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 [Intrigue] Soleil cou coupé

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Antoine "Le Zozio" Viret
Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mer 8 Aoû - 22:55

Ah non, non, non, pas encore !
Après le concierge italien, voilà maintenant qu'un mondain praguois le bousculait encore ! Qu'est-ce qu'ils avaient tous, ces étrangers, à rentrer dans d'honnêtes vol...euh vendeurs de café froid ?
De plus, cette fois, le café s'était vraiment renversé ! Alors que notre bonhomme s'était tellement évertué à sauver le contenu de sa cafetière depuis le début !
Quelques femmes reçurent sur leur jupon de grosses éclaboussures indélébiles, mais heureusement, tout à leur impatience, elles crurent que c'était seulement la pluie.
Le Zozio allait s'éloigner avant qu'elles ne se rendent compte de leur erreur...

« Je vous en prie, excusez ma maladresse ! Je vous offrirai volontiers un café pour vous dédommager mais … serait-ce vraiment approprié ? »

... mais les excuses du mondain, prononcées avec cet accent atypique, attirèrent l'attention sur eux.
Les regards furieux et les protestations de la part des tâchées commencèrent à gronder contre notre chanteur.
Le Zozio attrapa le... metteur en scène ? éditeur ? dramaturge ? notre homme ne savait plus trop, il avait encore un manque d'informations à ce sujet. Bref ! Il attrapa le Praguois par le bras sans ménagement, l'entraînant avec lui le plus loin possible des femmes enragées.
En d'autres circonstances, notre drôle d'oiseau aurait laissé ce riche se débrouiller, mais l'ironie de sa réponse et la chaleur de sa voix avait rendu notre Zozio clément, et l'avait pousser à le sauver.
Le vagabond avait l'habitude de trouver les ouvertures dans les foules les plus denses, mais ce n'était pas le cas du boul... du gentilhomme qu'il devait traîner. L'avancée se fit plus lente qu'à l'accoutumée, mais ils arrivèrent tout de même à destination. Soit là où le Zozio se ravitaillait en café.

"M'sieur, dit-il à la manière de la rue, j'crois ben qu'un café, ça s'ffira pas à remplacer mon gagne-pain ! Un café contre une caf'tière, vous pensez ! En plus, j'viens d'vous sauver ! 'Sont tous enragés c'matin, avec c't'histoire d'exécution ! S'vous m'rembourser, là, maintenant, on s'ra quitte !"

Et le prix qu'il lui demanda était tout à fait honnête ! Le Zozio ne précisa seulement pas que c'était juste le double de ce qu'il aurait pu gagner.

La cafetière de nouveau pleine (de café brûlant, cela changeait un peu), notre chanteur de rue se retourna vers le mondain. Un dernier élan de générosité, en honneur de ce fabuleux jour !

"S'vous voulez, M'sieur, j'vous amène sans problème près d'la Veuve ! C'pas compliqué, en fait, c'pas tant surveillé qu'ça ! Même qu'vouz s'riez près des journaleux ! Mais faut qu'vous arriviez à m'suivre, j'vous attendrais pas !"

On ne pouvait que le prendre au sérieux sur ce point... A peine avait-il fini sa tirade qu'il était reparti à toute vitesse, fendant la foule avec aisance. Il vaut mieux se dépêcher, on ne voit déjà plus que son chapeau...

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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 9 Aoû - 8:40

Kolin Olčeska, ex-directeur de théâtre

Crapahuter ainsi n’était plus de son âge – il n’était pas bien vieux, mais se glisser ainsi dans la foule nécessitait un entrainement rigoureux, continu, régulier. Il peina à s’arrêter lorsque le garçon qui l’avait empoigné conclut sa course : heureusement, il n’y avait plus de café à renverser. Il regardait, relativement incrédule, le gamin qui prétendait l’avoir sauvé. Il repensa assez brutalement aux dames que le café avait éclaboussé, et se sentir soudain affreusement gêné de les avoir laissées là sans cérémonie. Il se sentait fuyard et se mit à regarder tout autour de lui avec frénésie, effrayé à l’idée que l’une des victimes vienne lui réclamer réparation – non seulement pour l’accident, mais également pour la fuite devant ses responsabilités. Lorsque le « cafetier » lui demanda réparation, il s’exécuta sans trop y faire attention – après tout, il n’avait aucune idée du prix d’un café à Paris - ajoutant à la somme demandée un petit pourboire – qui s’élevait tout de même au quart de la somme demandée.*
Il oublia cependant très rapidement les mécontent(e)s qu’il croyait menaçant(e)s lorsqu’il entendit la proposition du « cafetier ». Il n’eût guère le temps d’y songer, comme il aimait à le faire, avant de donner une réponse réfléchie. La proposition était trop tentante, et le temps qu’elle fasse son chemin dans ses neurones encore patauds, le gamin était déjà loin. Il se glissa tant bien que mal dans la foule, se retenant de justesse de s’arrêter dès les premiers pas pour opposer ses excuses aux ronchonnements de ces gens. Il se concentra sur le chapeau qui dansait, bien loin devant lui, et pris la décision qui sauva sa loge pour le spectacle : il se fraya un chemin à la force des épaules, tâchant de garder la tête basse, une main sur le mouchoir qu’il avait sortit, le plaquant contre la partie inférieur de son visage : les insultes montèrent derrière lui, mais il se garda bien de se retourner : les chances qu’on l’air reconnu étaient minimes, voire extrêmement faibles, et il ne devait pas laisser filer le cafetier. Il releva la tête un bref instant, pour vérifier, et constata – à sa grande satisfaction et son grand soulagement – que le chapeau n’était pas très loin devant. Il obliqua à droite, ferma ses tympans aux râles et aux injures qui lui pleuvaient dessus – en plus de la bruine qui avait entreprit de se glisser dans son col, et lui glaçait la nuque. Les injures s’apaisaient assez rapidement : le public amassé là avait bien d’autres préoccupations.

Il fût violemment arrêté … par la corde qui séparait le public de l’espace réservé aux journalistes. Il n’y avait que deux rangées de personnes devant lui. N’ayant pu faire que cette constatation, il sentit qu’on le saisissait par les épaules d’une poigne ferme – mais c’était une habitude, d’empoigner les gens comme ça, ce soir ?

« Hé la, Monsieur ! Cette section est réservée ! Pas de carton, pas d’entrée. Et si vous vous acharnez, y’a encore de la place là-dedans ! »

L’Agent désigna du menton les murs de la prison. Kolin s’octroya quelques secondes pour apaiser sa respiration, et, levant les mains pour marquer son innocence, tenta de s’expliquer. Derrière son accent et son ton chaleureux, les tremblements de sa voix disparaissaient fort à propos.

« Veuillez avoir l’amabilité de m’excuser, Monsieur. C’est une regrettable méprise … Je ne cherchais en aucun cas à contrevenir à vos ordres, j’ai simplement été quelque peu … bousculé. »

Le chapeau avait disparu. Les regards des journalistes s’étaient tournés vers lui – voilà quelque chose qu’il aurait préféré éviter.

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Dernière édition par Kolin Olčeska le Mer 15 Aoû - 6:37, édité 1 fois
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Catharina de Fréneuse
L'enfant reconnaît sa mère à son sourire.
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 9 Aoû - 9:52

Voir Madame Pentois arriver parmi la foule me fit chaud au cœur. Je me détachai de mon mari, comme une libérée et jouai du coude pour rejoindre la dame. L’époux, presque vexé, croisa les bras mais ne manqua pas de saluer Marie-gilbert d’un signe de tête, froid. Un sourire se dessina sur mes lèvres, le premier depuis des lustres, à vrai dire. Mes mains attrapèrent les siennes, comme si je craignais que la foule m’emporta avec elle pour m’écraser entre ces gens de basse vie. « Oui, bien sûr ! » Je jetai un regard sur le côté, ce regard qui voulait dire que plus lui que moi tenait à être sur la Place de la Roquette ce matin. À quelques pas, Monsieur était resté le coup tendu, attendant la moindre nouvelle sur l’exécution qui, selon lui, se faisait ridiculement attendre. Pour ma part, qu’il y ait un mort ou non, ça ne me faisait rien.

Je me permis de replacer le chapeau de Madame et le remis bien droit, alors que celui-ci avait été tout particulièrement secoué par la brusquerie de la foule. Alors que je baissai les yeux du chapeau, j’entendis quelques murmures. « Avez-vous entendu, Madame ? » Je tournai la tête, distraite, et tentai de savoir d’où la source de ces affirmations venait. Je fronçai les sourcils, contrariée, presque paniquée. « Un homme, là… À l’instant, il vient de dire que… » Je fis quelques pas sur moi-même, mais ne vit que des personnes quelconque. « …Dans le faubourg, un carnage ! » J’hochai la tête, comme pour appuyer mes dires, tout en m’assurant que mon mari ne s’était pas trop fait poussé par la foule, je ne voulais pas me retrouver seule, après tout et aussi, il me traiterait sûrement d’épouse sénile, si je lui disais ça, à lui. « …Rassurez-moi, Marie-Gilbert… Je souffre de démence, n’est-ce pas ? » Un poseur de bombe qui s’échappe ! Pour sûr, s’il voulait faire exploser le plus de personnes possible, il n’aurait qu’à jeter une jolie bombe dans la foule. Je n’étais pas très douée, avec ces histoires de crimes, à vrai dire, il était encore étonnant que le nom de Renaud Berger ait évoqué un souvenir à mes oreilles.

