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 Tous les crépuscules du monde...

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Charles-Armand de Lonsay
Dandynosaure
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Messages : 167

MessageSujet: Tous les crépuscules du monde...   Mer 27 Juin - 10:39

Dans deux semaine, ça ferait deux mois. Deux mois que, de sinistre mémoire, un fou dangereux avait eu l'idée regrettable de faire sauter l'Opéra Garnier. Regrettable, cette idée l'était sur bien des plans. Tout d'abord, indéniablement, sur celui desvies humaines, plusieurs ayant été fauchées à ces occasions. Ensuite, sur le plan architectural. Cet opéra était une merveille d'architecture, l'oeuvre d'un petit architecte alors aussi obscur que génial, mais qui avait réussi à battre des concurrents aussi redoutables que Viollet-le-Duc au concours d'architecture de l'opéra. La construction de l'édifice avait réclamé beaucoup d'argent et beaucoup de temps... Le bâtiment avait été une merveille... Et tout ça, pour ne durer que vingt ans... Quel gâchis...

Voici pourquoi le lieu du sinistre était pour le vicomte un beau symbole de la vanité et de la société de ce temps : prestigieuse, brillante, mais absolument autodestructrice. Un bon lieu de réflexion et de rêvasserie, au fond... Il aimait à y aller plutôt en début de matinée, quand il n'y avait pas un chat dans les environs, ou au crépuscule, lorsque le soleil se couchait sur les ruines dans ce décor urbain. Monsieur de Lonsay trouvait cela... poétique, tristement et sereinement poétique, comme tous ces lieux qui avaient souffert avant de connaître un apaisement désespéré.

Et c'était ce qu'il faisait en ce jour fort tranquille, à un moment où il n'aurait jamais imaginé que l'on dérangeât sa paisible réflexion tant l'heure était à d'autres préoccupations... Il était environ 16h, la plupart des gens travaillaient ou se livraient à des occupations bien loin des rêveries d'oisif. Le vicomte s'était donc négligemment assis à même l'une des ruines, le menton dans une main, les yeux dans le vague, l'esprit dans les brumes, le chapeau dans l'autre main, tellement immobile qu'on l'aurait presque cru du décor.

Mais ce nouveau Penseur de Rodin ne manqua pas de frémir légèrement lorsqu'il entendit des pas s'approcher. Bon sang, qui cela pouvait-il bien être ?!
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MessageSujet: Re: Tous les crépuscules du monde...   Dim 8 Juil - 11:15

[ Qu'on me pardonne mon retard, déjà inapproprié, et qui ne sera surement pas le dernier, hélas - Sinon, édition à volonté, Sieur De Lonsay ]


Kolin Olčeska, ex-directeur de théâtre

C’était le dix-septième jour qu’il passait dans les rues de la douce ville qu’il connaissait mieux par les livres que dans sa chair même. A chaque instant, lorsque ses yeux se posaient sur des murs, sur des plaques ornées indiquant le nom des rues, sur les terrasses des cafés, lorsque ses oreilles saisissaient quelques mots de conversation – en Français le plus souvent, fréquemment en Allemand ou en Anglais, lorsque les effluves s’échappaient des cuisines, des tissus, des viandes que l’on coupait avec une tendresse et une sensibilité qui relève de l’art, il mesurait toute la grandeur de la littérature. Et son incommensurable faiblesse aussi. Il comprenait – maintenant, deux dizaines d’années après avoir lu ces lignes qui décrivaient l’activité frénétique de ces rues gorgées de vie – comment les auteurs avaient pu être conduits à ces mots, à ces phrasés, à ces cadences. Il fallait vivre la ville pour que sa description prenne tout son sens.
Mais jusqu’ici, ces déambulations ne l’avaient pas conduit à l’Opéra. Mystérieusement – mais pas tant que ça – à chaque fois qu’il se retrouvait sur le chemin qui devait y mener, tout droit, ses pas le glissaient dans une ruelle parallèle, souvent étroite, parfois un passage couverts donc l’atmosphère, comme conservée à l’abri de l’air extérieur, lui restait longtemps ancrée dans la peau, à la fois fétide et doucement chaude, chargée des regards qui le suivaient interminablement. Il était allé sciemment jeter un œil au passage du Pont-Neuf – et c’est là que l’immensité de l’acte littéraire lui était apparue avec le plus de clarté. Il s’était procuré au préalable un exemplaire de Thérèse Raquin – ne pouvant s’empêcher de penser au sien, endormi dans sa Bibliothèque, à Prague. Et il l’avait lu, en marchant très lentement dans le passage, comme s’il souhaitait former à lui seul une sorte de procession – oui, ça n’était pas si éloigné du pèlerinage, au fond. Il en avait même dit quelques mots à voix haute, avec son accent tchèque doucereux ; personne n’en avait semblé surpris outre mesure, les originaux ne devaient pas être rares à passer ici.

