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 Cours de danse.

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Rebecca Burnett
Complainte des pianos qu'on entend dans les quartiers aisés
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MessageSujet: Cours de danse.   Mer 2 Mai - 2:20

    Rebecca regardait les gouttes de pluies qui battaient la vitre de la voiture. Elle se sentait bien, toute seule sur cette banquette confortable, recroquevillée dans un coin et emmitouflée dans un châle assez épais. Lorsque la voiture s’arrêta, le chauffeur ouvrit la porte et lui tendit la main. La jeune fille en sortit, et son joli visage sortit de l'ombre de la voiture, éclairé par les pâles rayons de lumière que l'on pouvait percevoir à travers les nuages gris. Notre chère petite américaine déploya son parapluie et s'adressa au chauffeur de la voiture :

    - Pas besoin devenir me chercher, Robert, je rentrerai à la maison à pieds.


    Robert écarquilla les yeux comme il le faisait souvent lorsque Rebecca lui adressa la parole, et il lui demanda, tout étonné :

    - Par cette pluie ?! En êtes vous sûre, mademoiselle Burnett ?

    Rebecca sourit et décréta d'un ton calme et posé :

    Sûre et certaine. Ce n'est pas très loin de la maison, et puis j'ai besoin de me dégourdir les jambes, je reste toute la journée assise devant un piano. Ce n'est pas cette pluie qui va m'arrêter, et puis regardez, je perçois déjà une éclaircie. Je suis sûre que la pluie aura cessé dans quelques minutes.

    Le cocher fit alors demi tour, lui adressa un signe courtois de la tête en disant simplement :

    Mademoiselle Burnett.

    Puis il remonta dans le voiture et la laissa seule devant l'opéra. La jeune fille n'avait pas encore vu l'opéra de ses propres yeux depuis l'attentat.. Elle se retourna et observa l'imposant bâtiment qui trônait devant ses yeux. Elle ressentit un frisson tandis qu'elle gravissait les marches et pénétrait à l’intérieur. Vous vous demandez sans doute ce que notre pianiste venait faire à l'Opéra ? C'est simple, le professeur de Rebecca lui avait demandé d'aller assister une de ses plus jeunes élèves, Albertine, qui en ce jour d'avril accompagnait un cours de danse pour la première fois. Rebecca avait pour mission de vérifier que tout se passait convenablement, et elle devrait prendre la relève en cas de problème.

    Le cours de danse en question avait lieu dans les coulisses, qui n'avaient pas été touchés par l'attentat. A l’intérieur de l'Opéra, tout semblait gris et délaissé. Toute la joie avait quitté cet endroit. La jeune fille y était allée deux fois dans sa vie, une fois pour assister à un opéra, et l'autre pour visiter, par simple curiosité. Elle connaissait donc un peu le bâtiment. Elle demanda son chemin à une femme qu'elle croisa dans l'un des longs couloirs de l'Opéra, qui lui indiqua la direction à suivre.

    Rebecca finit par trouver la salle en question. L'agitation était à son comble dans cette salle. Les danseuses papotaient et riaient. Le cours n'avait pas encore commencé. Elle balaya la salle des yeux, et aperçut Albertine, qui déposait ses partitions près du piano. Alors elle ferma la porte derrière elle et traversa la salle de sa démarche décidée. A son passage, plusieurs danseuses se retournèrent et la regardèrent d'un œil intrigué. Puis Rebecca arriva devant sa collègue et la salua :

    Comment allez vous ?

    Lui demanda l'américaine. Albertine ne semblait pas très à l'aise, et intimidée par la présence de Rebecca. Celle ci était considérée comme l'une des meilleures élèves du Conservatoire et beaucoup d'élèves lui vouaient un respect considérables. Albertine en faisait partie.

    Vous avez l'air nerveuse...


    Commenta Rebecca, inquiète. Puis son attention revint vers les danseuses : visiblement, le cours n'allait pas tarder à commencer. Les deux femmes s'assirent sur le tabouret du piano en scrutant la salle des yeux.
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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Mer 2 Mai - 7:46

- Dégagé, dégagé, demi-plié, port de braaaas !

Et la multitude des jeunes danseuses s'exécute. Alignées à la barre, elles réalisent ces exercices, les mêmes chaque jour, pour chauffer le corps et parfaire la technique. Jour comme les autres à l'Académie Nationale de danse et de musique. Margot était une de ces nombreuses jeunes filles. Elle était arrivée à l'heure, une fois n'est pas coutume, dans la grande pièce chaleureuse où somnolaient déjà quelques danseuses attendant l'heure du cours ... Jambes au repos, chaussons pas encore noués, elles discutaient alors en tout abandon, resserrant un corset, ajustant les rubans à la taille et les passants du petit pantalon, sans réelle pudeur. Dehors, il pleuvait, par malheur, depuis le petit matin. La petite Chalopin était arrivée dans la salle les cheveux trempés, plein de petites boucles folles s'échappant de son chignon. Malgré leurs efforts conjoints pour recoiffer son abondante chevelure brune, quelques mèches encore s'échappaient, dans l'effort.

