l'égide d'un fou.

Marie-Gilbert prit une grande inspiration.
- Calmez-vous, ma chère. Et dites-moi ... Cela a commencé depuis longtemps ? Je savais que M. Ainsworth avait mauvais caractère, mais agir en sauvage ... Les femmes de nos civilisations ne méritent pas d'être traitées ainsi, soyez-en sûre !

Elle n'en parlait pas encore, mais une sourde inquiétude faisant son chemin dans son esprit : que deviendrait la douce, la respectable Madame Ainsworth si les circonstances l'obligeaient à quitter son mari ?

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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Mar 9 Oct - 7:45

J’eus, l’espace de quelques battements de cils, le souffle coupé. Inadmissible, inadmissible ! J’aurais dû m’en douter, une femme aussi respectable que Marie-Gilbert n’allait pas jurer contre le comportement de mon époux. Hélas, il me suffit d’écouter la suite des paroles de ma chère amie pour reprendre une respiration à peu près normale. J’acquiesçai à ses paroles, lever la main sur une femme était une bien basse action. Elles étaient si faibles, si fragiles, si émotionnellement instables ! Pas besoin de les frapper pour leur faire comprendre leurs tords ou fautes. J’écarquillai les yeux, un peu plus paniquée : elle venait de traiter mon mari de fou, de fou !

Avant de m’énerver davantage, je lui obéis et me calmai, prenant quelques inspirations, tranquille. Je me laissai tomber contre le dossier du fauteuil, glissant contre celui-ci pour me retrouver dans une pose nonchalante –mais apaisante. Des paroles me piquèrent, vives « Mon époux n’est pas un sauvage ! » Ce que l’on pouvait dire contre cet homme me prenait au cœur à chaque fois, par habitude, je suppose et sans doute parce que je voulais croire qu’il restait en lui des traces d’un gentleman. Je me rendis compte qu’agir ainsi face à Marie-Gilbert n’était pas pour m’aider « Pardonnez-moi... » Mettant mes mains sur les accoudoirs du fauteuil, je me redressai de manière convenable, pinçant les lèvres, je réfléchissais. « Depuis un mois ou deux, je crois ? » Je jetai un coup d’œil à ma tasse de thé encore fumante et me résignai à en prendre une gorgée. « Enfin, cela fait un ou deux mois qu’il s’acharne ainsi sans sembler se lasser, comme si ma simple existence était une raison pour devenir violent. » Une nouvelle fois, je regardai vers la porte. J’imaginais mon mari entrer, rouge de colère, m’accusant à tort de parler contre lui. Il rabaisserait l’épouse que je suis et me ramènerait à dans notre hôtel particulier pour me faire regretter d’avoir un peu trop parlé. « Le pire dans cette histoire, c’est qu’il est certain de ma culpabilité alors que je n’ai rien à me reprocher. »
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Sam 13 Oct - 3:43

Marie-Gilbert pinça les lèvres quand Madame Ainsworth s'insurgea. C'était si commun, toutes ces épouses mal aimées, mal considérées, qui défendaient pourtant leur imbécile de mari ... Marie-Gilbert n'eût jamais songé que la femme dût être indépendante et se gérer seule, mais elle déplorait souvent la vanité et la stupidité des petits messieurs qui ne savaient pas se comporter en hommes civilisés. Si elle en avait eu le pouvoir, elle eût bien envoyé M. Ainsworth à Madagascar et récupéré M. Pentois ... Chacun se trouverait alors dans son élément* ... Catharina s'excusa bie vite, cependant, et se remit à parler. Marie-Gilbert écoutait, visiblement contrariée.

- N'y a-t-il pas moyen de lui faire entendre raison ? Le témoignage de votre amie, femme de haute moralité pourrait-il vous être utile en quelque chose ... ?

Mais au cas où cet homme aurait perdu le sens (et cela arrivait, hélas !) ... il faudrait alors faire quelque chose, n'est-ce pas ?
-Dans tous les cas, pardonnez-moi de vous le dire, ma bonne amie, mais je me permets de parler franchement avec vous car je tiens à vous ... Il ne faut pas tolérer davantage qu'il lève la main sur vous. Pouvez-vous écrire à un membre de votre famille ? A votre père - je sais que vos relations ne sont pas cordiales, mais dans un tel cas ... Votre frère, également, n'accepterait-il pas de vous prendre sous sa coupe, le temps que les choses ... s'arrangent ... ?

Elle attendit une réponse, anxieuse : elle tâtait le terrain.

