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 Une soirée très attendue...[L.Sylvande]

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Marielle Hubert
Disciple de l'inspecteur Lecoq
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Messages : 20

MessageSujet: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Jeu 14 Juin - 7:44

26 avril 1896


-Des choux-fleurs, regardez mes beaux choux-fleurs ! C'est beau, c'est bon et c'est pas cher ! Venez acheter mes choux-fleurs !

-Prenez des radis mesdames : les meilleurs de tout Paris, pour sûr !


-Des carottes pour que vos enfants aient les joues bien roses, des carottes !


Et ça criait, et ça bavardait, ça riait et ça jacassait dans tous les coins. A Paris, les jours de marché étaient une véritable foire, auxquels Marielle participait souvent. Ce matin-là, se frayant un chemin parmi la foule bruyante et oppressante, la vieille dame se savait chargée d'une mission de la plus haute importance : le même soir devait se tenir une "réunion" organisée par la Forestière, à laquelle des gens très importants (ou pas vraiment pour l'instant, mais qui le deviendraient sans doute si Anne-Marie décidait de les prendre sous son aile) étaient conviés. On parlerait théâtre, musique, peut-être un peu politique, et surtout, à force de bavarder et de rire, on serait affamés. Marielle avait donc été chargée de préparer le dîner, aidée des membres de sa "troupe". Si la domestique aimait cuisiner, elle appréciait encore plus faire le marché : parmi cette foule opaque, elle ne se sentait pas mal à l'aise du tout, au contraire : il fallait la voir jouer des coudes pour accéder aux étals les plus prisés !

Experte en la matière, elle savait reconnaître au premier coup d'oeil un bon produit d'un mauvais, et il n'était pas rare de la voir s'indigner contre des commerçants qui vendaient "du pourri"... et contrairement à ce qu'on aurait pu penser, Marielle pouvait être assez effrayante quand elle s'énervait...

- Eh, mam'zelle Marielle ! Toujours aussi jolie, à ce que je vois !

La domestique se retourna : tout sourire derrière son étal coloré, Léon, le marchand de fruits, la regardait. Elle s'approcha.

-Espèce de vaurien,
répliqua-t-elle en souriant, tu verras, toi aussi tu seras vieux un jour...

-Ah, et voilà comme on est récompensés quand on veut faire des compliments ! Vous êtes bien injuste avec moi !

Marielle secoua la tête en pren ant un air exaspéré. Léon, de son côté, tentait tant bien que mal d'afficher un air pronfondément affecté...

-Bon, parlons sérieusement, fit Marielle. Qu'est-ce que tu as de bon ?

-Comme d'habitude, mam'zelle Marielle... des pommes, des poires, des prunes... ah ! Quelque chose de trèèèès bien : des bananes !!!

-Ah... et c'est bon, ça ?


-Pour sûr que c'est bon... allez, j'vous en offre une si vous m'en achetez six !


Le marché fut conclu, et Marielle, après ce dernier achat, s'en retourna gaiement. Elle comptait passer le reste de la journée à préparer le repas dans les cuisines de l'hôtel particulier. Elle avait déjà son menu en tête : si tout se passait bien, le dîner promettait d'êttre délicieux...

C'est en arrivant devant l'hôtel de la Forestière que Marielle l'aperçut. C'était un jeune homme d'une vingtaine d'années, habillé comme un élégant, sans pour autant avoir l'air d'en être un. Il se tenait debout, à quelques mètres des marches qui menaient à l'entrée principale, adossé contre le mur. Il paraissait songeur, et, si Marielle en croyait son flair infaillible, il avait l'air un peu triste. La domestique hésita tout d'abord : devait-elle rentrer sans se préoccuper de ce jeune homme ou... ?

Comme elle n'était pas du genre à tergiverser pendant des heures, et étant donné sa sociabilité naturelle, elle se dirigea vers lui en souriant. Comme elle n'était plus qu'à quelques pas de lui, elle le reconnut ; c'était un habitué des soirées de Madame, et elle avait déjà eu l'occasion de le croiser plusieurs fois.

-Eh bien, mon cher monsieur, vous vous êtes trompé d'heure, je crois. Madame n'a pas prévu son dîner avant dix-neuf heures !