- Oh là, Margot, tu la dégottes mal, aujourd'hui !

C'était Suzon, une petite danseuse à la face ronde et lunaire. Le maître de ballet se tourna vers elle aussitôt et, vociférant, s'appliqua à corriger ses pieds en dedans, les coudes qui saillaient, redressant tant bien que mal une plante poussée dans un endroit trop exigu et tordue par essence. Margot en profita pour lui tirer la langue. Suzon ferait pas long feu à l'Opéra, on le savait ... Alors elle s'amusait un peu, le temps qu'il lui reste. Et les exercices continuaient ...

A vrai dire, dire que tout était habituel était une erreur. En se tournant pour réaliser l'exercice de l'autre jambe, les yeux de Margot se posèrent sur le piano où officiait une nouvelle ... " Mesdemoiselles, c'est mademoiselle Simonin qui vous accompagnera aujourd'hui ! " Elles avaient toutes dévisagé la jeune femme qui semblait bien intimidée, avec des sourires et des regards curieux. A côté d'elle se tenait une autre jeune femme, élégante, dont le parapluie mouillé, déposé quelques pas plus loin, gouttait doucement sur le parquet ... Elle glissa quelques mots à Mademoiselle Simonin et demeurait à présent à ses côtés, attentive ...

- Peut-être que c'est sa meilleure amie ?

- Tu racontes n'import'quoi, Madou, c'est une musicienne qu'elle vérifie qu'elle fait tout bien !

Margot prêta l'oreille à ce qui se murmurait derrière elle, et allait répliquer quand le maître claqua sa canne à côté d'elle. Elle ne l'avait pas vu venir ! Sa voix, lourde des "r" roulés - à la flamande - la fit tressaillir, et elle manqua un jeté.

- Le temps, mademoiselle Chalopin, le temps ! Mademoiselle Simonin joue différemment que ce que vous avez l'habitude d'entendre, mais elle joue correct, il faut suivre. C'est ce qu'on demande à une danseuse, écoutez la musique au lieu de bavasser !

- Oui, Monsieur ...

Elle s'appliqua d'autant plus, lançant un regard un peu honteux à la demoiselle du piano et son accompagnatrice ... A vrai dire, elle ne l'avait pas vraiment écouté la musique, et n'avait fait que suivre le temps habituel ... Il fallait être pris pour être appris, n'est-ce pas ... ? Elle se surprit à guetter les temps sur les nouveaux airs qu'elle entendait, cela s'améliora ... - elle se surprit même à aimer ça. Bientôt, de la barre, elles passèrent aux étirements, puis aux exercices du milieu, où elles enchaînèrent petite batterie et adage. Le corset forçant sur les hanches, hachant la respiration, les obligeait à prendre des pauses assez longues, pour reprendre leur souffle, et insensiblement, la petite Chalopin avait tenté, à chaque fois, de timides approches auprès du piano, où trônaient les deux inconnues ... A la fin du cours, enfin, de petites perles de sueur sur le front, son ruban vert anis à demi-dénoué autour du chignon, elle traîna la patte jusqu'aux demoiselles, qui rangeaient les partitions.

- Mademoiselle Chalopin, n'allez pas importuner les musiciennes ! entendit-elle dans son dos ... Mais elle trottina tout de même.

- Vous aimez bien la danse, Mesdemoiselles ? fut sa première et ô combien naïve question.
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Rebecca Burnett
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Sam 5 Mai - 0:27

    L'agitation se dissipa peu à peu,et le cours de danse commença.

    - Dégagé, dégagé, demi-plié, port de braaaas

    Les jeunes danseuses étaient alignées à la barre et comme de petits automates, elles répétaient toutes les mêmes mouvements, de façon très coordonnée. Rebecca aimait regarder la danse, elle avait le sentiment de se trouver dans un joli tableau. C'était un spectacle fascinant.

    Pendant que les danseuses enchaînaient les exercices, Albertine Simonin plissait ses yeux de myopes et courbait son dos afin de pouvoir mieux lire la partition. Lorsque l'apprentie pianiste avait des hésitations ou qu'elle se perdait, Rebecca se plaçait à sa gauche et jouait une basse régulière, pour que les danseuses ne se perdent pas avec un rythme instable. Alors mademoiselle Simonin la lui faisait des signes de tête comme pour la remercier, sans décrocher son regard de la partition. Elle jouait des Romances sans Parole de Mendelssohn et des Valses de Chopin.

    Tandis que Rebecca se laissait bercer par une valse de Chopin, la seconde de l'opus posthume n°69 (l'Adieu) que la pianiste semblait très bien connaître - étrangement, ses yeux étaient maintenant collés sur le clavier, et plus sur la partition, elle remarqua qu'une jeune fille ne cessait de les observer. Chaque fois que l'occasion se présentait, elle se rapprochait du piano et leur lançait des regards à la dérobée.

    Rebecca la regardait avec amusement. Lorsque le cours de danse prit fin, et que l'agitation présente en début de cours revint au galop, la jeune danseuse s'approcha timidement du piano ou elle et Albertine étaient encore assises. La petite danseuse leur demanda alors :

    - Vous aimez bien la danse, Mesdemoiselles ?