Cette fois pourtant, il y était. Devant lui, un vide atroce. La perversité de l’esprit lui fait superposer les souvenirs aux images qu’il perçoit, et c’est ce qui donne à tant de moment une intensité tragique propre, lorsque le décalage entre les souvenirs et le présent se fait plus violent, plus net. Ce qui se dressait devant lui, c’était une monstruosité hybride, qui allait une grandeur désuète à une désolation franche, mais fière aussi. Les pierres semblaient clamer ce qu’elles étaient, leur existence en tant que telles, leur appartenance à une magnificence commune. Il posa les doigts sur un mur, sur lequel s’étaient déjà abandonnées des poussières grises, de celles qui confèrent aux ruines leur quiétude sereine et leur promesse d’éternité.

« Ne niez pas notre existence ! Nous sommes : regardez-nous ; voyez les veines de l’une, l’éclat de l’autre, saisissez nos richesses sous le manteau gris-blanc dont nous couvre le temps … »

Il avait parlé à voix haute, de sa voix grave et ronde, travaillée, délicate, inconscient de l’homme qui ne se tenait pas très loin. Quand il l’aperçut enfin, ce dernier lui adressait une mine surprise – mais ils étaient encore un peu trop loin pour s’aborder. Kolin ne se priva pourtant pas de s’adresser à lui, prenant la peine d’expliquer son propos.

« C’est ce que crient ces pierres, vous ne croyez pas ? »

Il ne le regardait pas en parlant, caressant le mur du bout des doigts, mais lui adressa un long regard après s’être tu, alors que la question se dissolvait lentement dans l’air.
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Charles-Armand de Lonsay
Dandynosaure
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MessageSujet: Re: Tous les crépuscules du monde...   Jeu 12 Juil - 20:38

[HRP : Soyez sans crainte, cher ami, le jeu de rôle est un loisir et doit le rester ! Il n'y a donc pas de retard à se faire pardonner. Wink Surtout quand la réponse donne autant de prises à la réplique ! ^^ Ah, et, bien évidemment, édition à volonté pour tous mes RP à venir Wink]

Sa curiosité piquée au vif, le vicomte rassembla ses regards absents et leva un oeil vers l'inconnu qui avait pénétré dans le hall de l'opéra défunt. Un ciel lourd de nuages gris, lourd de larmes contenues, se reposait sur les ruines du Palais Garnier, écrasant de tristesse le paysage alentour, étouffant les bruits de la rue pourtant si proche... Était-on donc déjà si loin du monde, lorsqu'on pénétrait dans ces ruines urbaines ? Tout ici semblait esseulé, douloureux, misérable dans sa noblesse déchue, vaste débris du passé hantant un présent dédaigneux. Une fois le Garnier détruit, la société mondaine s'était tout simplement transportée à l'Eden, comme si de rien n'était... Pourtant, le vicomte de Lonsay continuait à aimer ces lieux qu'il avait autrefois si souvent fréquentés, depuis leur inauguration, vingt ans plus tôt... Cet épisode-là avait déterminé son goût du théâtre, et ce simple argument suffisait à le ramener de temps en temps ici, bien au-delà de toute considération philosophique.