Puis, surprise par un homme de la foule, je contournai Madame pour me dissimuler derrière elle, craintive. « Pardonnez-moi, Madame, mon amour des foules se manifeste, visiblement. » Malgré ces maigres excuses, je ne bougeai pas de ma « cachette ».
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Jules Spéret
La perfection n'existe que dans mon miroir
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Dim 12 Aoû - 22:57

Décidément, on n'arrêterait pas Alfred Athys dans son élan de plaintes aussi âcres que rogues. Malheureusement. Lui enfoncer son chapeau melon d'Angleterre (le vaudeville ou l'objet, au choix) dans la gorge aurait volontiers fait partie des projets immédiats de l'éditeur, si cette image n'avait justement pas été digne d'un ressort comique vaudevillesque. Et comme Jules Spéret ne tenait pas vraiment (vraiment pas, dirions-nous même) à s'abaisser au niveau de son vis-à-vis aussi illustre et imposant que méprisable, il était bien contraint de s'abstenir, malgré qu'il en ait. Il n'était pas un Alfred Athys, lui, et cela se voyait on ne peut mieux : chacun des deux hommes étaient digne de figurer avec "avantage" (si l'on peut parler ainsi) dans l'une des oeuvres de leur milieu. Après tout, Athys n'était-il pas l'archétype même de l'écrivain, celui que les bonnes gens de Paris couvrent d'honneurs et dont la fatuité pallie l'incompétence fondamentale, dont le ventre cache le vide absolu de la personne ?

" Et je doute m'aventurer un jour chez vous, au milieu de vos gens respectables, en effet... Quoique, ce pourrait être d'un certain... comique de circonstance, dirons-nous ? "

C'est que ce pauvre Athys était si prévisible, avec sa subtilité pachydermique ! L'éditeur l'aurait vu venir du Nouveau Monde que c'eût été pareil. Il ne s'opposait pas à l'idée, cela dit : passer pour ridicule aux yeux des gens ridicules, n'était-ce pas un bon moyen de se mettre en valeur aux yeux des gens respectables ? Après tout, l'on reconnaissait le génie à la coalition des imbéciles qu'il suscite autour de lui... Non pas qu'il ait la prétention de se prendre pour un génie, d'ailleurs. Il se contentait de dénicher et de publier des auteurs talentueux voire géniaux. Nuance.

Se détournant d'Alfred Athys, Jules Spéret accueillit à bras ouverts un Maximilien un peu en retard, lui fit servir un café, s'en offrit un également, y trempa les lèvres, commença par faire la moue - pouah ! mais qu'est-ce donc que ça ? -, puis sourit bien largement. Après tout, n'était-ce pas ça, les joies du reportage ? Le café du bohème lambda ? Allez, il fallait en profiter !

Il savourait ce premier café tout en discutant avec ses collègues, lorsqu'il sentit une ou deux gouttes lui tomber sur le nez, tomber dans son café, tomber à ses pieds. Et zut ! Voilà qu'il pleuvait, maintenant... Avait-il un parapluie sur lui ? Non. Bah ! L'exécution aurait lieu bientôt, après tout ! Pas besoin de se plaindre du temps, on ressemblerait trop à l'autre vaudevilliste ou à quelque gros bourgeois ridicule du même tonneau... L'éditeur s'en accommoderait bien, de la pluie ! Il n'était pas en fer, que diable !

Quelques instants seulement s'étaient écoulés que déjà, la tasse de café était vide. Qu'à cela ne tienne ! L'éditeur s'en fit resservir un deuxième, tandis qu'il gardait les yeux rivés sur la guillotine que l'on montait - et sur le carnet à croquis de Maximilien Debongure, s'assurant que le jeune homme faisait on ne peut mieux son travail. Il vit un policier monter sur l'estrade et annoncer tout de go que Renaud Berger avait demandé la grâce du président de la République. Et qu'on ne l'exécuterait pas ce matin.

Ah ça ! C'était trop fort ! Intolérable ! On n'allait tout de même pas vous ôter une exécution comme ça, au dernier moment ? Invraisemblable ! Ah ! Il avait bien choisi son moment pour demander la grâce du président, l'anarchiste !

" Merde ! " laissa-t-il échapper sans veiller à la politesse - de toute manière, il ne choquerait pas trop les journaleux de service... sauf peut-être quelques provinciaux guindés, mais ceux-là, il s'en moquait, et sauf Athys, mais lui n'était pas journaliste. Ah, et peut-être quelques faux journalistes, aussi, mais ça... Ils avaient voulu être au premier rang, ils assumaient les conséquences de leurs actes ! comme entendre des propos grossiers, par exemple.

Et l'éditeur put constater que si tout le monde ne jurait pas aussi outrageusement que lui, bien des assistants n'en pensaient pas moins. Celui qui semblait prendre les choses à la légère était le cafetier, qui chantonnait un petit air où il était question d'une tête manquante. L'éditeur prit une pièce dans sa poche et voulut s'en servir pour payer l'étrange garçon, duquel il comptait bien tenir quelques informations supplémentaires : "Qu'entendez-vous donc par là ? " Mais las ! le garçon avait déjà pris la poudre d'escampette, refusant même le payement sous prétexte que la foule lui devait déjà trop.

Hein ?
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Elke von Herzfänger
Un jour je serais, le meilleur dandy, je moustach'rai sans répit
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Lun 13 Aoû - 7:10

- Vous êtes un jeune homme bien sous tous rapports et pourtant je ne vous ai jamais rencontré. D'où venez-vous, Monsieur ?

L’homme lui avait adressé la parole profitant que le garçon se soit retourné et leur regard croisé. Alors que l’allemand se sentait important et se réjouissait mentalement, un désagrément vint s’ajouter – comme s’il n’y en avait pas eu suffisamment jusqu’alors – sous la forme d’une goutte de pluie qui s’éclata sur son front lisse et innocent. Bien sûr, il ne manquait que la pluie… assez maligne pour arriver à toucher la peau du jeune dandy alors qu’il était coiffé de son plus bel haut de forme. Sûrement une vile alliance avec le vent… Il essuya la goutte de son index ganté et, comme s’il avait fallu l’intervention d’un miracle dilué sous forme liquide, il trouva une réponse convenable à donner au gentleman qu’il avait suffisamment fait attendre :
« Monsieur, vous me flattez. En réalité, je été loin de Paris longtemps. » Il marqua une pause intentionnelle : « Un deuil de famille m’a tenu loin de la capitale pour des mois et des mois. Mais je vous laisse les détails, je ne veux pas être impoli. Je m’appelle Elke von Herzfänger, Monsieur, heureux de vous rencontrer. A qui ai-je l’honneur ? » Conclu-t-il en présentant sa main à l’inconnu avec son plus beau sourire et, bien évidemment, toute la mondanité dont il était capable.

Au loin, il entendait avec satisfaction que Renaud Berger ne serait pas exécuté mais que la fête aurait bien lieu. Il allait enfin pouvoir assister à une mise à mort, et ce n’était pas celle de son favori.
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Charles-Armand de Lonsay
Dandynosaure
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Lun 13 Aoû - 7:55

Pendant tout ce temps, le vicomte n’avait guère bougé que les doigts et la tête, très occupé qu’il était à croquer les étapes de la construction de l’échafaud. Bien qu’il ne fût pas le plus grand dessinateur de Paris et que sa perspective ne fût pas des meilleures – comment pourrait-elle l’être, à quatre heures du matin, lorsque l’obscurité voile tout ? -, il pouvait bien tirer une petite fierté bien légitime des quelques dessins qu’il avait jusqu’alors réalisés avec un bout de crayon et quelques feuilles de calepin. Sans doute Léon de *** serait-il ravi de constater que son "ami", bien que contraint et forcé plus qu'autre chose, s'était attelé à la tâche avec application.

Il soignait ainsi la perspective de son quatrième croquis, lorsqu'un policier monta sur l'estrade. Le premier réflexe du vicomte, ou plutôt de Louis Géricourt, fut de mémoriser rapidement ses traits pour le reproduire sur le papier, ne prêtant au départ pas trop attention à ce que le policier en question racontait. Quelques mots qui frappèrent son oreille suffirent cependant à lui faire progressivement relever les yeux de son carnet, d'abord pour mieux prendre note de la dégaine du policier - ou pour faire semblant de le faire -, puis pour hausser les sourcils d'un air interloqué.

Comment ça, il n'y aurait qu'un mort ?

Le vicomte ne pensait certes pas à l'opinion de ses lecteurs fictifs du Soir d'Alençon, auxquels un deuxième corps ne manquerait certes pas. Il pensait à ce que dirait Léon de *** de ce retournement de situation imprévu, surtout que le demandeur de grâce était précisément l'anarchiste, celui dont la mort serait sans doute la plus spectaculaire ! Quoique, celle de l'acteur pouvait bien se montrer intéressante aussi... Il pensait aussi et surtout à la réaction de la foule, à la perspective d'avoir un criminel à nouveau en liberté, à la possibilité de voir réitérer l'attentat du d'Harcourt, si jamais la grâce était accordée par M. le président et que le criminel parvenait à s'échapper *... Que de joyeuses perspectives, en somme ! Tenant d'une main cahier et crayon, il rajusta sa cravate - une cravate nouée à l'actuelle, en plus, pas sa lavallière habituelle... -, frissonna un peu, sentit une goutte de sueur lui glisser le long de la tempe. Il avait comme un drôle de pressentiment...

