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 [Intrigue] Soleil cou coupé

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Pierrot Lunaire
La bouche clownesque ensorcèle comme un singulier géranium
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MessageSujet: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 13 Juil - 12:43

Place de la Roquette, minuit

~ * ~

La nuit du 19 au 20 juin 1896 n'est pas une nuit ordinaire. Il y a trop de silhouettes qui errent, déjà, sur la place, trop de murmures qui résonnent contre les grands murs noirs, et comme l'agitation d'une nuit de fête. Bruit des bottines sur les pavés de bois, hennissement lointain des chevaux de fiacre qui traversent Paris de part en part, froufrous des robes de femmes et des foulards que l'on resserre sur la gorge ... C'est comme un quatorze juillet avant l'heure, pour ainsi dire. Les débits de boisson alentours sont restés ouverts et l'on entend s'entrechoquer les verres et les couverts - quelques uns prennent même un bon souper pour tenir les quelques heures qui les séparent de l'aube ...

Des agents de la Sûreté, aux paupières lourdes, sont déjà dispersés aux quatre coins de la place et les cordages destinés à retenir le public à distance respectueuse ont été installés la veille. Cela semble de ces premières de pièces de théâtre, où les plus passionnés viennent par avance goûter à l'attente, discuter, rencontrer des visages connus, tandis que la scène n'est pas même prête ni les acteurs présents.

La grande absente est bien la Guillotine qui dort encore pour quelques heures dans un hangar, à quelques pas de là. Ils attendent le transfert de Berger qui ne devrait pas tarder ...

Et c'est à cette heure, entre deux jours, que vous parvenez sur la place. Vous a-t-on forcé à venir, est-ce la crainte, le remords, la curiosité, un rien de voyeurisme qui vous a poussé là ... ? De petits groupes déjà se forment ... On devine plus qu'on ne reconnaît les journalistes, groupés sur la voie qui mène à la porte de la prison, refusant qu'on les place sans voir la guillotine, soucieux de préserver au mieux leur privilège ... et un agent moustachu, vérifiant les cartes, jauge chaque journaliste et prétendu journaliste d'un œil inquisiteur.

Pendant ce temps, cela arrive de la rue de la Roquette, de la rue de la Vaquerie et de la rue Gerbier ... A présent, il faut déjà faire arrêter la voiture ou le fiacre un peu plus loin et marcher un peu, jusqu'au pied du grand bâtiment, noir et aveugle, aux fenêtres sans jour. Derrière l'une d'elles, attend un condamné à mort.

Citation :
Chers joueurs, je vous propose pour ce tour de décrire votre arrivée dans ces lieux. Il est évidemment possible de vous regrouper, faire se rencontrer vos personnages, etc. Rappelons un peu les conditions : peu de lumière, donc difficile de reconnaître encore des visages, et méprises possibles ... ! En un mot, vous pouvez encore vous faufiler, choisir votre place, etc.

Attention cependant !
Si vous posterez normalement à la suite de votre sujet, vous devrez réaliser un lancer de dés pour la suite des événements. Voir les explications.

_________________
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Dernière édition par Pierrot Lunaire le Lun 16 Juil - 6:11, édité 1 fois
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Jules Spéret
La perfection n'existe que dans mon miroir
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Sam 14 Juil - 5:53

Si Jules Spéret était souvent en retard dans sa vie privée, il était d'une ponctualité métronomique dès qu'il s'agissait des affaires. En l'occurence, là, il était sur un événement qu'il ne pouvait manquer sous aucun prétexte, bien qu'il n'ait pas manqué de placer l'un ou l'autre de ses journaleux et plumitifs sur le coup, dont ce cher Maximilien Debongure. Un bon élément, ce jeunot-là. Du culot, du toupet, de l'encre, une plume et du papier. Bonne recrue ! Mais, quelle que soit la qualité de ses recrues, il ne pouvait en aucun cas se dispenser d'être présent à l'exécution, et aux premières loges ! Arrivé dans les premiers (à vrai dire, il avait sacrifié tous ses plaisirs nocturnes pour être place de la Roquette dès le premier des douze coups de minuit), il se tenait avec les autres journalistes, le plus près possible de la voie menant à la porte de la prison et tenait le siège avec fermeté ! Qu'il ne soit pas dit que lui, Jules Spéret, l'éditeur le moins frileux de Paris, ait reculé devant un cordon !

Un jeune policier moustachu à l'air bêbête prit sa carte de presse, sembla peiner un instant à la lire (ce n'était pourtant pas bien difficile, de déchiffrer Jules Spéret ! Il ne portait pas un nom germanique à rallonge et un prénom imprononçable, tout de même !), puis le scruta d'un air soupçonneux. Imbécile d'argousin ! Inculte ! Il ne savait même pas reconnaître l'un des plus célèbres hommes d'art de Paris ? Bon, certes, nous étions de nuit, mais tout de même ! Il avait bien une lanterne pour s'éclairer, non ? Sombre crétin... Le policier le regarda encore quelques instants, puis lui rendit sa carte de presse et le laissa tranquille. Pas trop tôt !

Pour tuer le temps, il n'hésita pas à échanger quelques paroles avec les hommes qui l'entouraient, apprenait - quand il ne les connaissait pas - le nom du journal pour lequel ils travaillaient, parlait de l'actualité, artistique ou non... Bref, avait des discussions tout ce qu'il y a de plus "vieux jeu" (c'est-à-dire : absolument ordinaires, sans aucune parcelle d'innovation). Espérons que les cinq heures qu'il lui restait à patienter n'allaient pas toujours s'écouler comme ça...
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Eugénie Landreau
Ninie-La-Noiraude
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Sam 14 Juil - 8:50

    La nuit tous les chats sont gris. De même que les souris et les dames. Eugénie subodorait de commettre une bêtise - elle aurait du demeurer à l'école, veiller à ce que les pensionnaires mineurs ne cherchent pas à rejoindre la place sans autorisation. Elle l'aurait fait si elle ne connaissait pas l'un des condamnés. D'aucuns auraient prétexté que partager quelques mots et un repas ne suffisaient pas à connaître une personne. Aux yeux d'Eugénie c'était beaucoup - elle avait vu en cet homme de la bonté. Et non l'être cruel que dépeignaient les journaux qui, à leur habitude, en faisaient bien trop.

    La solitude régnait sur les parvis de la place. La foule commençait à se presser, pourtant Eugénie ne sentait que cela : la solitude, noire compagne et si pesante par sa tristesse. Peut-être parce qu'elle ne songeait qu'à Sylvande, ce pauvre homme condamné si jeune. Elle avait même réussi à griffonner quelques mots, penchée sur son ouvrage dans sa chambre. Elle avait veillé à ce que personne ne sache rien de son entreprise. Le concierge, homme aimable, aurait été atteint d'intumescence devant tant de naïveté sous couvert de charité chrétienne. Eugénie haïssait la mort - surtout après lui avoir pris son mari. Elle ne comprenait pas qu'un homme aussi aimable que Sylvande (il lui avait offert le pain !) soit guillotiné.

    Elle lui devait bien cela : accompagner ses derniers moments. Mais les jambes d'Eugénie tremblaient déjà. Elle tapa du pied pour chasser le froid, car oui c'était le froid nocturne qui lui faisait cela, rien de plus. La peur viendrait bien vite, les émotions avec.
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Antoine "Le Zozio" Viret
Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Lun 16 Juil - 4:18

"CAFEEEEEE ! CAFE TOUT Ch..."

Le Zozio jeta un oeil du côté de la cafetière, qui ne fumait plus depuis longtemps.

"... Euh, QUI VEUT DU CAFEEEE ?"

Notre drôle de petit bonhomme se faufilait entre les passants, cafetière et tasses posées sur sa tablette, maintenu par des bretelles courant sur ses épaules.
Le Zozio avait du renoncer à emporter son éternelle compagne, la guitare risquant de l'encombrer dans son travail. Il se sentait presque nu, sans elle, mais qu'importe. Le jeu en valait la chandelle.
Un spectacle pareil, enfin !
Non pas une, mais deux exécutions dans la même journée ! Il fallait être aux premières loges pour un divertissement pareil ! Le Cochin avait vraiment trouver le bon filon à exploiter.

Comme à son habitude, le vagabond commença à sautiller, mais renversa du café sur sa tablette. Décidément, aujourd'hui, il ne pourrait pas agir à sa guise...


Dernière édition par Le Zozio le Ven 20 Juil - 8:24, édité 1 fois
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Catharina de Fréneuse
L'enfant reconnaît sa mère à son sourire.
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Lun 16 Juil - 4:22

Je frottai lentement un œil fatigué avec mes jointures. Les paupières lourdes, je trainais dans la pièce, ne sachant pas trop où me mettre, si je devais rester debout, ou bien me recoucher. Bref, j’étais à moitié-endormie et mon mari qui allait d’un coin à l’autre de la pièce m’étourdissait plus qu’il ne me réveillait. « Tu devrais mettre hm… Celle-là ! » Dit-il à mon intention, prenant une robe de ma penderie pour me la lancer dessus. J’eus à peine le temps de tendre les bras qu’elle atterrissait presque sur ma tête. Il fila, comme le vent, posa sa main sur mon épaule, me bouscula et quitta la pièce, me laissant seule, ma femme de chambre, la robe et moi.

Je ne voyais pratiquement rien, dans l’obscurité de minuit. Pourquoi étais-je ici, d’ailleurs ? Quelle chose étrange se passait-il dans ce coin de Paris pour que mon époux, en plus d’être pressé de s’y rendre, veuille bien m’y emmener ? « Catharina, tu fais quoi ? » Me voyant avancer à la vitesse d’une tortue, il revint sur ses pas et attraper mon bras pour me tirer avec lui. « Tu vois, ce qu’il y a là-bas ? » Je plissai les yeux, pour tenter de distinguer quoi que ce soit, mais il me sembla qu’on me pointait… Pas grand-chose. « Non, qu’y a-t-il ? » Il lâcha mon bras et posa une main sur mon épaule, je me tournai vers lui. « Rien du tout… Pour le moment ! Tout à l’heure, il y aura deux hommes et une guillotine ! » J’hochai lentement la tête, hochement que l’on pourrait méprendre pour de l’ennui à m’en rendormir, si l’on était Monsieur Ainsworth. Il attrapa mes cheveux et redressai ma tête en les tirant. Je me demandai pourquoi il m’avait emmenée, franchement. Une exécution… Ça me paraissait aussi pénible que les soirées mondaines.

