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 Gros nanimaux !

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Catharina de Fréneuse
L'enfant reconnaît sa mère à son sourire.
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MessageSujet: Gros nanimaux !    Mer 14 Mar - 13:36



« Mooooor* ! Chapeauu ! »
Le bambin, les mains crampées sur sa tête, s’apprêtait à chialer en gigotant un peu. Il pointa sa sœur qui, maligne, était partie avec son précieux, son chapeau de petit garçon et, pour pimenté le tout, l’ainé restait dans son coin à les regarder se chamailler, gloussant lorsque l’envie lui prenait. J’échappai un soupir étouffé et repris le chapeau pour le replacer sur la petite tête rousse à laquelle il appartenait. J’ajustai le manteau boutonné en jalouse de la petite, surveillant à l’oreille les deux frères qui se taquinaient près de la porte. Ces petits se transformaient en monstres –en d’adorables monstres, cela dit !- le dimanche, surexcités par la sortie à venir. La petite alla rejoindre les garçons près de la porte et ils continuèrent à s’agiter ensemble, comme s’il s’agissait de leur première sortie depuis des mois !

« Toi tu es trop petit pour venir, tu es encore un bébé ! » Dis la petite fille, toujours aussi aimable envers ses frères.
« Tu marches trop lentement, nous ne nous rendrons jamais au jardin des plantes avec toi ! » Ajouta le plus vieux, visiblement fier de lui. Le plus jeune chigna un peu, tapa quelques fois du pied et gonfla les joues.
« ‘Pas vrai ! ‘Suis pas un bébé ! »
« Si, si tu l’es ! » Rigolait la rouquine.
« Non ! Mor ! Mère ! ‘Peux venir, hein ? Mor ! » Il se tourna vers moi et me regarda avec ses énormes yeux marrons clairs, la lèvre inférieure légèrement retroussée et les mains jointes sur son manteau. Je souris, douce et ouvrit la porte tranquillement –ils se poussaient déjà tous.
« Bien sûr que tu viens, mon amour ! Et vous autres, arrêtez d’embêter votre petit frère, il est assez grand pour venir lui aussi. » Ce dernier sautilla et se précipita à son tour à l’extérieur, se dirigeant avec les autres dans la voiture.

Les petits babillaient sans arrêt, ils regardaient par la fenêtre et s’exclamaient. Ils croisaient une autre calèche et s'exclamaient. Ils voyaient un arbre et s’exclamaient. Ils étaient tellement impressionnable, de plus, il ne s’agissait guère de la première fois que nous empruntions cette route, au contraire. Je me penchai vers eux à plusieurs reprises pour les tempérer, en tirant un qui sortait trop la tête par la fenêtre ou rajustant le chapeau de l’autre. Je me mis à soupçonner les cuisinières d’avoir cédé à leur jolie bouille et donné quelques friandises… Quoi que leur père était également capable d’échanger leur silence contre des bonbons, ce qui, personnellement, s’avérait une mauvaise idée. La voiture s’arrêta et le cocher nous ouvrit la porte. L’ainé sortit sans peine et nous attendit, tans dis que j’aidais la petite fille –qui malgré son orgueil démesuré se laissa faire- et gardai dans mes bras le bambin qui, de toute façon, avait les jambes trop courtes pour la calèche. Je donnai quelques indications au cocher et il partit, serein.

Nous passâmes la grille d’entrée et nous aventurâmes dans les allées. Nous tournâmes quelques coins puis je posai le plus jeune au sol, lui aussi désireux de se dégourdir les jambes. Ils allaient de droite à gauche, courraient dans un sens puis de l’autre. Marchant derrière eux, je les rappelais à l’ordre lorsqu’ils étaient rendus trop loin –ce qui arrivait encore rarement, leur bas – âge les rendait grandement insécure en solitaire. Depuis mon arrivée en France, j’adorais venir ici. Je trouvais les jardins français beaucoup plus attrayants que ceux d’Angleterre, la diversité me surprenait à chaque fois. En Suède-Norvège le climat était froid et les vivaces avaient du mal à pousser –mis à part les sapins, cèdres, épinettes et autres conifères.

Sur la longue route menant vers les « Gros nanimaux », le plus petit de la famille s’égara vers les bancs longeant l’allée. Un monsieur lisant le journal avait attiré son attention. En effet, il en était encore à ses premières sorties et les hommes ne ressemblant si à son père ni aux domestiques de la maison l’intriguait. Il avait la curiosité à vif et, sociable il grimpa sur le banc avec lui. « Monsieur, pourquoi vous restez ici, les gros nanimaux ils sont là-bas ! » Il accompagna ses paroles d’un grand geste de bras en direction des cages, au loin, son petit doigt pointé vers l’avant. Alors qu’il épiait cet homme solitaire, je tentais –encore- de séparer les deux autres qui, inévitablement, se chamaillaient. Chacun me racontant la faute de l’autre, marmonnant en français, grommelant en anglais. Les mains sur les hanches, je les regardai tour à tour.

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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Ven 16 Mar - 12:41

C'était sa première sortie, depuis l'explosion du d'Harcourt. Jean avait gardé la chambre un moment après sa blessure, le mal s'étant révélé plus grave que prévu et la cicatrisation demandant du temps. Le médecin de la famille était passé chaque jour depuis le premier soir, où il avait dû refaire le garrot noué à la va-vite. Malgré les supplications de son client, il avait eu la mauvaise idée d'en informer père et mère. Ceux-ci, bien heureux de découvrir l'adresse de cette garçonnière - qui se voulait cachée - sautèrent aussi sur l'occasion pour sermonner leur fils et le persuader que c'était là l'occasion de changer enfin de vie. Enfin, c'était peut-être un signe, puis à son âge, était-il décent de ne point avoir encore d'enfant ! La vie n'était pas éternelle ... Son petit frère, à son tour, lui avait tenu lieu de compagnie et avait promené son ennui dans la petite pièce ornée de gravures bon marché. Il avait eu le temps de vouloir en changer la décoration, d'y relire tout Chateaubriand (et même un Walter Scott, était-ce bien sérieux !), et d'ennuyer assez Jean avec quelques questions d'éthique maritale - parce que Gabriel, contrairement à lui, la cherchait, La Femme à Épouser (avec toutes ses majuscules). La maison regorgea bientôt, entre les onguents, les soupes, les charpies, entre les odeurs de camphre et d'alcool, d'une odeur plus âpre encore : celle de la captivité. Odieuse convalescence ... !

Alors, quand son docteur, M. Brichard lui avait recommandé, au premier rayon de soleil, de renier ses obédiences noctambules pour aller prendre la lumière, Jean accepta tout aussitôt. Insistant pour être seul, il se fit conduire au Jardin des Plantes, où il espéra s'isoler assez, pensant n'y rencontrer aucune connaissance. Il claudiqua de son mieux pour trouver un endroit calme, et s'y assit, déposant sa canne à son côté, pour y lire le journal, dans le silence ...