Comme pour confirmer ses craintes, quelques gouttes bien froides tombèrent sur son carnet, laissant une petite trace d'eau sur le papier. Notre journaliste prétendu, craignant de gâcher ses beaux dessins, rangea vite fait son carnet dans la poche intérieure de son manteau de laine - au moins, la pluie mettrait un certain temps à le tremper tout à fait - et déploya le parapluie qu'il avait eu la bonne idée d'emmener avec lui, estimant sans doute qu'un journaliste normand devait bien être doté de ce genre d'accessoires... Alors qu'il tâchait de le maintenir tout en employant encore son carnet à dessin, un exercice quelque peu périlleux pour un plumitif néophyte, il entendit la foule gronder un peu dans son dos, bien plus qu'il ne l'aurait souhaité. Lui-même ne put retenir quelques jurons agacés - plus pour faire illusion qu'autre chose. Son esprit était un peu ailleurs.

En effet, de quelques gouttes d'eau plus ou moins inoffensives, on était passé désormais à une belle et lourde pluie d'été, qui ne manquerait pas de noyer la place si on la laissait faire. Or, l'exécution était dans une heure, un peu moins maintenant, etle vicomte n'avait pas du tout l'habitude de rester dehors comme ça ! Comme il regrettait sa voiture fermée, le confort de sa chambre, et combien il regrettait de s'être lancé dans cette aventure ! C'était un coup à tomber malade, à n'en point douter... Voilà qui gâcherait bien sa villégiature prochaine ! Ah ! maudit Léon ! Il se ferait un véritable plaisir de lui annoncer que l'événement qu'il attendait tant avait été amputé de moitié, tiens !

Et c'est en ressassant ces agréables pensées que le vicomte de Lonsay passa les minutes suivantes, les gouttes de pluie succédant aux gouttes de pluie, les tentatives de croquis succédant aux tentatives de croquis sur des feuilles humides et qui ne tarderaient certes pas à gondoler tout à fait.

La peste soit de Léon de *** !

Citation :
* Techniquement très difficile à l'époque, vu le fonctionnement des prisons, mais le vicomte est sans doute un peu paranoïaque... et ne connaît pas le fonctionnement de la prison en détail, accessoirement.
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Pierrot Lunaire
La bouche clownesque ensorcèle comme un singulier géranium
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Lun 13 Aoû - 12:58

Eugénie Landreau

Gaspard s'exécuta de bonne grâce et ouvrit, non sans fierté, son fidèle parapluie qui l'accompagnait de jour en jour ... Ah pour sûr qu'il était important, tout d'un coup, avec son noble objet ! Sa joie retomba un peu quand il vit Ninie mal à l'aise. Il chercha des yeux ce qui pouvait bien l'ennuyer. Elle semblait appréhender quelque chose, mais lui, pauvre bonhomme, comprenait pas de quoi il s'agissait.

- Ess'qu'elles te gênent, les Madame ? On peut partir, si tu préfères ... Mais en même temps, ça pass'ra vite, là.

Surtout quand on avait le Luneux pour compagnon ! Gaspard s'apprêtait déjà à lui donner des nouvelles de la rue mais il remarqua les regards envieux des dames vers son parapluie. Lui vint alors une idée :
- On s'abaisse à monnayer not' trésor ou on les nargue, ces dabuches ? Je roule pas sur l'or, mais ça m'f'rait bien rigoler qu'on pavane devant ces poulettes toutes mouillées ...

Il leur adressa un grand sourire puis, se tournant vers Ninie, il reprit la conversation. Il lui parla du temps, lui demanda de ses nouvelles, la poussa à lui parler de sa nouvelle place ... Puis, alors que la foule se clairsemait un peu, il s'exclama, bien heureux :

- Les bourgeois ont pas l'courage d'leur curiosité, tu vois ! On avance un peu ? Si t'a peur d'voir, tu t'cacheras sous le parapluie, et je te raconterai ...

Et il lui offrit son bras, galant, sous son feutre déformé.


~ * ~

M. Nuvolari

Répandre cette triste rumeur ne semblait pas une bonne idée. M. Nuvolari parvint certes à recueillir l'attention autour de lui - assez pour ne pas remarquer que le vieil homme devint blanc comme un linge, lorsque le vagabond au café lui glissa quelque chose à l'oreille. Une dame bien portante s'exclama d'une voix de crécerelle :

- Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu ! Qu'ess'qui va nous arriver ? Il a raison, on va tous mouriiiir, on va tous mou ... !

Elle fut interrompue par la gifle magistrale que lui appliqua l'homme qui se tenait à ses côtés..

- Mais te vas t'taire, la Marie, au lieu de répéter les premières fouilles que t'as entendu ? J'vas t'ramener à la maison, moi, tu va voir c'que tu vas prendre si te continues à beugler comme ça !
La Marie se tut, craintive, étouffant ses sanglots. Son raffut avait cependant alerté l'agent qui surveillait la zone. Plus cela venait, plus il tendait l'oreille. Preste, il demanda à son collègue de s'approcher et passa sous les cordes. Sans un regard pour le couple malheureux, il s'approcha de M. Nuvolari.

- Vous allez me suivre, Monsieur. L'ivresse publique est un délit. Je vous conseille de garder le silence.

Et, digne dans son uniforme, il s'adressa à la foule, d'une voix rauque :

- Lionel Sylvande sera bel et bien exécuté dans une heure. M. Renaudot assiste aux préparatifs en ce moment-même, et nous pouvons témoigner de sa présence.

M. Nuvolari termina sa soirée dans une cellule de dégrisement. Il sera relâché à huit heures du matin, bien après la décapitation. Pendant ce temps, l'homme aux favoris en avait profité pour disparaître ...

~ * ~

Madame Ainsworth

Madame Pentois sourit quand son amie réajusta son chapeau. Son sourire s'évanouit bien vite, cependant, lorsque Madame Ainsworth lui fit part de ses craintes. Elle chercha alentours l'imbécile qui avait répandu cette rumeur. Madame Pentois émit même un claquement de langue réprobateur, secouant la tête - et son chapeau vacilla dangereusement ... Se tournant vers sa timide amie qui se cachait un peu derrière elle, elle répondit d'une voix douce :

- Allons, ne faites pas la folle. Ces gens-là racontent n'importe quoi, nous ne risquons rien ... Et voyez, toutes les forces de police de Paris sont là ou presque, on pourrait difficilement s'attaquer à nous !

L'arrestation d'un fauteur de troubles par un agent, non loin de là, vint confirmer ses dires. Elle ajouta, triomphante :
- Ah, vous voyez ? Qu'est-ce que je vous disais ? Un agité pas très loin de nous vient de se faire arrêter ... Ne vous inquiétez donc pas, ma chère, dans une heure, tout sera fini, et vous pourrez rentrer tranquillement chez vous pour bientôt retrouver vos enfants.

Mais la pluie s'invita à son tour ... Heureusement, Madame Pentois dégaina un parapluie d'on-ne-sait-où et le proposa à Madame Ainsworth. Tandis qu'elle s'exécutait, un vieil homme, raide dans son costume, les favoris broussailleux, s'était approché, visiblement gêné par l'agité que l'on emmenait au loin. Très pâle, renfrogné, il murmura :

- Sales voyous, vagabonds à la manque ... C'est plus calme, ici ...

Et il demeura, sans plus mot dire, l'oeil fixé sur la porte de la Roquette, tandis que la pluie s'intensifiait ...



~ * ~

Monsieur de Lonsay, Messieurs Spéret & Debongure, Monsieur Olceska, le Zozio

M. Athys eut une moue dédaigneuse et haussa les épaules lorsque son interlocuteur parla de comique de situation. Il fatiguait un peu : rester immobile de façon aussi prolongée n'était pas dans ses habitudes ... Il garda le silence quelques temps, scrutant les alentours. Il écarquilla les yeux lorsqu'on fit l'annonce officielle et entendit distinctement le juron de son voisin ...

- Pour une fois, Monsieur, nous sommes d'accord ...

Il frissonna cependant dans son gilet, maugréa contre le temps (que voulez-vous, c'est le personnage !) et prit tout de même son mal en patience ... Il tenait trop à voir l'exécution. Cependant, un homme se brisa contre le rempart d'agents qui séparait la zone de presse du reste de la foule. M. Athys regarda ce nouvel élément perturbateur avec attention. Il sembla hésiter un instant ... Puis il s'adressa à l'agent qui retenait M. Olceska.

- Vous êtes un philistin, mon petit Monsieur, vous adresser comme cela à l'ancien directeur du Théâtre National de Prague ! - Et, lui glissant très discrètement quelques francs, il lui glissa : Laissez-donc passer mon collègue, je vous en serais reconnaissant.

L'agent s'adoucit alors et laissa passer furtivement l'intéressé, non sans déclencher quelques protestations alentours. Mais les récriminations se calmèrent bientôt, comme dessins à la craie lavés par la pluie ... Athys salua son nouveau compagnon - " Bonjour, M. Olceska, je suis surpris de voir que vous n'aviez pas pris vos dispositions ... " - et l'attente recommença, entre conversations inintéressantes et silences pesants.


~ * ~

M. von Herzfänger

Notre élégant examinait son interlocuteur avec étonnement. L'accent sembla le surprendre un temps, mais il n'en dit rien. Ce qui l'étonnait davantage, c'était l'explication que ce maladroit jeune homme avait tenté de lui servir. M. Hasard secoua la tête et répondit tout de go, presque sec :

- Monsieur, ne vous justifiez pas. Il est clair que si je ne vous ai jamais vu, c'est parce que vous n'êtes pas de la même société que moi.

Il lui serra cependant la main, furtivement.