Elle avait d'abord hésité à l'appeler par son nom, mais, lui-même ne connaissant certainement pas le sien (à moins de s'intéresser de très près aux domestiques de La Forestière, ce qui était fort peu probable), elle s'était abstenue : il aurait sans doute trouvé ça un peu étrange....

-Tenez, si vous voulez vous rendre utilise à quelque chose, au lieu de rester là à penser à je-ne-sais-quoi, aidez-moi à porter ce panier à la cuisine...

Elle désigna du menton la grande porte de l'hôtel particulier.
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Mar 19 Juin - 2:07

Lionel était perdu dans ses pensées. Trop de choses, trop d'événements, trop de scandales ... Il se sentait las. Son dernier séjour chez la Forestière lui avait laissé un goût amer et il y repensait, presque rageusement, chaque soir ... Cela l'inquiétait même un peu, quand bien même une disgrâce ne serait point le premier de ses soucis. Avec sa volonté naturelle, il résolut donc d'éclaircir la situation avant ce soir, trop fier pour accepter de se trouver ridiculisé devant les invités, trop sûr de son parcours pour tout perdre, à cause des vices d'un autre ... Il s'était rendu, décidé, chez Madame Forestier, dans l'espoir de réussir à la rencontrer. Et puis, sa volonté s'était émoussée, il s'était arrêté un instant sur le pas de la porte, rêveur ... Oui, il en avait trop vu. Il y a peu, un homme qu'il avait tenté de secourir était mort dans ses bras ... Lionel repensait à son regard, devenu vitreux, tandis qu'il demeurait, impuissant, sans savoir vers qui se tourner ... Etrangement, cela l'avait secoué. Et cela le hantait, parmi tant d'autres choses. C'était à cela qu'il songeait lorsque la voix de la vieille dame retentit. C'est assez honteux à dire ... mais il sursauta. Il rassembla ses esprits assez rapidement, cependant, et, haussant les épaules, accueillit la proposition avec philosophie :

- Eh bien, pourquoi pas, ma petite dame ? Donnez-moi ça, je vous suis.

Il saisit le lourd panier sans difficultés et la laissa ouvrir la porte. C'était assez curieux, une domestique qui entrait par la grande porte mais, après tout, Anne-Marie Forestier n'en était pas à sa première fantaisie ... Tout en cheminant sur les pas de la vieille dame, Lionel ne put s'empêcher d'ajouter, gentiment :

- N'avez-vous pas un commis ou une jeune domestique qui pût vous accompagner au marché ? C'est un peu difficile, d'y aller seule, non ?

Il n'ajouta pas "à votre âge", dans un reste de délicatesse. Mais tout de même ! Lui-même, s'il avait saisi le fardeau avec aisance, ressentait déjà son poids ... Certes, il n'était pas vraiment habitué à porter de lourdes charges, mais il n'était pas malingre non plus ... Cependant, ils ne tarderaient sans doute pas à parvenir dans la cuisine, n'est-ce pas ?

- Mais j'y pense ... qu'allez-vous concocter de bon avec tout ça ?

La vieille dame avait eu raison dans tous les cas : Lionel se sentait toujours mélancolique, mais l'activité trompait son ennui, et son attention s'était bien éveillée.
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Marielle Hubert
Disciple de l'inspecteur Lecoq
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Mar 26 Juin - 22:03

Comme elle l'avait prévu, il lui prit le panier sans faire de difficultés. Après tout, un gentleman ne pouvait décemment pas refuser une aide pareille à une vieille dame...

Lui emboîtant le pas, elle monta les marches qui menaient à la grande porte, dont elle possédait la clef (privilège accordé par la Forestière, étant donné son entière confiance en Marielle). Ils traversèrent ensuite un long corridor au sol marbré : aux murs étaient accrochés de nombreux tableaux, mais Marielle, qui trottinait presque, ne laissa guère le loisir au jeune homme de les admirer.

-Eh là ! Je suis vieille, oui, mais pas encore impotente ! Je suis allée au marché seule toute ma vie, ce n'est pas maintenant que les choses changeront !

Le jeune homme l'ignorait, mais faire le marché était l'une des petites joies de la vieille domestique : il n'était donc pas question qu'elle s'encombre d'un commis, qui la gênerait plutôt qu'autre chose. Au bout du corridor, ils empruntèrent un petit couloir à droite ; au bout de ce couloir, Marielle ouvrit une porte ; ils entrèrent alors dans une petite pièce où régnait une chaleur bienfaisante.