Mais il devait être écrit quelque part que Jean de Fréneuse ne pourrait trouver le repos. Lorsque le petit garçon grimpa sur le banc à son côté, il leva la tête, interloqué, et demeura coi devant la question. Bien sûr, les gros nanimaux ... Repliant son journal, sans répondre à l'enfant (ô si grave erreur !), il chercha des yeux celle à qui appartenait la marmaille et aperçut une femme sermonnant deux autres gamins. Se baissant pour prendre sa canne, il lança un "Suis-moi" au petit garçon et s'avança péniblement vers la femme à qui il adressa un sourire.

- Madame, - il inclina la tête, très légèrement. Vous les laissez courir bien loin, ces enfants. Que dirait leur mère si elle savait que vous ne parvenez pas à assurer votre métier ?

Et il vacilla, sous la douleur de sa jambe malade. Sur le banc, les pages du journal tournaient, feuilletées par le vent.
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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Dim 18 Mar - 15:35

L’enfant était fier. Du haut de ses trois pommes il ferait sourire un monsieur solitaire en l’emmenant voir les gros nanimaux avec lui. Voyant que celui-ci repliait son journal, mais ignorant totalement qu’il titubait péniblement, il descendit du mieux qu’il le pu le grand banc et sautilla, joyeux, suivant l’adulte qui venait vers moi. Portant ses mains minimes à sa bouche, il rigola de façon espiègle devant ses ainés qui se faisait sermonner. Pour une fois que ce n’était pas lui ! Cette fois-ci, il avait de la chance pour s’éloigner autant ! Aussi tête de mule que son père, libre comme l’air alors que ça ne sait même pas courir sans trébucher. Pour l’avenir, il ne restait plus qu’à espérer qu’il ne serait dans les traces de mon mari, un éternel enfant. J’avais beaucoup d’espoir, même un peu trop, en l’avenir de ce petit bout de chou. Petit qui s’en revenait justement à toute vitesse, inconscient.

Je me retournai pour observer cet homme qui, plus tôt, lisait tranquillement sur les bancs. Je l’observai de manière interrogative, des grands yeux bleus portés sur lui et sur sa canne. Son visage montrait quelques plis de douleur. Adoptant un air plus sévère, je baissai la tête sur le plus jeune. Il n’était tout de même pas allé embêter un simple et honnête homme, tout de même ? « Mor ! Monsieur venir avec nous ! » Apparemment, si. J’accordai un bref sourire désolé à la victime et me penchai vers le vilain garçon. Les sourcils froncés, je parlai plus sèchement, assez pour le faire douter dans sa foi. « Je t’ai déjà dit de ne pas t’éloigner ! Si tu ne m’écoutes pas, je ne t’emmènerai plus en sortie. » Il retroussa rapidement sa petite lèvre, il faisait sa pose de chiot battu, si convaincante. Si les domestiques fondaient devant lui à chaque fois, ce n’était pas le cas pour moi. « Tu as compris ? Si tu ne fais qu’à ta tête tu resteras à l’hôtel. Tu sais qui on laisse à l’hôtel ? Les bébés ! » Il venait les yeux plein d’eau, il leva même la tête vers l’homme pour y chercher du secours, il sautilla sur place un moment, frustré qu’on le traite de bébé. Il avait deux ans après tout ! Il était un grand grand garçon ! « Pas un bébé ! » Je levai la main et frottai ma tempe un moment, alors que le bambin venait prendre l’autre, fermement. « Allons-y, alors ! Mais ne t’éloigne plus, c’est compris ? » Et, presqu’inaudible, il acquiesça.

Je me tournai vers le monsieur, un peu mal à l’aise et m’excusai auprès de lui du dérangement. J’esquissai un petit sourire, polie. « Pardonnez-le, il en est à ses premières sorties. Il veut faire ami-ami avec tout le monde… ! » J’échappai un petit rire, me disant que cet homme avait peut-être une femme et des enfants lui-même, qu’il aurait également vécu ces situation gênantes qui mettait en scène des enfants trop curieux et trop joyeux. Son visage n’exprimait pas plus de vieillesse que moi, mais à notre âge, il était coutume de mener une petite vie classique. « Mère ! Monsieur aller voir les gros nanimaux avec nous, hein ? » Dit-il de sa petite voix plaignante. Je baissai mon regard sur lui et étirai les lèvres. « Ce n’est pas à moi de décider si Monsieur veut aller voir les animaux, mon cœur. Il a sans doute prévu autre chose et n’a peut-être pas envie d’aller les voir. » Il baissa la tête, piteux, déçu de constater que ce n’était pas tout le monde qui était excité à la vue d’énormes chats et de gros oiseaux.

Le plus vieux des petites têtes, qui fixait la canne depuis un moment, brisa sa timidité l’espace de quelques secondes et marmonna à l’intention de l’homme « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? » L’on entendait dans sa voix un petit accent, une pointe de britannisme qui ressortait, ce qu’on ne retrouvait pas chez le plus jeune. « Est-ce que ça fait mal ? » Ajouta la fillette. Quelle indiscrétion ces enfants, aucune retenue !
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Lun 19 Mar - 11:46


Mère ou nourrice, c'était une bien étrange femme pour répondre ainsi aux enfants avant de considérer les grandes personnes. Jean, vacillant un peu sur ses jambes, ne sut répliquer à ses justifications que par un air interloqué. Il fallait avouer qu'il n'avait pas vraiment côtoyé d'enfants. Son petit frère n'avait jamais été un vrai enfant, et vivre aux côtés d'un enfant sage et rêveur, presque effacé, ne vous aidait pas à appréhender ce genre de créatures ... Aujourd'hui encore, les gens qu'il fréquentait avaient toujours eu le bon goût d'éloigner les leurs, les confiant à divers pensions, centres ou couvents de province - l'air y était bien meilleur, n'est-ce pas ? Puis ce n'était pas au cours des visites rituelles de la matinée que l'on croisait les créatures quand elles étaient en vacances ; celles-ci évoluaient alors dans leur propre section de la maison, parmi les domestiques, parfois ... et l'on se portait d'autant mieux lorsqu'on ne les croisait pas. Aussi ne connaissait-il des enfants qu'un vague souvenir mélancolique et lointain, que la silhouette des petites filles un peu charmantes qui faisaient la ronde au jardin des Champs Élysées, et le bruit des souliers des petits garçons qui y jouaient au cerceau, vaguement bruyants, toujours abstraits - impressionnistes. Alors la réalité de trois enfants en bas âge qui piaillaient, posaient des questions, sautillaient sur place ... Il fallait bien dire que c'était nouveau - et l'expérience n'était pas forcément des plus plaisantes. Cependant, la dame s'excusait. Retrouvant pied, Jean lui adressa un signe de tête, avec un sourire cerclé d'ironie. S'il n'était point encore certain du statut de cette femme, c'était une femme plutôt de son âge et donc d'expérience - on n'a point idée à quel point les jeunes filles sont effrayantes ... - et il retrouvait alors ses repères :

- Je dois dire que je le comprends un peu, Madame. Moi aussi, c'est ma première sortie. J'ai le regret, cependant ...