- Je me suis tout d'abord demandé si vous étiez juif, mais vous n'avez pas leur physionomie. Vous venez de Bavière, n'est-ce pas ? La famille de Madame de Lambresac avait une maison là-bas, autrefois ... Elle la vendit après 1870, à un vulgaire industriel qui avait la folie des grandeurs ...
Il s'arrêta un instant, songeur, presque triste ... Puis il reprit, avec sérieux :

- Mon nom a bien peu d'importance. Sachez simplement que je viens pour rendre compte de ce grossier spectacle à des gens qui ne s'abaisseront pas à le voir. Je ne sais moi-même que leur décrire ... Que leur diriez-vous, de cette interminable nuit ... ?

La pluie qui tombait, fine et fraîche, et gouttait sur le rebord de son chapeau ne semblait point le déranger outre mesure ...


~ * ~

Tout le monde

Cette dernière heure d'attente fut horriblement longue, il fallait bien l'avouer. Certains, découragés par le temps qui se gâtait, quittèrent même la place, et la foule évoluait, toujours mouvante ... Sans doute eûtes-vous l'occasion d'avancer un peu, pour mieux voir ... Les conversations se raréfiaient, peu à peu, comme si la foule faisait silence en sentant la Mort approcher. La pluie, peu avant quatre heures, s'arrêta à son tour. Les minutes s'écoulaient, avec une lenteur effroyable et le temps semblait avoir suspendu son vol. Mais bientôt quatre heures sonnèrent, à une église voisine. On s'agita. Mais personne ne bougeait encore ... L'on attendit, l'on s'indigna. M. Renaudot s'avança de nouveau et lança, fermement :

- Le condamné à mort arrivera incessamment sous peu, je vous demande de garder votre calme..

Puis il se posta de nouveau devant la porte, les yeux au ciel, comme s'il attendait quelque chose. Un jour timide commençait à poindre et baignait la place d'une lumière plus douce ... Les dalles mouillées brillèrent faiblement, éclairées par l'aurore. C'est alors qu'un lourd grincement se fit entendre ... Les portes de la Grande Roquette s'ouvraient.

Citation :
Note de la Modération RP ~ Cela vous semble un peu tôt pour le lever du soleil ? C'est normal, nous sommes aujourd'hui décalés de deux heures par rapport à l'heure solaire (en été), ce qui n'était pas le cas à l'époque. Lionel Sylvande prend le relai, il est fortement conseillé d'attendre son post avant de répondre. Et n'hésitez pas à utiliser le sujet d'organisation si vous avez des questions !

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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mar 14 Aoû - 6:14



Trois heures. Une femme est venue, pâle, en grand deuil et elle m'a renvoyé l'image de ma mort future. Qu'est-ce que j'ai bien pu lui dire ... ? J'ai joué, je crois, j'ai ramassé les gravas de ma dignité - ils jonchent la cellule, comme après une explosion ... Je me suis coupé aux éclats. Il me semble avoir déjà oublié ce qu'elle a dit. Rien n'est clair. Les heures me semblent aussi vagues qu'elles l'étaient avant une première. J'avais l'impression d'avoir tout oublié, jusqu'au texte que j'avais appris et répété pendant des semaines. Et sur scène, cela revenait, comme si le corps savait ce qui lui restait à faire et prenait tranquillement le relai ... Aujourd'hui, je sais pas ce qu'il en sera. Plus de texte à réciter, plus de faux-semblants à maintenir, plus de jeu ni d'applaudissements. Plus rien, il n'y a plus rien.

J'ai attendu, j'ai tourné de long en large dans ma cellule, j'ai voulu vivre, j'ai voulu mourir - tout de suite ! - sans attendre, j'ai pensé, bêtement, à fuir ... Mais pour aller où et à quoi bon ... ? Ma vie n'est qu'une longue - trop longue - capitulation. Trop faible, trop fragile, j'ai épuisé mes forces dans une bataille trop lourde pour moi et me suis laissé prendre, doucement, parcelles par parcelles, aux tentations extérieures. Je ressemble à ces hommes domestiqués des colonies, ces forces de la nature, d'esprit bien simple, qui se sont laissés acheter et se sont endormis, comme de grands fauves qu'on a gavés. Je suis un homme stupide, je suis un animal de foire.

Trois heures, le temps n'avance plus. J'ai entendu les trois coups sonner à l'horloge. Ils sonnent encore ... Cinq minutes ont passé, scandées par ma respiration - hâtive, oppressée. Dans deux heures, tout sera fini. Je l'ai imaginée tant de fois, cette scène et pourtant ... Cela me terrorise toujours autant. Dans un heure, l'aumônier viendra. J'ai pas voulu prier Dieu pour mon salut. Point de salut pour les gens comme moi. La perspective de l'enfer m'aurait pourtant fait moins peur que ce néant qui me cerne déjà ... A chaque pas, il me semble que je vais tomber ... La porte grince - cliquetis de clés. Je lève la tête. Encore ? Il n'est pas l'heure. La petite tête pâle de l’aumônier apparaît, dans l'entrebaillement. Il n'est pas l'heure ...

- Mon fils, l'heure est avancée. Voulez-vous faire la paix avec Dieu ?

Un frisson me glace. Je porte la main à la petite croix qui pend toujours, lamentable, à mon poignet. C'était la dernière abdication, celle qui empêchait toutes les autres. Je serre les poings, secoue la tête, doucement ... J'ai perdu ma violence, j'ai perdu ma rage. Ce prêtre et ses grands yeux clairs, son air désolé de carton-pâte, sa petite sincérité gentillette, je lui parle avec douceur alors que j'ai toujours haï les gens d'église. Je me fais l'effet d'un saint martyre, orgueilleux la veille, et qui pardonne - grandeur christique - à la vie décevante, aux voyous, aux larrons ... J'ai vu le mal ailleurs.

- Non, mon Père, nous sommes brouillés depuis trop longtemps.

Il proteste, arguant qu'il n'est jamais trop tard, et que seule la sincérité ... J'ai haussé les épaules et me suis levé. J'ai posé ma main sur son bras, comme pour le rassurer. J'ai serré fort, comme pour me préserver d'une chute.

- Allons-y, mon père. Votre présence me rassure, mais c'est parce que je vois l'homme et non Dieu. Cessez de me parler de l'après, y'en a que ça rassure, moi c'est le contraire ... Et il y a de la cruauté à parler de ça à un homme qu'on prive de messe, n'est-ce pas ... ? Mais restez avec moi, si vous le voulez bien ... Cela me fera du bien.

Fort de cet aveu, j'ai suivi les pas de l'homme en noir, bercé par le froissement de la lourde étoffe de la soutane. Ca me rappelle le bruissement des jupons de cette femme, qui était venue - que tout cela me semble loin ... J'entre dans une pièce blanche, minuscule, on m'indique une petite chaise de paille. On me tend de l'eau pour me rafraîchir - on ébauche une toilette funèbre, mais grossière erreur, le défunt est encore en vie ... Puis je sens un contact froid sur mon crâne ... Je vois des mèches de cheveux tomber devant moi. On me rase. C'est quand j'ai senti ce contact froid, inhumain sur mon crâne que j'ai compris. Je ne mangerai plus, je ne parlerai plus à un ami - quel ami ... ? -, ne fumerai plus que la cigarette du condamné à mort, ne toucherai plus jamais une femme ... J'ai repensé, dans un frisson, à l'anisé que j'avais bu, en toute insouciance, au cabaret, le soir de l'arrestation. Et je me suis demandé, pitoyablement, ce que ça aurait changé si j'avais su que c'était mon dernier verre ... Question stupide. Un coup de ciseau déchire ma chemise,

- Une cigarette ?

Je sursaute presque. Je cherche des yeux celui qui a proposé - je ne sais pas qui a parlé. Répondre dans le vague, l'oeil au large :

- 'Pas de refus.

Et ils me laissent avec le prêtre, dans une petite cour aux murs trop hauts - un carré de ciel, où deux oiseaux planent ; mauvaise augure. Le père fait les cent pas, l'air presque aussi inquiet que moi. Je passe la main, machinalement, sur mon crâne nu. J'essaie de m'imaginer, rasé, l'oeil cave ... Je sais plus qui je suis. Je fais durer la cigarette. Soudain, des gouttes froides me tombent sur le crâne, je lève les yeux. Le ciel s'est assombri. Pleuvra-t-il pendant ... ? Bientôt la cigarette est jetée - tas de cendre. Je l'écrase, machinalement, du bout du pied. Dernière étincelles, tristes et froides, étouffées dans la cour aveugle. On vient me chercher ... Je presse le bras du prêtre, je serre les dents. Mais je ne pleure pas et je reste, lucide et ferme - ... autant que je le peux. C'est mon dernier orgueil, plus dérisoire encore que les autres. La croix de la Noiraude pend à mon poignet, je sens le lacet sur ma peau, les petits coups du crucifix alors que je marche ... Mon esprit oscille selon ce rythme-là, ivre, malade ...

- Vous avez peur ?

- Oui.

~ * ~

J'ai avoué mes crimes, mes croyances, mes faiblesses. Qu'importe le reste. On m'emmène encore. Des gardes m'entourent. L'aumônier réitère sa demande, je secoue seulement la tête, mécaniquement ... La grand'porte s'ouvre, dans une lenteur effroyable. Il fait jour, la pluie s'est arrêtée. Je vois, droit devant moi, la guillotine.

- Eh bien, c'est donc fini ...