-Tenez, posez ça sur le plan de travail, demanda Marielle au jeune homme.

Déjà, la vieille dame s'activait : elle avait passé un tablier par-dessus sa robe, et nettoyait maintenant le vieux four à bois, sans plus s'occuper le moins du monde du jeune homme.

-Normalement, je ne réponds pas à cette question : je préfère que le menu reste une surprise...

Elle se tourna vers Lionel Sylvande.

-Mais enfin, comme vous avez un peu participé à l'effort général...

Elle sembla hésiter quelques secondes, puis reprit :

-Nous aurons donc : un potage à la tomate relevé d'épices fines, suivi d'un filet de lièvre sauce chasseur...


Elle bafouilla un peu sur ces derniers mots, avant de poursuivre :

-... sur lit de petits légumes. Ensuite, rôti d'agneau. Pour ce qui est du dessert, ce sera la surprise ! Même Madame l'ignore encore...alors, ça vous plaît ?

A présent, elle était en train de sortir des placards les casseroles, plats et récipients en tout genre qui serviraient à sa préparation.

-A mon tour de poser les questions. Qu'est-ce que vous fabriquiez tout seul devant l'hôtel de Madame ?
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Jeu 5 Juil - 22:55

Si les tableaux achetés ou reçus par la Forestière faisaient sa fierté, Lionel Sylvande n'eut en effet point le temps de les admirer. Il suivit la vieille dame jusqu'à la cuisine et ne put admirer que la modeste pièce et son vieux four à bois. Étrangement, cela vous évoquait plutôt une petite cuisine familiale : difficile d'imaginer que les plats imaginatifs des dîners de Madame étaient concoctés là ... Lionel déposa le panier où Marielle lui indiqua et demeura, mal à l'aise - comme un homme dans une cuisine, en somme. Il se trouvait parfois sur le chemin de la petite vieille et s'écartait, presque penaud, tout en écoutant l'alléchant menu qu'elle égrenait, au fil de ses allers-retours.

- J'ai hâte de goûter tout cela, cela va sans dire, rétorqua-t-il, simplement, par intérêt comme par politesse.

Mais notre enquêteuse de Marielle n'allait pas tarder à entrer dans le vif du sujet. A vrai dire, Lionel s'en doutait un peu. Il prit une grande inspiration, retrouva au fond de lui-même tout le courage qui lui restait, de ses combats incessants, et il tenta sa chance. Attaque frontale : stratégie de la sincérité. Pour ainsi dire.

- A vrai dire, je me demandais si je devais tenter de parler à Madame avant ce soir. Je ne sais ce que vous savez des intrigues de son Salon, mais je crains de tomber en disgrâce, pour des rumeurs fausses et des événements qui ne sont pas de mon fait.

Il eut un geste vague.

- Je viens plaider mon innocence, en quelque sorte. Comme un procès anticipé.

Cependant, il connaissait bien les humeurs de Madame, et avait bien conscience que le remède risquait d'être pire que le mal. Alors, tout en attrapant une marmite, placée un peu haut, il hasarda :

- Pensez-vous qu'elle serait disposée à m'entendre. Que pourrais-je dire pour qu'elle se souvienne du talentueux acteur, dont l'ambition lui plaisait ?

A croire qu'il devenait malgré lui un autre, maintenant que la gloire lui échappait ...

Citation :
Cadeau pour la Ste-Marietta. Désolé pour le retard
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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Ven 6 Juil - 2:16

Spoiler:
 

Anne-Marie était en train de parcourir sa grande demeure de long en large, donnant des ordres par ci, vérifiant chaque pièce en détail. La soirée qu’elle préparait avec tant d’attention depuis l’attentat de l’opéra allait avoir lieu le soir même. Et quelle angoisse ! Elle avait promis du nouveau à ses invités. De nouveaux décors, de nouveaux meubles, de nouvelles œuvres qu’elle avait déniché un peu partout dans Paris et qu’elle avait gardé en réserve, mais surtout de nouvelles personnalités ! Il fallait qu’elle en mette plein les yeux à ses invités, qu’elle brille et qu’ils meurent d’envie de revenir chez elle, car la concurrence était rude ! Ainsi chaque moment était chronométré, chaque détail comptait. Tout devait être parfait. Mais cela lui demandait une énergie folle.