On ne le laissa point décliner tranquillement l'invitation, cependant. Jean baissa la tête vers les deux enfants, et ... Comment répondre à une telle question ? Des images du jour même lui revinrent, pêle-mêle : le raffut de l'explosion, le silence qui s'ensuivit, les cris ... La tignasse rousse de Berger, ce gars qu'il avait rencontré dans un fumoir, un gars du peuple, et son air sauvage et son cri ... Il resserra ses doigts autour de sa canne.

- Il faudra apprendre, Monsieur, Mademoiselle, qu'on ne pose pas des questions de façon inconsidéré, commença-t-il.Cependant ...

Il leva les yeux vers la femme, et lui lança un regard appuyé, qui semblait vouloir signifier quelque chose.

- J'ai voulu jouer avec des feux d'artifice, parce que c'était joli, que ça faisait plein de couleurs. Mais c'est dangereux, les feux d'artifice, ça explose trop facilement. On ne se méfiera jamais assez des feux d'artifice ...

Cela semblait bien stupide ce qu'il répondait. Pourtant, une ombre était descendue sur son regard et, souriant toujours, il semblait soudain de ces hommes qui ont contemplé un abîme.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Lun 19 Mar - 14:23

La pensée populaire aurait voulu que les petits monstres Ainsworth grandissent dans une aile secondaire de la demeure. La pensée maternelle en avait cependant décidé autrement. Je fermai quelques secondes les yeux et ravalai ma salive. Il leur suffisait de mettre un pied dehors pour être tous excités comme des puces et s’accrocher au premier passant venu. Ici, un monsieur blessé qui luttait pour tenir sur ses jambes. Sur chacun d’eux, un regard dur, loin de la douce apparence que je dégageais. Prestement, ils reculèrent d’un pas, se cachant derrière ma robe comme pour éviter les représailles d’un homme brusqué, dérangé. Cependant, le plus jeune de la bande n’avait pas peur, innocent et niais, il continuait de fixer avec admiration le grand bonhomme et sa canne, comme s’il avait une histoire rocambolesque dessiné sur le front. Et Dieu sait que les enfants aimaient les récits invraisemblables et là, il y avait un support visuel à l’appui. Je n’osais même pas imaginer ce à quoi pensait le rouquin à ce moment même, je pourrais être surprise.

Je soupirai discrètement de soulagement. Monsieur avait bien voulu répondre à leurs questions ! Durant ces péripéties Oh ! combien passionnantes lorsqu’on avait dix ans et moins, je remarquai un vilain bambin approchant sa main pour toucher une certaine canne. Je me penchai sur lui et lui attrapai vivement le bras pour le tirer vers moi, le prenant dans mes bras. Cependant, tous restaient attentifs à l’accident farfelu qui leur était racontée. Je croyais néanmoins que la blessure fut causée par quelque chose de plus… sombre, que de simples feux d’artifices. Cela ne me regardait pas et ce qu’un homme vivait ne regardait que lui, après tout.

« Vous avez de la chance, dites donc ! que monsieur ait accepté de répondre à vos questions ! » Sur ce ton sous-entendant les bonnes manières oubliées, les enfants le remercièrent et, du même coup, s’excusèrent. J’accordai à l’homme un sourire désolé mais charmant, d’un air de vicomtesse et de mère exemplaire. « J’espère que vous allez l’écouter, il serait bête de vous blesser à votre tour, n’est-ce pas ? » Et, du tact au tact, le rouquin répondit « J’écoute toujours moi, mère ! » Si seulement… ! De plus en plus, je commençais à croire qu’ils jouaient à « Qui défiera le plus mère » ou encore « Celui qui embêtera le plus le monsieur à la canne ! » bref, ce genre de petites choses qu’une gouvernante ne saurait peut être pas gérer à la perfection. Évidemment pas, puisqu’elle serait d’un rang inférieur et donc, leur devait respect.

« Oh ! Mais… Ne vous épuisez pas ainsi à rester debout… » Je m’écartai et mes enfants en fit de même pour laisser à l’homme le chemin libre vers le banc près de nous. Je lui indiquai distraitement de ma main libre, mon autre bras tenant toujours mon petit garçon contre moi. Jeunot qui posa sur moi ces classiques yeux de biches, tirant sur le col de ma robe pour m’interpeler. « Mor ! Monsieur pourra pas voir gros nanimaux ici ! » Et pour lui, il s’agissait là d’un rêve brisé, l’homme serait triste à tout jamais s’il n’allait pas voir les gros nanimaux ! C’était un crime de le laisser là, tout seul ! Que ferait-il dans la vie s’il ne voyait pas un tigre ou un hippopotame ? S’il le fallait, le rouquin le porterait sur son dos, oui !
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Jeu 22 Mar - 5:40

La première chose qu'il ressentit lorsqu'on lui proposa de prendre place sur le banc fut un immense soulagement : il n'eût sans doute rien réclamé sans cela, par orgueil, par bravade, mais rester debout le fatiguait encore beaucoup. Il prit place, lentement, avec sa démarche de petit vieux et son air de jeune homme. Et prenant place, il disait :

- C'est tout de même singulier, comme situation, j'ai l'impression d'une sorte de monde à l'envers ... Faites-moi plaisir, asseyez donc un court instant, que je ne passe point pour un goujat volant la place d'une mère attentionnée et de ses enfants ... Mais j'oubliais ! Demande-t-on à une dame comme il faut de s'asseoir à côté de vous sans lui avoir donné de nom ou de garantie ! Jean de Fréneuse, enchanté !

Il lui tendit la main, cordial, songeant pour lui-même qu'on le prendrait alors, peut-être, pour le père de tous ces gamins. Il faut avouer qu'il ne sut qu'en penser. Et s'installant tout de même sans attendre la réponse et avec une légère grimace, il adressa un sourire gêné au petit garçon qui s'était récrié. Il lui assura, tout bas, qu'il les avait déjà vus, ces animaux ... Sans savoir ce qu'il pouvait bien ajouter de plus. Ce n'était pas quelque chose que l'on apprenait au lycée, pour le coup : Jean savait faire de (très mauvaises) poésies latines, mais raconter des histoires à un enfant pour faire avaler des mensonges, ce lui semblait aussi impossible que de grimper en haut d'une montagne avec cette jambe blessée ! Puis, tandis qu'il songeait à l'étrangeté de sa situation, son regard se posa sur le banc qu'il avait quitté, avec sa tranquillité et son repos. Il demanda alors :

- J'abuse sans doute, mais est-ce qu'un de vos bambins pourrait aller chercher mon journal, oublié là-bas ? Je ... - Avec quelque difficulté, il se tourna vers les principaux intéressés - Je vous en serais bien reconnaissant.

Et il inclina la tête devant eux, doucement, comme un gentilhomme - non sans quelque perplexité.

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Catharina de Fréneuse
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Sam 31 Mar - 15:27

Les hommes avaient cet orgueil imparable. Celui qui les forçait à être meilleurs que les êtres –surtout, meilleurs que leur épouse, celui qui leur donnait toujours raison –surtout devant leur femme- et enfin, celui qui vous faisait souffrir le martyr pour paraitre plus fort –surtout, devant une mère. J’ignorais de quelle blessure cet homme était atteint. Certains trainaient une canne par pur esthétisme mais, la frêle position de l’étranger me laissait croire qu’au contraire, il avait bel et bien mal. Je l’invitai donc à prendre place tout en replaçant le chapeau de la jeune rousse d’une main, tenant le bambin dans l’autre bras. L’ainé se montrait sage, calme, attentif. Ses grands yeux bleus se promenaient de l’homme à moi, cherchant comme une approbation.