C'est un murmure qui m'échappe, comme un sanglot trop longtemps retenu. Dans mon ventre, une douleur sourde, sourde ... Et puis, pendant que j'avance, je vois la foule. Je reconnais des visages - celui d'Athys, de Spéret, de la Forestière ... Des yeux sévères, haineux, curieux - des yeux qui veulent rien dire. Je reste sans voix. Berger, qu'on a exécuté avant moi a dû dire les grandes choses, je prends pour tout bagage un silence inexorable ... On m'arrête devant la guillottine. Je n'arrive pas à m'empêcher de jeter un oeil au panier d'osier, ouvert, où repose déjà un corps ... Il est vide.

- Où est Berger ?

- Pas exécuté ce soir, il a fini par demander sa grâce.

- Quoi ?!

J'ai un arrière-goût amer dans la gorge. Lui qui semblait s'en f**** de tout, qui s'était lancé, à corps perdu, plus que moi-même, dans une cause en laquelle il croyait - ... plus que moi-même ? - il avait donc renâclé ... ? Mon corps s'affaisse un peu, je perds le contrôle. Je dois être bien laid à voir ... plus encore que lorsque Madame Le Roux a visité ma cellule - est-elle là, cachée parmi tous ces visages ... ? Et puis une pensée m'envahit, avec sa triste ironie.

- Je suis redevenu le clou du spectacle, n'est-ce pas ... ?

Et un rire, un pauvre et léger petit rire, qui tient du sanglot - et les larmes y sont, hélas - me submerge. Je mourrai donc avec le sourire des aliénés ... ? Le bourreau me pousse, avec douceur, vers la planche de bois. On m'y attache, avec des gestes qui tremblent. Pas de dernier mot - en demande-t-on, à un anarchiste ... ? Je crie pour la forme - Vive l'Anarchie ! - parce que c'est dans mon esprit qu'elle s'est installée, l'anarchie ... Renversement de toutes les valeurs ! Renaud sera content, j'ai fait le travail pour lui. On me bascule - vertige. Je suis allongé sur le ventre, les cordes me pincent. Je laisse glisser le lacet de la petite croix de bois et la dissimule dans ma paume ... Je serre le poing. Pincement de la fenêtre sur la peau du cou. C'est fini, n'est-ce pas, c'est bien fini ... ? Je pense au regret - je n'ai pas le temps d'en avoir - aux visages entraperçus ... Dans ma ligne de mire, les copeaux du panier ... Je serre la croix, de plus en plus fort. Elle me fait mal. Je ne les vois plus, alentours, mais je les entends. Le temps a ralenti sa course. Fin de l'histoire, dernières mesures de musique. Et je quitterai la scène sans salut ni rappel. J'ai peur. Je sens le bourreau s'approcher, il tend sans doute la main - j'ai peur, mais je ne dirai rien. Silence ! Le silence, c'est là tout ce qu'il reste ... De l'art, de mes rêves, des mes illusions. Rien n'a de sens. Je croyais pouvoir, j'ai mal cru. Et je suis la victime expiatoire du Rien ... Faire la peau de Dieu, faire la paix avec moi-même - si seulement ... Non, il n'y a plus rien. Rideau.

Noir, sciure. Bruit vague d'un petit objet de bois que le main a laissé échapper. Noir.

Soleil cherche futur.

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Eugénie Landreau
Ninie-La-Noiraude
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 16 Aoû - 11:34


    Gaspard savait ramener un peu de soleil parmi la grisaille de Paris - il régnait comme une douce chaleur sous le parapluie. Celle de la pure amitié, de l'entraide entre désœuvrés de la vie. Ninie se forçait à sourire pour ne pas inquiéter le vieil homme. Elle devait cacher ses blessures, garder la tête haute.

    — J'crois pas qu'elles nous donnerait un sou, t'vois. Autant s'la jouer prince.

    Maigre boutade contre la société mais c'était mieux que rien. C'était sa manière à Ninie de se rebeller contre cette société qui allait lyncher un ange de bonté. Pour sûr elle connaissait pas assez Sylvande, mais de ce qu'elle en avait vu c'était pas un mauvais bougre. Y méritait pas cette mort en public, honteuse.

    Alors qu'elle suivait Gaspard qui traçait un sillage dans la foule avec son parapluie, Eugénie repensa aux derniers mots de Sylvande. Lancés un soir sur le parvis de Notre-Dame.

    Paris mange ceux qui ne sont pas assez forts pour elle, il faudra se battre !

    Est-ce que cela avait été une réplique anarchiste ? Eugénie l'avait accueilli comme une promesse de renouveau - et sa vie avait alors bien changé. Aurait-elle pu sauver cette âme si elle avait rattrapé Sylvande, si elle lui avait parlé, avait joué le rôle de confesseur ? Avec des "si" l'on mettait Paris en bouteille.

    La foule bruissa, chercha à se taire - l'on criait "chut !" comme lorsqu'un spectacle allait bientôt débuter et que les rideaux se levaient. Et quel spectacle ! Il en tira des larmes à Eugénie qui plaqua ses mains sur sa bouche pour ne pas crier. Sylvande n'était plus qu'un spectre au regard perdu, à la mine blanche - un mort sorti de la tombe.

    J'dois regarder. J'le dois.

    Sans cette litanie Eugénie serait déjà repartie loin de tout cet enfer, des regards avides de sang qui se tendaient vers la Veuve. Elle devait regarder jusqu'au bout pour ne pas oublier cet homme, pour lui rendre hommage. Pour jouer le rôle de famille car, Eugénie le sentait, ce garçon allait mourir seul si elle ne l'accompagnait pas.

    Un éclat vif. Le bruit de la lame qui s'abat. La curée cria, heureuse de voir le sang, de voir la tête finir dans le panier.

    Eugénie elle pleurait. En silence, les larmes coulaient. Elle n'avait pas détourné le regard. Elle voulut avancer - pour quoi ? Elle ne savait pas elle-même. Serrer un corps sans vie, embrasser des lèvres froides, courir pour offrir son cou à la Veuve ? Ses sabots cognèrent contre les pavés deux fois avant qu'elle ne tombe. Trop d'émotions avaient étreint son coeur, elle ne pouvait plus se lever. Elle n'était même plus consciente. Les femmes sont si fragiles et si promptes à tomber dans les vapes.


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Charles-Armand de Lonsay
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 16 Aoû - 11:51

L'instant fatidique était arrivé.

Le condamné arrivait. Cris de la foule. Cris de haine, cris de vengeance, cris de tristesse, aussi... Était-ce vraiment une liesse populaire ? Non. C'était une exécution. Et la surexcitation qui allait avec. Louis Géricourt tendit le cou pour mieux voir l'arrivant, pour saisir ses traits angoissés. Les traits de l'acteur qu'il avait été autrefois, il les connaissait... Ceux de l'homme, bien moins.

Quelques coups de crayon esquissèrent le visage du condamné. Les traits étaient flous, la page était gondolée. Qu'importe. L'heure n'était pas au crayonnage. Léon de *** se contenterait de ça. Le condamné était installé, la tête sur le billot. Sa peur se sentait à des lieues. Elle galvanisait la foule. Le monde criait à mort.

Une fraction de seconde suffit. Un éclair, un bruit. Et une horrible odeur, de celle qui vous prend aux tripes et vous retourne le coeur. Le sang qui empeste, le sang qui ruisselle. Le peuple qui crie. Le vicomte eut un haut-le-coeur, tâcha de rester flegmatique. L'odeur, peste ! L'odeur, encore et encore...

Et cette tête, dans ce panier de sciure. Les traits relâchés, sereins, qui contrastent si fort avec l'expression du visage si peu de temps avant. Nouveau croquis, à côté du précédent. Traits précis, par contraste. L'odeur qui disparaît, balayée par l'aurore. Matin d'exécution. Un temps. La foule se calme. Les derniers coups de crayon, la pointe qui casse à la fin. Le dessin inachevé.

Changement de crayon. Dernier crayonnage, celui de la foule autour de la guillotine. Bref, imprécis, esquissé. Pas besoin de plus.

Le cahier retrouva l'abri de la poche.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 16 Aoû - 15:14

La réponse de Marie-Gilbert me fit réfléchir : Si tous les policiers étaient ici, qui donc surveillait Paris ? Mis à part une poignée de policiers frustrés de ne pas pouvoir assister à l’exécution, il ne devait pas y avoir grand force de l’ordre autre part que sur la Place de la Roquette. Le moment idéal pour commettre un crime et disparaitre comme la brise ! Je soupirai, Madame avait sans doute raison, pourquoi me sentais-je besoin de m’inquiéter ? Peut-être qu’un de mes bambins avait trébuché et pleurait toutes les larmes de son corps en serrant son petit genou meurtri et que je le ressentais jusqu’ici, la faute serait donc à l’instinct maternel. Je me demandai néanmoins ce qui était le pire : La prunelle de mes yeux qui pleure ou un criminel en liberté ? La réponse était facile, mais loin d’être rationnelle.

« Oh, vous savez, Marie-Gilbert, ce n’est qu’un agité parmi tant d’autres… » La pluie ne me gênait pas, mais je me glissai tout de même sous le parapluie de mon amie. Levant les yeux au ciel, je scrutai l’étendue grisâtre à la recherche du moindre signe d’orage qui approchait, de tonnerre qui s’apprêtait à vrombir. Dieu seul savait à quel point je détestais cela, les bruits assourdissants du ciel. Spontanément, à l’approche du vieil homme refrogné, je me postai de l’autre côté de Madame Pentois. Sans doute allais-je jouer ce manège jusqu’à ce que la foule se calme. Plus loin, je voyais me mari qui s’était plus ou moins rapproché de la guillotine, les yeux rivés dessus, alors qu’il pestait comme le Diable contre cette satanée pluie.

