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 Gros nanimaux !

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Jean de Fréneuse
J'ai bu le lait divin que versent les nuits blanches
Jean de Fréneuse

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyDim 29 Avr - 12:27

Jean répondit avec détermination au regard que lui lança Madame Ainsworth. Mieux à faire ! Elle ne savait pas ce que représentait une après-midi à entendre Gabriel lire d'un air inspiré de la littérature romantique ... ! Cela faisait quelques jours que Jean avait subi le plus intense des supplices. Non que son frère fût mal intentionné, mais ... il l'ennuyait, il l'ennuyait profondément. Il avait amené dans son appartement tout ce que Jean avait toujours voulu en chasser : sa petite mondanité rêche, sa raideur sérieuse et ridicule, ses encombrantes illusions. Il lui avait parlé de la princesse Golovnine, comme en passant - Jean aurait parié que Gabriel l'aurait bien épousée, lui. Que n'était-il né second ! Il eût obtenu toute la liberté que son frère ne songeait pas même à désirer ... Mû par la force du désespoir, Jean se leva lui aussi, lentement, malgré les protestations de son frère.

- Si votre garçon tolère ma lenteur, je serais ravi de les voir, ces animaux.

- Enfin, Jean, ça n'est pas sérieux, le ...

L'intéressé leva les yeux au ciel.

- Cela fait bien trois semaines que je suis enfermé, immobile dans un lit. On ne va pas me refuser un peu d'exercice, n'est-ce pas ? Je suis certain que cela me fera le plus grand bien !

Il lança à Gabriel un regard qui n'admettait pas la réplique, et le jeune homme se tut, l'air contrarié. Pour toute réponse, Jean ajouta, en désignant Catharina du regard :

- Tu devrais aider Madame Ainsworth et lui proposer ton bras. Je manque à mes devoirs, cher frère, mais j'ai une excuse - il brandit sa cane - Ce n'est pas ton cas. A moins ... Que tu n'aies mieux à faire, justement ?

- Eh bien ...

Le jeune frère ne répondait rien, l'air gêné. Pendant ce temps, Jean avait rattrapé Madame Ainsworth ... Se penchant légèrement vers elle, il murmura pour elle seule :

- Ce brave Gabriel ! Je l'aime bien, mais il est trop facile à troubler. - Puis à la cantonade - Par quels animaux commençons-nous ? Je suis le mouvement !

Et faisant un moulinet avec sa cane, il semblait un vieux Don Quichotte parti affronter ses moulins.

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Catharina de Fréneuse
L'enfant reconnaît sa mère à son sourire.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyLun 30 Avr - 14:34

Il tirait un peu, un peu plus, tentant de se dégager de mon emprise, sans succès. Je gardai l’oreille vers les hommes, me penchant sur l’enfant boudeur d’être ainsi retenu. J’attrapai ses joues pleines de rondeurs innocentes et approchai son visage pour l’embrasser tendrement. Il échappa un petit gloussement et, vif, posa un bisou sur mon nez en retour. Derrière ses airs de petits patrons, il se montrait aimable et conciliant. Je me tournai vers Jean, souriant tendrement et entrouvrit la bouche pour répondre. Gabriel interféra et je préférai alors me taire, me redressant pour attraper une petite main qui venait se glisser dans la mienne. Le cadet ? Non, l’ainé qui s’était subtilement précipité, ne voulant pas qu’on lui prenne sa place.

Je fis quelques pas, guidée par l’entrain enfantin et tournai la tête vers les frères, tout en désignant le rouquin, cette petite boule d’énergie. « Vous voyez, Monsieur, ce que cela fait lorsque l’on garde les enfants trop longtemps enfermés…! » Un rire s’échappa de mes lèvres avant de me laisser trainer par les bambins qui piaillaient gaiement. « Va voir gros chats ? », « Des tigres, idiots ! », « Ou des lions ! », « Des gros chaaaats ! » et ainsi de suite, se lançant des regards mauvais, se poussant gentiment. Je pourrais les contenir, je pourrais les gronder, je pourrais leur reprocher leur mauvaise conduite en public mais… Ils recommenceraient dix minutes après, trop excités par tous ces animaux ! « Mor, y a trolls* ? Ai peur des trolls… » Disait le plus jeune, un air tout triste au visage, inquiet comme une petite puce. Je fis un geste sec et bref en direction des ainés, sachant pertinemment qu’ils allaient l’effrayé et lui répondit avec une douceur inégalable « Honey, tu ne rencontreras pas de trolls ici… Ils sont tous en Skandinavia, très loin d’ici ! » et il parut rassuré, peur si vite envolée !

Jean me rattrapant, je tendis l’oreille, attentive à ces comiques déblatérations. « Il me parait pourtant être un très gentil garçon… ! » Il était ensuite évident que les enfants, joyeux, répondirent à de Fréneuse. « Gros chaats ! », « Non, les crocodiles ! », je me retenais de me tourner vers Jean pour lui offrir un regard au combien exténué. C’est que cet homme les excitait, nom de Dieu ! « Nous commenceront par les premiers, et c’est tout. », une petite voix flutée vient ajouter « Et pourquoi, mère ? », « Pensez à Monsieur ! Il ne pourrait pas vous suivre qui vous gambader d’une allée à l’autre ! » et il acquiesça sans ne redemander plus, menant le petit groupe.