Sur les mots de… Ah oui ! Jean de Fréneuse, je pris place sur le banc, posant le plus petit des enfants à mes côtés, celui-ci commença tout de suite à agiter ses petits pieds qui ne touchaient pas encore le sol. Je vins pour me présenter, à mon tour, lorsque l’homme me surprit en me tendant la main. Je baissai les yeux vers cette dernière, puis les relevai pour regarder Jean à nouveau. Je souris tendrement et serrai sa main en retour. « Catharina Ainsworth, je suis également enchantée. » Je ne me rappelais pas de la dernière fois où j’avais réellement parlé à un homme –autre que mon mari, bien entendu, même si sa maturité laissait à désirer-… Oui ! C’était à mon père, il y a six ans, à mon mariage et ce n’était guère agréable. En fait, j’ignorais si mon père s’était un jour montré autrement que déplaisant, froid et misanthrope.

Jean, le regard levé au loin, émit une gentille requête. Immédiatement, dans un élan de joie et de bonheur, le bambin se préparait à se jeter en bas du banc pour aller le chercher. D’une main rapide, je le retins, le forçant à rester à sa place. Il parut au début un peu triste mais s’en remis bien rapidement. Je me tournai vers le blond, le plus âgé et le plus responsable des trois. « Elske*, veux-tu aller chercher le journal de Monsieur de Fréneuse, s’il te plait ? » Il hoche lentement la tête et accourut jusqu’au précieux de l’homme avant de le lui rapporter. Timide, il n’osait pas trop s’approcher alors il tendit le tout au bout de son bras. Des hommes aussi calmes que Jean, il n’en connaissait pas. Enfin… aussi calme, aussi longtemps ! Qui sait si le monsieur à la canne n’allait pas exploser tout d’un coup ?! Pour le rassurer –parce que je le connaissais assez craintif- je le félicitai d’un « Tu es un ange. » Doux et assuré, ce qui ne manqua pas de le faire sourire, tout fier qu’il était.

Je me rendis vite compte que je n’avais aucune idée des sujets de conversations qu’entretenaient un homme et une femme qui n’étaient pas liés par le mariage ni par la famille, uniquement par le hasard. Je me trouvai bien loin des déblatérations que j’avais avec Madame Pentois ou des chamailleries –Oui, des chamailleries !- que j’avais avec mon époux. Jean de Fréneuse semblait bien plus appréciables que ces étranges personnes que fréquentait mon mari, d’ailleurs… Plus sobre.

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Jeu 5 Avr - 11:17

Une poignée de main était sans doute un geste un peu trop cordial et trop intime pour deux inconnus qui se croisaient dans un parc, mais il n'y avait là rien d'indécent non plus. Alors que Mme Ainworth tendait la main, Jean la saisit donc avec assurance, la pressa à peine, comme retenu par je-ne-sais quelle délicatesse ... puis il la lâcha. Vous pouviez demander aux jolies femmes mariées avec des enfants de s'asseoir à côté de vous quand vous étiez un de Fréneuse, mais il ne fallait pas non plus exagérer ... Alors qu'elle répétait sa demande à l'enfant, Jean tiqua sur le mot qu'elle utilisa. Elske ? Cela lui faisait penser à Elke, le jeune allemand qu'il avait rencontré à la réception de l'Eden et qu'il avait retrouvé, par le plus étrange des hasard, au d'Harcourt ... Son sourire cordial se fana à ce souvenir ... Il semblerait que les gens qu'il rencontrait, Elke von Herzfänger, Renaud Berger - il connaissait son nom, à présent qu'il s'étalait en première page de tous les journaux - devaient lui réapparaître dans des circonstances étranges et tragiques ... Il s'agirait d'éviter cela dans le cadre d'une belle étrangère et de ses enfants. Mais le gamin revenait déjà ... Il se réveilla en attendant Mme Ainsworth le féliciter, et ajouta, d'un air un peu perdu, en reprenant lentement le journal que le petit lui tendait.

- Merci, mon garçon.

Il n'avait pas vraiment vu sa crainte, trop absorbé lui-même dans des pensées trop graves. Bizarrement, l'angoisse, la douleur le ralentissaient, lui donnaient un air presque serein. Le Jean de Fréneuse habituel était un jeune homme gouailleur, vivant, qui courait d'un bout à l'autre de Paris, en fiacre ou cum pedibus, comme disaient ses anciens amis de l'Université ... Il passait chez lui, allait fumer un cigare chez l'autre, boire de l'eau de Dantzig chez un troisième, passait régler ses affaires chez le financier et ... Vie d'imbécile, vie de fou. Rivé au sol, condamné à marcher avec l'air et la vitesse des petits vieux, ses pensées, sa vie se figeaient avec lui ... Et il semblait soudain plus sage qu'il n'était, malgré lui. Mais il secoua soudain la tête, comme pour chasser des souvenirs encombrants ou de mauvais rêves ... Et se tournant vers la mère, retrouvant son affable sourire, sa mine gracieuse, il renchérit :

- Je suis enchanté, Madame Ainsworth, veuillez pardonner ma distraction ... Mais ... Votre charmant accent m'est inconnu. J'aurais parié que vous étiez allemande - savez-vous que ma famille a de lointaines ascendances germaniques ? - mais je fais peut-être erreur. De quelle terre lointaine nous venez-vous ? - puis, levant les yeux, avec un haussement d'épaule, il s'empressa d'ajouter - Enfin, existe-t-il des terres lointaines, maintenant ! Avec le chemin de fer, tout va tellement vite !

Vie d'imbécile, vie de fou, vous dis-je.

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Dernière édition par Jean de Fréneuse le Sam 14 Avr - 0:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Mer 11 Avr - 13:18

Le garçon blond hocha la tête et vint se poster près de moi. Délicate, je passai ma main sur son chapeau, le replaçant minutieusement et laissai mes doigts descendre jusqu’à l'oreille. Je le chatouillai vite fait sous la mâchoire et il échappa un petit rire, tordant ses épaules. Qu’est-ce qu’il était adorable. Jean de Fréneuse semblait absorbé dans ses pensées et je me voyais mal le déranger. Je ne pus m’empêcher de le comparer au seul homme que je connaissais vraiment : Mon mari. Si ces deux hommes se rejoignaient un tant soit peu côté caractère, Monsieur de Fréneuse n’aurait pas supporté un dérangement de ma part. Heureusement, je voyais en cet inconnu une personne plus… Calme, paisible. Et surtout, beaucoup plus tolérant et ridiculement moins haineux mais, pouvait-on réellement se fier aux apparences ? Mon mari –j’ignorais s’il s’agissait de mauvais mots pour m’effrayer ou d’une réalité bien présente- disait que tous les hommes étaient mauvais. Pourtant, lorsque je posais les yeux sur mon fils, je les imaginais très peu faire du mal à qui que ce soit… Quoi qu’ils pouvaient se montrer bien malins parfois !

