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 Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou

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Antoine "Le Zozio" Viret
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MessageSujet: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Dim 29 Juil - 3:43

"Tiens, prends-le ! J'sais pas quoi en faire, l'est trop bizarre, c'dessin ! D'tout'façons, j'pourrais j'mais l'vendre, m'sers à rien ! Vaut mieux qu'j'te l'file !"

Le plus étrange, c'est que ce soit le boucher qui se soit retrouvé en possession de cet objet. Comment l'avait-il obtenu ? Mystère ! Toujours est-il que le Zozio n'avait pas demandé son reste. Il l'avait pris.

Ce dessin, notre oiseau en était certain, était bien plus que cela. La feuille était... Bizarre. Impossible à décrire. Moins épaisse que du papier-journal, pour sûr, mais le Zozio ne pouvait pas vraiment comparer avec quoi que ce soit d'autre, puisqu'il n'avait jamais touché un livre. Elle ressemblait à du tissu, mais ne semblait pas en être.
Oui, ce dessin devait sûrement avoir une valeur quelconque dans le milieu des connaisseurs.
Le problème, maintenant, était de le trouver, ce milieu.
Et qui mieux que le plus grand amateur d'Art de Paris, et accessoirement directeur de la Revue Mauve, pouvait renseigner notre Zozio ?

Notre vagabond se retrouvait donc à présent rue de l'Echaudé, devant la porte de la Revue Mauve. Il n'avait pour déguisement qu'une perruque blonde et la moustache assortie, et son costume le moins abîmé. Son éternelle guitare suspendu dans son dos, il entra dans l'étroit bâtiment.

A l'entrée se trouvait un concierge, derrière son bureau. Un petit écriteau posé sur le bureau indiqué son nom : "Hippolyte Lalouette"
"Bonjour, Monsieur. Je cherche M.Jules Spéret ! Je souhaite le rencontrer, c'est trèèèès important !", dit notre chanteur en prenant une voix extrêmement grave. Il avait employé un ton aimable, sans un soupçon d'ironie, qui le surprit lui-même.

Des bruits de pas se firent entendre dans le dos du Zozio. Il n'y prit pas garde, tout à l'attention qu'il portait à attendre la réponse de Lalouette.
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Jules Spéret
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Mar 31 Juil - 7:08

C'était après une chaude, très chaude journée d'été, l'une de ces étouffantes journées qui précèdent immédiatement le départ en villégiature et qui sont si difficiles à supporter, que l'éditeur rentrait se rafraîchir les idées dans ses locaux. En raison de son orientation au nord et de son peu de fenêtres, le siège de la Revue mauve demeurait généralement assez frais. Ce qui n'était pas du tout pour déplaire en plein été.

Lorsque Jules Spéret poussa la porte du 35, rue de l'Échaudé, il se retrouva face à deux personnes en grande conversation. L'une d'entre elles était son fidèle concierge, Hippolyte, qui répondait sur un ton un peu rogue au visiteur qui lui faisait face. Et parlant du visiteur... Un blondin à la guitare au dos. Rien de bien surprenant pour un homme habitué à voir entrer dans ces lieux les hurluberlus les plus improbables que comptait la ville. Et comme le gars demandait à voir l'éditeur Jules Spéret...

" Faut voir, répondit Lalouette. M. Spéret est absent pour l'instant, mais si vous voulez l'voir... Ben faudra attendre, mon brave monsieur !"

De toute évidence, le concierge n'avait pas remarqué l'arrivée de son patron. Il était vrai que Lalouette devenait un peu sourd, avec l'âge...

" Laissez, Lalouette, laissez.

- Bien, Monsieur", répondit le concierge avec une petite courbette.

L'éditeur se tourna vers le visiteur :

" Je suis à votre disposition, monsieur. Si vous voulez bien me suivre jusqu'à mon bureau... "

Le précédant, il montra au Zozio le chemin jusqu'à son bureau, au premier étage du siège de la Revue mauve, lui fit traverser l'antichambre-boutique encore peu fréquentée aujourd'hui, salua au passage deux ou trois connaissances, puis ouvrit la porte de son bureau et fit entrer son visiteur avant de lui offrir de s'asseoir.

" Je vous écoute, monsieur. "
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Antoine "Le Zozio" Viret
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Sam 4 Aoû - 7:11

Le Zozio, tout sautillant et tout guilleret, suivit l'éditeur dans l'étroit labyrinthe de la Revue Mauve. Notre vagabond aurait bien semé quelques cailloux pour retrouver son chemin au retour, mais l'idée n'était peut-être pas tout-à-fait judicieuse... Et puis, surtout, il n'avait pas de cailloux.