« Mor ! Moutons, mor ! » S’exclama le plus jeune à l’étonnement non pas uniquement de ses ainés mais du miens aussi. Où est-ce qu’il voyait des moutons ? À moins qu’il ne parla de nuages, mais son petit doigt était bel et bien pointé vers une des premières cages en vue.

Lorsque nous fûmes plus près, je plissai les yeux et constatai que cet enfant possédait des yeux bien plus atteints que les miens pour voir des moutons. « Ce sont des ours, ça, et non des moutons. » Je n’eus point le loisir de reprendre mon souffle que le bambin répliqua « Moutoons ! Père dit moutons ! » Les mœurs m’auraient permises de m’étendre de tout mon long sur le sol que je l’aurais bel et bien fait. Que c’était décourageant ! Impossible d’élever ses enfants correctement, c’est à croire que mon mari le faisait exprès ! « Et tu as cru ce que ton père t’as dit, je suppose ? », « Oui ! » Je soupirai silencieusement, cherchant rapidement un moyen de remédier à ces petits moutons. « Et s’il te disait que je n'étais pas ta mère ? » Il se figea, écarquilla grands les yeux et me fixa, ahuri. Horrible chose ! C’est que le troisième ne s’entendait pas très bien avec la gouvernante qui ne savait pas comment le gérer…Tout en restant à sa place de domestique de basse classe, évidemment ! « Pas vrai ! » Dit-il avec sa voix cassante. « Bien sûr que non. Aussi faux que ces ours sont des moutons ! » Il rechigna un peu, puis retourna à l’aventure.

Je m’adressai finalement aux hommes, leur jetant des coups œil, m’assurant que Jean ne boitait pas trop derrière. Heureusement, les enfants avaient de courtes jambes. « Vous ne devez pas avoir l'habitude de ce genre de sorties, je me trompe ? »

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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyMar 1 Mai - 12:17

Les enfants partirent bien vite et Jean crut bien un instant se faire distancer avant même le départ. Tout compte fait, passé les déplorations tragiques, il eût sans doute accueilli la nouvelle avec philosophie, et se serait posé, lentement, grand oiseau dégingandé qu'il était, devant le premier animal venu. Il cherchait après tout une sorte de calme - non celui des oreilles, celui de l'esprit - et ce serait mentir que de dire que les enfants ne le troublaient pas un peu ... Gabriel, lui, était resté interdit devant l'absurdité de la situation, les bras ballants ... Il avait conservé une expression neutre mais un peu vide qui le faisait ressembler à un poisson lune. Jean se demanda même s'il allait les suivre. Mais Gabriel reprit vie. Il n'eut que le temps de lancer un regard noir à Jean, alors que Madame Ainsworth déplorait l'énergie des enfants trop longtemps enfermés ... Et celle-ci avança seule, retenant ses enfants, tant bien que mal ... Drôle de situation pour tout dire, et difficilement tolérable. Alors les deux frères prirent leur parti et suivirent le convoi, grands oiseaux dépenaillés derrière maman cane et ses canetons. Alors qu'il suivait, à son rythme, la marmaille enthousiaste, Gabriel semblait hésiter à dire quelque chose ... Jean l'en défiait du regard quand Madame Ainsworth se tourna vers eux.

« Vous ne devez pas avoir l'habitude de ce genre de sorties, je me trompe ? »


- Vous devinez bien, Madame. Mais cela a quelque chose de tout à fait ... - il fit mine de chercher ses mots - rafraichissant, c'est tout à fait charmant.

Les rattrapant devant l'enclos, où des ours somnolaient dans cette belle après-midi d'avril, il glissa, avec un vague sourire :

- Dans tous les cas, si ça avait été des moutons, j'aurais donné cher pour ne jamais rencontrer le chien de berger, ou le berger lui-même ...

Et se penchant vers les enfants qui s'agitaient déjà, sans doute impatients de passer à l'enclos suivant :

- Puis-je vous charger d'une mission ? Trouvez-moi quel animal ressemble le plus à ce jeune homme indolent et boudeur qui nous accompagne ... Vous me feriez bien plaisir. Mais ne lui dites surtout pas que je vous ai demandé ça, c'est une mission secrète ...

Il mit un doigt sur sa bouche, de façon un peu théâtrale. Étrangement, il devenait plus exagéré, et par là plus vrai, devant ces enfants inconnus, dont le regard et la formation lui importaient peu. Ceux-ci ne virent sans doute pas que disant cela, il s'appuyait fortement sur sa cane, et que sa jambe tremblait un peu. C'est qu'il semblait prendre à cœur ce qu'il disait ... Cependant, il se redressait et, se tournant vers Madame Ainsworth, reprenant ses manières de gentleman, qu'il délaissait avec un peu trop de désinvolture, il ajouta avec un peu plus de sérieux :

- Enfin ... Seulement si votre mère consent à ce petit jeu, bien entendu. C'est elle qui décide.