Puis Monsieur Ainsworth se retourna, balayant autour de lui de ses yeux sévères et leva le bras. « Hey ! Vous ! Je veux un café ! » Il agita sa main, faisant signe à l’homme au café de se rapprocher. Je demeurai immobile, alors qu’il revint à moi. « T’en veux ? » Il battit des paupières, j’entrouvris la bouche mais il était déjà revenu à l’étranger au café, ignorant totalement ma réponse. Je me glissai derrière mon mari et regardai à mon tour la place de la roquette, noire, sinistre.
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Charles-Armand de Lonsay
Dandynosaure
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 20 Juil - 10:57

" Inutile de m'accompagner, Villeroy. Évitons d'attirer l'attention, voulez-vous ? Rentrez rue des Petits-Champs ou allez tuer le temps dans quelque goguette éloignée, peu me chaut. Je rentrerai en fiacre.

- Monsieur prend des risques.

- Je... je sais. Qu'importe. On détroussera moins vite un journaliste provincial qu'un vicomte, ne pensez-vous pas ?

- Certes, Monsieur", répondit le valet sans qu'on sache exactement quelle était sa pensée à ce sujet.

Il n'en fallut pas plus au vicomte de Lonsay, qui ne tenait pas trop à se remémorer les divers dangers de la nuitée à venir... C'est qu'il était loin de faire un bon combattant, sauf peut-être en théorie (et encore !) ou un bon fuyard, notre vicomte ! Il avait certes pris la précaution d'emporter un couteau, mais cela ne suffirait sans doute pas à le garantir de tout ce qui pouvait arriver la nuit dans Paris. C'est qu'il pouvait y avoir tant de fripons dans la foule...

Heureusement, Villeroy et Madeleine, sa bonne, avaient fait de l'excellent travail lorsqu'il avait été question de le déguiser. Quelques vêtements dans le style du début de la décennie, qu'il avait eu l'excellente idée de conserver (Dieu sait dans quel but !), défraîchis et un peu usés, légèrement modifiés par la domestique, avaient suffi à lui donner un air de gratte-papier convenable sans pour autant le faire passer pour un miséreux. Il avait ensuite fallu arranger convenablement les postiches, s'arranger pour qu'elles ne soient pas faciles à arracher, aider M. de Lonsay à prendre une voix plus grave et sonore que de coutume... ce qui n'était pas véritablement une réussite, sans pour autant être un échec total... Pas grave, il n'aurait qu'à se taire le plus possible. Et, vers minuit, ce 20 juin 1896, Charles-Armand était fin prêt à jouer son rôle... Il sortit du fiacre après avoir fait un rapide signe de croix. Vieux réflexe.

Il s'avança dans la rue encore relativement fréquentée, les mains dans les poches, adoptant une démarche un peu plus nerveuse que de coutume - mais cette modification était-elle consciente, ou relevait-elle de sa simple frousse ? Bonne question ! - et se demandant encore pourquoi, bon sang, pourquoi il avait fini par céder aux instances de ce maudit Léon ! Il aurait bien pu rester tranquillement dans le salon, à lire ou à jouer un peu de musique, puis aller se coucher, comme font les honnêtes gens ! Au lieu de cela, le voilà qui se rendait à une exécution... Il frissonna à nouveau, resserra le haut de son vêtement sur lui - il n'était pas habitué à être... si peu vêtu, dirons-nous - et parvint jusqu'à la place.

Sa fausse carte de presse fut examinée par un jeune policier moustachu à l'air obtus et suspicieux pendant de longues minutes. Un moment, le vicomte redouta qu'il découvre la supercherie, mais son flegme un peu altier le sauva et l'autre lui permit d'entrer sans difficulté. Il se mêla aux journalistes, sortit un carnet et un crayon pour dessiner les alentours du lieux de l'exécution... Lorsque quelqu'un lui demanda son nom et d'où il venait, ce fut même avec un léger sourire qu'il se présenta :

" Louis Géricourt, journaliste au Soir d'Alençon, monsieur. "
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Elke von Herzfänger
Un jour je serais, le meilleur dandy, je moustach'rai sans répit
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Dim 22 Juil - 0:40

Le 20 juin était enfin arrivé. Depuis quelques jours, les gazettes et divers journaux ne parlaient que de ça : on avait trouvé une date pour l’exécution des diablotins anarchistes. Elke avait passé son temps à essayer d’oublier ; il était à présent enfoncé dans son siège, dans sa chambre d’hôtel, une cigarette à la main. Ailleurs, il rêvassait à l’éventuelle rencontre qu’il aurait pu faire s’il avait réussi à mieux utiliser Jane. Que diable n’avait-il pu être plus efficace ? Il était encore trop aimable, un petit mouton souffreteux et serviable. Il l’avait même aidée ! Et tout ça pour quoi. Demain, Renaud Berger sera décapité – et il n’aura jamais eu l’occasion de lui souffler un mot.

Le temps passait et Elke demeurait avachi, l’énervement laissait place à une molle lassitude. Il n’avait jamais vu d’exécution, son père l’en avait toujours empêché. « Monsieur est de faible consistance, il s’évanouirait ; laissons-le retourner à ses pas de danse. » Et il disparaissait dans la nuit, emportant Wolfgang sous sa cape. Ludwig restait à la maison avec la nourrice et laissait germer dans son cœur les pousses encore vertes de ses futures haines.

Quand il se décida enfin à partir, il n’était pas loin de minuit. Une voiture le mena diligemment jusqu’à la Bastille où il fut contraint de descendre, car naturellement, le trafic était chargé ce soir-là. D’un pas pressé il rejoint la foule qui formait d’ores et déjà un épais amas d’âmes amassées. Au loin, cela formait une barre noire. Ramassé, tout contre l’un l’autre entassé… En s’approchant le jeune homme constata que la foule était plus éparse qu’il ne pensait ; ce n’était que le premier rang, plein à craquer de grattes papiers, qui était infranchissable. Les nerfs suffisamment attaqués par ces diverses déconvenues, Elke essayait de trouver contenance. Au loin, on vendait du café, ce qui attira son attention.

« Je vous prends un. » Dit-il quand il fut plus près. Cependant qu’il amorçait le geste pour trouver sa bourse, son regard se détourna vers la place où, dans quelques heures, la vie d’une idée prendrait fin.


Dernière édition par Elke Von Herzfänger le Mer 25 Juil - 1:40, édité 1 fois
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Antoine "Le Zozio" Viret
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Dim 22 Juil - 6:54

"Et un café pour le mari coc..."
Il vit la dame à son bras.
"... Pour le monsieur pas très aimable !"
Le couple en question ne sembla pas avoir compris l'allusion, et repartit après avoir payé. Le Zozio observa la blonde épouse. Quelque chose en elle ne collait pas avec l'image de "femme volage", mais il ne saurait dire quoi. Le vagabond se promit de creuser plus loin cette histoire de rumeur... Mais plus tard.

Un autre client, dont le visage ne lui était pas inconnu, commanda du café. Le chanteur de rue suivit le regard du héros du d'Harcourt vers la Place, puis récupéra son dû. Il lui donna son café. Quand l'Allemand le prit, le drôle d'oiseau ne put s'empêcher de chantonner, à voix basse, malgré l'absence de sa chère guitare.

"Alors, comme ça, on a de l'ambition ?
On cherche à se créer une réputation ?
Pourtant, le milieu mondain ne vous intéresse pas.
C'est au grand Laforge que vous voulez emboîter le pas ?

Ne faites pas confiance aux Prussiens,
Ils nous le rendent bien !"


Le Zozio ne resta pas pour observer la réaction du visé, il se faufila de nouveau dans la foule à la recherche de clients.

C'est alors qu'il aperçut Eugénie, sa chère Eugénie.
La voir ainsi... tremblante... triste... vulnérable...
Le coeur de notre hurluberlu se serra.
Il alla remplir sa cafetière de boisson bien chaude, et revint, lui tendant une tasse brûlante. Il ne réclama pas d'argent, pas un sou. Avant même qu'elle n'ait pu le remercier, il repartit sans dire un mot.
Il n'était pas de ceux qui savent réconforter, le Zozio.
Il fit tout ce qu'il pouvait faire.
Lui offrir un café.
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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Dim 22 Juil - 15:07

M. de Lonsay & M. Spéret

M. Athys n'était pas un journaliste. Il était une célébrité, ce qui était bien mieux. Il avait donc eu les moyens se se procurer une carte de presse sans la moindre difficulté, officiellement pour combler sa curiosité malsaine et satisfaire une vengeance personnelle à l'égard de Sylvande, officieusement parce que cela le choquait un peu que son ennemi officiel fût décapité. Il faudrait en trouver un autre, et la tâche était toujours délicate. Il s'était donc rendu sur les lieux du spectacle, à minuit tapantes, craignant de ne point être assez matinal pour arriver à temps, s'il répondait aux sirènes du sommeil. Bourru, fatigué, il encombrait sciemment le chemin, plus que tout autre - et n'en ressentait qu'une fierté bien assise. Cependant, que l'on soit M. Athys ou non, il fallait bien attendre. C'était long, trop long. Alors, pour patienter, Alfred examina les mines des gens autour de lui. Il reconnut M. Spéret à qui il adressa un "Bonsoir" assez froid.
Mais la proie toute désignée lui apparut enfin : ses yeux se posèrent en effet sur un bonhomme bizarre, qui ne lui disait rien. Quand celui-ci se présenta, M. Athys s'exclama, un peu mauvais :

- Ah Le Soir d'Alençon ! Je vous tiens ! Toujours prêt à venir jusqu'à Paris pour raconter des horreurs. Est-ce donc vous qui avez fustigé Un Chapeau melon d'Angleterre dans votre canard ?

Oups ...