L'atmosphère qui se dégageait du bureau de Jules Spéret intimidait notre pauvre chanteur. Il s'assit, sa guitare sur les genoux. Son précieux dessin, bien à l'abri dans une étoffe, il le gardait précautionneusement entre ses mains. Il avait déjà suffisamment subi les outrages du temps, et de ses anciens propriétaires.

"Et bien, hum, voilà... ", se décida à dire notre homme, avant que sa voix ne remonte dans les aiguës, tel un jeune jouvenceau en train de muer.

Le Zozio s'éclaircit un peu la gorge, pour reprendre contenance, et reprit de sa fausse voix grave :
"Permettez-moi de me présenter ! Je suis Auguste Villeroy."
Emprunter le nom de ce valet de pacotille était une bonne source d'amusement.
"Si je suis ici aujourd'hui, c'est que je cherche à obtenir une expertise sur une oeuvre picturale qui semble en rapport avec le domaine littéraire." (notre bonhomme s'était entraîné durement pour sortir avec naturel une telle tirade.)
"Votre réputation m'a laissé entendre que vous étiez la personne la mieux placée pour cela. Me suis-je trompé ? Si c'est le cas, peut-être pourriez-vous m'indiquer quelqu'un qui saurait me renseigner ? "

Le vagabond lissa sa fausse moustache (oui, elle était bien toujours en place), attendant attentivement la réponse de l'intéressé.
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Jules Spéret
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Lun 6 Aoû - 4:05

Alors là ! S'il s'était attendu à ça ! Le petit bohème à la guitare qui lui parlait d'oeuvre picturales et d'expertise plutôt que de l'édition d'un chansonnier ou d'un quelconque petit texte... Un quelconque éditeur conventionnel aurait sans doute tiqué à cette annonce, mais Jules Spéret n'était pas un éditeur conventionnel, et encore moins un éditeur quelconque. C'était le directeur de la Revue mauve, la plus grande revue d'avant-garde littéraire du temps ; c'était un homme habitué à l'inhabituel, parfaitement apte à prévoir l'imprévu, le genre de personnage qui ne serait pas surpris par le surprenant. Et en effet, il ne sembla pas plus surpris que cela à l'annonce du jeune homme, quand bien même il y avait de quoi. Par contre, il s'empressa de confirmer vigoureusement l'assertion selon laquelle il était l'un des hommes les mieux placés dans Paris pour expertiser une oeuvre picturale, quand bien même... quand bien même ce n'était pas vraiment le cas. Après tout, son truc, à lui, c'était surtout la littérature... Pour les oeuvres picturales, un meilleur expert aurait sans doute été Jean-Louis Pérenchon, l'antiquaire, mais Jules n'allait tout de même pas prendre le risque de refiler à ce cher Jean-Louis une belle opportunité... Et puis, de toute manière, il n'était pas totalement inculte non plus en matière de beaux-arts !

Il ne restait plus à Jules qu'une seule crainte : celle que le drôle de bonhomme face à lui - Auguste Villeroy, qu'il s'appelait... Un nom trop commun pour être repérable... - se paie sa tête au prix fort. Après tout, sa dégaine ne laissait pas espérer un type capable de retrouver un Fragonard, un Rigaud ou un Coysevox dans son grenier, vu la fortune dont il semblait disposer... Et d'ailleurs, il n'avait ni sculpture, ni tableau en main. Enfin bon... Jules n'aurait tout de même pas non plus été du genre à envoyer promener le demandeur : le risque de passer à côté d'une belle occasion était trop grand pour cela.

" Monsieur Villeroy, si mes connaissances en arts peuvent vous être utiles et aider à identifier l'oeuvre picturale dont vous me parlez, je les mets à votre disposition avec grand plaisir. Alors, dites-moi, quelle est l'oeuvre en question ? "
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Antoine "Le Zozio" Viret
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Jeu 9 Aoû - 0:50

Une lueur dans les yeux de M. Spéret s'était allumé à l'évocation de l'oeuvre. Une lueur quelque peu... intéressée. Mais pas dans le bon sens.
Etait-il vraiment la bonne personne à qui s'adresser ?