Discret, retenu, le jeune frère restait en retrait, sans oser troubler cette conversation - qu'il pensait sans doute d'un tour galant, connaissant son frère. Cette pensée avait-elle seulement effleuré l'esprit de Jean ou de Madame Ainsworth ... ? Ce dernier lui adressait alors un sourire un peu suppliant, comme pour lui signifier que cela l'amusait, et que c'était sans conséquence ... Il est vrai qu'en définitive, il semblait bien plus tenir à cette faveur que son journal qui, lui, avait été pauvrement oublié sur le banc : les mauvaises nouvelles et les tristes souvenirs avaient été délaissés au profit de la fantaisie du moment présent.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyMer 2 Mai - 15:33

J’accordai un charmant sourire à Jean. Mes enfants étaient mignons dans leur innocence des mœurs, dans leur liberté. Comment apprendraient-ils l’art du parler s’ils ne pouvaient s’exprimer ? Très tôt, on leur apprenait à parler et à marcher, il fallait bien qu’ils en profitent un peu, avant qu’on commence à leur dire de se taire et à écouter ! Distraitement, je repassai une main sur le chapeau de la jeune fille, caressant quelques mèches avant de ne replacer le tout. Contrairement aux garçons, elle ne semblait nullement touchée par ces petites attentions. Pour avoir l’affection de cette gamine, il fallait la mériter.

Ils observaient les grosses silhouettes brunâtres qui se faisaient dorer au soleil, comme épatés. Les créatures étant loin, je les laissai passer leurs petits bras au travers l’immense clôture, sachant pertinemment que l’ours ne fera pas un pas pour aller à leur rencontrer. Les petits enfants, trop peu gras, n’étaient pas bons sous la dent ! Le rouquin échappa un rire cristallin à Jean, ramenant ses petites mains devant sa bouche, les yeux brillants. C’est que de Fréneuse ainé semblait réussir là où la gouvernante échouait ! Le mot mission retentit ensuite dans les oreilles des bambins –et de ce fait, dans les miennes- et ils se tournèrent, intrigués, vers le grand blessés. Les petits avaient cette envie de responsabilité, ce désir intarissable de confiance. Ils voulaient être utiles, que l’on soit fier d’eux. Les tâches à accomplir –auxquelles on aura exagéré l’importance- demeuraient longtemps un jeu favori ! L’écoutant mais sans intervenir, je posai un poing sur ma hanche, dépassée.

« Je peux bien consentir, vu la tolérance que vous avez à leur égard. » Comment refuser un petit jeu comique à l’homme que votre progéniture avait joyeusement dérangé ?

Je me sentie sollicité, une petite main faisait pression dans la mienne, me suppliant silencieusement de continuer. Des ours –moutons !- qui dormaient étaient très peu distrayants. Le rouquin, intrépide mais surtout affectueux, vif comme l’éclair, il se posa près de Jean et lui tendit une main, alors que l’autre tenait son pouce tout contre ses minces lèvres, un peu timide. Plus tard, ce petit bonhomme aurait un cercle social très étendu ! Beaucoup plus que le miens qui se contentait de quelques femmes mondaines, ou de jeunes filles en devenir. Il y avait de ces dames qui m’avaient à l’œil, encore trop mince, encore trop craintive, encore trop maternelle. Manque de sorties, manque de maitrise de la langue, manque de culture française. Trop de lacunes, trop d’accent, trop blême et blonde.

« Je vais voir les crocodiles, mère. » Me réveilla de mes pensées, et plissai les yeux pour voir la demoiselle se diriger d’un pas plus rapide vers les reptiles. Elle s’arrêta là-bas, se rapprochant de la grille pour observer ce qui ressemblait à de gros dragons ! Nous la rejoignîmes, et le cadet pointa le long animal. Long et sans émotions, un peu lent. Long comme le visage de Gabriel, un peu lent comme Gabriel qui trainait en arrière. Cependant, Gabriel n’était ni vert ni pointu, alors le petit rebaissa son bras. Finalement, il leva son doigt vers ledit frère de Monsieurs. « Gabrril ? » Son frère, grand cœur, se tourna vers lui. « Gabriel. Like hm… E-l-l-e ? » Le bambin acquiesça, il avait compris ! « Gabrielleuh ! » Hochement de tête, approuvé. L’ainé applaudit gentiment avant de reprendre ma main et de se mettre près de sa sœur pour regarder les crocodiles.

Comme ses animaux étaient… Particuliers ! Effrayants, très peu charmants. « Mor, des grocros ! » Il n’avait que deux ans, après tout. « Amour, c'est cro-co. », « cro-cro ? » Je soupirai, mais j’étais tout de même fière de son effort. Ce n’était pas facile de parler le français, après tout !
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyJeu 3 Mai - 11:34


Jean sourit à Madame Ainsworth, la remerciant d'un signe pour s'être prêtée au jeu. Gabriel, de loin, observait toujours le manège, avec méfiance. Il les suivit vers l'enclos des crocodiles, rattrapant aisément son frère qui avançait avec lenteur.

- Que leur as-tu demandé ?

Jean lui jeta un regard offusqué, et répondit tout haut :

- Mais mon ami, vous ne me demandez tout de même pas de révéler une mission secrète ?! Vous n'y pensez pas ! ... Et vous verrez bien ...

Gabriel fronça les sourcils devant l'air espiègle de son frère qui, en général, n'augurait rien de bon. C'est à ce moment que la voix du plus jeune enfant résonna - Gabrril ? - et que l'aîné vint à la rescousse - Gabriel. Like hm… E-l-l-e ? Le jeune homme devint rouge pivoine - était-ce de gêne, de colère ? - et se tourna l'air fâché vers son grand frère qui s'esclaffait tranquillement. S'ensuivit un colloque presque silencieux, dont on ne pouvait saisir que quelques mots à peine ...