Mais revenons au présent. L'homme - qu'il ne parvint pas à identifier au premier coup d'oeil, d'ailleurs, mais qui ne lui semblait certes pas être un gamin de Paris, loin de là ! - venait de laisser échapper quelques paroles qui ne purent, de par la voix qui les prononçait, ne pouvaient pas ne pas être entendues du vicomte. Au-delà des mots, qui ne le stupéfièrent certes pas, ce fut un accent qui frappa son oreille. Il fallut quelques instants à Charles-Armand pour le replacer : voyons, ce n'était certes pas un accent anglais, pas plus qu'italien ou espagnol ; ce n'était pas non plus un accent germanique... Peut-être du polonais ? Quoi qu'il en soit, l'étranger paraissait étranger - pas étonnant, pensa-t-il en se rendant compte de l'aspect tautologique de sa phrase - mais paraissait également bien maîtriser le français. Sans doute une personne de l'élite, ce que venait confirmer son vêtement.

L'homme se retourna vers lui et, bien qu'ils fussent encore fort éloignés l'un de l'autre, lui adressa la suite de ses paroles. Sans le regarder. Voilà qui était du moins fort inhabituel, surtout confronté à un étranger... Différence de moeurs, peut-être... Ou tout simplement inattention... Qu'importait, au fond ? Il n'allait quand même pas s'en offusquer, si ? D'autant plus que l'homme venait de tourner enfin la tête vers lui et le dévisageait maintenant le plus tranquillement du monde en lui demandant ce qu'il en pensait. De quoi, déjà ? Ah ! oui, de ce que disent les pierres...

- Non, monsieur, je ne le crois pas. Leur noblesse est au-delà des mots. Elles ne clament rien, elles se dressent et se taisent comme un catafalque. Le silence seul est à la hauteur de leur souffrance.

Disant cela du ton le plus calme qui soit, il s'était relevé et avancé vers l'inconnu, chapeau à la main.

- Charles-Armand Borderin, vicomte de Lonsay, pour vous servir, monsieur..., fit-il en inclinant aimablement la tête.
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MessageSujet: Re: Tous les crépuscules du monde...   Sam 14 Juil - 6:00

Kolin Olčeska, ex-directeur de théâtre

Il ne savait s’il devait regretter la solitude et la quiétude qu’il était venu chercher ici – était-ce vraiment l’objet de sa déambulation ? - ni comment il devait interpréter cette rencontre pour le moins surprenante, au creux des ruines. Ses yeux se posèrent sur une voute à la courbe fière, large et assurée. Il avait la sensation de l’entendre murmurer, tout à la fois sa peine de ne plus enjamber des foules se pressant dans le Hall, et sa fierté d’être encore dressée, là, vestige, caressée par les yeux langoureux des curieux, des originaux, des artistes qui venaient encore se perdre ici, s’écraser l’âme contre des souvenirs malhabiles. Mais c’était comme un secret : les pierres de l’Opéra sont encore l’Opéra. Elles chantent tout ce qu’elles ont entendu, dans une cacophonie douloureuse, silencieusement assourdissante, et d’une grande douceur malgré tout.

« Je crois qu’elles parlent plus qu’elles ne veulent le faire croire »
Il haussa les épaules, lui-même dubitatif en regardant son propos. C’était peut-être lui, qui les faisait chanter dans sa tête – d’ailleurs, ces notes faisaient curieusement songer à l'Henri VIII qu'il avait écouté ici même, quelques années plus tôt. Il lui semblait entendre Henri VIII et Anne Boleyn dans la partie du second acte que Saint-Saëns leur avait réservé.

« Nous ne le saurons probablement jamais »

Il adressa un sourire avenant – avec peut-être un éclat d’espièglerie, ou plutôt, de connivence ; mais celle-ci ne se fait qu’à deux, et il ne lui appartenait pas de décider si le jeune inconnu allait y participer ou non. Il remercia la courbette d’un mouvement du menton, tâchant de se remémorer ce qu’on lui avait dit de ce jeune vicomte – parce qu’il ne lui était pas entièrement inconnu ; ce n’étaient que des bribes qui lui semblaient provenir des bas-fonds plutôt que de la bonne société, aussi se garda t-il de les évoquer. Il se découvrit à son tour, et se courba poliment.