Citation :
Si Marie-Gilbert - et tous les européens de cette époque avec elle - que l'Afrique est le bastion d'hommes sauvages, la joueuse sait évidemment qu'il n'en est rien Wink

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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Sam 13 Oct - 12:47

Je ne pris pas la peine de réfléchir et j’hochai la tête. Non, bien sûr que non, mon époux n’était pas raisonnable, pas du tout. Pour appuyer me justifier, appuyer qu’il était complètement bouché, je me redressai vivement, marchant un peu dans la pièce. De rage, je fis un arc avec mon bras, enchainant d’une voix inhabituellement forte, mais pas dérangeante. « Comment ?! T’es allée te plaindre de ce qui t’arrives ?! Mais t’es complètement sotte, Catharina ! Tu fais pitié ! Ce que tu as, tu le mérites ! » Je gesticulai de manière agressive, imitant plutôt bien mon mari si impulsif et colérique. « Vous les femmes êtes tellement stupides ! Je t’ai fait confiance et tu m’as trahi ! Ne va pas pleurer sur les jupes de plus idiots que toi, tu es pathétique ! Tu me dégoutes ! » Je terminai mon sketch improvisé avec un coup de talon et me tournai vers Madame, mon amie. Je pris une grande inspiration pour faire sortir toute cette rage conjugale de moi et ne manquai pas d’aller jetai un coup d’œil voir si personne et surtout pas mon mari n’arrivait. Heureusement, mis à part peut-être un domestique, il n’y avait que moi et Marie-Gilbert.

Je soupirai, penchant la tête vers l’arrière, désespérée. Je glissai mes mains sur mon visage avant de laisser retomber mes bras contre mon corps. Je marchai un peu dans la pièce, me rendant vers la fenêtre pour jeter un coup d’œil à l’extérieur. « Vous savez à quel point j’aime la franchise, Madame. » Je tirai sur mes manches pour dissimuler mes poignets, puis sur mon col pour le remonter, au cas où. Je quittai la fenêtre pour revenir vers mon amie, mais était trop angoissée pour penser à m’asseoir de nouveau, je préférai faire plus ou moins les cents pas. « Je préfère encore mon époux à mon père, et quant à mon frère… » Je fronçai les sourcils, soucieuse. Je pris un moment pour réfléchir, sursautant pour un bruit ayant surgit à l’extérieur. Je portai une main à mon cœur, atterrée. « Zacharia se donne des airs de petit frère adorable, mais il est horriblement imbu de lui-même. Si j’étais seule, j’irais chez lui au cas où le pire arriverait, mais je ne veux pas y emmener mes enfants. » Inquiète, je baissai les yeux, détaillant les traits décoratif sur le tapis. « Et vous vous doutez, Marie-Gilbert, que rester avec mon mari ou partir sans mes enfants, c’est tout pareil, pour moi. » Ma main se leva et se plaqua sur la partie inférieure de mon visage. Rien que d’y penser, cela m’attristait énormément.

Que deviendrais-je sans mes enfants ? L’idée de devoir me séparer d’eux, de les laisser à leur père si mauvais me rendait anxieuse. Il est évident que sans mes bambins, je serais déjà partie. Je tolérais ses coups que pour rester avec eux, autrement je ne serais pas ici à demander conseil à Madame. En fait, je serais sans coute nulle part mis à part six pieds sous terre, et ce, depuis longtemps. Je répondis finalement à sa question « Donc non, non. Je n’ai personne de ma famille à qui écrire. »
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Lun 22 Oct - 21:55

Marie-Gilbert fut très surprise de voir son amie s'improviser actrice : elle frissonna, grimaçante, aux simagrées de ce mari. Quelle attitude révoltante ...

- Il vous tutoie pour vous dire ces mots-là, ma pauvre enfant ... ?

Le tutoiement dans le mariage ne se tolérait que pour les mots doux, et ne devait jamais se départir d'un respect bien établi. C'était tout de même la chose la plus simple du monde, et tous les moralistes, même les plus sévères, le disaient : si l'époux ne respecte pas sa femme, comment peut-elle se conduire de façon respectable ? De plus, quel exemple désastreux cela offrait aux enfants ... ! La famille n'était-elle pas là pour offrir le fondement de la société, et le modèle des familles futures ... ? Non, c'était désastreux.
-Eh bien ma chère ... Vous serez peut-être surprise de m'entendre dire cela, mais j'estime que la société française se doit de protéger ses citoyens. De vous ou de votre mari, c'est bien vous qui représentez le foyer voulu par la société française ... Si vous ...