- Non, franchement, je ne trouve pas ça drôle. Si l'on sait que ... - - Que quoi ? murmura Jean. Tu ne vas pas couvrir d'infamie une honnête femme ... - Avec toi, je sais ce qu'il en est ... - Une femme mariée, avec trois ... Même quatre enfants !

Gabriel jeta alors un regard désolé vers Catharina qui couvait ses enfants des yeux. Il s'exprima alors assez fort pour qu'elle l'entendît :

- En toute franchise, Jean, je ne sais quelle intrigue tu mènes, mais tu sais où cela va te conduire. Madame de Lambresac refuse déjà de te recevoir. Si l'on ajoute la moindre rumeur ...

Pour toute réponse, son frère, le nez en l'air, lança plus haut encore :

- Les crocodiles, c'est un peu ennuyeux, non ? Ça ne bouge pas, on se demande parfois s'ils sont encore vivants ...

Et se traînant vers Catharina pendant que les enfants s'écriaient sans doute déjà, il lui effleura l'épaule pour attirer son attention, pour lui glisser à l'oreille, d'un ton soudain très grave :

- Mon frère vous croit peu vertueuse. Je ferai ce que je peux pour le démentir, évidemment. Mais par précaution, voici ma carte, si votre mari vient à entendre quelque chose. Donnez-lui par avance et dites-lui que je souhaite le connaître, il jugera sur pièces. Ne vous effrayez pas, Gabriel n'est pas d'un caractère médisant, au naturel, le risque est très faible ... mais il ferait tout pour briller en société. Et si cela consiste à déplorer la conduite de son frère devant un interlocuteur avide, il le fera ... Je n'aurais pas dû lui donner votre vrai nom, vous m'en voyez navré ... C'est un aspect de sa personnalité que j'oublie, que j'ai souvent à cœur d'oublier ... Dans tous les cas ... - Il planta son regard dans le sien - Je m'assurerai personnellement que cela ne vous éclaboussera pas. C'est moi qui vous ai mis dans cette situation après tout ...

il lui tendit une carte où son nom et son adresse étaient indiquées en lettres italiques. L'on semblait soudain bien loin de la mission secrète et des gros n'animaux ...
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyJeu 3 Mai - 16:38

Je me demandai si Jean jouait la comédie ou s’il était naturellement ainsi. Pas que cela fût désagréable, au contraire, se promener avec un homme comme lui changeait d’air, permettait aux rires et à quelques écarts tels mes enfants qui ne s’arrêtaient point. Je jetai au frère de Fréneuse un coup d’œil beaucoup moins affable, méfiant. Je le voyais, la couleur aux joues, face à de petits enfants qui tentaient de comprendre. Mais voyons, il ne fallait pas s’énerver pour si peu ! Gabriel n’était pas un vieux blessé que l’on avait impunément dérangé, et auquel on avait maintes fois manqué de respect. Les hommes faisaient un drame de rien, c’en était presqu’épuisant à suivre.

Je tendis les paumes à ma fille, celle-ci picorant mes mains du bout de ses très minimes doigts, parfois gentiment que ça en chatouillait, parfois un peu plus violemment. Elle sautillait sur place et, la laissant faire, je redressai la tête pour écouter le cadet de Fréneuse. Qu’y avait-il à entendre ? « Madame de Lambresac ? » J’élevai à peine ma voix, celle-ci restant douce mais se pointait un air moqueur, alors que je me penchai sur la petite. « Why should I care about Madame de Lambresac ? » Je levai les mains en l’air, mimant l’expression exagérée que je prenais, ce qui arracha un rire à l’enfant. Cependant, l’un des frères était demeuré près de Jean et appuyait ces mots. « Vous croyez que ceux-là sont alive ? »

Vint alors l’ainé –ou plutôt, les ainés, Jean avait un bout de chou qui lui tournait un peu autour- vers lequel je me tournai, intriguée. Je fronçai les sourcils à ces horribles paroles, mettant une main devant mes lèvres. J’étais sans doute beaucoup plus vertueuse que sa petite fiancée, ma foi ! « En viendrait-il réellement à se liguer contre son propre frère, ainé qui plus est ? » Je penchai la tête, attristée. « Oh, mais ce n’est pas de votre faute, c’est moi qui suis désolée. » J’attrapai la carte et plissai les yeux pour la regarder, déchiffrant les inscriptions avant de la tendre à mon garçon. Il la glissa précieusement dans une pochette. « Il ne semble pas très brillant, tout compte fait. C’est peut-être son âge… »

J’ignorais ce qui, chez moi, donnait l’impression que j’avais du temps à perdre avec l’infidélité et autres joyeusetés peu vertueuses. Entre un mari à satisfaire et quatre enfants à élever, je me voyais bien mal caser un amant au travers de tout cela. Surtout lorsque ledit suspect était un homme dont vous connaissez l’existence même que depuis quelques minutes.

Je relevai un visage inquiet vers Jean, vulnérable. « Mon mari n’a pas besoin de cela dans sa vie… Et j’ai bien peur que si vous lui parlez, cela ne pourrait que vous retomber dessus. » Je portai une main à ma poitrine, presque touchée, craintive. Je regardai les bambins qui eux, portaient sur moi des yeux incertains –ils sentaient tout, presque neutres. Ils savaient autant que moi que mon mari était intolérant à ces choses-là. L’adultère ? C’était une affaire d’hommes, une affaire choquante ! Mais venant d’une femme –sa femme !- il s’agissait d’un crime, d’un poignard qu’on lui plantait dans le cœur. Il n’était pas là question d’honneur, mais d’amour –aussi ambigu fût-il- et de confiance. Je me ressaisis, d’un coup. Je savais me tenir, après tout.