Elle passait ainsi derrière chaque domestique, vérifiant leur travail et n’hésitant évidemment pas à les sermonner sévèrement. Bien sûr, peu nombreux seront les convives qui auraient l’honneur de voir le reste de la maison, car seul son salon était réservé pour la soirée, mais les personne les plus intéressantes avait souvent ce privilège de rester un peu plus. Alors, rien n’était délaissé. Tandis qu’elle continuait d’inspecter les lieux, une bouffée d’angoisse envahit son corps : elle n’avait pas vu avec Marielle le dessert qui serait servit. Cela faisait plusieurs semaines, qu’elle avait donné carte blanche à sa vielle domestique pour essayer toute sorte de dessert avec pour seul mot d’ordre de la surprendre. Cyrus avait d’ailleurs eu l’occasion de gouter une de ces fameuses douceurs, mais ô malheur, elle n’avait toujours pas décidé lesquels seraient concoctés. Elle marcha à grand pas vers les cuisines. C’était un endroit où elle n’allait que très rarement, elle considérait parfois ce lieu comme appartenant plus à ses domestiques qu’à elle-même. Mais dans son élan de folie, elle n’avait pas du tout pensé à sonner la petite clochette qui aurait ramené sa domestique la seconde suivante.

Dévalant les escaliers à toute vitesse, elle entra en trombe dans la cuisine et dit d’un seul trait :

« Nous n’avons pas encore décidé du dessert ! Comment avons-nous pu oublier une telle chose ? »


Elle avait l’esprit tant occupé par cette soirée qu’elle ne remarqua par Lionel. Elle avança vers la table où était posé les trésors que Marielle avait dénichés du marché. La Forestière ouvrit les sacs avec vivacité en continuant de parler :

« Avez-vous pensé aux épices ? Aurons-nous assez de thés différents pour ne pas décevoir nos… »


Elle s’arrêta brusquement en découvrant l’homme dans un coin de sa cuisine. Elle le détailla du regard pendant quelques secondes et un sourire s’étira sur le coin de ses lèvres. Elle s’approcha un peu plus de lui.

« Et bien mon cher, je savais que votre situation n’était pas au beau fixe, mais je ne pensais pas que vous étiez à ce point mal qu’il vous faille travailler dans mes cuisines. »

Un rire bref ponctua sa phrase. Évidemment, elle se doutait bien qu’il n’était pas ici pour travailler, mais une petite pique par ci par là ne pouvait pas faire bien mal.
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Dim 15 Juil - 7:03


Marielle n'eut en effet pas le temps de répondre : une tornade qui ressemblait étrangement à Madame Forestier surgit en lançant alentours ordres, mots et idées. Puis le regard de cette dernière s'arrêta et se posa sur Lionel. Ce dernier se tourne vers elle, se redressa, comme devant un corps de garde - elle sourit. Le calme avant la tempête ... ?

- Et bien mon cher, je savais que votre situation n’était pas au beau fixe, mais je ne pensais pas que vous étiez à ce point mal qu’il vous faille travailler dans mes cuisines.

Lionel sourit à cette pique, d'un sourire un peu nerveux, qui avait quelque chose de réflexe. Ce n'était plus vraiment un de ces sourires légers et discrets qu'il avait appris à imiter, chez les Salonniers, et qu'il maniait en maître. L'attitude en salon était une partition musicale et, après avoir travaillé son instrument (corps et visage) devant un miroir, il était devenu meilleur acteur ... Dans la vie comme sur les planches. Il va sans dire que la distinction n'était plus toujours aussi claire, parfois, tant son existence était faite de dissimulations et de personnages imaginaires.

- Nul autre que vous n'est à même de comprendre, sans même l'avoir vécue, la difficulté de la vie d'artiste, répondit-il, d'une soudaine inspiration.

Et il s'inclina, modeste. Quitte à être pris la main dans le pot de confiture, autant complimenter la cuisinière (même que cette métaphore était bien mal choisie pour notre contexte ...). Il désigna la vieille servante qui se tenait là, avec ses épices et ses légumes.

- J'ai toujours été fasciné par les coulisses des salles de théâtre. Votre salon m'apparaissant comme un lieu de l'art, lui aussi, j'ai voulu comprendre aussi ... Votre régisseur n'a cependant révélé aucun secret, jusqu'ici.