    Notre pianiste sourit et lança à Albertine un regard attendri. L'apprentie pianiste regardait la jeune danseuse en hochant la tête. Puis Rebecca brisa le silence et répliqua avec son charmant accent américain :

    - Bien sûr ! C'était très agréable de vous regarder ! Et puis-je me permettre de vous retourner la question : Vous intéressez vous la musique, mademoiselle... ?

    Puis elle remarqua que le ruban vert de la danseuse était tombé, alors elle désigna du doigt et ajouta d'un ton amical :

    -Ah, mais faites donc attention, regardez, votre ruban viens de tomber par terre.

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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Dim 6 Mai - 3:25


L'accent de la demoiselle l'étonna beaucoup : Margot n'avait jamais entendu une telle façon de parler ! Elle eut une mine stupéfaite lorsque la jeune femme prononça ses premiers mots, et sa surprise fut sans doute pour laquelle elle ne prit pas conscience que son ruban - son cher ruban ! - était tombé.

- Oh, merci Madame, j'aurais été bien triste de le perdre, ce ruban ! C'était un cadeau, un joli cadeau !

Étrangeté de cette jeune fille des faubourgs, pour laquelle un ruban est un trésor ... Elle se baissa et le ramassa promptement, dans un frisson de mousseline. Puis, quand elle se releva, elle hésita un peu ...

- Puis pour sûr que j'aime bien la musique ! Maman m'a d'jà amenée au beuglant pour que j'entende des chansons ! J'aime bien Nini Peau d'Chien, par exemp'e.

Et puis elle dut voir une lueur de surprise, de mépris ou d'incompréhension, peut-être, dans le regard de son interlocutrice, parce qu'elle ajouta tout aussitôt, en bafouillant un peu :

- Oh et puis euh ... J'aime ben le piano, aussi. C'est joli comme tout. Z'avez vu, j'me suis trompée à la barre, pasque c'était pas pareil que d'habitude, et j'avais arrêté d'écouter ... Oui j'sais, c'pas bien, mais on est tellement fatiguées, le matin, et les exercices ! Mais là après j'ai fait attention et c'était joli comme tout !

- Cette gamine ne vous importune pas trop ?, lança le maître de ballet, prêt à intervenir, tandis que Margot ajoutait, en toute ingénuité : Vous z'êtes pas d'Paris Madame ?

La gamine en question semblait avoir encore beaucoup à apprendre ...

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Rebecca Burnett
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Dim 6 Mai - 5:24

    La danseuse paraissait stupéfaite, et la regardait d'un air surpris. Rebecca, qui ne semblait pas comprendre pourquoi la jeune fille prenait cet air étonné -elle n'était sans doute pas consciente de son accent, se retourna vers Albertine, l'air interrogateur.

    Puis la petite ramassa gracieusement son ruban, et dit aux deux pianistes qu'elle aimait Nini Peau d'Chien, une chanson dont notre américaine n'avait jamais entendu parler. Elle crut d'abord qu'elle avait mal compris - son français n'étant pas parfait, et au moment ou elle allait demander "Pardon ?" pour que la jeune fille répète le nom de la musique qu'elle aimait, elle vit le sourire d'Albertine qui semblait savoir de quoi elle parlait, alors elle laissa la danseuse poursuivre.

    Rebecca aimait bien la façon que cette petite avait de s'exprimer. Elle avait une voix très communicative, bien qu'elle ne soit pas tout à fait en accord avec sa grâce et sa légèreté de petite danseuse. Elle semblait très curieuse et elle était attendrissante.

    Tandis que la gamine parlait, le maître de ballet demanda aux deux pianistes si la jeune fille ne les importunait pas. Alors que Rebecca s’apprêtait à lui répondre, la danseuse lui demanda :

    Vous z'êtes pas d'Paris Madame ?


    Rebecca émit un petit rire, comprenant enfin pourquoi la jeune fille avait l'air surprise lorsqu'elle parlait. Son accent la trahissait encore. Elle fit un signe de la tête au maître de ballet pour lui faire comprendre que son élève ne la dérangeait pas du tout. Derrière elle, mademoiselle Simonet se tenait immobile et en retrait, comme une enfant derrière sa mère.

    Vous avez correctement deviné, mon petit, dit Rebecca en souriant Je suis américaine et je viens à Paris pour étudier le piano.

    Cette petite lui plaisait bien, elle avait un visage sympathique et sa naïveté la différenciait un peu de toutes les petites parisiennes fausses et hypocrites que Rebecca avait rencontré jusque là. Ses deux cousines en étaient un bon exemple.

    Miss Burnett
    , finit par dire Rebecca en tendant la main à la petite, ravie de vous rencontrer. Et voici mademoiselle Simonet, qui étudie également le piano. ajouta t-elle en désignant Albertine.