« Alors, mes amours ! Avez-vous réussi la mission secrète ? » Ils oublièrent et s’animèrent. C’est ce que j’aimais chez les enfants.

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyVen 4 Mai - 12:02

Why should I care about Madame de Lambresac ? Quelle phrase délicieuse ! Jean la goûta avec un sourire vague, une espèce de soulagement. Il la grave dans sa mémoire, et se promit de la ressortir, non sans affectation face à la déférence patente de son frère ou d'un autre, pour les choses du grand monde ...

« Vous croyez que ceux-là sont alive ? »

Jean se pencha vers l'enfant et glissa, avec un haussement d'épaules :

- Oh, sans doute, sinon on les aurait enlevés. Ils dorment tout le temps, c'est tout.

Et se retournant vers la mère, il songea ... Il fit un geste pour la démentir, quand elle se dit navrée à son tour. Lança un œil noir à Gabriel, sans plus que ce soit de la blague ... Importunait-on une dame pour des querelles mesquines ou des calculs d'ambition ? Gabriel, à rebours, n'était pas méchant ... Mais il manquait de perspicacité sur le monde. Trop plongé dans ses livres, il avait adopté les discours et les idéalisations du siècle, en particulier sur la femme, et les dames qu'il rencontrait ne se classaient que dans deux catégories bien distinctes : les sylphides et les gouges. Il avait du mal à créer un juste milieu et à en comprendre les nuances. Or une femme qui avait quatre enfants ne recueillait plus la rosée de printemps dans le calice de ses mains blanches ... Alors par conséquent ... « Il ne semble pas très brillant, tout compte fait. C’est peut-être son âge… » Jean la regarda avec étonnement puis éclata de rire.

- Vous êtes bien dure, Madame. Je sais que c'est difficile, mais il faut être indulgent avec les erreurs de la jeunesse ...

Il ajouta d'un air plus grave :

- D'autant plus que je m'assurerai que ces erreurs n'aient point de suite ... On ne peut assassiner un frère, j'en ai bien peur, mais il doit être écrit quelque part qu'il est possible de discuter avec lui ... Lui et son petit idéal usagé comprendront un jour la vie, j'ose l'espérer ...

Mais cependant, il vit l'air inquiet, saisit les paroles. Dame ! Son mari n'était donc pas un homme du monde ? Il lui semblait après tout bien naturel de le croiser au club ou dans un fumoir quelconque, pour échanger quelques mots affables et jauger la respectabilité de l'autre ... Il voulut insister, certain de la possibilité de s'arranger, mais en rencontrant ce regard, il craignit d'avoir à faire à l'un de ces esprits épais et bourgeois, qui ne comprennent pas les subtils arrangements des distingués aristocrates. A moins que ...

- ... Si vous me permettez cette indiscrétion ... Votre mari est anglais, n'est-ce pas ?

Alors, tout s'expliquait ! Cependant, il n'était point temps de songer aux ridicules de leurs victoriens voisins : sous l'action de leur mère, les enfants s'animaient déjà, et il fallait se remettre en route - rudes exigences de la vie ! Il était sans doute temps de passer à autre chose, n'est-ce pas ... ? Mais c'est alors que passa près d'eux un animal en liberté, chose déjà bien étrange au Jardin des Plantes ... Jean le considéra avec étonnement : il n'avait jamais vu un tel oiseau auparavant. Il avait les pattes palmées d'un canard, mais le bec retroussé ainsi qu'un nez de petit garçon. Au lieu des reflets d'émeraude habituels aux colverts, il était tout peinturé de couleurs vives, d'or et de rouge. Son petit cou dressé, la démarche très respectable, il semblait un élégant sortant du dîner après avoir fait trop riche pitance. Son petit œil noir les considérait avec une sorte de dédain aveugle, de crainte qui ne se fait pas voir.

- Eh bien, avez-vous vu ? Un échappé de la volière, j'imagine ... Connaissez-vous cet oiseau, Madame ?

- Peut-être devrions-nous avertir un employé pour le remettre à sa place ? lança Gabriel en s'approchant de l'oiseau.

Celui-ci, étrangement, ne semblait pas songer à s'envoler. Il ébouriffa simplement ses plumes, comme pour se rendre plus important.

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyDim 6 Mai - 9:15

J’hochai la tête, admettant que j’étais belle et bien dure. Les mœurs anglaises, je supposai. J’étais d’un habituel affable et douce, très tolérante mais, malheureusement, ces pensées avaient franchies mes lèvres, rapides. Je l’écoutai, attentive, portant une main en visière sur mon front. Cette histoire à peine éclot m’atteignait beaucoup trop, ma vue se brouillait légèrement. J’esquissai un bref sourire, semblant un brin rassurée et ajoutai.