Eugénie et le Zozio


Les forces de police auraient eu fort à faire si elles s'étaient inquiété de la population qui se mêlait, place de la Roquette. Vagabonds, filles de joie, souteneurs ; ouvriers des banlieues, harengères et tanneurs se massaient, de plus en plus, vers l'allée vide, l’œil tourné vers la rue où devait apparaître la voiture qui mènerait le Renard à son dernier séjour ... Gaspard ne faisait pas exception. Pourtant, on l'avait plus trop vu, Gaspard : la place de clochard fantaisiste était prise, et le vieux bonhomme au parapluie avait été un peu oublié au profit d'un étrange guitareux qui sillonnait la capitale ... Tiens, d'ailleurs, il était là aussi ! Gaspard, frais armé de son inexorable parapluie, le prit en chasse ... Il le vit cependant offrir un café à une femme qu'il reconnut tout de suite, avec ses grands yeux perdus. Il en oublia l'Oiseau qui, déjà, virevoltait ailleurs.

- Ninie-la-Noiraaauuude ! Mais qu'est-ce qui t'rend toute triste comme ça ? On dirait qu'tu t'es perdue !
Il lui parlait comme autrefois, quand elle vivait dans la rue. Gaspard n'était pas au fait de sa nouvelle fortune.



M. Elke von Herzfänger

Vous ne l'aviez pas remarqué tout de suite, mais deux hommes, non loin, vous avaient suivi du regard, visiblement intrigués ... Au bout d'un moment, cependant, vous sentez bien que l'on vous observe ... Croiserez-vous le regard insondable de cet homme sans âge, au rire mauvais, et aux intentions visiblement peu louables ou l’œil d'acier d'un grand inconnu, raide dans son habit et à l'air sévère ... ?


Le couple Ainsworth

A côté de vous se sont amassés des gens d'extraction bien plus populaire. Vous le sentez, presque au sens littéral du terme - hélas ! Juste à côté de Madame Ainsworth, une jeune femme rousse s'était frayé un chemin. Elle avait le visage fatigué, de larges cernes sur les yeux, et un tablier tout sauf impeccable. Possiblement une domestique, une cuisinière de petite bourgeoise qui s'était échappée pendant la nuit, bradant son sommeil pour un peu de spectacle ... Elle avait l'air tendue toute entière vers la place. Un peu plus loin, une mère avait amené sa gamine, quatorze ans tout au plus, rousse elle aussi, des tâches de son sur le nez, qui lui demanda d'une voix plaintive :

- Maman, pourquoi qu'on arrive si tôt ! Y s'passe encore rien.

La mère jeta un regard sévère à sa fille :

- Mais te va te t'taire Sidonie ! Si qu'on était v'nues après, on aurait rin vu et pis c'est tout. Ca t'dit pas d'voir Berger passer ?

- Si, si ...

La soirée risquait d'être longue ...



~ * ~

TOUT LE MONDE

Il fallait bien l'avouer, c'était long. Cela devenait même étrange. L'heure tournait et, mine de rien, l'on approchait bientôt d'une heure du matin. A cette heure-là, d'habitude, les planches de la guillotine sont déjà sur place et des ouvriers s'échinent à dresser la machine avant que ne vienne l'aube. Bientôt, cela devint évident même pour les moins perspicaces : il y a avait du retard. Pire, les agents ne prenaient plus assez garde à ce qui se passait dans la foule, visiblement occupés par autre chose. Une voix s'éleva alors :

- Oué, qu'ess'qu'y z'attendent, y'en a qui vont au turbin l'matin, faudrait pas faire du retard !

C'était la demoiselle rousse à l’œil fatigué qui était plantée, les mains sur les hanches, à côté de Madame Aisworth. Plusieurs ouvriers approuvèrent. Les agents de la Sûreté échangèrent un regard ... Mais soudain, on entendit un cri ("Là-bas !"). Un homme portant l'uniforme surgit du fameux entrecroisement, visiblement essoufflé. Il fut accueilli par quelques exclamations de joie ... Puis par un murmure déçu. En effet, point de voiture derrière lui : il était seul. Il glissa quelque chose à un bonhomme à la fière moustache, posté devant la grande porte de la Roquette. Celui-ci sembla réfléchir et donna des ordres. Les ouvriers préposés à la guillotine se mettaient en route et ramènerait bientôt la bête du hangar où elle avait été entreposée ... Que se passait-il donc ? Le Renard était-il déjà dans les murs, l'auriez-vous manqué ?

Citation :
Et un petit jet de dés comme au tour précédent, s'il vous plaît Il est possible de faire arriver votre personnage maintenant, évidemment !


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Charles-Armand de Lonsay
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Dim 22 Juil - 22:45

Hélas ! s'il avait su qu'il se présentait ainsi à un homme qui connaissait le Soir d'Alençon... Peut-être se serait-il tout simplement abstenu de lui répondre, quitte à snober l'individu aussi ventripotent qu'importun qui se tenait face à lui ? Ca n'aurait pas été une mauvaise idée. Car l'autre venait de reprendre, d'un ton bien rogue, de l'accuser tout bonnement d'écrire des horreurs et d'avoir fustigé Un chapeau melon d'Angleterre. Il avait manqué lui répliquer qu'il n'était pas encore adepte des ségrégations vestimentaires, ne lui en déplaise, lorsqu'il lui sembla se ressouvenir qu'il y avait eu, quelque temps auparavant, une pièce portant un titre semblable avait été représentée...

Gardant sa moue imperturbable face au gros personnage - mais où donc l'avait-il bien vu ? Il lui semblait que c'était sur une scène de théâtre, quelque part dans un vaudeville de Labiche ou une opérette d'Offenbach, lorsqu'il faisait encore à sa défunte mère le plaisir de l'accompagner à l'Opéra... - le vicomte de Lonsay considéra d'un peu plus près l'homme et se rendit compte qu'il n'était pas du tout journaliste. Au contraire, sa figure lui était plus ou moins connue, quoique tout sauf en bien, et ce en dépit du fait qu'il n'avait - honte à lui ? - jamais assisté à l'une des représentations de ses pièces.

Car oui, l'homme n'était autre que cet Alfred Athys, vaudevilliste de son métier, accessoirement l'auteur de la fameuse pièce Un chapeau melon d'Angleterre dont il l'accusait d'être le détracteur. Sous les postiches, la lèvre de Charles-Armand s'étira un peu dans une grimace agacée. À son estime d'esthète, des auteurs tels que cet Athys n'auraient jamais dû prendre la plume pour rédiger autre chose que leur livre de comptes ou leur testament... Il s'accorda donc la légère satisfaction de lui répondre avec la plus belle froideur du monde :

" Fustigé, monsieur ? En aucun cas. Je crois même avoir été élogieuxà son sujet autant qu'il m'était possible... "

Mais la légère acidité du ton laissait bien sous-entendre ce que M. de Lonsay, alias Louis Géricourt, avait pu penser d'Un chapeau melon d'Angleterre, à savoir du mal... Cette repartie n'échappa pas à Jules Spéret, qui se fit une joie d'ajouter de l'huile sur le feu. Le laissant tranquillement s'occuper d'Athys, Louis Géricourt regarda autour de lui et remarqua une certaine agitation dans les rangs et dans les environs, en particulier chez les forces de l'ordre. Il en entendit même un dire qu'il devait y avoir eu un problème, à Sainte-Pélagie, et ces paroles ne furent pas pour rassurer le Charles-Armand qui hantait son déguisement.

Par conséquent, il fut des plus soulagés, lorsqu'il vit arriver un homme... sans le prisonnier. Tiens donc ? Qu'était-ce que cela ? Le policier devait avoir eu raison, quelque chose clochait dans cette affaire... Et on était déjà bien tard... Même s'ils sortaient la guillotine, quelque chose semblait clocher... Au point même que Louis Géricourt en oublia quasiment Alfred Athys et ses jérémiades d'auteur à succès.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mer 25 Juil - 13:21

La phrase coupée de l’hurluberlu qui se trainait avec son plateau de café ne manqua pas de faire plisser les yeux du Vicomte. Je n’avais jeté qu’un bref coup d’œil au vendeur qui ne m’interpela guère, trop fatiguée, imaginant ma tête doucement posée contre un oreiller. D’une poigne presque agressive il attrapa son café et envoya l’argent avant de s’éloigner. Mon mari était en effet un homme peu aimable. Avec les hommes, avec les femmes –surtout les femmes, et avec à peu près n’importe quoi. Il était de ses hommes gâtés, impatients et horriblement sûrs de lui-même. Il faisait partie de ses enfants qui tapaient et hurlaient, lorsqu’ils n’avaient pas ce qu’ils désiraient… et cela n’avait pas énormément changé en quinze ans, je devais dire. Boisson en main, et fit quelques pas dans la foules qui s’épaississait de personnes peu fréquentables et peu propres. Trop lente pour lui, il décida assez rapidement d’attraper mon bras avec force pour me tirer. Et se rapprocher de la future scène d’abattement.

L’homme porta le revers de sa manche à son nez, contrarié par l’odeur villageoise et pas commode que dégageaient ces roturiers de paysans (pour citer Monsieur). J’entendis plus loin une voix gamine qui râlait d’une voix plaintive. En effet, je croyais également qu’il était bien de bonne heure mais, comme elle, on me réprimanderait si j’osais élever une quelconque protestation. Une femme hurla, elle HURLA dis-je ! Ce qui ne manqua pas de me faire sursauter sur place, nerveuse. Mon époux en tressaillit également, lui qui était concentré à épier la place de la Roquette, il en reversa une partie de son café sur le sol. Même les yeux mi-clos, dans les vapes, je sentis son regard sévère se jeter sur moi. Il serra le poing et se contint, se contentant de me tirer de là, prenant place entre la disgracieuse femme rousse et moi.