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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Dim 6 Mai - 11:39

Margot fut encore plus bouche bée quand Rebecca lui annonça ses origines. Elle savait que l'Amérique était un pays, mais c'était aussi et surtout quelque chose d'inconcevable. Pour elle, l'Amérique, ça se résumait aux chevaux et aux indiens, par les souvenirs de l'exposition universelle de 1889, alors qu'elle avait sept ans ... Elle ne se souvenait plus bien, mais se rappelait les chevaux qui piaffaient, les plumes et les cris des Indiens ... Les bruits des pistolets, qu'elle avait cru vraiment chargés ... Elle avait demandé à sa mère pourquoi l'Opéra faisait pas des spectacles aussi bien, pourquoi elles ne dansaient pas des choses comme ça ... Avec sa naïveté d'enfant.

- Oh je suis enchantée, Mesdemoiselles ! Moi j'suis Margot Chalopin, quadrille ! J"ai jamais eu de rôle de soliste, mais j'ai d'jà été au premier rang, lors d'un ballet. J'étais pas peu fière ... ! Mais ...

Parce qu"après tout, là n'était pas la question ... Tout de même, elle avait bien souri, ce jour-là, et avait dansé de son mieux ! Par malheur, on l'avait pas trop remarqué. Margot dansait bien, aussi bien que peut le faire une danseuse de l'Opéra, mais il lui manquait le charme et le quelque chose en plus qui en faisait une soliste. Peut-être travaillait-elle pas assez assez ... Mais pour l'heure, ce n'était pas ce sujet qui l'intéressait : au contraire, elle songeait, subjuguée, à cette lointaine et inconnue Amérique, dont son interlocutrice était originaire ... Les questions fusèrent alors, d'un coup !

- L'Amérique ! C'est loin ! Vous avez dû mettre du temps à venir, j'suis sûre ! Il est beau, vot' pays ? Vous avez pas peur des Indiens ?

A croire qu'elle les imaginait se balader librement dans les rues ... Puis tout d'un coup, une idée lui traverse l'esprit :

- Vous v'nez parce qu'on joue mieux du piano ici ? C'est comme la danse, on est les meilleurs ?

Ou les relations internationales racontées par une gamine de quinze ans qui ne connaît que son Opéra et les faubourgs.
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Rebecca Burnett
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Lun 7 Mai - 8:11

    Ah, l'Amérique. Lorsque Rebecca entendit Margot Chapolin prononcer le nom de son pays natal, des souvenirs envahirent aussitôt son esprit. Machinalement, elle se mit à caresser la bague en jaspe blanc que sa mère lui avait offert avant son départ. Sa mère lui manquait. Son père également. Leurs voix, leurs rires, leurs manies, le parfum de sa mère, l'odeur délicieuse qui émanait de son père lorsqu'il rentrait du fumoir... Tant de choses lui manquaient.

    Elle était tellement absorbée par son travail que son esprit avait rarement le temps de s'évader vers la mémoire de son passé en Amérique. Alors elle se laissa envahir par ce flot de souvenirs, en songeant à sa maison, à New York. Puis elle secoua la tête comme pour sortir de ses pensées et répondit à la jeune quadrille, qui la bombardait de questions (Rebecca ne put s’empocher de sourire lorsque celle ci lui demanda si elle avait peur des indiens) :

    Oui c'est exact, le voyage a été long pour venir à Paris ! Mais j'avoue que je suis contente d'être ici cette ville me plait, même si j'ai parfois le mal du pays... J'habitais à New York, c'est une grande ville, tout comme Paris, mais c'est très différent.

    Puis la jeune fille lui demanda si elle venait ici "parce qu'on y joue mieux du piano". Rebecca sourit de nouveau et lui répondit posément :

    Oui, c'est à peu près ça. Vous savez, l'Europe est très réputée dans le domaine de l'art.

    La pianiste s’efforçait d'employer des mots simples pour s'adapter au langage de son interlocutrice, car bien qu'elle soit américaine, elle possédait déjà un très ample vocabulaire. Mais lorsqu'elle entendit soudain mademoiselle Simonet jurer dans son dos, elle ne comprit pas son premier mot.

    Sacrelotte ! dit cette dernière tout bas en regardant sa montre gousset, de façon presque inaudible, puis elle ajouta, plus fort je dois rentrer chez moi, il est déjà tard, ma mère va s'inquiéter. puis elle pencha légèrement sa tête pour saluer les deux jeunes filles et s'éclipsa.

    Rebecca salua son amie, tout en songeant qu'elle ne s'en était pas trop mal sortie pour ce premier cours de danse qu'elle accompagnait. Sans doute n'aurait-elle pas besoin d'elle la prochaine fois. Puis elle poursuivit, à l'adresse de la jeune fille :

    Je disais que votre pays a une histoire artistique plus importante que la notre, enfin vous me comprenez, même si je dois avouer que je trouve notre art est sans doute plus moderne.