« Il n’est pas méchant, mais innocent, c’est ce que vous me dites ? »

Le ton des reproches étaient bien loin, il y avait là une douceur davantage marquée, une voix très basse, fragile. Je portais sur mes épaules une carapace bien maigre, celle-ci se brisant au moindre petit coup. L’anxiété et l’exagération faisaient parties de mon quotidien, j’exprimais rarement un air sûr et serein. Avoir un époux fort de caractère et de voix n’aidait pas à se forger une personnalité aussi forte. Elle écrasait, soumettait. Il sortait, mais n’était pas nécessairement apprécié de tout le monde. Trop narcissique, trop égocentrique. Dans le secret de la chambre conjugale, je l’entendais jurer sur celui-là, celui-ci. Méprisant presque misanthrope, jusqu’au bout des ongles. Un peu trop débauché pour les anglais, légèrement trop hostile pour les français, j’hochai lentement la tête, regardant Jean.

« Anglais… Oui ! mais pas que… »

Je fronçai un peu les sourcils avant de me pencher sur les enfants pour leur jeter mon attention. J’accourus joyeusement vers le petit qui s’éloignait et le pris sous les bras pour le soulever, tournoyer sur moi-même puis le reposer tout près des deux autres. Eux, leurs yeux étaient virés sur quelque chose… Un oiseau ! Et pas les petits oisillons que l’on retrouvait aux branches d’un arbre lors des matins ensoleillés. Je me tournai à nouveau vers Jean, intriguée.

« Pas du tout. Me le direz-vous, Monsieur ? »

Captivé, il était évident que le troisième allait tenter de l’apprivoiser. Je le retins par le col et il s’arrêta pour me regarder avec des yeux de chien battu qui me laissait deviner sa pauvre et suppliante demande. « Peut le ramener à maison ? S’i’-te-plait, mère ! » Je soupirai et hochai négativement la tête, lui expliquant que la maison de l’oiseau était ici et qu’on ne pouvait pas le garder. Totalement à l’opposé du garçon, la jeune fille venait de ramasser un caillou à ses pieds, et s’apprêtait à le lancer. Vive, je rattrapai sa main armée et la ramenai vers moi. Je me penchai sur elle et rapprochai mon visage du sien, sérieuse. « Ne fais pas ça ! Tu aimerais qu’on te lance des cailloux sur ta tête ? » Elle déclina l’offre, hochant la tête. « Ne le fait pas toi-même, alors. » L’enfant, tout aussi sérieuse, me répondit « Mais c’est pas des humains. » Je clignai des paupières, puis fronçai les sourcils. « Mais ils ont mal, eux aussi. » Elle rendit les armes, laissa tomber sa petite roche et se tourna vers ses frères.

« Il se sera enfuit, d’ici à ce que les employés arrivent. », « Donc on peut le prendre ? », « Non. » S’ensuivit d’un petit grommèlement. Un garçon s’essaye ! C’est alors que l’oiseau, prit de curiosité et dont la peur ne se faisait point voir dans ses yeux noirs, fut comme attiré par quelque chose. Je m’éloignai pour le laisser passer, mais il tourna, suivant les pans de ma robe avec envie. Était-ce le parfum ou la couleur, mais cet oiseau suivait mes traces. Je le fixai avec mes prunelles bleues, tournant un moment en cercle avant de passer près de Gabriel.

« Pourquoi ne pas vous intéresser à votre cher cousin, ami plumeux ? » Et je désignai le jeune de Fréneuse, m’éloignant de lui en espérant que l’oiseau s’en prenne à lui plutôt qu’à moi.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptySam 12 Mai - 7:42

A la question de son interlocutrice, Jean ne put que hausser les épaules en signe d'impuissance. Non, il n'avait aucune idée du nom ou de l'espèce de cet animal - c'était bon pour les gens comme Gabriel d'observer les oiseaux et d'admirer les gravures des ouvrages de Buffon ... Il observa, mi-amusé, mi-distrait, les protestations du petit, la cruauté indifférente de la grande ... Et ses yeux revenaient, insensiblement, vers la drôle de petite chose à plumes qui leur tournait autour ...

- A vrai dire, je comprends votre fils, Madame. Moi aussi, j'aurais bien envie de l'emmener. Je suis certain que mes parents seraient ra-vis d'avoir cet étrange animal dans leur propriété, et que ce dernier s'ébattrait à son aise dans l'étang, au fond du jardin ... Cela dit, je me vois mal retourner à la voiture avec un oiseau sous le bras. Le conducteur me prendrait peut-être pour un anarchiste de la Société protectrice des animaux, ou que sais-je encore ...

L'association des deux termes était assez paradoxale ... Pendant ce temps, notre ami plumeux tournait autour de Madame Ainsworth et Gabriel s'était approché, insensiblement. Jean rit doucement au mot d'esprit de celle-ci ... Puis ajouta, songeur :

- Tout de même, c'est étrange qu'il ne soit pas craintif du tout ... Et qu'il ne s'envole pas. Moi, dès que je suis sorti de ma cage, j'ai tenté de fuir, n'est-ce pas, Gabri ...

- S'il ne s'est pas encore envolé, l'interrompit son frère, c'est qu'on a dû lui rogner les ailes ... Je préconisais de l'attraper parce que, si c'est le cas, il sera à la merci des chiens, des chats ou même ... - il jeta un regard à la petite fille - aux enfants. Dans son enclos, il serait à sa place, il ne risquerait rien ...

Tout en parlant, il s'était agenouillé, et essayait, maladroitement, avec bien des hésitations, d'attraper l'animal. Quelle drôle d'image, que ce jeune homme en veston, accroupi devant un canard ... ! Le volatile le regarda de son gros oeil noir, et ébouriffa ses plumes, visiblement mécontent. D'un geste vif, il lui pinça le doigt. Le jeune homme eut un sursaut et se redressa, un peu rouge, le doigt serré sur sa poitrine ... Conscient et triste de son ridicule et de sa douleur.