« Mais c’est quoi cette bande d’imbéciles, là-bas !? » D’un coup, il leva le bras que je tenais pour mettre sa main en visière au-dessus de ses yeux. Les mains libres, je me raccrochai au pan de sa veste, alors qu’il étirait son cou pour voir plus loin. Je gardai la tête basse, peu intéressée par le spectacle, plus anxieuse par cette foule qui grossissait. « Ah ! Ils sortent la guillotine, je crois… » Finalement, il se tourna vers moi, les traits neutres mais qui exprimaient quelques choses de plus subtils, méchants. « Tu devrais y faire un tour, ça te ferais du bien. » Sur ces mots, il reporta sa main dans mes cheveux, tenant mon chignon serré comme s’il tenait mon épaule.


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Antoine "Le Zozio" Viret
Si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 26 Juil - 1:32

Du coin de l'oeil, le Zozio observa le manège du vagabond au parapluie. La jalousie de Gaspard envers lui le faisait rire, mais c'est la sienne qui ressortit quand il le vit discuter avec Ninie. L'Oiseau faillit faire demi-tour, mais n'en fit rien. La scène se déroulant à l'emplacement de la future guillotine retint finalement toute son attention.

Les policiers semblaient agités, sans raison. Notre chansonnier surprit la conversation de deux agents de la Sûreté.
Le retard du panier à salades n'était pas prévu.
Pire.
Cela annonçait un problème.

... Quelle merveilleuse nouvelle ! Les imprévus sont toujours les meilleurs moments des spectacles !
Et voilà que maintenant la foule commençait à gronder !
Le Zozio faillit en sautiller de joie. Il se retint à temps, se souvenant que c'était du café brûlant qu'il transportait, pour une fois, et ne désirait pour rien au monde en renverser sur ses mains. Que ferait-il s'il ne pouvait plus jouer de guitare ?

On commença à monter la guillotine pour calmer la foule, mais l'enthousiasme n'y était pas.
Que se passait-il donc ? Que venait-donc de dire cet homme à cet agent moustachu ?
Notre hurluberlu se faufila au plus près de la scène, pour ne plus en manquer une miette.
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Maximilien Debongure
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 26 Juil - 4:52

Une heure et demie du matin. Quelle honte pour un journaliste ! Surtout pour Maximilien. Après tout, n’était-ce pas lui le responsable de l’exécution de Sylvande ? Si. Mais même s’il avait voulu être à l’heure, le jeune journaliste n’aurait pas pu. Il s’était tout simplement assoupi, tout au fond d’une salle de café, alors qu’il fignolait un article. Bien évidemment, personne n’avait osé le réveiller.
Il y avait déjà foule et cela étonna Maximilien. Ces gens se sentaient-ils donc concernés par cette exécution ? L’Attentat de l’Opéra avait-il suscité tant de haine pour que des milliers de personnes assistent à la mort de son auteur ? Après tout, il y avait aussi une bonne poignée de curieux, qui se fichait bien du crime et de l’homme, tant qu’il y avait du spectacle. Et le journaliste sentait qu’il y en aurait, cette nuit, du spectacle. Il se fraya un chemin, sa carte de presse dans la main. Quelle foule ! Il arriva enfin aux premiers rangs et reconnut quelques illustres journalistes. Ils attendaient tranquillement, non sans une pointe d’agacement dans la moustache. M. Spéret était sûrement là. Que dirait-il du retard de Maximilien ? Car le jeune journaliste avait saisi la fierté que Spéret avait de le compter dans son équipe, les espoirs qu’il plaçait en lui. Maximilien ne voulait pas le décevoir, surtout pas. S’il prenait confiance en lui, il le laisserait écrire ce que bon lui semble. Alors il pressa le pas, encore plus. Un homme en uniforme l’intercepta et lui demanda sa carte de presse. « Bien sûr ». Ce fût vite fait. Il se précipita au premier rang et manqua tomber dans les bras de son patron.

-Monsieur…Messieurs. Quel retard, j’ai honte. Mais après tout, j’arrive au bon moment.

Il venait d’apercevoir les hommes qui montaient la guillotine. Ne manquait plus que les futurs décapités. Il prit place parmi ses collègues et attendit secrètement que l’un d’eux lui fasse un bref résumé de ce qu’il avait raté…
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Eugénie Landreau
Ninie-La-Noiraude
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 26 Juil - 11:12

    Un bon café chaud en cette heure tardive était un luxe et avait quelque chose de réconfortant. Eugénie adressa un pâle sourire au Zozio, déjà reparti, toujours en action. Elle trempa ses lèvres dans le café, cherchant dans la chaleur qui irradiait son corps un peu de bonheur. Elle était toute seule Eugénie, dans son petit monde, cherchant à suivre le manège de Zozio, souriant en entendant ses chansons.

    Mais voilà qu'un autre phénomène des rues de Paris arrivait pour lui amener le soleil en pleine nuit. Gaspard et son fidèle parapluie venaient aux nouvelles comme au vieux temps de la rue. Le vieil homme avait posé un regard sur le Zozio qui menaça de faire rire Eugénie. On aurait cru un vieil acariâtre de théâtre jaugeant avec mépris le jeune freluquet qui voulait lui prendre son aimée. Cocasse situation !

    — C'la mort qui m'rend triste. C'pas drôle de voir des gens mourir.

    Elle aurait pu expliquer qu'elle venait assister aux derniers instants d'un des condamnés pour le seconder, par respect. Mais ça aurait été trop compliqué, on l'aurait pris pour une anarchiste, et y aurait fallu pas grand chose pour qu'elle en perde la tête - au sens propre.

    — C'pas drôle mais... j'passais dans l'coin et... v'la.

    Ce n'était pas un fort argument mais elle trouvait rien de mieux. A défauts de mots, elle tendit sa tasse à Gaspard, l'invita à boire une lichette - ça lui ferait pas de mal.

    Pendant ce temps la foule se posait des questions : rien n'arrivait encore, pas même la guillotine. Eugénie capta une phrase qui l'intrigua : on parlait de la prison, on se demandait ce qui s'y passait. Et si... ? Fugace espoir que les condamnés n'arrivent jamais, qu'ils puissent s'enfuir, vivre.

    — M'demande c'qui se passe.

    Eugénie avait posé la question à voix haute, s'adressant aussi bien à Gaspard qu'aux agents tous proches qui oseraient peut-être lui répondre. Alors elle en saurait plus.
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 26 Juil - 16:31

Fulgenzio Nuvolari, concierge

Lorsqu'il en eut terminé avec le nettoyage de l'Éden-Théâtre, la lune avait repris son trône dans la voûte céleste, accompagnée de ses guerriers astraux, éclairant Paris de ses faibles lueurs blafardes. Guidé par les réverbères qui constellaient son chemin, il ne prit même pas la peine de saluer les portiers à l'entrée de l'opéra et s'engouffra dans les viscères de la ville-lumière. Alors qu'une fatigue clairement explicable le dépossédait de ses capacités, il n'avait qu'une seule idée en tête : retourner auprès de celle qui, endormie sous un amas d'étoffes, parvenait à le rendre heureux de sa simple présence. Il voulait la retrouver, sentir sa chaleur enivrante, l'aimer et l'apprécier encore.
Il marcha donc plusieurs centaines de mètres, mais son errance fut rapidement perturbée par une filée d'hommes et de femmes qui se dirigeaient avec hâte vers la Place de la Roquette. Que pouvait-il bien survenir sur un tel parvis à des heures si tardives ? Il n'en avait aucune idée, mais sa curiosité naturelle le poussa à rejoindre les rangs pressés jusqu'à atteindre, à peine cinq minutes plus tard, une agglomération humaine des plus importantes. Choisissant au hasard un passant dans cet attroupement, il s'y approcha et demanda simplement. « Que se passe-t-il ici ? Une scène de crime ? » Le mironton se retourna et répondit d'un ton amical. « Pas encore, monsieur, pas encore. On va guillotiner deux hommes ce soir, Renaud Berger puis Lionel Sylvande. Ce sera tout un spectacle. » Une exécution sur la place publique qui faisait frémir à chaque fois le peuple parisien, donc. Fulgenzio ne pouvait saisir cet émoi populaire, d'autant pour un homme qui vivait dans une contrée où la peine capitale avait été abolie depuis peu, mais pas utilisée depuis belle-lurette. Comment pouvait-on prendre plaisir à observer une dépouille inerte se vider de son sang ? Mais, d'un autre côté, il ne pouvait quand même pas regretter la potentielle mort de Sylvande, cet ignoble personnage, alors il se contenta que de ne rien dire et d'oublier toute cette histoire.

Mais alors qu'il aurait été tenté de rebrousser chemin, il vit au loin des hommes plus ou moins réputés au sein de l'Éden-Théâtre, des acteurs de grand talent pour la plupart. Assister à un tel événement, aussi sanguinaire était-il, pouvait-il lui permettre de gagner en estime et en popularité auprès de ses confrères qui, eux, ne connaissaient à peine son existence ? Si c'était le cas, il ne pouvait se permettre de passer aux côtés d'une opportunité aussi flagrante. Il se faufila donc au travers la populace rassemblée autour de la potence guillotinière. Il bouscula au passage ce qui semblait être un musicien en constant mouvement, mais n'y fit pas attention une seconde de plus, focalisant plutôt son attention sur le panorama qui s'esquissait tranquillement devant lui.


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Elke von Herzfänger
Un jour je serais, le meilleur dandy, je moustach'rai sans répit
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 26 Juil - 21:47

"Alors, comme ça, on a de l'ambition ?
On cherche à se créer une réputation ?
Pourtant, le milieu mondain ne vous intéresse pas.
C'est au grand Laforge que vous voulez emboîter le pas ?

Ne faites pas confiance aux Prussiens,
Ils nous le rendent bien !"


Elke n'eut pas le temps de ciller que l'énergumène était déjà loin, sautillant gaiment. Qui était-il ? Le garçon, intrigué, fronça les sourcils alors qu'il portait le café à ses lèvres.
« Laffe* ! » Jura t-il en français à l'adresse de l'incivil qui avait osé le faire payer pour ce jus de chaussette. Quitte à boire froid, il eût bien mieux préféré de l'orgeat ! Du reste - du juron -, il n'avait aucune espèce d'idée de ce qu'il pouvait signifier, mais il l'avait entendu lors d'une de ces excursions dans les sombres ruelles de Paris. Il était lui même assez convaincu de la consonance allemande du terme, persuadé de l'avoir déjà ouï en son pays, et souriait doucement à l'idée que les petites gens de France aient dans leur vocabulaire des termes de sa langue natale.