Oh, dans le fond, le Zozio n'en avait que faire. Il voulait juste un avis sur son dessin, son beau dessin, et c'est tout. Et puis, surtout, savoir d'où il venait. Peut-être, aussi, avait-il de la valeur ? Dans ce cas, notre oiseau chanteur avait déjà une idée de ce qu'il en ferait...

"Il s'agit, Monsieur, d'un magnifique dessin dont je n'ai pu convenir de la provenance !"

Notre vagabond se leva et s'approcha du bureau de l'éditeur.

"Si vous me le permettez..."

Et, sans attendre l'approbation, il déroula l'étoffe qui entourait précieusement le précieux dessin sur le plan de travail.

Spoiler:
 

"Quand je l'ai obtenu, il était déjà dans cet état, avec la pliure et les quelques petits trous au milieu. Mais malgré cela, ne la trouvez-vous pas magnifique ?"

Et, peut-être même, un brin d'émerveillement a-t-il percé, un instant, dans sa voix.
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Jules Spéret
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Dim 12 Aoû - 22:58

Peut-être, au fond, sa mise avait-elle trahi son état de pensée... mais le drôle de type face à lui semblait n'en avoir cure. Heureusement pour l'éditeur, qui le vit avec un étonnement grandissant déployer des moyens aussi inattendus que précautionneux pour lui présenter sa trouvaille, la grande oeuvre inconnue dont il voulait l'expertise. Au fur et à mesure que le dessin se présentait à sa vue, l'éditeur écarquillait les yeux, épaté.

Si un jour, on lui avait dit qu'une des illustrations manquant à l'exemplaire des Fables de La Fontaine qu'il avait reçu de ce cher Octave (ou du moins, manquant à un exemplaire identique) lui serait apportée par un chansonnier bohème à la dégaine peu reluisante, il en aurait sans doute recraché son cognac.

Voire toute la bouteille avalée auparavant.

" Bon sang... Est-ce que ce serait ?... Bigre !... Non, ce n'est tout de même pas possible... Ca ne peut pas être, enfin !... Pourtant, il semblerait bien... "

L'éditeur semblait à la fois stupéfait, incrédule et ravi, choses qu'il ne cherchait d'ailleurs pas à cacher. Lui qui s'était attendu à quelque chose d'aussi modestement courant qu'un quelconque Daumier, ou à une autre gravure du même style, voilà qu'on lui présentait un vieux dessin japonais, ou du moins quelque chose y ressemblant fortement... Comment cela était-il possible ?! Il lui fallait en avoir le coeur net.

"Oui, magnifique... " souffla l'éditeur, encore estomaqué. Puis, se reprenant : " Monsieur, permettez que je fasse appel à l'un de mes bons amis, M. Jean-Louis Pérenchon, qui connaît mieux que moi ce type de dessins... Sans trop m'avancer, je puis vous affirmer qu'il vous vient du lointain Japon, ou du moins que le modèle qui l'a inspiré est japonais, si jamais ce que vous m'avez apporté s'avère être une copie. Quant à la pliure centrale et aux petits trous, ils sont parfaitement naturels et ne relève pas d'une quelconque dégradation : cette illustration appartenait à un livre... À une édition des Fables de La Fontaine, très exactement... "

Et, sans trop attendre l'approbation du drôle de jeune homme qu'il avait face à lui et qui lui avait apporté ce magnifique dessin, l'éditeur s'empressa de sonner Hippolyte Lalouette, puis de l'envoyer quérir bien vite ce brave monsieur Pérenchon. Le concierge s'exécuta, quitta la pièce, et l'éditeur se retourna vers "Auguste Villeroy". Il lui restait un point à éclaircir.

" Mais dites-moi, monsieur Villeroy, où avez-vous donc déniché ceci ?... "
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Antoine "Le Zozio" Viret
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Mer 15 Aoû - 9:36

La stupéfaction ravie de Jules Spéret était tellement visible qu'elle en étonna notre Zozio.
Ainsi donc, ce papier avait VRAIMENT de la valeur ? Qui l'eût cru ! Et, de surcroît, il semblerait qu'il soit vraiment rare et précieux, puisque l'éditeur en vint même à faire appel à quelqu'un de plus compétent encore que lui !
D'ailleurs, Pérenchon... Pérenchon... N'était-ce pas ce vieux bourgeois sympathique de la rue Lafitte ? Ainsi donc, c'était lui l'expert ! Si notre vagabond avait su, il serait allé le voir directement...