Et s'approchant d'elle, la saluant, il lâcha, comme une concession ou un aveu sans importance :

- Mais je dois avouer que j'espérais vous rencontrer tout de même. Je ne vous ferai pas l'affront de dire pourquoi, vous le devinez sans doute.

Et tel un chat, il retomba plus ou moins sur ses pattes. La surprise passée, il demeura, fermement campé sur ses pieds, avec la certitude d'avoir quelque chose à défendre. Il partait sans armes ? Tant pis, l'heure était à la bataille et les soldats qui avaient dû affronter les Prussiens, autrefois, avaient bien dû courir à l'ennemi, tout en connaissant l'issue funeste ... Peut-être qu'un Deus ex Machina - ou qu'une Mamius ex placarda* - viendrait sauver la mise, aussi ... Qui sait ?

Citation :
* Le simili latin est tellement faux qu'il n'a aucun sens, mais c'est plus ou moins volontaire. Sylvande n'y connaît rien, en latin Razz
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Marielle Hubert
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Dim 29 Juil - 22:29

S'il y avait une chose à laquelle Marielle ne s'attendait pas en invitant Lionel Sylvande à la suivre dans les cuisines, c'était que Anne-Marie Forestier déciderait d'aller y faire un tour au même moment. D'abord, elle ne remarqua pas la présence du jeune homme, bien trop occupée par la préparation de son dîner.

Si Marielle avait été quelque peu surprise par cette apparition soudaine, elle ne trouvait pas la situation trop gênante. Du moins, pas en ce qui la concernait... elle s'apprêtait à répondre à Anne-Marie qu'elle avait trouvé un dessert de choix- en l'occurrence, un cake à la banane- quand celle-ci aperçut Lionel.

Ouch, pensa la vieille domestique, la remarque d'Anne-Marie avait dû atteindre sa cible. Madame Forestier était très douée pour lancer ce genre de petites remarques cinglantes. Marielle se demandait si le jeune homme parviendrait à trouver une réplique adéquate... ce n'était pas chose facile, mais si Lionel Sylvande tenait à conserver sa prestance...

Bon, le petit s'en tirait bien. Même si ce qu'il disait semblait pour Marielle un peu tiré par les cheveux. En outre, elle doutait fort que quelqu'un puisse rêver de visiter des cuisines... "les coulisses de l'art" comme il le disait fort joliment. Pas sûr que Mme Forestier se laisserait contenter par cette explication.

- Mais je dois avouer que j'espérais vous rencontrer tout de même. Je ne vous ferai pas l'affront de dire pourquoi, vous le devinez sans doute.

Ah bon ? C'était peut-être ce pourquoi il était en train de prendre racine devant l'hôtel quand Marielle l'avait apostrophé. Qu'avait-il de si important à lui dire qu'il attende dès onze heures du matin devant son hôtel ? Elle mourait d'envie de le savoir... en attendant, elle se devait de défendre un peu ce jeune homme. Après tout, ce n'était pas vraiment sa faute s'il se retrouvait ici... et la vieille domestique ne voulait pas qu'il ait d'ennuis à cause d'elle, même si elle doutait sincèrement que La Forestière lui en voudrait pour si peu.

-C'est moi qui l'ai amené ici, Madame. Je rentrais du marché, et mon panier était bien lourd... j'ai trouvé ce jeune homme sur la route et lui ai demandé de m'aider, voilà tout.

Elle ajouta d'un air malicieux :

-Il n'aurait guère été poli de refuser, ma foi.

Puis, désireuse de changer de sujet :

-Je vous dirais bien ce que j'ai prévu pour le dessert, mais je crains qu'il y ait des oreilles indiscrètes...

Elle regarda Lionel Sylvande en souriant.

Spoiler:
 
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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Ven 3 Aoû - 4:15

Au sourire jaune que lui adressa le jeune homme, la Forestière s’attendait à ce qu’il se liquéfie et ne sache que répondre, mais non, il se reprit et s’en sortit avec une pirouette plutôt bien menée, devait avoué la salonnière. Une pique comme réponse à une pique, et oui, la chère salonnière, mécène et passionnée d’art n’était pas artiste, une beau compliment pour s’excuser de sa réparti pouvant être blessante et enfin une explication un peu plus crédible. Et oui, il pouvait encore la surprendre. Cela lui ramena un peu de bonne humeur. D’autant plus qu’elle souhaitait un entretien avec lui depuis un petit moment déjà et voilà que de son propre gré il venait la chercher, tant mieux, une affaire serait réglée aujourd’hui et en plus le jour de sa grande soirée. Tout était vraiment parfait, une bonne étoile la suivait.