Désintéressée, voilà ce que j’étais. Je trouvais inutile d’accaparer mes pensées avec un inconnu qui allait mourir, mais le pire était sans doute les commentaires désobligeants qu’on lui faisait, à cet inconnu. À y repenser, quel chanceux, cet homme ! Libéré de ces bêtes parisiennes qui le scruteraient jusqu’à ce que sa tête roule dans le panier, libéré des maladies, de la faim ! Lionel Sylvande, celui qui restera encré dans les souvenirs comme celui qui a fait exploser un opéra en pleine représentation ! « Ah ! Tous ces bruits, c’est… Horrible ! » Je portai mes mains à mes oreilles, la foule devenait beaucoup trop bruyante pour ma frêle nature. Je levai le visage et regardai le criminel se pencher sur le coupe-tête, flou. L’on bougea, là-bas, flou. La lame oblique tomba, d’un coup, flou. La fatigue me fit lâche un bâillement –au mauvais moment, il fallait l’avouer- et je rebaissai les yeux pour jouer avec le bout de mes gants. C’était fait. La tête, immobile, dans le panier.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Sam 18 Aoû - 22:04

Jean était arrivé trop tard pour entendre l'annonce qui avait été faite au sujet de Renaud Berger. Il avait senti la foule légèrement nerveuse, mais attribua cela au mauvais temps et à la lassitude de l'attente. Il prit son mal en patience. Et puis l'heure arriva. La porte de la Roquette s'ouvrit, lentement, et Jean put voir distinctement - il bénit alors sa haute stature et sa bonne vue - Lionel Sylvande sortir de la prison. Il avisa ses voisins :

- Dites-moi, Berger passe après ? Je croyais que c'était l'inverse.

- Non, Monsieur, Berger, il viendra pas. Il a demandé grâce, qu'ils ont dit. Elle sera sûrement refusée, mais ça lui fait un sursis.

- Ah, c'est embêtant, ça ... Merci, Monsieur.

- Pourquoi embêtant ?

- Mais parce que c'était celui que je voulais voir ...

L'homme eut l'air interloqué, chercha quoi répondre mais se ravisa parce que Sylvande approchait. Et au fond, le bonhomme avait raison d'être assez surpris : Berger ou Sylvande ... Tous deux avaient bouleversé pour une part la vie parisienne - et celle de Fréneuse. Jean avait simplement mis de côté, pour un temps, la tristesse de l'ami perdu, parce qu'il avait lui-même frôlé la mort. Et cette opportunité lui avait été offerte par un homme qu'il avait eu l'heur de rencontrer la veille ... Hasard malheureux de la vie de noctambule, tout à fait symbolique, à en croire Gabriel. Mais à présent qu'il se trouvait là, en place et point trop mal placé, Jean regarda l'acteur, pâle, émacié, la tête nue - méconnaissable - qui s'était avancé vers le billot. Quelque chose dans son regard, lui rappela alors cette fameuse représentation du huit février, où Jean l'avait trouvé si mauvais. Il y avait quelque chose qui n'allait pas ce soir-là, mais il n'aurait jamais songé que c'était l'attentat à faire qui préoccupait ainsi notre homme. Jean n'avait jamais douté de la culpabilité de Lionel Sylvande mais cette pensée le glaça : Sylvande était sur scène, tout le monde le savait. Mais cela impliquait qu'il y eût complice ... Beaucoup se dirent, sans doute, que ce ne pouvait être que Berger, mais Fréneuse connaissait trop l'Opéra pour croire qu'un gars de ce genre eût pu se faufiler jusqu'à la salle sans attirer le moindre soupçon. Quand les habitués en venaient à reconnaître les machinistes qu'ils croisaient, sur le chemin du Foyer ... Le bourreau s'apprêtait à faire tomber le couperet, cependant. Jean reporta son regard sur la petite place. Quelques secondes. La tête tomba. Autour de lui, on resta globalement calme. Certains crièrent, bien sûr, mais la plupart garda le silence, un temps. Sylvande ne méritait plus la haine : il avait désormais payé sa dette.

- C'était vraiment une drôle d'histoire ...

Et c'était tout ce que cela lui inspirait ... Il jeta un regard alentours, ennuyé - ne derait-il pas être autrement ému ... ! - et remarqua, à quelques pas de lui, la femme aux enfants qu'il avait rencontrée, lorsqu'il avait tenté une évasion depuis sa chambre de malade jusqu'au Jardin des Plantes. Elle détournait les yeux, jouait avec ses gants ... Elle semblait mal à l'aise mais, surtout, impatiente de partir. Jean sourit faiblement : cette image le flattait. Cette presqu'inconnue lui sembla l'image de sa propre insensibilité. C'était horrible à dire, mais il n'en voulait même pas à Sylvande pour son acte, qui lui avait pourtant tant coûté ... Tout cela lui était devenu tragiquement indifférent.
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Jules Spéret
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 24 Aoû - 2:52

Parfois, force était d'admettre que M. Alfred Athys pouvait avoir son utilité. Certes pas pour manifester son assentiment - bien que celui-ci fût très rare -, mais pour repérer les personnes intéressantes... La remontrance qu'il fit à l'agent ne put manquer de faire sourire Jules (un philistin ! Rien que cela ! Eh bien, mais c'est qu'il ne mâchait pas ses mots, monsieur Athys !), mais l'invite qu'il fit également à un autre personnage ne fut pas sans l'intéresser... Ainsi donc, le monsieur à la barbiche était l'ancien directeur du théâtre national de Prague... Intéressant... L'éditeur nota dans un petit coin de sa tête le nom du personnage ainsi que ses traits généraux. Ce genre de relations pouvait toujours avoir son petit intérêt.

Mais bien vite, l'éditeur reporta toute son attention sur l'échafaud. À côté de lui, il voyait Maximilien Debongure prendre des notes. Parfait. La Revue mauve ne faisait certes pas dans le journalisme d'ordinaire, d'autant plus que cette fois-ci, contrairement à la précédente, tout ce que Paris comptait de plumitifs était au taquet, mais tout de même, dans un souci de boucler la boucle... Et puis, Sylvande avait travaillé au Théâtre d'Art... Autant de bonnes raisons de parler de son exécution dans la revue. Et puis, qui sait si Debongure ne dénicherait pas quelque scoop ? Après tout, il était doué pour ça...

Jules Spéret assista au reste de l'exécution droit comme un i, bien calme comparé à tous ces journalistes qui prenaient notes sur notes pour être sûrs de ne rien oublier et qui, ce faisant, rataient la moitié du spectacle. Lui ne prenait pas de notes. Il regardait Sylvande poser la tête sur le billot, le bourreau actionner la guillotine, la lame briller dans le soleil naissant avant de s'écraser avec un bruit sourd contre le cou du condamné. La tête se détache d'un coup, tombe dans le panier de sciure. Le sang gicle, l'odeur ferrugineuse est atroce. L'éditeur, surmontant un haut-le-coeur dû à cette odeur qui prend aux tripes, regarda la tête dans le panier. Les traits apaisés, la tête intacte. Il avait eu de la chance. Le visage de Sylvande resterait beau dans la mort.
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Antoine "Le Zozio" Viret
Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Sam 25 Aoû - 0:41

Le Praguois réussit à se trouver une place dans l'espace réservé aux journalistes. Bien joué ! Le Zozio en fut presque heureux pour lui (... même s'il devait avouer que le voir emmener par un policier aurait été plus divertissant).

"Le condamné à mort arrivera incessamment sous peu, je vous demande de garder votre calme.."

Le rideau se lève avec le soleil, et voilà enfin le protagoniste de la pièce entrer en scène ! Le divertissement pouvait commencer !
...
Mais...
Le crâne rasé, le teint blanc, le visage amaigri par les jours passés en prison, l'acteur était devenu... un inconnu.
Un célèbre inconnu montant sur les planches.

Qu'était-il advenu de l'arrogant ?

Ce rire désespéré, ces larmes emportant ses derniers rêves...

Qu'était-il advenu de l'hautain que le Zozio méprisait tant ?

"Vive l'Anarchie !", ce cri qui ne convainquait pas même son auteur...

Qu'était-il advenu de Lionel Sylvande ?

Tête baissé pour le salut du public.
Bruit sourd du rideau tombant sur scène.
Rouge fin.


La foule commençait à quitter la place, permettant au Zozio de s'éloigner rapidement. Plongé dans ses pensées, les mouvements rapides du vagabond tenaient plus des réflexes que de la dextérité.

Ce n'était pas ce qu'il attendait.
Il aurait voulu le voir droit, vaniteux, fat, comme il l'avait toujours été. Le voir assumer ses actes avec fierté, la tête haute. Pouvoir au moins sourire de le voir écourter. S'amuser comme tous ces autres gens venus au spectacle !
Ce n'était décidément pas ce qu'il attendait.

Le cours de ses pensées s'arrêta quand il aperçut Eugénie évanouie. Gaspard la tenait dans ses bras et tentait de la ranimer, mais la manœuvre n'était pas aisée puisqu'il n'avait pas lâcher son parapluie. Notre petit homme courut à leur secours. Il passa un bras sous les épaules d'Eugénie et, avec l'aide de Gaspard, ils l'emmenèrent à l'écart de la foule, attendant qu'elle se remette d'elle-même ou qu'une bonne âme consente à leur donner des sels.
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Maximilien Debongure
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Dim 26 Aoû - 10:46

Le jeune journaliste n’avait guère écouté les conversations qui se menaient aux alentours. Il avait bien reconnu M. Athys, mais leur dernière entrevue n’avait rien donné. Et puis, ce bonhomme-là s’intéressait aux gens de la haute, pas aux journaleux dans son genre.