Sur la place, le temps passait inexorablement et pourtant, on ne s'affairait point. Il semblait à Ludwig en avoir entendu autrement ; l'on aurait dû installer l'ôte vie à lame aiguisée. Par ailleurs, la foule toute entière semblait impatiente, quoique d'aucuns conversaient allègrement et avec entrain. Trop harassé ce soir par ses sentiments et l'expérience désagréable des diverses déceptions de la journée, le garçon essayait de chasser ces mauvaises pensées en se laissant aller à écouter ces palabres bariolées. Ici, on se plaignait du retard - il y avait donc bien un problème -, là un jeune homme essoufflé présentait ses excuses ; Elke inclina le chef en sa direction, ce faciès lui paru familier, mais il n'arriva point à le retrouver l'endroit où il aurait pu l'avoir aperçu. Par contre, l'homme à qui il s'adressait n'était autre que Jules Spéret, qu'il avait rencontré il y a peu chez de Souzay. Toujours aussi excentrique, il arborait aujourd'hui un complet zinzolin qui, même dans la nuit, se démarquait de toute la populace tout de noir vêtue. Cela égaya un moment notre petit dandy qui, sans le savoir, se laissait pénétrer insidieusement du rayonnement de cet homme, fasciné sans vouloir l'admettre de ses audaces variées. Il continua néanmoins son chemin d'écoute. A quelques pas de lui, on parlait de choses étranges, de "paʀalipɔmεn - qu'était-ce que cela ? -, et des corrections que monsieur Renan avait apporté à cet égard, dans son ouvrage 6 ans plus tôt, n'est-ce pas !" "Tout à fait, tout à fait mon cher, quel débat passionnant que ce dénombrement !" - d'inutiles et vides vanités ! Voilà qu'une voix attira notre pauvre girouette. Il reconnu la femme mendiante qu'il avait aidé au d'Harcourt. Il ne l'avait point revu, il n'arrivait toujours pas à savoir si elle était domestique ou simplement errante mais, alors qu'il voulait l'approchait - car son discours semblait être celui d'une âme compatissante -, il s'aperçut qu'elle était accompagnée. Que de bien curieux personnages ici présents ce soir...

Cet attroupement n'était pas des plus agréables, songeait-il. Assez peu habitué aux marées de gens, Elke se sentait fort peu à son aise, c'était comme si cette vague d'homme et d'âme s'apprêtait à l'ensevelir dans de profondes eaux desquelles il ne saurait s'extirper. C'est ce moment que choisit un quidam pour le bousculer sans ménagement. Verdammt ! L'allemand serra vivement sa canne, comme un moyen de contenir son énervement, sa fatigue et son agitation. Il s'épousseta et remis correctement ses vêtements. Maudite foule, il était nettement plus habitué aux mondanités, tout ce bas peuple qui lui marchait sur les pieds l'exhortait à patience. Seul, reclus et ne voulant aucunement changer d'état, Elke sentait tout de même sur son échine un frisson pesant. Il se retourna enfin pour apercevoir le malotru qui lui donnait cette désagréable impression et tomba sur un grand dadais qui semblait fort peu aimable. L'homme était droit, le regard froid comme le marbre ; un œil d'acier, songea t-il, et qui ne semblait pas vouloir le quitter des yeux. Que lui voulait-il ?


________________________
Bien sûr, je poursuis mes obligations et vous propose en paralipomènes cette délicieuse définition.
*Laffe : en argot français, "soupe" (Virmaître, 1894).
Fun fact, le mot existe bel et bien en allemand, et veut dire "Dandy" : D
*très amusée de la coïncidence.* Le terme est péjoratif, néanmoins.

[HRP] C.A : afin d'outrageusement placer les mots, j'ai gagé que Jules, qui semble fort aimer le violet, s'était habillé dans cette couleur. J'espère que cela ne pose pas problème : D [/HRP]


Dernière édition par Elke Von Herzfänger le Ven 27 Juil - 21:16, édité 4 fois
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Jules Spéret
La perfection n'existe que dans mon miroir
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 27 Juil - 3:37

Athys.

Il s'était bien dit que sans cet impuissant de l'encrier, la fête n'aurait pas été complète. Il s'était bien dit qu'il était anormal qu'il ne l'eût pas encore croisé. Maintenant, ça, c'était fait.

Conscients de leur animosité réciproque, les deux hommes n'échangèrent qu'un bonsoir de pure (dis)courtoisie, chacun souhaitant intérieurement à l'autre de passer une nuit horrible - ou du moins, tel était le cas de Jules, qui ne pouvait vraiment pas supporter cet importun de vaudevilliste, avec ses manières et ses attitudes de vedette. Comme si tout lui était dû. Dommage que son talent n'était pas à la hauteur de ses prétentions.

D'ailleurs, le voilà qui s'en prenait à un Normand rouquin. Si Spéret haussa les épaules dans un premier temps, connaissant trop la lâcheté du vaudevilliste pour s'en offusquer, il ne put s'empêcher de sourire en coin à la réplique de l'étranger. L'occasion d'en rajouter un peu était trop belle pour qu'il la laissât passer.

" Excellent article, au passage ", rajouta simplement l'éditeur, pendant que le rouquin s'écartait un peu et sortait un cahier à dessin, croquant rapidement la place encore déserte. D'ailleurs, parlant de place déserte, ça semblait fort nerveux, par ici... Étrange... Bah ! un contretemps, sans doute, une bagatelle ! Pas de quoi s'inquiéter.

Ce qui inquiétait un peu plus notre éditeur, c'était l'absence de Maximilien Debongure. Il lui semblait bien ne l'avoir vu nulle part dans l'assistance... Ce n'était pourtant pas trop son genre, d'arriver en retard ! Il n'avait plus qu'à espérer que le jeune homme...

... Lui tombât dans les bras, à bout de souffle. Décidément, Debongure était toujours là quand on pensait à lui. En retard, cette fois-ci (mais pouvait-il vraiment le lui reprocher, alors que lui-même était en retard à quasiment tous ses rendez-vous, hormis rendez-vous professionnels ? Disons que oui), mais présent tout de même. Et, au fond, il n'avait en effet pas raté grand chose. Spéret se contenta de le sermonner pour la forme :

" Allons, Debongure, remettez-vous ! Voilà qui peut arriver. Veillez simplement à ne pas prendre de mauvaises habitudes... "

Puis, après un instant :

" Vous prendrez bien un café, dites-moi ? ", fit-il en s'apprêtant à apostropher un vendeur ambulant qui passait entre les rangs.


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Jane McCillian
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mar 31 Juil - 1:26

Jane ne savait plus exactement s’il était tôt ou tard. Elle ne savait plus rien, à vrai dire. Après la mort d’Emile, elle avait appris l’exécution à venir du Renard… Elle n’avait cessé de penser à lui depuis leur rencontre, ce soir de Février, elle avait suivi toute l’affaire depuis l’attentat du D’Harcourt et puis, un matin, l’annonce du verdict. Elle avait été forcé de prendre un petit remontant. Pour ne pas s’évanouir, pour ne pas perdre la face.

Et voilà, le fameux jour était arrivé, celui qu’elle redoutait. Elle n’avait pas eu de nouvelles de Renaud, et était presque certaine qu’il l’avait oublié. Mais elle tenait à être présente car si elle n’avait pas pu faire ses adieux à son cousin, elle voulait au moins les faire à ce camarade d’une soirée, qui lui avait réchauffé le cœur et ouvert les yeux. Et puis bon, cela faisait un bon moment qu’elle n’avait pas mis le nez dehors…

Il y avait déjà foule lorsqu’elle arriva, mais elle était menue et n’eut aucun mal à se faufiler. De son emplacement, elle avait une vue complète de la place. La guillotine était dans sa ligne de mire.

Jane mit un certain temps avant de capter le murmure et l’agitation grandissante de la foule. Ici et là s’échangeaient des « il se passe quelque chose » et des « pas normal tout ça ». Les « où sont-ils donc passés ses foutus criminels » commençaient à se faire entendre également. Jane attendit, et pria intérieurement pour que le cours des choses soit bousculé.
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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mer 1 Aoû - 13:08

M. de Lonsay, M. Debongure et M. Spéret

M. Athys foudroya du regard ses contempteurs. Il était déjà devenu écarlate - assez du moins pour qu'on s'en rendît compte, même dans l'obscurité - mais ce fut pire encore lorsque M. Spéret s'en mêla. Il plissa ses petits yeux et répliqua, avec toute la maîtrise dont il était capable :

- M. Spéret, vous savez comment ces choses-là fonctionnent. Mon art est méprisé par la plupart de vos lecteurs et par vous-même mais il plaît aux gens respectables qui veulent s'amuser avant le souper. Trouvez cela peu glorieux si vous voulez mais gardez à l'esprit que je ne m'aventure pas chez vous, moi ...

Simple logique de territoires ... Bien que l'idée d'intégrer un littérateur ridicule façon M. Spéret, habillé de jaune canari et féru d'art dans sa prochaine pièce serait un bon ressort comique ...
Il nota l'idée dans un coin de sa tête, tandis que le petit journaliste à la botte de Spéret arriva et que ce dernier lui offrit aimablement un café. Athys, lui, ajustait son gilet, qui remontait un peu dans un faux-pli fort disgracieux : que les vêtements d'aujourd'hui étaient raides et mal faits ! Cependant, le silence se fit bientôt parmi les journalistes ... Tout observateur aurait sans doute vu un homme se pencher et glisser quelque chose à M. Debongure, mais bien heureux fut celui qui réussit à l'entendre ! Pendant ce temps, l'on s'affairait ...



Le couple Ainsworth

La jeune femme rousse sembla visiblement vexée que M. Ainsworth s'interposât entre elle et sa voisine. Quoi ! Elle était pas assez bien pour avoir l'droit d'être debout à côté d'eun' dame, c'était ça ? Elle ne dit rien cependant - Céleste avait l'habitude de ce genre d'attitude ... Elle se promit tout de même de se rappeler le nom de ce Monsieur lorsqu'elle l'entendit, dans la bouche d'une vénérée bourgeoise qui s'avançait vers eux :

- Monsieur et Madame Ainsworth ! Alors, vous aussi ... ?