Alors qu’elle allait justement lui proposer de la rejoindre au salon pour discuter de leurs petites affaires quand Marielle se mit à son tour à parler. Comment ne s’était-elle pas douter que sa chère domestique ne pourrait pas se taire et prendrait la défense de son invité surprise. Cela fit rire Anne-Marie.

« Ainsi donc vous avez besoin d’aide maintenant ! Je pense en effet, que je ne paye pas assez de domestiques sous vos ordres »

Elle savait parfaitement que la vieille domestique faisait elle-même le marché et refusait à tout prix d’emmener qui que ce soit avec elle de peur d’être distraite et elle maintenait aujourd’hui effrontément qu’elle lui avait demandé de l‘aider et ajoutant malicieusement que Lionel ne pouvait refuser. Tiens donc !

La Forestière hésita quelques secondes, devait-elle la remettre à sa place en lui rappelant formellement que mentir était très mal, d’autant plus à sa patronne, ou jouer son petit jeu. Enfin, la vieille domestique osa ajouter que la présence de Lionel l’empêcher de lui dévoiler le dessert.

Et bien, voilà le comble de toute cette histoire. Sèchement, elle lui dit :

« Oreilles indiscrètes que vous avez-vous-même fait entrer, parait-il ! »

Finalement, jouer son jeu lui paraissait une bonne solution car la sermonner sur son mensonge ne servirait de toutes façon pas à grand-chose. Si après toutes ses années, elle n’avait toujours pas compris, ce n’est pas aujourd’hui que ça changerait. Elle reprit donc :

« Et bien, si vous avez besoin d’aide, je pense que par politesse, ce cher Lionel doit rester ici un peu plus longuement. Et peut-être, pourriez-vous lui donner quelques cours de cuisine, de sorte que s’il ne peut plus être acteur, il puisse se reconvertir rapidement. »


Se tournant à nouveau vers Lionel, elle ajouta :

« Sachez, en tout cas, que si les difficultés d’artistes deviennent insurmontables, il y aura toujours de la place pour vous dans ma cuisine ! »

Elle était plutôt fière d’elle. Elle avait remis à sa place Marielle, enfin lui avait renvoyé son affront à la figure et dans sa grande bonté venait presque d’offrir un poste à Lionel en cas d’urgence. Son angoisse pour sa soirée semblait avoir disparu grâce à ces deux singuliers personnages. Sur ces phrases, la suite logique aurait été de quitter la pièce, mais il était amusant de les voir ici et un peu de distraction ne pouvait que lui faire du bien. Marielle saurait très bien la renvoyer lorsqu’elle aurait besoin d’air pour préparer son repas. Elle poussa donc une chaise et vint s’asseoir impatiente de voir la suite des évènements. Marielle allait-elle vraiment donner du travail à Lionel…
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Marielle Hubert
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Jeu 23 Aoû - 8:11

Tandis que La Forestière la réprimandait (si toutefois l'on pouvait appeler des réprimandes les remarques ironiques d'Anne-Marie), Marielle tripotait le noeud de son tablier, l'air un peu confus. L'air seulement, car elle n'était pas réellement perturbée : elle avait agi en connaissance de cause en emmenant Lionel dans les cuisines, et n'avait pas l'impression d'avoir commis une faute grave, quoi qu'en puisse penser sa patronne.

Marielle connaissait bien Anne-Marie Forestier, néanmoins, elle ne savait pas comment tout cela finirait. Serait-elle punie, ou aurait-elle droit à un long sermon quand Lionel serait parti ? La vieille domestique, au cours de toutes ses années de service auprès de la Forestière, avait déjà eu droit à ce genre de réjouissances, aussi n'était-elle pas vraiment impressionnée, mais plutôt ennuyée par avance de ce qui l'attendait.