Le lointain Japon ? Ce nom lui évoquait quelque chose...
... Si ! C'était un pays d'Orient, composé d'îles !
Notre drôle d'oiseau se souvenait avoir longtemps feuilleté les pages du vieil Atlas de son école, lorsqu'il était plus jeune. Il n'avait jamais été un bon lecteur, les mots écrits lui faisaient peur, mais ce livre, avec toutes ses cartes ! Écornées, déchirées, les pages tombaient peu à peu, mais le dépaysement restait intact. ...Et les souvenirs demeuraient.
Ce dessin pouvait provenir du Japon, ou en être tout du moins inspiré ?

Cette histoire intriguait le Zozio. L'éditeur semblait en savoir beaucoup, non pas sur ce type de dessin, mais sur CE dessin en lui-même. En recherchait-il un semblable ?

" Mais dites-moi, monsieur Villeroy, où avez-vous donc déniché ceci ?... "

Notre chanteur ne put s'empêcher de sourire, un sourire d'enfant fier de sa découverte.

"Monsieur, la rue recèle bien des mystères ! Si je vous disais où je l'ai trouvé, vous ne me croiriez pas."

Il savait tout de même ce que voulait dire M.Spéret, alors il ajouta, sans perdre sa jovialité :
"Rassurez-vous, je n'l'ai pas volé. Sachez, Monsieur, que tout le monde ne peut pas forcément comprendre l'importance et la magnificence d'une telle oeuvre comme vous et moi."

Toujours avec le sourire, notre vagabond posa ostensiblement une main sur la table, à côté du dessin, tout en regardant Jules Spéret dans les yeux, affirmant ainsi sa position de propriétaire de l'oeuvre.
Ne restait plus qu'à attendre Pérenchon.
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Armide
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Jeu 23 Aoû - 13:31

Jean-Louis Pérenchon, antique antiquaire

Être appelé à toute heure de la journée pour des expertises ne faisait pas vraiment partie du quotidien de l'antiquaire et marchand d'art Pérenchon. Non, en règle générale, les clients et amateurs venaient en personne à la boutique du sieur faire expertiser leurs oeuvres, lui ne se déplaçait guère. Aussi le message d'Hippolyte Lalouette fut-il accueilli avec une surprise certaine et une mauvaise grâce à peine dissimulée. Que lui voulait donc ce damné filou de Jules Spéret pour le sortir de sa boutique en plein après-midi ? Le concierge ne semblait ne pas trop le savoir, mais visiblement, ça devait tout de même avoir sa petite importance... Bref ! Qu'à cela ne tienne, une entorse aux habitudes bien établies ne le dérangerait pas. Il alla quérir sa femme, Daphné Pérenchon, et lui confia le soin de la boutique pour les heures à venir.

"Mais n'ayez crainte, ma chère amie, je ne serai pas long", ajouta-t-il en passant la porte, le concierge sur les talons.

Le trajet de la rue Laffite à la rue de l'Échaudé n'était pas des plus longs pour un bon marcheur, mais il l'était davantage pour un homme corpulent et vieillissant tel que l'antiquaire. Les trois quart d'heure qu'ils mirent à revenir - en plus de la demi-heure qui avait sans doute été nécessaire au concierge pour arriver rue Laffite - à la rue de l'Échaudé laissèrent notre vieux collectionneur un peu hors d'haleine. Il pénétra dans le bureau de l'éditeur, le salua d'un aimable coup de chapeau, s'inclina même devant "Auguste Villeroy" avant de prendre place sur le siège qu'on lui offrait, acceptant par la même occasion le cognac que l'éditeur lui proposait. Spéret fit la même proposition à votre personnage, avant de reprendre place et d'expliquer au dernier arrivé le motif qui l'avait décidé à faire appel à lui.

"Il se trouve, mon cher Pérenchon, que Monsieur ici présent s'est retrouvé en possession de ce dessin... J'aimerais que vous l'expertisiez rapidement, afin de confirmer l'hypothèse que j'ai émise à son sujet suite à la demande de monsieur Villeroy", dit Jules Spéret.

La figure du vieil antiquaire s'était animée en voyant le dessin sur le bureau. Il s'approcha, chaussa son lorgnon, observa dans le détail les traits et le papier, en tâta légèrement la texture...

"Voilà qui m'a tout l'air d'être authentique..., fit-il après quelques instants de réflexion. Le Corbeau et le Renard illustré sur papier de hoshô... Belle trouvaille, ma foi !"