Il avait pris quelques notes, pour se donner une contenance mais surtout réfléchir aux cachotteries de son voisin. Il ne connaissait pas le jeune homme qui lui avait murmuré à l’oreille qu’un grave accident avait eu lieu non loin d’ici, et que le condamné n’arriverait jamais. Il était sûrement lui aussi journaliste, mais ça n’était pas certain. Finalement, il avait décidé d’attendre encore un peu, de boire un café pour s’éveiller l’esprit et s’arrondir les yeux. Il avait eu raison : Lionel Sylvande avait fini par être annoncé et amené sur la place. Ca n’était pas la première exécution à laquelle il assistait mais il ne lui était jamais arrivé de se sentir concerné. Il vit apparaître un homme qui avait été décidé à semer le chaos et il se demanda qui avait raison : la société, de le punir, ou lui, de vouloir anéantir cette société soi-disant bien fondée. Sans broncher, car c’est inconvenant et même humiliant pour un homme de tourner de l’œil ou exprimer quelque pitié lors d’une exécution, il observa Lionel, il observa le bourreau, la guillotine et assista à la rencontre des trois. Comme attendu, Sylvande perdit sa tête dans la bagarre. Il y eut comme un instant de flottement avant que celle-ci ne touche le sol. Mais lorsque ce fut le cas, Maximilien bondit pour s’extirper de la foule : une autre information l’attendait ailleurs, un autre spectacle beaucoup plus actuel. Désormais Sylvande n’était plus de ce monde et par conséquent n’avait plus rien à apporter à Maximilien, c’était ainsi que devait raisonner un bon journaliste et le jeune homme se sentait en devenir un.

Il courut, perdit plusieurs fois son haleine autant que son chemin. Un accident, c’était un foutu accident qu’il cherchait.
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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mer 29 Aoû - 6:59

Lorsque le prisonnier fit son entrée en scène la cacophonie ambiante s’affaiblit peu à peu jusqu’à ne devenir que quelques murmures au fur et à mesure que le moment tant attendu depuis des semaines approchait. Lionel avança, on l’attacha, il se laissait faire docilement, il lança ses derniers mots, « Vive l’anarchie », et puis, ce soit disant « grand » moment ne dura à peine que 3 secondes. La Forestière avait regardé cette scène avec beaucoup de mépris. La foule haineuse et assoiffée de sang dont la plupart de savait même pas qui était Lionel et ne comprenait pas plus pourquoi il était exécuté ce soir semblait happé par le bruit de la guillotine qui tombait. Qu’avait-il réellement compris, se demandait-elle presque révoltée que cet événement soit public. Peut-être avaient-ils rapidement fait le rapport avec l’attentat de l’Opéra mais, il était certain que la plupart n’était aucunement intéressé par la raison de sa condamnation car le plus important était de voir sa tête se détacher de son corps dans un flot de sang. Et puis elle se retint de rire des derniers mots du condamné… « Vive l’anarchie ! » N’aurait-il pas pu faire mieux, acteur prometteur qu’il était, amoureux de théâtre et de poésie ! Ce n’était pas de ces derniers mots qu’il allait marquer les mémoires, quelle ironie !

Et puis, bientôt, le bruit revint, d’abord doucement, peut être plus par crainte que par respect, puis la cacophonie d’avant exécution réapparut tandis que chacun repartait vers sa petite routine. Si elle doutait encore avant l’exécution de Lionel de son aversion pour ce genre d’évènements, elle pouvait maintenant en être certaine. Cependant, un certain soulagement accompagnait la fin de cet acte, il ne lui servait plus à rien d’avoir des doutes quand à la culpabilité de Mr Sylvande, de toute façon, elle ne pouvait plus rien y faire. Elle n’avait plus qu’à retourner à ses occupations et surtout, elle devait se préparer aux commérages, questions et autres propos des chers membres de son Cénacle. Mais elle maitrisait habituellement cette partie, il lui fallait juste décider si elle allait le mépriser un peu plus, même si elle n’aimait pas vraiment parler en mal des morts, ou alors rester très neutre quand à cet évènement.

Elle se tourna alors vers son mari. Il avait encore les yeux fixé sur le corps inerte, comme s’il allait bientôt se relever en leur annonçant que tout n’était qu’une belle mascarade. La Forestière le fixa d’un regard sévère voire menaçant. Mais, il prit quelques secondes de plus avant de daigner tourner la tête vers elle. Comme s’il revenait à la réalité il replaça en vitesse son chapeau sur sa tête et fit deux pas rapides pour se mettre au niveau de sa femme. Il lui tendit alors le bras mais comme s’il ne pouvait s’en empêcher, tourna à nouveau le regard vers la guillotine. Anne-Marie soupira tant elle était agacée par ce comportement presque puéril. Ce n’était pas comme s’il ne savait pas ce qu’il allait se passer.

« Il n’y aura pas de suite, vous savez ! »

Et elle avança un peu plus vite vers sa demeure. Elle ne verrait personne ce jour-là. Un jour de « deuil » ferait sûrement bonne figure vu sa proximité avec le jeune homme maintenant décédé.
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Elke von Herzfänger
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mer 29 Aoû - 11:41

Elke grinça d’entendre sa sentence tomber. Froid et dur comme l’acier qui attendait patiemment le condamné, le rappel de sa condition le crispa amèrement, et la poignée de main dont le gratifia tout de même le galant ne sut véritablement lui mettre du baume au cœur. Il y avait aussi de ne pas avoir réussi à être crédible ; c’était là un pincement à l’orgueil et l’honneur du jeune homme, et il se promit de faire mieux la prochaine fois. Il ne prenait pas encore la pleine mesure du superflu de cette décision : l’important était ailleurs.

Mais l’homme continuait dans sa lancée :
- Je me suis tout d'abord demandé si vous étiez juif, mais vous n'avez pas leur physionomie. Vous venez de Bavière, n'est-ce pas ? La famille de Madame de Lambresac avait une maison là-bas, autrefois ... Elle la vendit après 1870, à un vulgaire industriel qui avait la folie des grandeurs ...

Ludwig – ou Elke, il n’était plus vraiment sûr de savoir qui il était ; car lui qui pensait pouvoir s’enorgueillir et parader chez les grands, jetant avec désinvolture ses élucubrations comme des bouquets de confettis à la tête des gens, se retrouvait bien penaud tout à coup, et la queue entre les jambes, pataud et irrité comme quand son père venait le disputer – ne savait que penser de son vis-à-vis. L’homme était un étrange mélange d’apathie sympathique et de morne douceur. Mais plus que tout, il semblait las, et Elke était plus que désireux de briller au regard d’un élégant bien mis – un invité de Lambresac, qui plus était.

« Monsieur a de bien meilleures oreilles que des yeux. » Une pause. « Cela est fort attristant de l’entendre, c’est un belle région pourtant. Savez-vous où se situait cette demeure, par hasard ? ... Mais peut-être cela ne me regarde pas. » Tempéra-t-il, voyant que le mondain gardait ses distances. Ce que Ludwig pourrait en dire ? Que c’était long, et qu’il s’ennuyait vaguement. Mais tout ceci était bien banal et de peu d’intérêt, aussi s’attela-t-il à faire marcher la machine à neurones.

« Eh bien, Monsieur, » commença-il après quelques secondes « dites-leur qu’un homme doit à ses ennemis pardonner, » une pause, il soutint le regard de son voisin : « mais pas avant de les avoir vu exécutés. »

Après quoi, une opportune convention scénaristique permit au jeune homme d’incliner dramatiquement le chef en direction de la scène, au moment adéquat où l’on faisait mener Sylvande. Le spectacle était donc sur le point de commencer. Emacié, chauve par nécessité ; piteux portrait qu’il faisait, ce pauvre homme. Elke ne ressentait que l’excitation du spectacle prochain : il ne connaissait Sylvande que des lignes qu’il avait lu dans la presse et à vrai dire, il n’éprouvait à son égard aucune haine, mais cette indifférence laissait d’autant plus de place fertile à la morbide curiosité de son esprit encore jeune et languissant d’expériences à vivre. Les secondes semblaient s’étioler avec une infinie lenteur, c’était comme si le temps se faisait plus long encore, et chaque pas que faisait l’anarchiste vers son futur trépas était un coup de tambour dans la poitrine du garçon.
Tout était prêt. Le final se préparait savamment. Les yeux rivés sur la lame, il la voyait immobile, tellement désireuse de tomber…
!
Et le bruit de la mort fit dans son cœur comme ces feux d’artifices qui nous prennent tout entier quand dans les cieux explose la fusée. Cette palpitation délicieuse qui nous surprend quoiqu’on l’attende. Et cette image à jamais se grava dans ses yeux.

~ * ~
Alors que le spectacle prenait fin, la conscience du jeune homme refit surface dans le monde de la réalité, il lui revint à l’esprit l’intriguant mystère dans lequel l’inconnu se drapait. Ne devrait-il pas insister quelque peu ?
« Monsieur… » Après tout, il avait mentionné venir ici en tant que témoin, mais il n’avait guère l’apprêt d’un journaliste. Peut-être se ferait-il éconduire pour avoir été déplacé, mais il ne pouvait laisser filer cette chance : « Monsieur… où pourrais-je vous recroiser ? » Arriva-t-il éventuellement à dire, en faisant très attention à choisir convenablement ses mots ainsi qu’en tâchant de les agencer comme il faut.
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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 21 Sep - 6:46

Eugénie Landreau, le Zozio

Pour tout dire, Gaspard ne comprit pas très bien ce qui se passa. L'oeil rivé sur l'exécution, il chuchotait à Eugénie les menues nouvelles de la rue, tanguant légèrement sous son parapluie. Peu importe qu'elle l'écoute ou non, là n'était pas l'important. Cependant, au moment fatidique, il vit sa compagne faire un pas, deux, chanceler ... Et s'écrouler sur le sol.