-« Et bien, si vous avez besoin d’aide, je pense que par politesse, ce cher Lionel doit rester ici un peu plus longuement. Et peut-être, pourriez-vous lui donner quelques cours de cuisine, de sorte que s’il ne peut plus être acteur, il puisse se reconvertir rapidement. »

Marielle se prit à sourire. C'était là une réaction pour le moins inattendue. La Forestière se montrait souvent très surprenante, mais jamais Marielle n'aurait imaginé une telle chose.

-Bien Madame.

La réponse de la vieille domestique était bien sûr valable uniquement pour la première partie : il était hors de question qu'elle se mette à dispenser des cours de cuisine, elle avait bien d'autres choses à faire ! Sans doute, Madame Forestier plaisantait...

-Bon, avant tout, allez vous laver les mains. Ensuite, vous pouvez découper la viande en fines tranches avec ce couteau...

Tout en donnant les premières instructions à Lionel, Marielle s'empressait de sortir les ingrédients du panier. Il était à peine midi, elle avait donc plusieurs heures devant elle pour préparer son dîner : peut-être aurait-elle même le temps d'apprendre quelques petites choses à Lionel, histoire qu'il sache un peu se rendre utile plus tard... tous ces artistes vivaient trop dans l'abstrait, il fallait leur transmettre un peu de sens pratique !

Spoiler:
 
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Mar 28 Aoû - 4:06

La situation devenait tout à fait absurde ! Lionel resta bouche bée devant l'injonction de la Forestière et ne sut pas très bien, au départ, s'il devait la remercier pour sa proposition ou rire de la plaisanterie.

- Je ... Merci de votre sollicitude, Madame.

Il resta un instant planté là, se demandant si l'idée sortait tout juste d l'esprit de la Salonnière ou si c'était une mise en scène préparée de longue date pour l'inciter à plus d'humilité. Mais pouvait-il faire le difficile, à présent ... ? Il s'exclama quand même, devant le conseil de la vieille cuisinière :

- Se laver les mains ? Mais pourquoi ? C'est une manie de cuisinière ?

L'hygiène dans les cuisines des grandes dames était un sujet bien étranger, hélas, pour un jeune homme qui avait grandi chez les Pères ... Il s'exécuta tout de même, sous le regard amusé (sans doute ?) des deux femmes. Puis il saisit le couteau et se mettre à l'ouvrage.

- Mettre un homme au fourneaux est bien dégradant, la cuisine traditionnelle a toujours été affaire de femmes*, glissa-t-il doucement. Et lançant un regard à la Salonnière, il ajouta : J'espère que vous me saurez gré de ce travestissement, auquel je ne consens que s'il vous amuse.

Il adressa tout de même un sourire à la domestique, drôle de petite vieille qui passait outre toutes les limites sociales. Et  il ajouta :

- A moins que vous n'ayez pour ambition de faire de moi un futur grand cuisinier ?

Et comme il ne se concentrait plus assez, le couteau lui glissa des mains. Il ne sentit point la douleur tout d'abord - la lame était fort aiguisé, et l'entaille assez fine. Mais bientôt quelques petites taches rougeâtres vinrent orner le plan de travail.

- Je suis un bien piètre élève, glissa-t-il alors, l'air contrit.

Citation :
* Ce n'est pas choquant de dire ça à l'époque : à part les grands chefs, il me semble que les hommes ne sont jamais préposés à la cuisine à l'époque.

Toutes mes excuses pour le retard, je ferai mieux la prochaine fois ! Et puis je suis mort, j'ai une excuse Razz
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Anne-Marie Forestier
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Lun 17 Sep - 0:00

La Forestière bien installée sur son siège regardait d’un air amusé la scène qui se déroulait sous ses yeux. Sa chère domestique qui donnait des ordres à un de ses protégés, voici quelque chose que jamais elle n’aurait pensé voir !

Lionel qui semblait déjà bien peu à l’aise depuis l’arrivée de la patronne dans la cuisine, était encore plus penaud face à ce que lui demandait Marielle. Mais, malgré la gêne occasionnée, il resta très courtois et se prêta au jeu lancé par la Forestière. Alors qu’il se mettait à la tâche, il osa même une remarque à ce sujet. Cela ravit Anne-Marie qui lui répondit :

« Vous avez égayé ma journée mon cher Lionel ! Décidément, tous les rôles vous siéent à merveilles. Vous devriez venir plus souvent car je crois que peu de mes invités accepteraient de se plier à cet jeu avec le sourire.»