Elle hésita. La chose n'était pas aisée à dire.

- Voyez-vous ce à quoi je pense ...?- et elle ajouta précipitamment - Après tout, mon mari est loin, je vais bientôt marier ma fille. La maison va être bien vide, après, et pourrait accueillir quelques locataires de plus ...

Réalisait-elle vraiment ce qu'elle disait ... ?

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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Mar 23 Oct - 2:52

Je la regardai, surprise. Parce qu’il y avait des moments particuliers pour se tutoyer ? Les français n’en finissaient plus de compliquer leur langue ! Je continuai à marcher dans la pièce, lentement mais agitée à la fois. « S’il vous plait, ne m’appelez pas votre pauvre enfant… Il me tutoie toujours, ça me parait normal. » En anglais, tutoyer ou vouvoyer n’existait pas, et c’était beaucoup mieux ainsi. J’ai longtemps eu du mal à faire la distinction entre les deux, mais on s’y habitue, contrairement à mon fils qui lui se mélange encore, petit être en plein apprentissage.

Je retournai finalement m’asseoir près d’elle, non sans avoir vérifié que personne n’arrivait avant. Appuyée sur le bras du fauteuil, je me tins penchée vers elle, attentive. Je ne pus retenir un sourire lorsqu’elle mentionna que je représentais le foyer voulu de la société française. N’est-ce pas là un joli compliment ? Pour moi, du moins. Dommage que mon époux ne suive par les règles de l’honnête homme. Pour des étrangers, nous aurions pu faire la famille parfaite de la France. « …Si je…? »

Marie-Gilbert ne cessera jamais de me surprendre, et un rictus s’affichait avec hésitation sur mes lèvres. « Vous feriez vraiment cela ? » Je la regardai dans les yeux, cherchant un détail qui sonnait faux, une anicroche à cette proposition. Je pris un moment pour y réfléchir, imaginer moi et mes petits chéris trainer dans la grande maison presque vide de Madame Pentois. Marie-Madeleine serait mariée, à peine aurait-elle eu le temps de quitter la maison que quatre bambins feraient de nouveaux leur entrée. Ma chère amie savait comment élever une petite et adorable fille, elle aurait la chance –ou le malchance- de savoir comment cela se passe avec des garçons. « Ma chère amie, pensez-vous réellement ce que vous dites ? Je sais être sage, vivre avec mes possessions, mais mes enfants… Ils grandissent, il faudra les habiller. » Et autres variables que Marie-Gilbert devinerait facilement, elle-même ayant été la mère d’un enfant de cet âge, un jour.
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Ven 2 Nov - 2:47

A dire vrai, Madame Pentois n'était pas encore décidée lorsqu'elle fit cette proposition à son amie. Ce fut son ton de surprise qui la décidé : elle opina du chef, non sans un léger sentiment d'orgueil.

- Il ne me semble pas avoir l'air de quelqu'un dans le besoin, répliqua-t-elle doucement.

Et il est vrai que dans ses précautions, Catharina devenait presque offensante, c'en était drôle. Ce faisant, Marie-Gilbert songeait au plus dur de la situation pour elle : il faudrait bien prévenir M. Pentois, dont tout dépendait ... Mais Marie-Gilbert ne doutait pas de la probité et de la bonne volonté de son mari. Et sinon ... Il ne reviendrait que dans quelques mois et, d'ici là, une solution serait trouvée, assurément. Tout en réfléchissant, la bonne dame reprit :

- Dans tous les cas, ne vous posez pas de questions stupides. Pensez à vous, c'est le plus important, suivez votre conscience ...
Elle hocha la tête, d'un air décidé :

- Et le Seigneur fera le reste.

Marie-Gilbert était convenable en tout, même en religion : croyante raisonnable, elle convoquait Dieu de temps en temps, avec déférence ... et avait le bon goût de l'oublier ensuite, en toute sincérité.

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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Jeu 8 Nov - 3:53

« Non, bien sûr que non… » J’eus une moue triste, comme désolée d’avoir laissé sous-entendre qu’elle put avoir des problèmes d’argent. Marie-Gilbert était une fortunée bourgeoise et, pour sûr, loger cinq personnes ne la ruinerait pas mais, sur la facture de fin de mois, la différence ne passerait pas inaperçue. J’avais eu la chance de rencontrer Monsieur Pentois à quelques reprises, il semblait être un homme très respectable –comme son épouse !- et assez gentil. Il me plairait de vivre dans leur grande maison, de protéger mes enfants des besoins et de me protéger moi derrière la grande dame qu’était Marie-Gilbert.