Je redressai vivement la tête et me tournai vers mon interlocuteur. Je penchai la tête sur le côté, intriguée parce qu’il allait me demander. Je lui souris, charmante et lui répondit, sans gêne aucune. Après tout, j’avais l’habitude de répondre à cette question… ! « Je viens de… Comment dit-on en français… » J’avais vite assimilées l’ordre des mots dans les phrases en français. Les expressions venaient petit par petit mais quant aux noms… C’était une longue histoire remplie d’acharnement sans fin ! Je fronçai les sourcils, visiblement contrariée. Comment traduisait-on Sverige och Norge ? Ah oui ! « …De la Suède-Norvège, dans le nord. Vous connaissez ? » L’on voyait rarement de blonde aussi pâle que moi dans tout Paris !

Je redressai la tête et posai ma main sur la tête de l’ainé du trio. « Ce grand garçon est né en Eng… Angleterre, ainsi que sa jeune sœur, là. » Je la désignai de ma main libre. Je tournai mes prunelles claires vers Jean, remettant mes mains sagement sur ma jupe. « Mon mari est anglais. » L’on pouvait d’ailleurs remarquer un petit accent chez les ainés, alors que le plus jeune bafouillait des mots comme tous les autres petits garçons français… À la différence que celui-ci marmonnait aussi des mots en scandinave. À nouveau, le jeune roux émergea et, se redressant un peu, s’adressa directement à Jean. « Moi. Moi suis né ici ! Petit frère aussi ! » Qu’est-ce qu’il était fier, ce bonhomme ! Il évoqua le quatrième marmot de la bande. Encore un bébé et très fragile, celui-ci était gardé au chaud à la maison. J’avais très envie d’aller le retrouver pour le serrer très fort dans mes bras, qu’il soit en sécurité, mais le parc restait une activité très intéressante.

Un brin curieuse, je lui retournai une question. « Avez-vous des enfants, Monsieur de Fréneuse ? » Un homme de son âge avait sans doute une charmante épouse ainsi que de la marmaille quelque part !
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Sam 14 Avr - 0:45

Lorsqu'elle annonça venir de Scandinavie, Jean eut un léger sourire. C'était finalement bien plus lointain qu'il ne pensait, et il n'avait aucune idée du temps qui était nécessaire pour gagner cette région du globe, depuis Paris. Il hocha la tête, légèrement, alors qu'elle annonçait que son mari était anglais ... Cet homme ne l'intéressait pas réellement - peut-être avait-il dû le croiser, ça et là, mais aucun M. Ainsworth ne se rappelait à son souvenir, pour l'heure ... - mais à cela s'ajoutait une certaine défiance face à tout ce qui venait d'Angleterre ... Il voyait les anglais comme des êtres froids et mécaniques, absurdement moralisateurs quand en France, on pouvait louvoyer, s'arranger ...

« Moi. Moi suis né ici ! Petit frère aussi ! »

Petit frère ? Mais combien en avait-elle ? Il répondit d'un sourire, commenta ("Tu as l'air d'en être fier, mon garçon"), non sans étonnement ... Puis il garda le silence. Avec un homme, tout aussi inintéressant qu'il fût, il eût évoqué avec curiosité la question de la Suède et de la Norvège, les bouleversements politiques et sociaux qui s'y préparaient ... Mais ce n'était pas de le genre de conversation que l'on avait avec une femme ... Jean se demandait presque, par ailleurs, de quoi il pouvait s'entretenir avec une telle interlocutrice, quand ...

- Avez-vous des enfants, Monsieur de Fréneuse ?

Sous le coup de la surprise, il éclata de rire - tonalité mineure.

- Point du tout, Madame, je ne suis pas même marié. Je suis officieusement fiancé. Mais ça ne veut parfois rien dire, de nos jours ...

Face à un ami, dans un café, il aurait déjà glissé que la princesse Golovnine était bien laide, et plutôt renfrognée ... Mais certaines choses ne se disaient point dans les cercles autorisées. Et puis il y avait autre chose ... Il jeta un œil aux enfants, et se rapprochant un peu de la mère, il ajouta à voix basse, pour n'être entendu que d'elle :

- Mes parents voient la dot mirobolante, la situation, le rang de la demoiselle. Moi je vois juste qu'elle serait sans doute une bonne femme et que je serais un mauvais mari.

Et comme l'air doux de Catharina lui inspirait confiance, que la liberté de ton des enfants lui faisait oublier qu'il parlait à une femme de son rang, et non pas aux petites jeunes filles à qui il pouvait tout dire - elles comprenaient parfois plus, et ne se choquaient jamais - il ajouta, sur le ton de la confidence :

- Je ne parle pas de votre mari qui, sans doute, est un homme très respectable ... Mais on n'apprend pas aux hommes dans mon genre à rendre heureuses les femmes comme vous ... Pire, on ne nous apprend pas à désirer le faire. Alors ...

Il eut un geste évasif, qui voulait tout et rien dire. Façon commode de ponctuer les idées mal formulées et les conclusions qu'on ne veut pas prendre ... Il restait à savoir si ce qu'il avait dit était à même d'être reçu.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Lun 16 Avr - 15:47

Quatre. Ils étaient quatre. Trois garçons pour une fille. Ou devrais-je presque dire… Quatre garçons ! Étant donné que ma charmante enfant ne s’intéressait pas plus aux poupées que mon mari à la délicatesse, au tact, à la douceur et à bien d’autres choses qu’il pourrait facilement acquérir s’il y mettait du cœur mais ça, il s’agissait d’une autre histoire. Le petit garçon aux cheveux de rouille hoche vivement la tête. Il était fier, très fier ! Pasque lui, il parlait le vrai français ! Pasque lui, il parlait mieux que son grand frère ! Pasque son grand frère, il était né in England et ça se voyait ! Ou plutôt, cela s’entendait, mais à cet âge-là, on voyait tout, les autres sens n’existaient pas –hormis la bouche- ! Fallait-il également préciser que l’écoute était en plein développement ? Cette petite tête, que je caressai d’une main affectueuse, déplaçant un peu son chapeau, avait l’oreille aussi sourde que, j’osais le dire, son père. Père qu’il ne voyait pas aussi que je l’aimerais, d’ailleurs.

J’écoutai avec attention la réponse de Jean. Ni marié ni avec enfant. Il n’y avait donc pas de petits de Fréneuse dans la nature. Je lui souris, tournant parfois la tête pour surveiller les ainés qui se chamaillaient un peu plus loin, très peu intéressés par les dires de grandes personnes ou pire ! Les dires de vieux. Alors que l’homme se rapprochait, le bambin se laissa glisser du banc pour rejoindre le reste de sa fratrie. Le plus grand et de loin le plus calme, prenait son petit frère dans ses bras et tournait sur lui-même, ce qui faisait retentir une panoplie de rires cristallins autour de nous. J’adorais leurs petits gloussements, ils étaient tellement adorables ! …Que la jeune fille propose de larguer son frère cadet dans un buisson l’était moins, par contre. Heureusement, elle abandonna vite l’idée !