    Elle songeait notamment à la représentation d'une pièce de Charles Ives à laquelle elle avait assisté peu de temps avant son départ. Puis elle reprit avec un air malicieux :

    Et vous alors, mademoiselle Margot, vous êtes originaire de Paris je suppose ? Avez vous déjà eu envie de découvrir un autre pays ?
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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Mar 8 Mai - 11:13

Margot regardait l'autre demoiselle s'éloigner, l'accompagnant d'un "Au r"voir, Mamzelle Simonet !" mais ... C'était triste à dire, mais c'était l'américaine qui l'intriguait. Tout d'abord, elle n'était pas vêtue exactement comme les jeunes femmes que la danseuse croisait habituellement - il y avait quelque chose en plus, ou quelque chose en moins, difficile à dire ... Reste que c'était différent. Puis son accent faisait chic - aux oreilles d'une petite demoiselle de faubourgs qui avait l'accent traînard propre aux Parisiens. Et puis elle devait avoir vécu tant d'aventures ! Margot ravalait, pour l'heure, toutes les questions qui lui venaient. Mais la dernière question de son interlocutrice fit faner son sourire. Elle eut un regard surpris, tout d'abord, où passait une incompréhension réelle ... Puis elle répondit :

- Non, Mamzelle, j'y ai jamais pensé. J'crois que si j'veux voyager, le mieux pour moi, c'est de faire ce que j'fais, d'être danseuse. Peut-être si on est invités en Russie, un jour ... Les russes ils vont bien venir, eux !

En effet, on avait commencé à leur parler de l'arrivée du tsar de toutes les Russies, Nicolas II, pour le mois d'octobre. D'ici peu commenceraient les répétitions pour les spectacles qui allaient lui être donnés. On espérait même rouvrir l'Opéra pour l'occasion mais chut ! Rien n'était moins sûr ...

- J'ai jamais quitté Paris. Ou si pour aller dans la banlieue, mais la banlieue, même s'il y a des champs, c'est un peu Paris quand même. On revoit toujours les mêmes têtes de patate !

Elle s'arrêta, interdite ... Voilà un pas très joli mot dans la bouche d'une mignonne jeune fille ... Margot n'avait certes pas essayé de faire les grandes dames devant l'américaine, mais enfin, elle avait été polie, jusque là ... Elle devint toute rouge, et puis conclut, d'une petite voix.

- Peut-être qu'un jour, je danserai assez bien pour qu'on m'invite dans des autres pays. Et je verrai peut-être des rois ! Vous z'avez des rois, chez vous, Mamzelle ?

Autant dire que le système politique américain, pour notre petite danseuse, c'était le royaume des contes de fée ... Mais alors que notre élégante américaine allait répondre, un homme en salopette passa sa tête par la salle et lança d'une voix rauque :

- Mesdemoiselles, on ferme ! On laisse pas les salles ouvertes comme ça et on y traîne pas. Mesure de précaution !

Ah pour sûr, l'attentat n'était pas si loin. Voilà qu'elles se retrouvaient dans le couloir ...

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Rebecca Burnett
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Mar 15 Mai - 0:48

    Curieuse et attendrissante. Voici les deux mots qui étaient venus spontanément à l'esprit de Rebecca lorsque la jeune danseuse avait commencé à lui poser des questions sur son Amérique natale.

    Notre pianiste était contente de pouvoir tenir une conversation avec cette petite Margot, qui lui semblait bien différente de ses deux jeunes cousines et de leurs amies. Il y avait une sorte d'honnêteté naïve dans ses paroles, un quelque chose qui la différenciait de la plupart des jeunes filles parisiennes.

    Quelques secondes après avoir prononcé le mot "patate", le sang monta aux joues de mademoiselle Chalopin. Voyant dans quel embarras était la jeune fille, Rebecca Burnett se retint de rire et se contenta de sourire gentiment.

    Puis la jeune fille lui demanda s'il y avait des rois en Amérique, et au moment ou Rebecca s’apprêtait à répondre, un homme vint les avertir que l'on fermait la salle "par mesure de précaution". Cela lui semblait normal, après les récents évènements qui s'étaient produit ici..

    Rebecca quitta la salle en marchant à côté de la danseuse, tout en continuant de converser avec elle dans le couloir.

    Non non, dit elle, nous n'avons pas de roi, mais un président. J'espère que vous aurez un jour l'occasion de découvrir mon pays ! Et je vous souhaite également de découvrir la Russie, je n'y suis jamais allée mais j'ai entendu dire que c'était un très beau pays, avec de très beaux bâtiments très colorés !

    Lorsque Rebecca parlait, elle faisait toujours des gestes très expressifs avec ses mains. Elle marqua une pause et soupira lorsqu'elles arrivèrent devant une porte condamnée (sans doute à cause de l'explosion qui avait eu lieu) et s'exclama :

    C'est vraiment terrible ce qui est arrivé ici ! J'ai eu du mal à y croire ! Vous qui êtes une habituée de la maison, j'espère que vous ne connaissez personne qui a été touché par l'attentat ?


    Puis elle ajouta, pensive :

    Il faudrait vivre à la campagne pour être à l'abri de ce genre d'incidents, mais nos occupations de danseuse et pianiste ne nous le permettent pas...
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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Ven 18 Mai - 6:57

Tandis qu'elles marchaient, Margot avait pris presque nonchalamment, par habitude, le chemin vers le foyer des danseuses. Mais en effet, elle et sa compagne se heurtèrent bientôt à un obstacle. La petite Chalopin fit la moue.