Ce qu’elle me demandait, cela dit, me semblait être hors de mes capacités. « Oh, madame, vous savez que je n’ai pas bonne conscience. » Mes pensées dramatiques et extrêmes m’empêchaient de la suivre. Ma conscience m’aurait déjà perdue, si je l’avais écoutée. Sa mention du Seigneur ne me choqua pas. Si en Scandinavie il était un être très personnel, en Angleterre et en France il se montrait très présent dans la vie de tous les citoyens, et en particulier Madame Pentois. « Le Seigneur doit m’avoir oubliée dans ses plans… Ou ai-je été si désobligeante à son égard pour qu’il m’enlève d’abord ma mère puis l’homme que j’aime ? » Je me dandinai légèrement sur le fauteuil, peu confortable.
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Sam 10 Nov - 4:26

Quelles que soient les adversités qu'un homme ou une femme rencontrait, c'était toujours les mêmes lamentations. Et aux mêmes objections, on ne pouvait rétorquer, traditionnellement, que les mêmes choses.

- Ne doutez pas de Dieu, ma chère, vous savez que ses voies sont impénétrables... Qui sait ? Peut-être médite-t-il une amélioration de votre sort, présentement.

Il lui semblait presque parler à Marie-Madeleine. Elle sourit avec indulgence, mais reprit non sans fermeté :

- Il n'est point temps de vous affliger, mais peut-être... Ne vous offusquez pas, mon amie, je ne dis ça que pour votre bien : peut-être est-ce une manière de vous punir, vous qui ne vous tournez pas assez vers les autres. Essayez de tendre la main à votre prochain, faites réciter des prières pour les pauvres, donnez un peu par charité. Peut-être qu'en sortant de votre confortable cocon pour faire le bien en ce monde, vous attirerez sur vous la bienveillance de Dieu.
Et au fond, ne se focaliser que sur son foyer dans un tel cas, n'était-ce pas en effet prendre le risque de tout perdre... ?

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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Lun 12 Nov - 12:53

Une amélioration ? Je l’attendais toujours, cette amélioration ! Peut-être que la survie de Hansel à sa naissance prématurée était-ce l’un des cadeaux que Dieu avait à m’offrir ? Je détournai la tête, peu satisfaite de sa réponse, même très contrariée. Je ramenai mes bras contre mon corps et les croisai sous ma poitrine. Je fus presque choquée par les paroles –pourtant si pleine d’indulgences !- de Marie-Gilbert. Acheter Dieu de la sorte ? Mais pensait-elle seulement ce qu’elle racontait ? « Je donne, je donne ! J’ai toujours donné, par charité, Madame. » J’eus un air plus sévère, ou presque, mes traits demeuraient fragiles et la peur se lisait toujours dans mes yeux. « …Better ! Parce que ce sont des choses qui me tiennent à cœur. » Sur ce point, le Seigneur ne pouvait me reprocher d’être avare. Les hôpitaux pour enfants et orphelinats avaient bien profités, grâce à moi !

Je levai les mains sur mon visage, agitant un peu la tête dans un moment de désespoir. Que faire ! Que faire ! « Oh, mais je suis sortie de mon cocon ! Et regardez où j’en suis, maintenant… » Je lâchai un soupir discret, laissant mes bras retomber sur ma jupe.

Je m’apprêtai à souffler quand un bruit sourd me fit sursauter. Je bondis sur mes pieds, lâchant même un bref cri de surprise et me retournai vers la source de ma peur. Je reculai, lentement, tremblotante. Le pire était que je ne voyais pas la cause du son, ce qui m’effrayait encore plus. Mon époux aurait pu lancer une pierre dans la fenêtre, rien que pour me faire peur ! Il l’aurait fait, pour me tourmenter ! Je semblais être effrayée par si peu, mais les bruits trop forts m’arrachaient des sanglots et martyrisaient mon esprit. J’expirai un coup et accourus –ou me jetai- vers mon amie, attrapant son bras dans la panique. « Hva var den, Marie-Gilbert ? Som treffer et vindu så knapt ? Mon mari vient-il me prendre si tôt ? » Que je détestais les sons trop lourds et agressifs !


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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Sam 24 Nov - 2:28

Lorsque son amie protesta, Marie-Gilbert lui adressa une moue contrite : elle s'en voulait un peu de l'avoir morigénée. A trop vouloir représenter la perfection morale, ne confinait-on pas à la sécheresse, parfois ? Un peu de compassion n'était pas un pêché chez une femme, c'était dans sa nature de s'attendrit pour des choses justes, et il était inutile de contrarier de si honnêtes instincts.