J’hochai la tête à mon interlocuteur, visiblement intéressée par ce qu’il racontait. « Les parents ne voient toujours que ça, après tout… Mon cœur, reviens par ici ! Tu es trop loin. » Je revins rapidement à Jean, un peu gênée d’être ainsi distraite alors qu’il me parlait. Je reportai mon attention sur lu et sourit à la remarque sur mon respectable mari. Je tiquai sur ses paroles, piquée au vif, intriguée. Les hommes comme lui. Les femmes comme moi. Il y avait les hommes hautains et les femmes soumises. Il y avait les hommes discrets et les femmes constamment dans les soirées. Il y avait les hommes insatisfaits et les femmes capricieuses. J’arquai un sourcil, presque surprise, comme si j’ignorais de quoi il parlait. « Alors… ? »

Je tendais presque l’oreille, attendant sa conclusion. Je le laissai répondre, gardant un œil sur les petits qui ne perdaient pas en énergie. Ils étaient inépuisables ! Une bonne chose était sûre, c’est que cette nuit, ils dormaient profondément ! Je regardai Jean et détaillai un instant son visage. Il semblait fatigué, épuisé, mais cela était sans doute dû à sa jambe blessée. Néanmoins, il ne cessait de m’intriguer. Les hommes parlaient-ils si librement aux femmes mariées, habituellement ? Étais-je restée cloitrée chez moi si longtemps que les mœurs de la société auraient changées ? Chassant ses questionnements, je me contentai de profiter de cette conversation, celle-ci n’ayant ni lieu avec de grandes dames accusatrices, de jeunes filles innocentes ou encore, un homme plutôt excentrique qui n’avait que pour intérêt sa propre personne. J’esquissai un nouveau sourire « J’aimerais vous rassurer en vous disant que les femmes sont faciles à rendre heureuses, mais je doute que vous allez me croire, n’est-ce pas ? »

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Ven 20 Avr - 5:13

A vrai dire, ce n'était bien que devant des femmes mariées que l'on pouvait évoquer ces problèmes : parmi toutes les conventions, la règle d'or était de ne jamais parler des choses du mariage aux jeunes filles. Avaient-elles cependant une pureté à conserver, en ces temps troublés ? Même les filles des meilleures familles s'autorisaient quelques privautés (un billet, des mains qui s'effleurent, un baiser à travers la voilette ou derrière une porte ... ), en cachette, et la femme que l'on allait épouser pouvait bien avoir été goûtée par plusieurs paires de moustache ... Mais comment leur vouloir, après tout ? Elles remplissaient leur office, celui d'être belles et insignifiantes ... Et elles attendaient, ingénument, brisant le cœur des autres - et parfois le leur, quand elles avaient le malheur de croire à l'amour. Jean avait vu des amis sentimentaux minés par ce genre de jeux, pris par l'illusion des promesses et déçus devant la dérobade finale - jeune fille encore trop jeune, meilleur parti qui se présente, et que sais-je encore. Ceux qui se mariaient, c'était pire ... Mais passons.

Jean ne fut pas surpris de la réponse qu'elle lui adressa. C'était tout à son honneur et plein de modestie. Il hocha la tête, respectueux de son silence. Un goujat ou un sadique eût demandé si elle était sûre d'être vraiment heureuse. Mais on ne fait pas entrer ce genre d'idées dans la tête des femmes - après, cela créée des catastrophes. Il promena son regard sur le parc, cherchant une réponse qui rentrerait dans l'ordinaire ... Il n'était jamais scandaleux de sortir un temps des sentiers battus, il s'agissait simplement de retrouver le chemin assez vite pour que l'interlocuteur n'en ressente point de désagrément ... Il cherchait donc, ouvrait déjà la bouche pour répondre ... Quand ses yeux se posèrent sur une silhouette, et il pâlit légèrement.

- Tudieu ! Voilà mon frère, le plus grand des importuns ! Vous qui êtes une dame bien aimable, je vous supplie de me sauver la vie.


Il empoigna le journal, l'ouvrit grand - les gros titres racontaient toujours les mêmes catastrophes et les mêmes scandales.

Dites-moi qu'il est parti ... - Et semblant avoir une idée - Accepteriez-vous que je vous accompagne, vous et vos enfants, du côté des animaux ? Si ma compagnie ne vous importune pas, bien entendu ...

Et le regard suppliant qu'il lui adressa semblait celui d'un enfant qui craint d'être découvert, lors d'une partie de cache-cache. Dans ses yeux, il y avait cette même gravité attachée aux choses de rien, comme si la vie en dépendait.

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Mar 24 Avr - 13:31

Je ne saurais expliquer mon bonheur. Si j’étais heureuse ou bien si je ne l’étais pas. J’avais tout pour me satisfaire, me faire sourire mais, n’en demande-t-on jamais plus ? Ne pourrais-je pas désirer d’avantage de fleurs et de bijoux à mon mari ? Tous ces biens matériels qui enrichiraient ma personne et sa réputation de riche vicomte, pourquoi pas ? Hélas, il m’en offrait déjà trop pour combler son manque de présence dans l’hôtel particulier et surtout, son attention. Les hommes étaient si volages, si compliqués ! Beaucoup trop compliqués pour l’esprit simplet des femmes.

« …Votre frère ? »

Je levai les yeux et aperçu, dans l’allée, un homme qui s’y promenait, gagnant notre direction. Polis, les trois bouts de choux s’écartèrent pour le laisser passer, allant jouer un peu plus loin sur le bord de l’allée. Évidemment, le plus jeune, le roux, le plus libre du trio, s’arrêta de jouer pour fixer cet homme qui, étrangement, lui rappelait quelqu’un.

« Mère, le monsieur là il ressemble à ton ami ! »

Parce qu’évidemment, Jean et moi étions dorénavant des amis, qu’aux yeux d’un enfant, tout le monde qui se parlait gentiment étaient des amis. Je tournai tristement la tête vers gens, navré que mon jeune fils l’ait interpelé. Qui ne se retournerait pas devant la vérité qu’écriait un enfant ? Le frère en question, au visage plus jeune et aux airs plus sérieux –beaucoup plus, d’ailleurs, tourna les talons. Il regarda d’abord le petit homme, ce dernier s’étant déjà lassé pour retourner jouer avec sa famille. C’est alors qu’il me remarqua, moi qui ne portais pas de journal devant mon visage, et je baissai immédiatement les yeux, regardant un brin de sol.

« Pardonnez-moi, Monsieur, mais je crois que l’on vous a repéré. »

Je me permis un petit sourire, compatissante. À voir mon frère se pavaner dans l’allée, je déguerpirais à mon tour, si je le pouvais. Tout pour ne pas avoir à me coltiner ce sale enfant ! Heureusement, il y avait peu de chances que nous nous croisions en France. Dans ces jours, je remerciais intérieurement mon mari pour son attachement qu’il portait à ce pays. Apprendre une nouvelle langue, aussi compliquée fusse-t-elle, reste toujours plus plaisant qu’un petit frère pas très gentil !