Marie-Gilbert Pentois se faufila, le chapeau de travers, vers le couple. Elle adressa un petit sourire en coin à Catharina, mais salua Monsieur en premier, comme il se doit.



M. von Herzfänger

Cet homme, il est clair que vous ne l'aviez jamais vu jusqu'à maintenant. Tout, depuis sa mise impeccable, son complet à la coupe parfaite, sans faux pli, jusqu'à son maintien, digne et empesé et son regard clair et glacé derrière le monocle ... Tout chez lui semblait étranger au monde alentours ; sa présence même semblait presque absurde, au beau milieu d'une foule par trop bigarrée. Pourquoi vous regardait-il ? Il semblait intrigué par votre mise, rendu curieux par votre air juvénile. Il se décida soudain à aller vers vous, et vous demanda d'un air impassible :

- Vous êtes un jeune homme bien sous tous rapports - il affirmait cela avec un air d'autorité, qui n'admettait pas la réplique - et pourtant je ne vous ai jamais rencontré. D'où venez-vous, Monsieur ?
Il demanda cela avec beaucoup d'amabilité, mais son visage restait froid, presque sans expression. L'heure semblait venue où le jeune homme issu de la campagne rencontrait le plus pur élégant parisien.


Eugénie Landreau

Gaspard était parfois appelé le Luneux, pour son caractère aléatoire, ses élégies grotesques des soirs d'ivresse et son air bizarroïde de vieux traîne-savate des Faubourgs. Il l'aimait bien, Ninie, sans trop d'arrière-pensée - avait-il encore l'âge pour ces bêtises-là ... Frappant le sol avec son bien-aimé parapluie, il marmonna, en réponse à sa question ... Elle fut sans doute la seule à l'entendre. Puis c'est d'une voix plus douce qu'il reprit :

- T'es vraiment pas comme les autres, y'en a qui aiment le spectacle. Moi j'trouve que ça a pas d'bon sens, ils pourraient s'en occuper dans la prison.

C'était pas si bête, à y bien penser ... Mais pourquoi était-il venu, alors ... ?
- Mais bon, j'suis quand même curieux. Puis l'attentat c'était pas rien ... Comme quoi qu'y a des violents et des mauvais partout, même chez les riches ...

Il pensait lui faire plaisir, en disant cela : après tout, il ignorait cette promenade de nuit, de la brasserie à l'église, qui avait réuni pour quelques heures Lionel Sylvande et sa petite protégée ...



M. Nuvolari & le Zozio

Auprès de vous se pressait une foule diverse et variée ... A vos côtés, se faufilant à son tour et n'appréciant point la promiscuité, s'installa un homme raide et grave, la soixantaine entamée, des favoris bien fournis. Étrangement, son visage vous rappelait quelque chose ... Où donc l'aviez-vous déjà vu ... ? A Garnier, sans nul doute, mais le souvenir était lointain ... Un regard sur ses longues mains vous rafraîchit la mémoire : il vous semblait que c'était un vieux musicien, dont vous n'aviez pas connu les années de carrière ... Il avait l'oeil tendu vers la guillotine, que l'on montait rapidement, et il ne semblait pas vous avoir remarqué. Mais lorsque le musicien volatile fut bousculé, auprès de lui, il se tourna en lançant un regard sévère.

- Du calme, ici ! furent les seuls mots qu'il prononça. Mais l'oiseau chanteur, lui, était déjà bien loin ...



Jane

Mascarille était un homme naturellement curieux. Aussi s'était-il précipité sur la place de la Roquette, à minuit sonnantes, pour voir le mieux possible la dernière expression de Lionel Sylvande, et peut-être même entendre ses derniers mots. Le Renard, quant à lui, lui semblait un anarchiste plus classique et l'intéressait moins, il faut avouer - quand bien même il lui reconnaissait un certain panache. Mascarille s'était donc faufilé vers l'avant du parterre, depuis bien longtemps, bien dissimulé sous un manteau léger et un chapeau à larges bords ... Il observait alentours, notant dans un coin de son esprit tout ce qu'il pouvait surprendre. Il sortit cependant de sa réserve lorsqu'il vit la jeune Mc Cillian s'approcher, visiblement anxieuse. Le talent d'actrice de la petite et le fait qu'elle soit sa collègue l'intéressaient peu, mais il savait bien des choses, et il brûlait d'inspecter de plus près ce minois éploré et ses secrets. Il aborda la jeune femme, presqu'aussitôt :
- Miss Mc Cillian, vous ici ! Venez donc, vous verrez mieux !

Et il allait à elle, l'air empressé, un triste sourire aux lèvres.

- Seriez-vous si intriguée par l'exécution à la française pour venir ici ... ? Vous n'avez pas peur que ce soit un peu trop dur ?

Et s'il guettait sa réaction avec impatience, son oeil semblait briller d'une attention aimable et d'une certaine inquiétude.



Tout le monde

Les bruits de marteau sur le bois résonnaient dans la place. On observait. C'était étrange, de se dire que ce tas de bois amené par charrette, déchargé sans cérémonie, était l'instrument de mort de la République ... Le temps passait. Les agents semblaient encore nerveux, en outre, et les allers-retours entre l'extérieur et la prison se multipliaient. Que se passait-il ... ? Soudain, M. Renaudot s'avança vers la foule et annonça d'une voix forte, tandis que l'on érigeait toujours :

- Renaud Berger ne sera pas exécuté ce matin. Il a demandé la grâce du président de la République dans la nuit et nous attendrons que le verdict de M. Félix Faure nous soit parvenu ! Lionel Sylvande sera bel et bien guillotiné ce matin dans ...

Il consulta sa montre.

- Une heure. Je vous prie de garder votre calme sinon nous évacuerons la Place.

Il avait presque crié les derniers mots. Les mieux placés protestèrent, les autres demandèrent ce qui avait été dit, faute d'avoir pu bien entendre. Dans tous les cas, M. Renaudot avait bel et bien terminé : il eut un hochement de tête satisfait et retourna auprès de la porte de la Prison. Mais alors que la nouvelle se répandait, que les protestations et les murmures allaient bon train, quelques gouttes d'eau commencèrent à tomber, timidement ... Elle s'intensifièrent, et nos spectateurs reçurent bientôt sur la tête une belle pluie d'été. Les arbres de la Place en abritaient certains mais tout de même, c'était peu confortable ... Serez-vous assez curieux ou assez aguerri pour supporter la dernière heure d'attente sous la pluie ... ?

Citation :
La Note de la Modération RP : pas de lancer de dés sur ce tour, laissez juste aller votre imagination, et n'oubliez pas les MPs reçus !
Pour ceux qui arrivent après le tour de Modération RP, votre personnage aura sans doute eu le bon sens de se munir d'un parapluie ... Wink Bon jeu à tous

_________________
Qui c'est, lui ? Liste des PNJs utilisés


Dernière édition par Pierrot Lunaire le Ven 31 Aoû - 21:20, édité 1 fois
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Eugénie Landreau
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 2 Aoû - 10:15

    La phrase de Gaspard serra un peu le coeur de la Ninie. Lui donnait-il de faux espoirs, ou était-ce elle qui voulait croire que la tête qui serait pas coupée serait une tête connue ? Elle préféra ne rien dire, finissant la tasse de café que Gaspard n'avait pas pris. Elle en avait besoin pour tenir - l'attente serait longue.

    — C'serait plus propre en prison pis moins d'problèmes...

    Et on ne verrait pas le regard hagard des hommes aux abois, de la bête traquée que l'on va saigner devant une cohorte de bêtes dont le sang monterait à la tête. Pas sûr qu'Eugénie tiendrait quand la lame tombera et que les cris résonneront au sein des crachats et des insultes.

    La pluie tombait fine et drue, mouillant ses habits. Dans quelques heures ils seraient tous trempés à grandes eaux. A croire que la vieille Paris pleurait par avance les morts du jour.

    — Dis Gaspard, faudrait ouvrir ton parapluie. Même avec d'trous on sera plus au sec, t'crois pas ?

    En attendant que le vieux bougre se démène avec son bien, Eugénie ajouta :

    — Z'avaient peut-être d'bonnes raisons mais vrai... y a eu des innocents morts et ça c'triste.

    Il y eut alors un mouvement dans la foule, des murmures - certains même partirent. Une annonce avait été faite mais Eugénie se trouvait trop loin pour avoir pu entendre. Ce n'est qu'en tapotant l'épaule d'une femme en face d'elle qu'elle apprit la nouvelle.

    — L'Berger s'en tire à bon compte 'fin pour l'moment. Mais on aura l'autre, on s'ra pas venu pour rien.

    Eugénie étrangla un cri, tâcha de le refouler pour demander à cette dame pas mieux lotie qu'elle.

    — Dans combien de temps... ?
    — Une heure.

    Une heure. Une heure à attendre avant que tout soit fini. Elle devait tenir. Eugénie remercia la femme d'une voix blanche, retourna sous le parapluie désormais ouvert. Une heure. Et elle aurait voulu retarder le temps.
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Antoine "Le Zozio" Viret
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Jeu 2 Aoû - 10:46

Juste avant de pouvoir s'avancer, notre pauvre oiseau se fit bousculer par (il le reconnut) le concierge italien de l'Eden. Heureusement, la cafetière ne cracha pas son contenu. Le Zozio se retourna vers le maladroit...

- Du calme, ici !

... et croisa un regard sévère qu'il reconnut. Notre drôle d'oiseau glissa quelques paroles à l'oreille de l'ancien musicien, avant de se précipiter vers l'avant. Sa réaction, notre vagabond ne l'attendit pas. Il n'en avait cure.
Le spectacle continuait.

Le Zozio put se rapprocher au plus près de la guillotine. La foule grondait toujours, les policiers étaient agités. Une scène intéressante se déroulait là. Cela fit sourire notre bonhomme. Décidément, les rebondissements étaient légions, aujourd'hui ! Quel merveilleuse journée !