Voilà qui laissait à votre personnage de nombreuses possibilités... Quoi qu'il en soit, si quelqu'un ici avait écouté avec attention la tirade de l'expert, c'était bien M. Spéret, qui songeait toujours à acquérir le dessin pour le remettre à sa place : dans une édition des Fables sur papier hoshô ! Il demanda par conséquent à "monsieur Villeroy" :

"Fort intéressant, certes... Dites-moi, monsieur Villeroy, combien demanderez-vous pour ce dessin ?"
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Antoine "Le Zozio" Viret
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Dim 26 Aoû - 10:13

Le Zozio refusa le cognac (il ne boit pas d'alcool) et observa l'expert à l'oeuvre.

"Voilà qui m'a tout l'air d'être authentique... Le Corbeau et le Renard illustré sur papier de hoshô... Belle trouvaille, ma foi !"

Verdict était rendu, l'oeuvre était véritable !
Notre drôle d'oiseau n'eut pas le temps de se remettre de cette bonne surprise que M.Spéret se proposait déjà de l'acheter !

Vendre une telle merveille ? Il y avait songé, mais... Bon, il fallait tout d'abord procéder dans l'ordre.

"Peut-être, avança-t-il, pourrions nous demander à notre expert une estimation de la valeur de ce bien, avant même de parler de vente ?"

Il ajouta prudemment :
"Monsieur Pélenchon est un honnête homme et un antiquaire de confiance, il ne sous-estimera pas cette illustration en dessous de sa valeur simplement pour que vous puissiez l'acheter moins cher, n'est-ce pas ?"

Debout, droit sur ses jambes, le Zozio croisa les bras sur sa poitrine, confiant et serein, un léger sourire flottant encore sur ses lèvres.
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Mer 29 Aoû - 8:40

Jean-Louis Pérenchon, antique antiquaire

Étrange réaction que celle de Jules : vouloir ainsi racheter l'oeuvre à peine authentifiée, ce n'était pas très commercial, comme attitude... Certes, l'éditeur s'était toujours fait une fierté de ne pas trop arnaquer le commun des mortels - sans doute pensait-il que ça rendrait ses graissages de pattes plus acceptables -, mais tout de même... il devait être attaché d'une quelconque manière à ce dessin, son attitude ne pouvait s'interpréter autrement.

En attendant, il avait une estimation à faire : le jeune monsieur, propriétaire actuel du dessin, venait de le lui demander. Mieux, il lui faisait l'honneur de l'estimer un commerçant honnête en plus d'un amateur éclairé. Lui-même n'était pas persuadé d'être exactement un homme de confiance, certains de ses achats ayant été... à prix relativement bas pour le connaisseur, relativement hauts pour le néophyte, disons, mais ça, personne n'avait besoin de le savoir, et d'ailleurs, personne ne le savait. En somme, il était un commerçant comme un autre...
Il prit le dessin en main, avec mille précautions, l'examina, nota l'arrachage fait pour l'extraire du livre et les petits dégâts en découlant. Voilà qui abaissait un peu la valeur de l'oeuvre, quand bien même le découpage avait été fait avec soin. "Eh bien... La gravure me semble en bon état, quand bien même son extraction du livre l'a quelque peu abîmée... En conséquence, je dirais... environ dix francs, peut-être douze..."

Ce prix-là intéressait-il votre personnage ? Combien allait-il se décider, lui, à le vendre, si du moins il acceptait la transaction ? En tout cas, à l'annonce du chiffre, M. Spéret n'avait guère sourcillé. Comme s'il s'y attendait.

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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Sam 8 Sep - 10:35

Douze francs ! Douze francs ! Douze francs ! Le Zozio n'en demandait pas tant ! C'était une sacré somme, douze francs... Serait-ce le signe qu'il attendait ? Mieux encore, pouvait-il en profiter un peu plus ?

L'éditeur semblait très intéressé par cette gravure, et prêt à mettre le prix pour l'avoir. ... Jusqu'où le Zozio pouvait-il profiter du filon ?

"Douze francs ! Certes, c'est là une bien jolie somme... mais elle est bien en-deçà de la valeur sentimentale que possède cette gravure transmise de génération en génération dans la famille de l'oncle du beau-frère de la soeur de ma femme ! Que m'imaginez-vous leur dire ? Que ce bien précieux, dont ils ne se séparent à contre-coeur que par nécessité, ne vaut pas mieux que deux semaines de travail ?"