« Kwoline Oltchèska, articula t-il avec son doux accent. Enchanté. Je ne pensais pas croiser de promeneurs par ici, je dois vous l’avouer … »

Il prit quelques minutes pour observer attentivement l’homme qui lui faisait face. Son accoutrement n’était pas commun – ce qui ne déplaisait guère à l’homme de théâtre qu’était Kolin – mais lui seyait bien. Son maintien n’était pas hostile, son visage ne trahissait pas ses pensées, mais n’était pas fermé pour autant. Kolin savait le sien calme et avenant. Il s’interrogea sur l’âge de Vicomte, mais son accoutrement l’empêchait résolument de lui en donner un qui lui convienne : trente semblait trop jeune pour sa tenue, quarante trop pour son visage lisse.

« Je vous prie humblement de bien vouloir excuser mes manières un peu cavalières. C’est qu’ici, je ne me sens pas précisément ancré dans l’édifice de la v… »

Il s’arrêta brusquement, sans oser terminer sa phrase. Il balaya l’air de sa main comme pour chasser sa phrase, et après avoir affiché une petite mine désolée – celle de l’enfant pris à faire une ânerie pour amuser la gallerie – il sourit largement.

« Pardonnez-moi de vous ennuyer ainsi. Dites-moi plutôt, auriez-vous eu l’occasion de voir l’Opéra dans ses derniers mois ? »

[Je m'absente pour dix jours, voici de quoi manger]
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Charles-Armand de Lonsay
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MessageSujet: Re: Tous les crépuscules du monde...   Jeu 16 Aoû - 12:38

Situation improbable : voilà deux hommes que rien ne semblait rapprocher, un étranger et un dandy, très occupés à discuter le plus sérieusement du monde de la possibilité que des pierres s'expriment, et ce dans un opéra en ruines. Si cette scène avait figuré dans un roman symboliste, Charles-Armand de Lonsay en aurait souri. Mais puisque cette scène figurait dans la trame de sa propre histoire, il ne savait qu'en penser. Excepté qu'il aurait pu figurer dans un roman symboliste. Au sourire espiègle du Tchèque, il répondit par un regard vague et une moue indéfinissable, si floue qu'il était difficile de lui attribuer la moindre signification. La présentation de l'homme suffit à peine à faire un peu revenir son attention sur terre, du moins en apparence. En réalité, il était encore plus impossible de dire s'il rêvassait ou s'il avait conservé les pieds sur terre durant tout l'entretien.

Son regard ne redevint plus net que lorsqu'il fut question d'opéra. Un sujet bien plus intéressant et nettement moins pseudo-philosophique que les possibilités d'expression de blocs de calcaire ou de marbre ! Un sujet d'art ! Le vicomte retrouva une bonne partie de son feu - à savoir fort peu, étant donné le flegme du personnage - lorsqu'il fut question de répondre.

" Certes, monsieur, bien que je ne fusse pas à la tragique représentation de l'Hérodiade... Il y eut, entre autres, une agréable représentation du Faust de Gounod, vers la fin du mois de janvier... "

Mais à quoi bon évoquer ces souvenirs ? L'Opéra n'était plus pour un temps encore...

" Cela dit, monsieur, je vous retourne la question, quoique différemment : aurez-vous le plaisir d'assister à l'une des représentations que préparent l'Eden-Théâtre - la salle où la troupe du Palais-Garnier a élu temporairement domicile - et le Théâtre d'Art ? Le premier projette de représenter le Polyeucte de Gounod, tandis que le second opte pour des oeuvres plus innovantes, telles l'Alladine et Palomides de Maeterlinck... L'on dit d'ailleurs que l'un des rôles principau de cette dernière pièce sera interprété par Lionel Sylvande, un acteur en pleine ascension... "

Le vicomte réalisa subitement que son vis-à-vis n'était vraisemblablement à Paris que depuis peu, n'ayant pas assisté aux représentations, à l'entendre... Mais il n'ajouta rien à ce sujet.

"Mais il se fait bien tard, Monsieur. Je vous salue.", ajouta subitement le vicomte en entendant les coups de cloche de l'église toute proche.

Citation :
Victoiiiiire ! Je l'ai finiiii, après cinq tentatives ! °_° Désolée pour la taille, j'étais un peu blasée, à force... xD Ah, et une petite note : s'il est possible d'entendre des racontars négatifs sur Charles-Armand dans la ville, entre autres sur son célibat, il passe néanmoins pour une personne extrêmement respectable. ^^
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