Si Lionel connaissait la Forestière, il devinerait assez vite que ceci était un compliment qu’elle lui faisait, il l’avait vraiment impressionnée sur ce coup. Cependant, cela ne dura que quelques secondes car bientôt il laissa échapper le couteau de ses mains et une goutte de sang vint bientôt souiller le plan de travail. La Forestière regarda la scène quelques instants puis laissa peu à peu échapper un rire sonore. Il avait vraiment un talent fou pour la mettre de bonne humeur, même si ce n’était surement pas délibéré. Elle se tourna alors vers Marielle :


« Vous devriez faire plus souvent venir mes invités dans votre cuisine, je ne ris pas assez souvent ! »


Elle se leva vivement et s’approcha de Lionel pour constater la gravité ou plutôt la non-gravité de la blessure de Lionel et en lui donnant une tape sur l’épaule, déclara :

« Oh ! Je pense que même si mon ambition est de faire de vous un grand cuisinier, c’est peine perdue ! Ou alors, il vous faudra mettre plus de cœur à l’ouvrage. Allez, au travail ! »


Elle se mit à rire une fois de plus et ajouta :

« Mais par pitié, ne mettez pas de votre sang dans mon buffet de la soirée, je ne veux pas empoisonner mes invités. »


Dans un autre rire sonore, elle quitta la pièce en se promettant de passer plus souvent voir Marielle. Si elle était arrivée tendue dans cette pièce un peu plus tôt, c’était de très bonne humeur et d’attaque pour le reste des préparatifs qu’elle repartait.

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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Mer 3 Oct - 12:31

Lionel demeura penaud, mais le rire de la Forestière lui avait mis l'espoir au coeur. Elle ne semblait pas vraiment en colère contre lui et lui avais même adressé un compliment ! Le jeune homme la salua et répliqua :

- Je tâcherai de faire de mon mieux, Madame, bien que je ne pense pas que mon sang soit si malsain ... L'air de Paris l'aurait vicié, vous croyez ?

Mais Madame Forestier partait, apparemment sans l'avoir attendu. A peine eut-elle disparu de la cuisine que Lionel lâcha le couteau et glissa à Marielle :

- La fontaine est dans la cour, n'est-ce pas ? Je dois passer cette plaie dans l'eau*. Je peux en profiter pour en ramener si vous voulez ...

Ce n'était pas du tout une besogne d'homme non plus, mais il ne se voyait pas demander à une petite vieille courbée d'aller remplir un lourd seau d'eau ... Ce n'était pas une pensée digne d'un homme qui aimait le peuple, sincèrement - bien que ce ne soient pas le genre d'opinions que l'on crie bien fort à la cantonade, quand on veut réussir. Ayant ou non reçu la réponse de la petite vieille, il s'éclipsa vite fait et revint après avoir nettoyé son égratignure. A présent qu'ils étaient seuls, il était temps de reprendre la conversation qu'il espérait avoir avec la servante :

- Où en étions-nous ? ... Ah oui, les mensonges, à mon sujet. Madame Forestier croit-elle aux rumeurs ... ?

Et il se rendit compte que, comme pour se donner contenance ou sembler moins insolite dans cette cuisine, il avait saisi de nouveau couteau et légumes. Il n'avait pas pris le travail, cependant. Fallait pas trop en demander d'un coup ...

Citation :
* On n'a pas l'eau courante à l'époque, on va chercher l'eau dans la cour des hôtels particuliers où il y a une fontaine
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Thalie
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MessageSujet: Re: Une soirée très attendue...[L.Sylvande]   Mer 7 Aoû - 6:53

Personne ne sut jamais quelles furent les confidences entre la cuisinière et le jeune anarchiste. Les deux emportèrent le secret dans la tombe. Peut-être la discussion parla politique, ou peut-être ne parla-t-elle que de rumeurs et de bouillon de légumes. Qui sait ?

En tout cas le bouillon fut très bon, comme tout le reste du repas. Lionel s'en tira avec plusieurs coupures sur les doigts, pauvre élève martyr d'une vieille cuisinière ne disant pas non à une aide, même boiteuse.

Quant au reste de l'histoire, vous la connaissez déjà. Ce fut le 20 juin 1896. Ce jour-là, Lionel se coupa à un grand, très grand couteau et en perdit la tête.

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Une soirée très attendue...[L.Sylvande]

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