- Je préfère encore être libre, répliqua Jean.

Leurs regards se croisèrent - Silence ... Un ange passa. Mais Jean de Fréneuse ressaisit bien vite son sourire et son ton de légèreté. Il proposa son bras à Catharina, oublieux de sa faiblesse, bien décidé à faire oublier ce qui venait de se passer :

- Mais passons. Vous n'avez sans doute que faire, Madame, de nos chamailleries. Que diriez-vous d'aller à la volière, justement ? Tous ces animaux, c'est bien joli, mais cela manque tout à fait de couleurs et de fantaisie, tout cela !

Cependant, tandis qu'il parlait, le ciel s'était soudain couvert, et de grosses gouttes de pluie commencèrent soudain à tomber ...
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyMar 15 Mai - 15:35

Je répondis à son haussement d’épaules, à mon tour. Nous ne connaitrons jamais le nom de cet étrange oiseau ! À pas larges, je continuai de m’enfuir de la bête, tirant un moment sur le bas de ma robe pour ce pas qu’elle se fasse déchiqueter par ce vilain canard ! Le petit rouquin s’était rapproché de Jean –encore une fois- et levait vers lui des yeux plaintifs, un air d’injustice sur son visage. « Pourquoi parents à moi pas être ra-vis par le oiseau ? » Après avoir légué la créature à Gabriel, je reviens vers mon fils pour le prendre à nouveau dans mes bras, l’éloignant de l’homme qu’il embêtait sans doute avec ces petites questions. La jeune fille, quant à elle, se contenta de détourner la tête, de manière hautaine, lorsque le sage frère la désigna comme prédateur de l’animal.

Silencieux et calme, l’ainé s’approcha également du canard. Beaucoup plus serviable que ces petits suivants, mais également beaucoup plus craintif, il voulait aider le jeune monsieur à capturer le volatile mais… Les gestes défensifs de l’oiseau avait tôt fait de l’obliger à reculer. Il ne voulait pas qu’on lui mordre un doigt, après tout ! Quand le plumeux s’ébouriffa puis attaqua, l’ainé céda et retourna se blottir derrière ma jupe, agrippant le tissu comme pour se rassurer. Je lui souris et, doucement, je lui murmurai quelques mots pour le rassurer. « Les petites choses ne mangent pas les grosses, mon cœur. » Néanmoins, mon nez était caché dans la tignasse rousse du marmot que je tenais dans mes bras, cachant mes rictus face à cette situation plus que comique.

Les frères se dévisagèrent… longuement. J’aurais pu sentir l’atmosphère s’alourdir peu à peu si, à mes oreilles, un petit « Faut faire un bisou magique à Gabi… Gabrrielle ! » ne serait pas parvenu.

Je glissai ma sous le bras de Jean, « Je serai ravie de me rendre à la volière, ah ! Mais… » Je levai les yeux au ciel, là où un gros nuage avait pris la place de l’étendu bleu. « Pluie, Mor, pluie ! » Je lui caressai distraitement le dos, approuvant ces petits mots. « Et dire que ça semblait être une belle journée, aujourd’hui… » Je soupirai, un peu contrariée. Pourquoi fallait-il qu’il pleuve le jour de la sortie ? « Dites-moi… Quelle partie du Jardin est couverte ? »
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyJeu 17 Mai - 7:11

Le jeune frère ouvrit grand les yeux quand l'un des enfants parla de bisou magique ... Serrant un peu plus son doigt meurtri, il balbutia d'un air affable et un peu perdu :

- Merci, mais ce ne sera pas nécessaire ...

Mais les gouttes de pluie se multipliaient - le volatile en semblait d'ailleurs fort aise et paradait avec d'autant plus de joie. Pendant ce temps-là, les deux frères réfléchissaient ... Jean répondit enfin :

- A vrai dire, je ne sais pas ... Peut-être feriez-vous mieux de rentrer vous mettre à l'abri ... Oh quoique ! Les cages des fauves ont d'un paravent pour ces demoiselles qui dessinent les animaux, afin de les préserver du soleil ... Vous pourrez sans doute vous y abriter. Quand à moi ...

Il eut un geste héroïque et s'apprêta à dire quelque chose ...

- Tu rentreras, n'est-ce pas ? lui souffla son frère.

- Si cela tourne à l'orage., concéda Jean de Fréneuse.

Et il reprit son geste, presque théâtreux dans l'âme, et d'un ton volontairement épique, presque burlesque, il reprit :

- Les places sont limitées, et comme en tout bon navire en pleine tempête, elles seront réservées aux enfants et aux dames. Courez-y, ce n'est pas le moment de tomber malade. Je flânerai un peu, en vous suivant.

Et adressant à Madame Ainsworth un sourire qui se voulait rassurant, il leur indiqua la direction avec sa canne. L'ami canard, lui, barbotait allègrement dans une flaque d'eau en formation, y trônant tel un roi en son étang.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyJeu 17 Mai - 15:30

Le clapotis des gouttes d’eau s’échouant sur le sol devenait plus fort. Je tins tout contre moi le petit garçon, appuyant sa tête rousse contre mon épaule, le protégeant, sous mon chapeau, de la pluie. La jeune fille, quant à elle, se frottait le visage, trouvant la sensation d’un liquide coulant sur son visage, désagréable. Elle grommelait, contrariée, et me jetait des petits yeux impatients. Le cocher n’ayant pas été prié de revenir de sitôt, je trouvai l’idée d’aller nous cacher sous les paravents bien bonne. Attrapant la main du garçon blond, je cherchai du regard lesdites cages aux fauves.