Le Zozio secoua la tête d'un air indigné.

"Je suis dans le regret de vous dire, messieurs, que je ne puis me séparer de ce dessin pour cette somme. Monsieur Spéret, si vous êtes toujours intéressé par la vente, je crains qu'il ne vous faille débourser dix-sept francs, au bas mot !"

Il attendait fixement la réponse de l'éditeur. Avait-il pousser le bouchon trop loin ?


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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Dim 9 Sep - 7:45

Tiens donc... tout à coup, voilà que le dessin appartenait à la famille depuis des générations... L'éditeur rit in petto : il se demandait comment un dessin de 1885 pouvait être dans la famille d'un homme visiblement âgé d'une trentaine d'années depuis dix ans tout au plus et "appartenir à la famille"... Il mentait, invariablement, ce monsieur Villeroy, il cherchait à en demander davantage... En arrière-plan, Jean-Louis Pérenchon, auquel "Auguste Villeroy" tournait le dos, s'était autorisé un large sourire : lui aussi semblait attendre avec impatience la réponse de Spéret. Sans doute le monsieur Villeroy voulait-il tirer du dessin une coquette petite somme, qu'il ne valait sans doute pas...

L'éditeur, tiraillé entre plusieurs intérêts différents, n'hésita pas à marchander, mais prit le parti de ne rien dire au propriétaire de son mensonge percé à jour : on ne sait jamais, s'il était en mesure de trouver les autres... Car là était le désir de Jules : retrouver les autres gravures sur papier hoshô, compléter son exemplaire : il lui manquait encore la gravure du Chêne et le Roseau, celle du Lièvre et la Tortue... et possiblement quelques autres encore. Peut-être cet homme, bien que menteur, retors et sensiblement bizarre, pourrait-il lui fournir des pistes ?

"C'est une coquette somme que vous demandez, monsieur Villeroy... Je vous en donne quinze francs, pas un sou de plus."

Villeroy acceptera-t-il le marché ? Voilà qui était une bonne question... Mais déjà, l'éditeur se penchait un peu vers lui et ajoutait, sur un ton plus secret :

"Et... cinq francs supplémentaires, monsieur Villeroy, si vous m'aidez à retrouver les illustrations qui allaient avec celle-là..."

Voilà qui vous faisait vingt francs, soit près du double de la valeur initiale du dessin. Une offre alléchante... De maître Corbeau et de maître Renard, qui se saisira du fromage ?
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Mer 12 Sep - 5:26

Quinze francs, c'était déjà cinq francs de plus que la vraie valeur du dessin. Et cinq francs supplémentaires en échange d'une simple promesse ? C'était tout bonnement inespéré !

Le Zozio se dit que la vie recommençait à lui sourire.
Pour sûr qu'il allait accepter ! Une somme pareil, c'était un signe du destin. Qu'il avait pris les bonnes décisions, au bon moment. Un petit coup de pouce de "mère Nature", en somme.

Le vagabond prit tout de même un air affecté de circonstance :

"Bien... Quinze francs, entendu... Marché conclu. Puisque que vous me proposez cinq francs pour la peine donnée par la recherche à chaque illustration trouvée, en plus de sa valeur, je peux bien me séparer de ce bien de famille et vous aider à chercher les autres !"

Et il était vraiment prêt à les trouver, ces papiers, notre petit homme ! Surtout pour la promesse de cinq francs minimum à chaque fois, ça en valait la peine... Même si ce n'était pas tout à fait ce qu'avait promis M.Spéret. Un dernier petit arrangement avec la vérité, avant de devenir tout-à-fait respectable, ce n'était pas bien méchant, non ?
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MessageSujet: Re: Vol-au-vent au fromage et à la feuille de chou   Mer 10 Oct - 10:42

L'éditeur eut un sourire en coin. C'est qu'il était dur au négoce, le coco ! Mais à ses yeux, la recherche en valait la peine. C'est pourquoi il accepta la dernière clause de leur petit contrat, acquiesça d'un hochement de tête et serra cordialement la main du jeune bohème. Ou du moins, de ce qui lui semblait être un jeune bohème. Il ignorait encore s'il reverrait ce monsieur et, si tel était le cas, s'il lui retrouverait quelque autre dessin. Mais il l'espérait. Dans un élan de générosité, il les raccompagna, lui et Pérenchon, jusqu'à la porte d'entrée du siège de la Revue mauve.

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