« Malheureusement, il est toujours là, mais si vous ne souffrez pas trop de marcher, j’accepte volontiers que vous nous accompagniez. »
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Mer 25 Avr - 12:45

Ô Dieux, ô Infortune ! Ô circonvolutions stellaires qui, bien loin des hommes, exercez vos luminescentes influences ! Que ne dérobiez-vous Jean de Fréneuse au tragique de son existence ... ! Pour comble de malheur, l'un des petits Ainsworth lança, de sa voix flûtée - mais dame ! ce qu'elle portait ! - une constatation qui alerta l'homme tant redouté ... Vaincu, Jean sortit de derrière son journal, avec l'air d'un guerrier prêt à affronter la mort.

- Triple zut ! Oui, mon frère ... Très gentil au demeurant, mais tout à fait assommant ... C'est qu'il aimerait bien me marier, il n'ose se lancer tout seul ... C'est un enfant. Eh bien, le voilà qui s'approche ... Accepteriez-vous que je vous le présente, Madame Ainsworth ? N'ayez crainte, je le raille ... Mais c'est un jeune homme très comme il faut ... En tout cas, plus que moi-même, sans aucun doute.

Il lança un regard entendu au jeune homme pâle qui le dévisageait, et l'invita d'un geste à les rejoindre. L'intéressé approcha ... L'enfant était perspicace : les deux frères se ressemblaient, en effet ... Mais ce qu'il y avait d'espiègle en Jean devenait retenu et sérieux chez son cadet. Plus fin au demeurant, plus féminin, le jeune de Fréneuse était plus élégant, et reflétait bien mieux ses origines sociales ... A le voir, si pétri d'importance, si réfléchi et prudent dans tous ses gestes, avec sa chevalière au doigt, son costume cintré, sa mise impeccable, Gabriel semblait bien venir du meilleur monde ... Et avoir à cœur d'y retourner. Tandis qu'il approchait, Jean lui lança, avec un sourire un peu moqueur :

- Souffre que je ne me lève pas pour te saluer, je m'économise pour les gens intéressants.

Le jeune homme hésita ... Puis choisissant d'ignorer la raillerie, il s'adressa à Catharina, avec distance et modestie :

- Bonjour Madame, je vous prie de me pardonner de vous importuner ainsi, je sais à quel point cela est déplacé ... Mais je suis certain que vous comprendrez la cause ... Je cherchais mon frère malade, que j'ai à cœur de reconduire. Avec sa déraison habituelle, je crains bien qu'il ne se fati ...

- Ta bonté m'honore, sincèrement, mais je crois pouvoir me soigner seul. J'envisageais justement une promenade avant que tu n'arrives. Mais tout d'abord ...

Et changeant de ton, désignant le jeune homme à Catharina, il fit les présentations du ton le plus mondain du monde :

- Madame Ainsworth, je vous présente Gabriel de Fréneuse, mon jeune frère. Gabriel, voilà Madame Ainsworth - - Je suis enchanté, Madame - Madame Ainsworth qui m'a aimablement sauvé de ... Je ne sais plus quel danger effroyable, en digne femme du monde qu'elle est. Elle m'aurait aussi sauvé de toi si elle l'avait pu, j'en suis sûr. Et puis ses enfants, qui ...

Il se tourna vers la mère avec un sourire malicieux.

- ... attendent sans doute avec impatience de voir les "gros n'animaux".

Trêve de politesses ! Mine de rien, il finissait par avoir envie de les voir, ces animaux ... Une conversation avec son frère était bien pire que de boitiller devant un rhinocéros famélique, des fauves devant leur charogne et un hippopotame huileux. Il se promit de rappeler l'idée à l'oreille des enfants, à la prochaine occasion.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Ven 27 Avr - 13:39

Qui aurait pu prédire que le frère saurait trouver l’ainé ? Paris était grand, immense. Sans doute que le jeune cadet connaissait bien celui qu’il cherchait ! Comme un parent qui cherchait son galopin, ils sait exactement où le trouver ! Dans un jardin à regarder les grosses chenilles dodues, vers les dames aux allures maternelles et douces, dans leur coin à manigancer de sale petits plans. Les endroits où mes bambins se cachaient ressemblaient étrangement à leur personnalité et je me montrais soulager que la majorité n’ait pas un caractère sociable, jouissant d’aller se rouler dans une foule. De même pour moi, pour me trouver, il ne fallait pas chercher en soirée, car j’étais timide et portait très peu d’amour à d’illustres inconnus se pavanant, vantant leur correspondance dans tel ou tel pays qui s’industrialisait grâce à eux… ou pas.

Je plissai les yeux pour détailler le frère Fréneuse qui s’approchait. « Je veux bien que vous me le présentiez monsieur. » Une fine pointe d’humour, un charmant sourire aux lèvres. « Mais seulement si vous m’assurez qu’il est bel et bien correct…! »

Alors que le dernier Fréneuse s’approchait, je fis un signe sévère au dernier Ainsworth d’en faire de même. Innocent et naïf, il arriva joyeusement, presque gambadant, complètement lavé de sa faute. Je me penchai vers lui et tirai vilainement son nez, ce qui le fit gémir… Exagérément. J’ignorai ses ainés qui rigolaient plus loin, cruels tant la fraternité leur passait dix pieds par-dessus la tête. « N’interpelle pas les gens en hurlant, mon cœur. » Il adopta un air indécis, mélangé. « Faut toujours dire la vérité, mère ! » Mes épaules tombèrent et je roulai les yeux. Ce petit était beaucoup trop intelligent pour sa survie. « Oui, mais pas avec des inconnus en pleine rue, ce n’est pas poli ! » Heureusement, il ne sorti pas de réplique digne de son père, sur où il pouvait bien se mettre la politesse. Dieu du ciel, heureusement n’était qu’un euphémisme ! Je me mettrai à manger le ragout des pauvres si ce petit commençait à parler tel son paternel.

L’enfant n’avait cependant pas tort. Les frères Fréneuse se ressemblaient, malgré les nombreuses différences. Autant dans l’accoutrement que dans les traits du visage. Mes lèvres s’étirèrent d’amusement devant la raillerie de Jean, ce dernier refusant de se lever. J’écoutai le jeune frère, les yeux levés vers lui. Il semblait si souciant du Jean malade, préférant partir à sa recherche plutôt que de lire des monographies. J’acquiesçai de la tête lors des présentations, ne réfutant pas les gentilles paroles de l’homme. Moi ? Digne femme du monde ? Je ne savais même pas me mélanger parmi celui-ci, ou je le faisais très rarement.

« Je suis également enchantée, Monsieur. »

Rapidement, le bambin s’étant un peu avachi sur moi redressa la tête. Les gros nanimaux venaient de réapparaitre dans son esprit, il s’en mit presqu’à sautiller sur place ! Plus loin, les autres épiant la conversation, s’égayèrent aussi. Je jetai à Jean un regard empli de mots, un « Maintenant, c’est impossible de faire marche arrière. » au travers de mes yeux bleus. Je me levai, le petit prit même ma main pour me guider, pour m’emmener voir les animaux. Cependant, alors qu’il partait à l’aventure, il se retourna vivement sur les talons et regarda Jean avec sérieux, détermination et autorité… Presque de l’autorité. « Vous aussi venir ! » Trottinant jusqu’à lui, il allait lui agripper la main lorsque je le retins par la manche, l’empêchant d’avancer davantage.