Cependant, j’acquiesçai à Gabriel, hochant la tête à l’intention du… mal en point ? « L’humidité et le froid ne feraient qu’empirer votre état, Monsieur. » Était-ce réellement une bonne idée de se balader sous la pluie avec une jambe blessée ? J’en doutai fortement. Je regardai la direction pointée parla canne et m’y dirigeai distraitement, obligée par les enfants qui n’appréciaient pas énormément le mauvais temps, moi non plus, d’ailleurs. La pluie annonçait souvent un temps encore plus pourri, et s’enchainait avec les orages. Je n’ai jamais vraiment aimé les orages, à vrai dire, je les détestais. Ils m’effrayaient… un peu.

« Je vous remercie de m’avoir accompagnée, messieurs et d’avoir été si tolérants avec les enfants. » Je les saluai d’un signe de tête bref et tournai les talons pour me diriger vers les cages et, à peine avais-je fait quelque pas qu’une voix forte et qui portait m’interpela. Un puissant « Catharina ! » auquel on reconnaissait un accent britannique, mais une tonalité française irréprochable. Il s’agissait de mon époux, armé de parapluie et affichant un air peu conciliant. Lorsqu’il arriva à notre hauteur, le plus petit des enfants le salua d’un signe de main enjoué mais n’obtint en retour qu’une réponse un peu absente, distraite. « Vous parlez d’un temps pour sortir… » Posant une main dans mon dos qu’il poussait pour me faire marcher vers la sortie du parc, il répondit, sec « Justement. »

Bref, il jeta un coup d’œil au frère, suspicieux. Mécontent de voir des hommes si près de moi, soupçonnant et s’imaginant déjà de drôles d’idée, il m’attrapa finalement par le bras pour me faire avancer plus rapidement, tant dis que les enfants faisait une course pour savoir qui se rendrait à la voiture le premier.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Gros nanimaux !  - Page 2 EmptyDim 20 Mai - 23:41

La pluie s'était intensifiée. Madame Ainsworth salua poliment les deux hommes, comme si un accord tacite avait été passé : les au revoir les plus intéressants étaient peut-être de ceux-là, qui sont tout à fait conscients, mais ne se formulent jamais. Jean, en réponse, fit un signe de tête, respectueux, avec un léger sourire.

- Tout le plaisir est pour moi, Madame.

- Moi de même, Madame, filez-donc vous abriter ! renchérit son frère.

Déjà, elle s'éloignait ... Mais elle n'eut pas le temps de gagner le pavillon des fauves. Un homme accourrait, impérieux. Avant de partir, il jeta un regard aux deux hommes qui étaient à quelques pas, et regardaient déjà autre chose ... Jean lui rendit son regard, d'un air serein, presque étonné de se trouver sous ces yeux soupçonneux. Gabriel, lui, regardait ailleurs, par excès de délicatesse ... Ils continuèrent leur marche, sans un mot tout d'abord, Gabriel ressentant toujours la tentation de faire de grandes enjambées pour échapper plus vite à la pluie, mais se ravisant pour marcher au pas lent de son frère ... Bientôt ils seraient trempés. Quand le groupe fut bien loin, Jean lança enfin, pour faire la conversation :

- Un mari bien jaloux, sans nul doute. Que les jaloux sont ridicules ! Si c'est par fierté, ils la placent mal : quelle idée de tirer fierté de la constance d'une femme qui, peut-être, a simplement manqué d'occasions. Et si c'est par amour, c'est bien pire ... Epouse-t-on une femme par amour !


Gabriel lui jeta un regard surpris.

- J'avoue que je ne pérorerais point comme ça pour ma part, on ne sait jamais comment l'on se comportera, une fois marié ... - Un temps. Puis il ajouta - Et puis, c'est peut-être ton air débraillé qui l'aura surpris. On n'a pas idée de sortir comme ça !

Jean rit avec son jeune frère. Après tout, il ne se trouvait pas plus mal, maintenant qu'il était là.

- Je suis un malade, moi, Môssieur ! Un martyre ! J'ai bien le droit à mes quelques fantaisies. A mon âge, on ne les change pas.

- Tu parles comme un vieillard qu'on a privé de son petit verre après le repas ...

- Justement, supprimer le verre après le repas est un crime ! Tout ça pour se traîner un peu plus longtemps sur terre ... ? Va, ne réplique pas, tu peux courir appeler la voiture. Je suis.

Gabriel hésita, mais il était clair qu'ils gagneraient un peu de temps ainsi. Il hocha la tête et s'élança, commençant à courir pour échapper à la pluie ... Le jardin semblait à présent désert, nulle trace du beau soleil qui l'avait réchauffé, voilà quelques instants. Sur un des bancs, un journal se désagrégeait lentement, sous l'effet de l'eau. Les lettres s'effaçaient, peu à peu, comme un souvenir qui s'éloigne ...

Citation :
HRP ~ Je clos le topic, tu me diras si tout est bon avec cette réponse. Merci pour ce RP ! Gros nanimaux !  - Page 2 2483377738
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