Un homme le héla pour du café. Il s'agissait de Jules Spéret, le directeur de la Revue Mauve, en personne. Celui-là même à qui on devait ce fabuleux spectacle ! Le Zozio se demanda lequel des hommes au côté du personnage était le jeune scriboui...euh, journaliste, qui avait réussi l'exploit d'obtenir la fameuse lettre.

Quand l'éditeur demanda un café pour le jeune homme à ses côtés, notre vagabond se dit que ce devait être lui, le héros. Il prit grand soin à le servir, avec même un sourire en prime (... à défaut d'une boisson chaude).
Une fois le journaliste servi, M.Spéret commanda un café, pour lui cette fois-ci. Puis un autre.

Pendant que le Zozio servait ce deuxième café d'affilé, l'agent Renaudot fit son discours.
Notre chanteur se retint de justesse de rire devant un tel mensonge grossier. Le tremblement réprimé ne rendait pas le service facile, le café manquant à plusieurs reprises d'être verser en dehors de la tasse.
Pour contenir son hilarité, il se décida plutôt à chantonner :

"Une tête à couper
Vient bien à manquer
Mais ce n'est pas de Berger
Dont je veux parler !"

Au moins ne restait-il qu'une heure à attendre avant de voir le vaniteux décapité.
M.Spéret voulut payer le café, mais le Zozio refusa.
"La foule vous doit déjà beaucoup !" dit-il, avant de repartir gaiement... et rapidement.

La pluie d'été commença, le Zozio rajusta son haut-de-forme usé. Cela lui importait peu d'être mouillé, il avait l'habitude de l'humidité des Catacombes. Notre vagabond se prit cependant à penser que c'était Dieu, lui-même, qui pleurait de rire. Vain rempart qu'un chapeau face aux larmes divines !


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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 3 Aoû - 2:49

Anne-Marie était de très mauvaise humeur ce matin-là. Le jour n’était pas encore levé mais elle devait comme tout Paris se rendre à l’exécution publique ! Quelle horreur ! Elle avait renvoyé très violemment Aliénor lorsque timidement et délicatement cette dernière vint la réveiller. Elle jeta un regard sévère par la fenêtre, il manquait plus que ça, la pluie tombait à fines gouttes mouillant peu à peu la rue poussiéreuse. Elle se laissa lourdement retomber sur son lit conjugal. Son mari était déjà levé au vue de la place vide près d’elle. Et sa voix qui retentit au bas de l’escalier confirmait bien sa constatation.

« Dépêchez-vous Annie, nous sommes déjà bien en retard. La place est déjà pleine à craquer à n’en pas douter et ils sont sûrement en train de monter la guillotine. »

Anne-Marie ne prit même pas la peine de répondre et se contenta de pousser un léger grognement en s’asseyant sur le bord de son lit, la tête entre les mains. Son mari était tout excité à aller à cette exécution, cela faisait des années qu’il n’y en avait pas eu, et qui sait quand il y en aurait une autre, répétait-il sans discontinuer depuis deux semaines. Il était bien rare qu’on le voyait si impatient et entrain pour une activité, il était plutôt du genre éteint et sans grand intérêt habituellement. Et ce comportement nouveau agaçait la Forestière au plus haut point. Alors parfois, pour faire retombait sa joie, elle lui rappelait brutalement, qu’un des condamnés était un invité régulier chez eux et que s’il y montrait trop de joie les gens se méfieraient de lui et de la famille. Cela ne le calmait malheureusement pour quelques heures et puis sans s’en rendre compte, il recommençait à en parler.

Anne-Marie prit ainsi plaisir à prendre tout son temps pour se préparer. Et elle entendait de temps en temps la voix grave de son mari qui lui criait de plus en plus fort de se presser. Bientôt, il monta la voir d’un air déconfit. Cela la fit sourire. Il le prit très mal et redescendit en faisant claquer bruyamment ses chaussures sur le bois grinçant de l’escalier. Mais si Anne-Marie prenait tant de temps, c’était aussi parce qu’elle ne voulait pas vraiment y aller, elle se disait que plus tard elle y serait, moins on parlerait de sa position vis-à-vis de Lionel et cela la rassurait un peu.

Au bout d’une bonne heure, elle finit par descendre. Elle avait choisit des vêtements plutôt sobres et confortable. Prenant le parapluie que lui tendait Aliénor, elle se dirigea vers l’entrée sans même jeter un regard à son homme qui s’était assis sur une causeuse en l’attendant. Avec mesquinerie, elle déclara tout en continuant de marcher :

« Et bien, que faites-vous donc ? Je croyais que vous étiez pressé ! »


Remarque totalement inutile bien sûr, puisque dés son apparition, il s’était immédiatement levé pour la rejoindre.

Comme prévu, la place de la Roquette à leur arrivée était déjà bondée. Mais, leur statut bien évidemment le réservait une place de choix. Ils se faufilèrent ainsi jusqu’à leur place, bravant la foule bien bruyante. Des rumeurs leur parvinrent très vite. Seul Lionel allait être exécuté ce jour. Cela agaça un peu plus Anne-Marie, cela annonçait pour elle une seconde exécution et deux autres semaines de sa vie à supporter les exclamations de son mari. Mais une meilleure nouvelle lui parvint bientôt, l’attente ne durerait approximativement qu’une heure. Bien, très bien… Pourvu que l’exécution aussi soit rapide, qu’elle puisse rentrer chez elle et retourner à ses affaires.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Ven 3 Aoû - 3:53

Il hésita jusqu'au bout. Il songea à passer la nuit à la Reine blanche, aux Folies ou au Moulin Rouge ... Même à la passer chez lui, dans la solitude, à écrire ses mémoires (chiche !), gérer ses affaires ou même à dormir, bêtement et simplement, jusqu'à midi ... Mais il lui fallut se rendre à l'évidence : cela le hantait malgré tout. Il avait déjà vu une exécution, il y avait bien ... Quatre ou cinq ans de là. Il en était sorti avec un vague dégoût et un mince filet d'angoisse, lorsqu'il s'était demandé si la tête tranchée vivait encore, quelques secondes, alors qu'elle tombait dans le panier rempli de sciure ... Juste assez pour prendre conscience que ... Il en frissonnait encore, à se poser la question. Vers trois heures du matin, il prit enfin sa décision. Il alla réveiller François qui se présenta, très digne mais maussade sous son bonnet de nuit. Il se prépara, lentement, avec la même raideur grave que les embaumeurs qui soignent la mise des défunts pour la veillée funèbre - comme pour une dernière réception. François s'impatientait, avide de sommeil, indifférent. Il se hasarda tout de même à demander, d'une voix pâteuse :

- Qui allez-vous voir mourir, Monsieur ? Celui de l'Opéra ou l'autre ?

Jean haussa les épaules : le premier lui avait ravi un ami, l'autre lui avait coûté une jambe. Cela s'équilibrait assez bien ...

- Les deux, François, j'en ai peur ...

Il prit sa canne dans l'antichambre et l'éternelle redingote noire. Et le tuyau de poêle sur la tête, il sortit.

- Tiens, il pleut ...

François lui apporta un parapluie. Fréneuse sourit tristement : " Hé bien, je ne puis même plus offrir mon bras à une femme, si c'est pas le début de la fin, ça, François ... !", l'invita à regagner son lit et s'avança, lentement, voûté sur la canne, jusqu'au boulevard Saint-Germain où il prit un fiacre. Il arriva bien tard, place de la Roquette, et la foule était bien dense. Il se fraya un chemin, jouant des coudes - canne et parapluie à l'appui - jusqu'à se ménager une place confortable, et puis il chercha alentours un visage connu. Jules Spéret, dans le carré prévu pour la Presse, semblait rayonner ; la Forestière, en bonne place, jetait des regards agacés alentours. Nulle trace de la duchesse de Lambresac mais Jean crut reconnaître son plus fidèle ami, non loin, avec (quelle ironie !) l'allemand qui sillonnait Paris depuis maintenant quelques mois. Il leur adressa un signe de tête. Il n'entendit pas tout de suite que seul Lionel Sylvande paierait son dû à la République, à l'aube. Il attendait simplement sous la pluie, comme tout le monde, grave, éteint, solennel comme il ne fut jamais.
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Sam 4 Aoû - 6:23

Fulgenzio Nuvolari, concierge

C'était long. Pas tellement divertissant ou poignant non plus. Les gens conversaient trop fort. On se bousculait sans même esquisser la moindre excuse. Une chaleur des plus accablantes étreignaient ceux qui se morfondaient au milieu de l'attroupement. Et dieu que Fulgenzio détestait être coincé dans une foule constamment grandissante. Cet inconfort en valait-il la chandelle ? Probablement pas, personne ne le verrait ici, et le lendemain, il retournerait être exploité par le directeur de l'Éden-Théâtre. « Renaud... arrivera pas. Annoncer... foule. » qu'il entendit alors qu'il tentait de fuir la masse grouillante. Venait-il de mettre la main sur une exclusivité qui le rendrait lui-même, temporairement mais quand même, exclusif ? Était-ce là une opportunité qui lui permettrait de faire croire aux autres qu'il possédait un grand éventail de contacts et de sources ? Était-ce là une chance trop flagrante ? Eh bien, oui. Il se retourna partiellement, prit quelques secondes pour appréhender le chaos du regard et murmura à un acteur qu'il crut avoir identifié. « Renaud Berger ne sera pas décapité ce soir. Je le sais de source sûre. » qu'il murmura d'un ton faux.

Il répéta l'opération à quelques reprises, avec des quidams plus ou moins mondains et des artistes plus ou moins notoires. Justement, un quelqu'un qu'il crut reconnaître entra en scène. Cet homme, cette chevelure grisâtre, ces favoris hirsutes, ces doigts interminables, ce regard austère. Qui était-il exactement ? Il n'en savait rien, mais voulut lui aussi le mettre au courant de la bonne-nouvelle. « Du calme, ici ! » lança l'inconnu après être bousculé. « Oh monsieur ! Pardonnez ce malheureux, mais le cou de Renaud Berger demeurera intouchable ce matin. On dit qu'il ne sera pas étêté ! » Un étincelle de surprise perça la façade de fer que formait le regard impassible de l'homme. Et à peine quelques secondes plus tard, on annonça en effet que le très criminalisé Berger ne serait pas guillotiné. Fulgenzio parut fier d'avoir su avant les autres. Être au courant n'était pas désagréable.