- Pardonnez-moi, ma chère, je souhaitais simplement m'assurer... Enfin, je ne voulais pas vous affliger, sachez-le.

Mais Catharina s'alarma d'un bruit sourd qui provenait de la fenêtre. Marie-Gilbert appela une domestique et lui demanda d'aller voir. Puis elle prit la main de son amie, avec d'infinies précautions.

- Ne vous inquiétez pas, Catharina, vous êtes en sécurité ici, j'en réponds.

La domestique revint bientôt avec la solution du drame :
- C'était un oiseau, M'dame, il a foncé dans la f'nêtre ! Il est mort... J'en fais quoi, M'dame ?

Marie-Gilbert houspilla la campagnarde sur son langage et l'engagea à jeter le volatile, loin de la maison... A vrai dire, cet accident arrivait bien mal à propos, et certaines âmes superstitieuses auraient vu déjà un mauvais présage dans le destin malheureux de ce pauvre oiseau...- Dans tous les cas, une femme comme vous ne devrait pas craindre ainsi son mari. Promettez-moi une chose, mon amie, et je ne vous laisserai point partir tant que vous ne m'aurez pas donné votre parole : si votre santé ou celle de vos enfants est mise en danger par un tel homme, promettez-moi de ne pas vous fier au qu'en-dira-t-on et de courir vous réfugier, ici ou ailleurs...

Et elle ajouta, l'air grave :

- Ne vous mettez pas en danger inutilement, promettez-le moi.

Et, instinctivement, elle reposa sa main sur le bras de son ami, comme mue par un instinct protecteur.

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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Sam 1 Déc - 8:55

À demi dissimulée derrière le fauteuil où était assise Marie-Gilbert, je scrutai la pièce, affolée, pour découvrir l’origine du bruit. Face à la domestique, je plissai les yeux pour déchiffrer ce qu’elle disait. Un oiseau, ce n’était qu’un pauvre oiseau qui avait eu le malheur de prendre son envol vers la fenêtre Je me résignai à sortir de derrière le fauteuil et demeurai tout près de Madame Pentois, au cas où. C’est avec un peu de conviction retrouvée que j’échappai « Je ne le laisserai jamais toucher à mes enfants ! »

Je voulus me rasseoir mais la crainte me figeais et me faisait voir les divans trop éloignés de Marie-Gilbert. Je soufflai pour reprendre le contrôle, tirai sur mes manches et mon col pour dissimuler plus que nécessaire la peau qui aurait pu se découvrir. Je levai des yeux piteux vers elle. À quoi je m’engageais en lui promettant de ne pas mettre ma vie en danger ? Mon mari était un homme n’obéissant qu’à lui-même et ne se donnait pas de très bon conseil. Je laissai aller un soupir et murmurai sur le ton d’un enfant qu’on obligeait à se faire pardonner. « …Je le vous promets. » Chose promise, chose tenue.
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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: Complot contre la virulence    Mar 18 Déc - 2:42

Marie-Gilbert hocha la tête, visiblement satisfaite, à présent que son amie avait formulé la promesse. Ce faisant, la grande pendule de la salle sonna dix heures. La respectable dame bondit sur ses pieds.

- Ciel, déjà ! Ecoutez, ma chère, j'ai promis à ma fille de l'aller saluer ce matin, avant les visites de courtoisie de l'après-midi. Ce sont ses premières semaines de mariage, elle a besoin d'être aiguillée, vous imaginez ! Amélie !

La même domestique réapparut, visiblement déboussolée, et Marie-Gilbert la chargea d'aller chercher capeline, ombrelle, etc. Elle ajouta à l'attention de Catharina :

- Ma chère, vous pouvez me suivre si vous me promettez de ne rien dire de votre situation à ma petite Marie-Madeleine. Et si vous souhaitez vous reposer un peu, vous pouvez rester ici vous reposer, vous rassurer, le temps nécessaire. Amélie sera à votre disposition. Hélas, je dois partir, mais vous comprendrez que je ne vous abandonne pas de gaieté de cœur - j'aurais annulé si je devais voir quelqu'un d'autre que ma fille.
Et coiffant son petit chapeau, elle adressa un sourire engageant à son amie.

- Prenez soin de vous, Catharina, surtout ! Et rappelez-vous que ma porte vous sera toujours ouverte.

Et le moment venu, Madame Pentois tint également sa promesse.

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Complot contre la virulence

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