- Bon sang d'bonsoir ... !

Il accourut aussitôt à elle, repoussa les dames - bien attentionnées, sans nul doute, mais pas de leur monde - qui se pressaient autour de l'évanouie (De l'air ! Psst ! De l'air !) ... Et tout cela sans songer une seconde à fermer son parapluie. Encombré, il tentait de relever tant bien que mal sa mendiante (ou son ancienne mendiante, mais il avait un peu de mal à se faire à la chose ...) quand le Zozio repointa le bout de son nez.
- Ah bah tu tombes à pic, toi, ronchonna le Luneux. Aide-moi à l'écarter de là, qu'elle respire. Puis l'est mort, maintenant, y'a plus rien à voir ...

Ainsi Eugénie fut-elle emmenée loin de cet homme, qu'elle connaissait à peine, mais qui avait souhaité mourir en portant la croix qu'elle lui avait offert, dans sa mansuétude.


~ * ~

Madame Ainsworth

Madame Pentois était d'accord avec son ami, cela s'agitait beaucoup. Cependant, Madame Ainsworth exagérait, lui semblait-il ... Pouvait-on vraiment parler de vacarme ? Oh, il fallait bien reconnaître que la population était mêlée, qu'elle ne fleurait pas toujours la rose, et qu'elle n'était pas toujours du meilleur monde. Mais Marie-Gilbert était une femme d'expérience et elle était persuadée que la dignité bourgeoise comptait avant tout. Elle saisit le bras de son amie, et la morigéna, d'une voix calme.

- Vous faites l'enfant. Regardez-donc, ma chère, cela sera bientôt fini.

Et quand cela fut fait :

- Eh bien, une bonne chose de faite, n'est-ce pas ? C'est tout de même un peu décevant, ces exécutions ... On n'irait que pour avoir l'esprit tranquille ... N'oubliez pas de venir prendre le thé chez moi, ma porte vous est toujours ouverte !
Elle ne croyait pas si bien dire ... Et tandis qu'elle jacassait, de sa voix bien tonnante, la grande silhouette maigre et grise, qui s'était postée à côté d'elles, avait disparu.


~ * ~

Monsieur de Lonsay, Messieurs Spéret & Debongure, Monsieur Olceska

Par chance, M. Athys, qui était bien bavard d'habitude, se montra étonnement silencieux dès lors que Lionel Sylvande apparut à la porte de la Grande Roquette. Il suivit des yeux ce petit jeune homme dont il avait voulu menacer la carrière, en des temps qui lui semblaient maintenant bien lointains ... "Méconnaissable ..." articula-t-il, pour lui-même. Il fit preuve, en outre, d'un sang-froid assez remarquable et demeura, l'oeil posé sur le panier, calme - trop calme. Le journaleux qu'il avait importuné rangeait son carnet, le poulain de Jules Spéret s'était éclipsé à peine la tête tombée ... Une découverte, un verre ou une femme ? Quelque chose, en tout cas, semblait l'attendre ailleurs dans la capitale. Il se tourna alors vers le directeur de la Revue mauve, lui tendit sa grosse main et, d'une voix calme, un peu pâle, il dit juste :

- C'est pas toujours glorieux, tout ça, hein ?

Il leva alors son chapeau avant de se frayer un chemin, difficilement, parmi la foule qui hésitait encore à se disperser ...

~ * ~

M. von Herzfänger

L'inconnu fit la moue lorsque son jeune interlocuteur demande où se situait la résidence secondaire perdue par la duchesse de Lambresac.

- Cela ne vous regarde pas, en effet.

Et il se détourna un peu, comme s'il souhaitait prendre congé. Cependant, le condamné était apparu et la foule s'était resserrée comme jamais, tous souhaitant apercevoir celui qui avait fait sauter l'Opéra Garnier. Notre homme continua donc d'écouter ... Il sembla même surpris - agréablement surpris - par la réponse qu'Elke lui donna. Se tournant vers lui de nouveau, étrange et incompréhensible girouette, il hocha la tête, lentement, et malgré son air sévère, cela semblait bien un assentiment.

- Ce sont de telles déclarations qui font honneur aux hommes et expliquent qu'on cantonne les femmes aux salons et aux spectacles futiles. Quelle femme saurait répondre ainsi !

Et lorsque le jeune homme lui demanda comment le revoir, un infime frémissement des lèvres laissa deviner un sourire que l'on réprime.

- Ne vous occupez point de cela. Je vous retrouverai si je le juge bon. Où résidez-vous, Monsieur ?

Il attendit un nom, une carte, une adresse ou quelque chose. Puis, il mit fin à l'entretien d'un "Au revoir" bien sec, qui n'admettait pas la réplique. Il s'éloigna, indifférent et digne. Et l'exécution semblait lui être passée bien par dessus la tête, sans mauvais jeu de mot.



~ * ~

Tout le monde

Cette exécution fut bizarre, à tous les points de vue. Les curieux, d'habitude, n'avaient pas de ces cris de vengeance : à la fin de siècle, on exécutait dans le calme et dans le silence ... Et même les victimes déclaraient, la voix éteinte, aux journalistes, que M. *** avait payé sa dette à la société. Peut-être Sylvande entendit-il ces cris, ces vociférations - comme un dernier triomphe. L'énergie retomba bien vite, cependant : le jour était maintenant levé, et la dette était payée. Les préposés à la guillotine relevèrent la lame. Rouge. Puis la fenêtre. Le corps sans tête avait quelque chose de pitoyable. Le bourreau alla prendre la tête dans le panier pour la déposer dans le cercueil d'osier qui accueillait le corps des condamnés. Sans la montrer au public, on n'était pas sur une foire. Les préposés prirent le corps et l'y déposèrent également, sans cérémonie mais sans brutalité. Froideur administrative. Ils refermèrent le couvercle et soulevèrent, tant bien que mal, ce simili-cercueil, qu'ils déposèrent dans une voiture qui l'emporta au loin. Deux ouvriers sortirent de l'ombre et commencèrent à nettoyer la guillotine. On allait bientôt la remettre dans son hangar, dans l'attente de l'exécution suivante ... Le corps de Sylvande s'éloignait ... Il serait donné à la faculté de Médecine puis incinéré. Les cendres ... ? Qui se souciait des cendres ... ? La foule commença à se disperser. C'était tout ? La vie parisienne reprenait donc ses droits ? Va savoir ... La une des Journaux, le lendemain matin, révèlerait bien des choses ...

Citation :
Note de la Modération RP ~ Et c'est terminé, toutes mes excuses pour ce retard, et merci pour votre participation ! Direction le post suivant pour découvrir toutes les conséquences de cet événement

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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 21 Sep - 7:04

Ce qu'il nous en coûte
Conséquences


L'exécution de Lionel Sylvande défraya la chronique. On se mit à craindre la colère d'une foule qu'on n'avait point vu si agitée depuis la Commune. Le peuple crier "A mort" devant une guillotine ? Non, cela rappelait trop les pires heures des dernières révolutions ... La Sûreté renforça la surveillance des quartiers populaires. Il n'est point très bon de s'égarer parmi les bas-fonds ces derniers temps, la tension sociale est à son comble ...

On remarqua la présence digne de Madame Forestier, dont on salua le sang-froid exemplaire. M.von Herzfänger attira l'attention en conversant avec M. Hasard, grand ami de la duchesse de Lambresac. Il paraît que ce dernier cherche un jeune ambitieux à prendre sous son aile ... Quelle intentions pourrait-il nourrir à l'égard d'un teuton ? Un journaliste aventureux vint le trouver alors qu'il partait à son tour, sans doute curieux d'en savoir davantage ... A ce propos, Messieurs les journalistes furent, soit disant, plus discrets et moins caquetants que d'habitude ... On remarqua tout de même l'un d'eux, soit disant correspondant pour Le Soir d'Alençon, et qui était bien bizarre ... Plus loin du spectacle, parmi les bonnes gens, on fut choqué de l'attitude déplacée d'un immigré italien. Nul doute que ces gens-là devraient rester dans leur pays ! On fut ému par l'évanouissement d'une petite femme simple qui, contrairement aux mégères qui l'entouraient, n'avait pas ouvert la bouche et gardait un reste de compassion au fond de ses grands yeux noirs. On admira le sang-froid de Madame Pentois et on loua la douceur discrète de son amie, si discrète qu'on ignore son nom ... Les deux femmes semblent être parties ensemble, retournant sans doute à des activités plus adaptées à la délicatesse féminine ...

Et la vie reprit son cours : on partit en villégiature, on termina son deuil, quand on était de bonne volonté, plus intimement, on oublia ... Ceux qui restèrent dans la capitale durant l'été 1896 purent tout de même craindre l'avenir tout à leur aise, car dès le 21 juin, les journaux annonçaient les pires nouvelles. L'affaire de l'Opéra se terminait donc, parce que les gens en avaient décidé ainsi. Seule la tête pensante était tombée, ce jour-là.

Ainsi sont les parisiens : ils préfèrent une affaire rondement menée, une exécution bien propre - si l'on peut dire, et puis ... Le luxe de l'oubli. On n'a pas le temps d'être inconsolable, à Paris.

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