Mais alors une fine pluie se mit à arroser les rues de Paris, avant de s'intensifier. N'ayant pas sur lui ni parapluie ni manteau, mais seulement les habits plus ou moins imposés par la direction de l'Éden-Théâtre, il se recula un peu. Alors qu'il se détachait de la foule, il cessa net de marcher. Devant une vingtaine de personnes, il se mit à parler : assez bas pour faire croire aux autres qu'il parlait à son voisin, mais assez haut pour que les environs l'entendent bien. « J'ai surpris une conversation entre les autorités. Il paraîtrait que Sylvande s'est évadé de sa détention et qu'il maraude en ce moment dans les rues de Paris. S'ils ne le retrouvent pas, tous ces gens se seront déplacés pour rien, et le terroriste du Garnier sera libre. » Était-ce stupide, complètement absurde et irresponsable de mentir d'une telle façon; de propager de telles balivernes ? Certes. Mais que ne ferait-il pas pour un peu d'attention et de considération ? Peu de choses, semblait-il.
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Soleil cou coupé   Mar 7 Aoû - 10:18

[Editable, en particulier pour Le Zozio en cas de désaccord. Désolée pour la longueur =/]

__

Kolin Olčeska, ex-directeur de théâtre

Le Débi’Thé faisait partie de ces débits de boisson à l’air cocasse, dont l’on ne peut s’empêcher de fixer les couleurs criardes, les décorations surprenantes et les tables trop rapprochées à chaque fois qu’on passe devant, mais dans lesquels on entre guère que parce que l’on connaît déjà, parce qu’on nous l’a conseillé, ou parce que c’est le seul ouvert à des heures incongrues – de trois à six heures le matin, par exemple. Ce n’était pourtant pas tout à fait ces raisons qui avaient conduit Kolin à s’y attabler : c’était plutôt par naïveté.

La Débi’Thé, de par son nom et ses tentures d’inspiration oriental – il ne manquait que la splendeur des étoffes indiennes, n’était pas tout à fait avenant, mais paraissait gentillet et simple. Comment une décoration éclectique et foisonnante peut-elle donner une impression de sobriété ? Probablement parce que le mot « Thé » était joliment mis en valeur sur l’enseigne, avec des lettres rouges cerclées d’ocre. Kolin ne mit guère de temps à se rendre compte que le Débi’Thé n’avait plus grand-chose à voir avec le salon de Thé qui l’avait précédé ici, et qui lui avait légué les murs colorés et les tentures que l’on découvrait décharnées, en s’approchant un peu. L’entrée de Kolin ne passa pas inaperçue. Des yeux s’accrochèrent à lui, à sa tenue, inondés d’une curiosité avide. De fait, on ne devait pas voir souvent entrer ce genre de bonhomme dans pareil endroit. Il parvint à calmer les esprits en agissant avec un très grand naturel – et en s’abstenant de commander un thé. Attitude fort à propos, car on n’avait pas vendu de thé ici depuis une petite dizaine d’année. Engageant la conversation avec le tenancier, il apprit bientôt pour le « Thé » de l’enseigne resplendissait tant.
« Ben, c’est que pour pas payer trop le p’tit gars qui nous l’a fait, on avait gardé le mot « Thé » de l’ancienne devanture. Sauf qu’il était là depuis d’ja un paquet de temps. Il a fini par tomber, c’tait l’automne dernier, avec la pluie, tout ça. Donc on a demandé au Ptit Gars de le refaire. ‘L’est moins usé qu’le reste, du coup. »

L’avantage du Débi’Thé, ce soir là, c’est qu’il était bien placé : Rue de Belfort, soit à deux pas de la Place de la Roquette. Si bien qu’avant vingt-trois heures, le tenancier commença à s’impatienter, priant avec fermeté les clients de vider les lieux ; c’est qu’il avait un spectacle à aller voir. Mais les clients n’avaient pas l’habitude d’être mis à la porte à une heure pareille – la plupart comptait d’ailleurs attendre ici, au chaud et devant un bon verre, que vienne une heure plus décente pour aller se faufiler sur la place – à l’image de Kolin, donc. Comme les clients ronchonnaient, et que le tenancier, pour son malheur petit et grêle, ne parvenait pas à les mettre hors de son débit, ce dernier sortit, remontant ses manches, et disparut durant une dizaine de minutes. Lorsqu’il revint, il était accompagné d’un grand gaillard, qui devait faire au moins le double de sa taille, et le triple de sa largeur. Sans un mot, de ses larges mains, celui-ci saisit les cols des clients, les uns après les autres, les pressant les uns contre les autres, avant de les conduire vers la porte, les trainant à moitié à côté de lui. La razzia n’avait prit que quelques secondes, durant lesquelles un sourire mi-satisfait, mi-inquiet s’était dessiné sur le visage du tenancier. Kolin avait échappé à la rafle pour une raison assez obscure – mais probablement était-ce sa tenue : on n’employait pas un homme vêtu de cette manière par le col. Cela étant dit, le dramaturge ne se fit pas prier pour regagner la sortie, impuissant à empêcher la collision qui fit rentrer son coude dans les côtes d’un des ouvriers qu’on venait de trainer comme un vieux draps, qui râlait d’une voix rauque, mécontent d’être ainsi forcé à s’en aller sur une seule jambe, et serrant encore entre ses doigts le verre qu’il avait emporté, et qui s’était à demi-renversé sur ses compagnons d’infortune.

Kolin, bousculé par le Débi’Thé et ce qui s’y était passé, par les gens qui commençaient à envahir les rues, n’eut pas le courage, comme il se l’était promis, de se poster dès minuit sur la place. Au lieu de quoi, il héla un fiacre, et lui demanda de rejoindre la rue Saint-Marc, d’où il rejoignit l’Opéra qui s’apprêtait à se venger illustrement sans même le savoir. Il avançait tête baissée, assez lentement, évitant de regarder les quelques passants qu’il croisait. Il lui semblait que l’endroit était vide – comme si tout le monde était parti se réfugier dans le onzième arrondissement. C’était faux, bien sûr. Mais le simple fait de savoir qu’on allait bientôt y monter la guillotine suffisait à donner à tous les passants des airs de fantômes égarés. Il ne leva les yeux qu’une fois en face de l’Opéra. Il faisait plus sombre qu’à l’ordinaire – mais de nouveau, ça n’était peut-être qu’une impression. Deux autres personnes regardaient l’Opéra – et en dépit de sa curiosité, Kolin se garda bien de les étudier. Il se concentra sur les murs éteints et fatigués, chagrins de ne plus être le centre de l’animation. Kolin s’imagina jouer sur les planches de l’Opéra de Paris. Il se voyait le Prométhée d’Eschyle, et sentait le sang de Thémis frémir sous sa peau.

« O, divin éther, vents à l’aile rapide, sources des fleuves, sourire innombrable des flots marins .. »

Il avait chuchoté sans s’en rendre compte. Il sentait les respirations de la foule, les frémissements des tissus, le craquement des planches alors qu’il faisait un pas, la présence rassurante des lourds rideaux, des décors, des acteurs. Et puis, soudain, il était au premier balcon. Sur scène, une jeune fille, encore une enfant, s’était fait Alès, l’héroïne dissimulée d’un Matin de Sonate. Il faisait jouer les doigts de sa main gauche sur l’accoudoir de son siège, comme il en avait l’habitude. Dans sa nuque, les battements du dramaturge qui voit ses mots prononcés par les lèvres du personnage, qui voit la réalité dépasser ses écrits, et la pièce se construire, avec lui et loin de lui, dans un splendeur enivrante. Enfin, Alès s’évanouie, et il se vit accueillir les Grands de Paris dans son théâtre. Il leur présentait en quelques mots les pièces qu’il avait programmé pour la saison, évoquait ses découvertes, les nouveaux talents, et précisait à voix basse les occasions à ne pas manquer.

Il ouvrit brutalement les yeux, se faisant violence pour s’extraire de ses rêveries rudérales, que les ruines de l’Opéra et de sa fulgurante carrière, arrosées de la plus pure nostalgie, suscitaient avec une douloureuse précision dans son esprit embrumé. Il mit encore de longues minutes à s’extraire de ce monde qu’on avait esquissé, et dans lequel il s’était jeté, lui donnant une réalité foudroyante. Il avait intimé au fiacre de l’attendre, mais il ne le retrouva pas ; à vrai dire, il n’était pas tout à fait sûr d’être dans la rue Saint Marc. Mais il n’était pas exclu non plus que le fiacre ait filé – cela faisait un peu moins de trois heures qu’il l’avait quitté. Il marcha encore de longues minutes avant d’en trouver un autre, qui le raccompagna devant le Débi’Thé. Pourquoi il se dirigeait vers la place de l’exécution ? Kolin aurait été bien en peine de le dire. C’est seulement en se retrouvant baigné par la foule qu’il comprit ce qu’il était venu chercher : de l’humanité, malsaine s’il le fallait, mais des gens et des réactions, des comportements, des sentiments, des mots. Il regardait avidement autour de lui, tenta de s’approcher, grimaça au contact des corps contre lui. Certains n’osaient trop le bousculer – encore cette tenue. Il écoutait toutes les voix qui l’entouraient, se battant avec ses propres idées, cherchant à se prouver qu’il n’était pas venu uniquement pour voir celui qui avait détruit l’Opéra. Il était si occupé avec ses pensées qu’il bouscula un homme qui sautillait en fredonnant, renversant du café à la ronde. Ennuyé, il lui présenta de sincères excuses, avec sa voix chaleureuse et son accent tchèque :

« Je vous en prie, excusez ma maladresse ! Je vous offrirai volontiers un café pour vous dédommager mais … serait-ce vraiment approprié ? »

Il sourit légèrement, soulignant l’ironie de sa remarque, sans trop oser toutefois.
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