- Oh zut, c'est vrai ! Désolée, Mademoiselle, j'avais oublié ...

Sa mine s'assombrit quand l'américaine formula le souhait qu'elle n'ait pas connu de victimes.

- J'y étais pas, je ne dansais pas ce soir-là - un problème à la cheville, qui s'est vite remis. C'est Simone qui m'a remplacée ... Elle est morte.

Dits simplement, avec cette tristesse du dénuement qui n'ose rien dire, ces mots avaient de quoi ébranler. Margot était devenue toute pâle alors qu'elle y repensait ... Fichue cheville ! avait-elle pensé ce soir-là ... Craignant déjà de devoir quitter le corps de ballet, de ne plus avoir de rôle, même infime - même une ombre, au dernier rang du corps de ballet. Elle avait passé la soirée à pleurer dans un coin de sa chambre, boudeuse, refusant de repriser des jupons avec sa mère. Et quand elle avait su ... Quelle honte ! La jeune fille ajouta d'une voix blanche :

- Je connaissais pas très bien les deux filles qui sont mortes. Mais elles devaient pas être méchantes, ça siffle et ça griffe un peu, mais c'pas mauvais coeur, un petit rat ... Y'en a qui étaient sur scène et qui en parlent tout l'temps. Elles font comme si ça leur f'sait rien, mais c'est qu'elles se rend' pas encore compte, peut-être ... J'sais pas ... Moi ça me fait tout drôle quand même.

Elle suivit un autre chemin, songeuse ... Poussa une des multiples portes, qui s'ouvrit - étrange ... Devant les deux jeunes femmes, des cordages, des cabestans pour hisser les décors comme si c'était les voiles d'une sorte de bateau fantastique et bizarre ... Intacts.

- Tiens, c'pas fermé, ici, ils ont oublié ?

Mais, sagement, elle repousse la porte, presque effrayée ...

- Ça vous dirait pas plutôt qu'on aille dehors ?

Pandore était-elle plus innocente, quand elle ouvrit la boîte renfermant tous les maux de l'humanité ?
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Rebecca Burnett
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Jeu 24 Mai - 2:41

    Lorsque la jeune fille répondit à sa question et lui annonça avec un air désemparé la mort de sa camarade, Rebecca regretta aussitôt d'avoir posé cette question. Elle était tentée de dire vous pouvez remercier votre cheville, mais elle sentit que cette simple phrase pouvait blesser la jeune fille qui semblait affectée par la mort de son amie. De la tristesse se lisait dans sa voix, ainsi qu'une once de honte. Alors elle se contenta de s'exclamer ces simples mots :

    Mon Dieu ! quel malheur !

    Toutes deux s'engagèrent dans un couloir de l'opéra, tout en bavardant. Une porte était ouverte, et pourtant, Margot la referma aussitôt. L'incident était arrivé il y a si peu de temps, elle ne semblait pas s'en être remise, et Rebecca elle même sentait que l'atmosphère qui régnait ici n'avait rien d'accueillant. Elle se sentit soudain d'humeur morne et grise. La jeune fille lui proposa d'aller ailleurs, alors la pianiste lui dit :

    Sortons dehors, je crois que la pluie s'est calmée.

    Elles continuaient à marcher dans le couloir, sans dire mot. Toutes deux semblaient penser à l'incident. Rebecca cherchait à changer de sujet, pour détendre l'atmosphère :

    Et depuis combien de temps faites vous de la danse mademoiselle ?
    , hasarda t-elle en souriant.

    Quel âge pouvait bien avoir cette petite ?
    , demandait-elle. Quinze ans, tout au plus. Et ses camarades qui avaient été tuées ne devaient pas être bien plus vieilles. Ah, les malheurs de la vie ! Les idioties de l'humanité ! La jeune Rebecca se sentait alors toute mélancolique.


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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Lun 28 Mai - 5:58


Drôle d'histoire, en effet ... La petite Margot - qui n'était plus si petite que cela, entendons-bien, mais c'était si simple de rester enfant, tant qu'on le pouvait ... - avançait, la tête basse ...

- Je suis rat depuis que j'ai huit ans, j'crois. Ca fait longtemps, j'me souviens plus bien ... Au début, Maman voulait pas trop, pasque les danseuses, elle disait qu'c'était des filles de mauvaise vie, 'voyez ... Mais après on a eu b'soin d'argent, et elle voulait pas que je m'abîme trop à la blanchisserie, j'avais moins d'chance de trouver un mari.

Dieu ! Que l'art semblait absent de toutes ses considérations ... ! Mais Margot parlait ainsi, naïvement, représentante entre mille de ces petites filles qu'on oublie bien vite, et qui peuplaient les théâtres, en ces temps-là ... Danseuses non par vocation, mais parce qu'elles avaient eu la chance d'être nées bien faites et agiles, et qu'elles gagnaient quelques sous à ce dur labeur ... C'était toujours mieux que le reste. Elles continuaient à déambuler, cependant. Passèrent devant les guichets clos. Dehors, une éclaircie semblait les attendre ... Songeuse, la jeune fille reprit.

- Maintenant, je danse, et puis j'prendrai un mari, et je ferai son métier. Ça sera loin les jupes de mousseline et les costumes de fées. C'est bête, j'aime bien ça.

Et se tournant vers la jeune femme qui l'accompagnait, elle hasarda, imprudente :

- Vous allez bientôt vous marier, vous, Mamzelle ? Mais vous pourrez toujours jouer du piano, j'crois, les maris distingués, ils aiment bien les belles dames qui jouent bien du piano.

Sous-entendu que la danse, à rebours, c'était peut-être bien un talent de pauvre ...
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Rebecca Burnett
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Ven 29 Juin - 0:31

    Tandis qu'elles avançaient dans les couloirs au parquet brillant de l'opéra, Rebecca regardait à l'extérieur par les fenêtres qui laissaient entrevoir une once de soleil. La lumière après la pluie faisait reluire les petites gouttes d'eau qui dégringolaient à la vitesse d'un escargot sur les vitres poussiéreuses. La petite Margot avait commencé à aborder le Sujet incontournable, chez les demoiselles, celui du mariage. Rebecca n'avait jamais été friande de ce sujet de conversation, car contrairement à ce que disait si bien Shakespeare : « Une fille n'a qu'une envie, c'est de se marier et lorsqu'elle est mariée, elle a envie de tout. », elle n'avait pas vraiment envie de se marier, au fond. Certes, elle y avait déjà songé à maintes reprises, suite à ce genre de discussions.

    "Vous allez bientôt vous marier, vous, Mamzelle ? Mais vous pourrez toujours jouer du piano, j'crois, les maris distingués, ils aiment bien les belles dames qui jouent bien du piano. ", lui disait Margot Chalopin, ce en quoi elle n'avait pas tort. Certes, elle pourrait aisément trouver un mari riche qui aimerait à l'écouter jouer. Mais elle savait aussi qu'elle ne pourrait plus se consacrer à une véritable carrière de concertiste, une fois mariée. Il lui faudrait alors gérer les enfants, les domestiques, les comptes de son époux... Non, vraiment, cela lui prendrait trop de temps. Rebecca avait 17 ans, et elle estimait qu'il lui restait un peu de temps pour profiter de son célibat et jouer du piano à longueur de journées, sans avoir besoin de se soucier des petits soucis de la vie d'une mère ou d'une épouse.

    C'était une fille drôlement égoïste, et elle réfléchissait toujours et avant tout à sa propre félicité. De plus, elle détestait qu'on lui donne des ordres, et savait que les maris avaient presque tous ce caractère autoritaire qu'elle haïssait tant chez les hommes. Vraiment, si un jour elle se trouvait un mari, il faudrait que ce soit une bonne pâte mielleuse qui lui laisse une part de sa liberté. Peut être un riche musicien, après tout (même si d'ordinaire ces deux mots n'allaient pas vraiment ensemble). Elle finit par répondre à la jeune danseuse après cette longue méditation :

    Je ne compte pas me marier tout de suite,
    se contenta t-elle de dire pour l'instant je me concentre sur ma carrière de pianiste. Mais qui sait, peut être qu'une opportunité plaisante se présentera bientôt et qu'alors, je me déciderai à prendre un mari. Et vous alors, comptez vous vous marier bientôt ?

    Puis elle regarda tout autour d'elle, l'air mélancolique et ajouta :

    Tout cela vous manquera, je pense...

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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Jeu 5 Juil - 0:32

Margot s'exclama alors, dans toute sa spontanéité :

- Oh, pour sûr, oui !

A vrai dire, malgré les différences de milieu, de fortune ou même de langue et de culture, c'étaient deux jeunes filles du même âge, avec les mêmes préoccupations, les mêmes angoisses, les mêmes déceptions. Deux jeunes filles, douées à leur manière, qui devront renoncer à leur vi telle qu'elles l'avaient construites, avec les moyens du bord ... Margot suivit le regard de son interlocutrice et elle songea à son tour ... Le bâtiment, avec ses guichets clos, son entrée des artistes, était bien moins beau et bien moins glorieux que les façades offertes aux visiteurs. Pire que tout, la modestie du lieu était nimbée, à présent, d'un voile de poussière ... Et pourtant ...

- Ce qui est rigolo avec mon métier, c'est que de près ce n'est pas très joli. Les jupes des rats, elles sont toutes grises, ptête même trouées des fois. Mais de loin, c'est quand même magique, on joue quand même des fées, des fantômes ou des princesses.

Elle eut cependant une petite moue, en ajoutant :

- Mais c'est dommage, y'a plein de spectateurs qui'z'ont des jumelles. Ca gâche un peu, c'est bête ...

Tandis qu'elle continuait à observer la salle, son regard s'arrêta soudain, attiré par un mouvement. Dans l'ombre, au fond de la pièce, se tenait un vieux Monsieur, aux favoris encore fournis, digne et raide dans son costume. Il les observait d'un œil sévère ... Margot poussa alors la porte d'autorité :

- Il vaut mieux partir. Il me fait toujours un peu peur, ce vieux dindon-là !

Dehors, ce fut un soleil timide derrière ses nuages qui les accueillit. La jeune fille cueillit de la main quelques gouttes de pluie qui tombaient encore du toit et, à la lueur du jour, elle eut un joli sourire.
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Rebecca Burnett
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Jeu 13 Sep - 0:45

    Tandis que Margot lui parlait des costumes de ballets, expliquant qu'ils étaient fait pour être vus de loin et non de près, Rebecca aperçut un drôle de vieux bonhomme qui lui sembla ridicule tant son expression sérieuse était exagérée. Il baissait le coins de ses lèvres et pinçait ses maigres lèvres, les observant avec un regard sévère qui paraissait leur indiquer "attention, un pas de travers et je viendrais vous montrer qui commande ici!". La jeune américaine ne put retenir un sourire en l'imaginant prononcer ces paroles d'une voix chevrotante se voulant effrayante. La danseuse lui dit qu'il valait mieux ne pas rester dans les parages, car cet homme qu'elle qualifiait de "dindon" - Rebecca n'aurait su trouver un mot plus approprier pour parler de lui, lui faisait froid dans le dos.

    - Vous avez raison, sortons, lança-elle.

    Et elle regarda une dernière fois derrière elle pour observer la mine satisfaite du vieil homme, qui prenait visiblement beaucoup de plaisir à terrifier les jeune filles par sa simple présence. A l’extérieur, le soleil pointait le bout de son nez derrière d'épais nuages de pluie. Rebecca frissonna légèrement.

    - Ouh, ça c'est rafraîchi depuis tout à l'heure !

    Un instant, elle regretta d'avoir demandé au chauffeur de la laisser rentrer à pieds. Mais bon, un peu d'air lui ferait le plus grand bien, et elle avait besoin de se dégourdir les jambes après une semaine de dur labeur, assise devant un piano. Cependant, elle ne partit pas tout de suite, car elle trouvait la compagnie de cette danseuse très agréable, et ça lui changeait de ses fréquentations habituelles. Elle tourna vers Margot et lui sourit gentiment.

    - Et si nous continuions de parler en faisant le tour du bâtiment ? J'ai trop froid pour rester immobile.
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Margot Chalopin
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Mar 2 Oct - 2:48


Lorsqu'elle mit son petit bout de nez dehors, Margot ressentit également le vilain froid. Un grand frisson lui parcourut le corps.

- Mais c'est qu'on s'fige, ouais ! J'vous suis, j'fais pas souvent le tour, j'passe plus jamais par là ...

Et c'était dommage, parce que c'était bien beau ... Alors qu'elles commençaient à contourner le bâtiment, Margot se souvint tout d'un coup du premier jour où elle avait emprunté ce chemin-là. Y'avaient les remontrances de sa mère, la peur qui lui serrait le ventre, la scène de l'omnibus avec la grosse dondon (dindon, dondon, c'était le jour ... ), mais y'avait aussi eu son émerveillement de petite fille devant le grand palais doré, qui lui avait semblé sorti d'un rêve. Elle y repensa avec un peu de nostalgie ... Puis cela passa. Une bourrasque vit voler ses jupons et lui arracha un petit cri.

- Le primeur qu'est à côté d'chez maman, y dit toujours, quand ça pince comme ça : "Vlà un polisson de printemps qui fera pas pousser les p'tits pois ! " Bah c'est bien c'qui s'passe, là ... !

A peine eut-elle dit ces mots, cependant, qu'elle se sentit un peu honteuse ... Elle avait l'air maligne, avec ses vieilles bottines, son manteau élimé et ses jupons grisâtres, à côté de cette petite dame bien habillée. Elle n'y avait pas trop pensé jusque là, surprise par les points communs qu'elle s'était découvert avec cette jeune femme, mais la rue lui faisait bien voir, maintenant, qu'elles s'assortissaient bien mal.

- Mais ...'Scuzez de la question, mais qu'est-ce qui vous intéresse à vous prom'ner avec une fille comme moi ? J'suis pas bien compliquée ...

Manière élégante de cet esprit mal formé pour avouer ses lacunes.

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Thalie
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MessageSujet: Re: Cours de danse.   Sam 13 Juil - 6:16



    Elles ne l'avaient pas entendu mais elle était bien là la Sidonie, à courir après elles en évitant de se coincer le pied dans un pavé. Elle finit par crier le nom de Margot d'une voix aiguë. Sidonie stoppa sa course devant les deux femmes, pliée en deux, haletant comme un chiot.

    — Margot ! Y a que... que... qu'y a un monsieur de l'Opéra veut te voir... pour des cours qu'je crois... Oh M'dame, b'jour !


    Sidonie venait juste de remarquer la présence de Mademoiselle Burnett et la saluait, toute rouge de gêne. La tête baissée pour masquer son visage, elle tira sur les jupons de Margot, lui faisant comprendre qu'elles devaient se dépêcher. C'est ainsi que la promenade dut être écourtée, Margot courant après Sidonie, laissant Mademoiselle Burnett seule dans Paris.



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Cours de danse.

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