« Ne vous en sentez pas obligés, messieurs. Vous avez sans doute mieux à faire. »
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Dim 29 Avr - 12:27

Jean répondit avec détermination au regard que lui lança Madame Ainsworth. Mieux à faire ! Elle ne savait pas ce que représentait une après-midi à entendre Gabriel lire d'un air inspiré de la littérature romantique ... ! Cela faisait quelques jours que Jean avait subi le plus intense des supplices. Non que son frère fût mal intentionné, mais ... il l'ennuyait, il l'ennuyait profondément. Il avait amené dans son appartement tout ce que Jean avait toujours voulu en chasser : sa petite mondanité rêche, sa raideur sérieuse et ridicule, ses encombrantes illusions. Il lui avait parlé de la princesse Golovnine, comme en passant - Jean aurait parié que Gabriel l'aurait bien épousée, lui. Que n'était-il né second ! Il eût obtenu toute la liberté que son frère ne songeait pas même à désirer ... Mû par la force du désespoir, Jean se leva lui aussi, lentement, malgré les protestations de son frère.

- Si votre garçon tolère ma lenteur, je serais ravi de les voir, ces animaux.

- Enfin, Jean, ça n'est pas sérieux, le ...

L'intéressé leva les yeux au ciel.

- Cela fait bien trois semaines que je suis enfermé, immobile dans un lit. On ne va pas me refuser un peu d'exercice, n'est-ce pas ? Je suis certain que cela me fera le plus grand bien !

Il lança à Gabriel un regard qui n'admettait pas la réplique, et le jeune homme se tut, l'air contrarié. Pour toute réponse, Jean ajouta, en désignant Catharina du regard :

- Tu devrais aider Madame Ainsworth et lui proposer ton bras. Je manque à mes devoirs, cher frère, mais j'ai une excuse - il brandit sa cane - Ce n'est pas ton cas. A moins ... Que tu n'aies mieux à faire, justement ?

- Eh bien ...

Le jeune frère ne répondait rien, l'air gêné. Pendant ce temps, Jean avait rattrapé Madame Ainsworth ... Se penchant légèrement vers elle, il murmura pour elle seule :

- Ce brave Gabriel ! Je l'aime bien, mais il est trop facile à troubler. - Puis à la cantonade - Par quels animaux commençons-nous ? Je suis le mouvement !

Et faisant un moulinet avec sa cane, il semblait un vieux Don Quichotte parti affronter ses moulins.

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Lun 30 Avr - 14:34

Il tirait un peu, un peu plus, tentant de se dégager de mon emprise, sans succès. Je gardai l’oreille vers les hommes, me penchant sur l’enfant boudeur d’être ainsi retenu. J’attrapai ses joues pleines de rondeurs innocentes et approchai son visage pour l’embrasser tendrement. Il échappa un petit gloussement et, vif, posa un bisou sur mon nez en retour. Derrière ses airs de petits patrons, il se montrait aimable et conciliant. Je me tournai vers Jean, souriant tendrement et entrouvrit la bouche pour répondre. Gabriel interféra et je préférai alors me taire, me redressant pour attraper une petite main qui venait se glisser dans la mienne. Le cadet ? Non, l’ainé qui s’était subtilement précipité, ne voulant pas qu’on lui prenne sa place.

Je fis quelques pas, guidée par l’entrain enfantin et tournai la tête vers les frères, tout en désignant le rouquin, cette petite boule d’énergie. « Vous voyez, Monsieur, ce que cela fait lorsque l’on garde les enfants trop longtemps enfermés…! » Un rire s’échappa de mes lèvres avant de me laisser trainer par les bambins qui piaillaient gaiement. « Va voir gros chats ? », « Des tigres, idiots ! », « Ou des lions ! », « Des gros chaaaats ! » et ainsi de suite, se lançant des regards mauvais, se poussant gentiment. Je pourrais les contenir, je pourrais les gronder, je pourrais leur reprocher leur mauvaise conduite en public mais… Ils recommenceraient dix minutes après, trop excités par tous ces animaux ! « Mor, y a trolls* ? Ai peur des trolls… » Disait le plus jeune, un air tout triste au visage, inquiet comme une petite puce. Je fis un geste sec et bref en direction des ainés, sachant pertinemment qu’ils allaient l’effrayé et lui répondit avec une douceur inégalable « Honey, tu ne rencontreras pas de trolls ici… Ils sont tous en Skandinavia, très loin d’ici ! » et il parut rassuré, peur si vite envolée !

Jean me rattrapant, je tendis l’oreille, attentive à ces comiques déblatérations. « Il me parait pourtant être un très gentil garçon… ! » Il était ensuite évident que les enfants, joyeux, répondirent à de Fréneuse. « Gros chaats ! », « Non, les crocodiles ! », je me retenais de me tourner vers Jean pour lui offrir un regard au combien exténué. C’est que cet homme les excitait, nom de Dieu ! « Nous commenceront par les premiers, et c’est tout. », une petite voix flutée vient ajouter « Et pourquoi, mère ? », « Pensez à Monsieur ! Il ne pourrait pas vous suivre qui vous gambader d’une allée à l’autre ! » et il acquiesça sans ne redemander plus, menant le petit groupe.

« Mor ! Moutons, mor ! » S’exclama le plus jeune à l’étonnement non pas uniquement de ses ainés mais du miens aussi. Où est-ce qu’il voyait des moutons ? À moins qu’il ne parla de nuages, mais son petit doigt était bel et bien pointé vers une des premières cages en vue.

Lorsque nous fûmes plus près, je plissai les yeux et constatai que cet enfant possédait des yeux bien plus atteints que les miens pour voir des moutons. « Ce sont des ours, ça, et non des moutons. » Je n’eus point le loisir de reprendre mon souffle que le bambin répliqua « Moutoons ! Père dit moutons ! » Les mœurs m’auraient permises de m’étendre de tout mon long sur le sol que je l’aurais bel et bien fait. Que c’était décourageant ! Impossible d’élever ses enfants correctement, c’est à croire que mon mari le faisait exprès ! « Et tu as cru ce que ton père t’as dit, je suppose ? », « Oui ! » Je soupirai silencieusement, cherchant rapidement un moyen de remédier à ces petits moutons. « Et s’il te disait que je n'étais pas ta mère ? » Il se figea, écarquilla grands les yeux et me fixa, ahuri. Horrible chose ! C’est que le troisième ne s’entendait pas très bien avec la gouvernante qui ne savait pas comment le gérer…Tout en restant à sa place de domestique de basse classe, évidemment ! « Pas vrai ! » Dit-il avec sa voix cassante. « Bien sûr que non. Aussi faux que ces ours sont des moutons ! » Il rechigna un peu, puis retourna à l’aventure.

Je m’adressai finalement aux hommes, leur jetant des coups œil, m’assurant que Jean ne boitait pas trop derrière. Heureusement, les enfants avaient de courtes jambes. « Vous ne devez pas avoir l'habitude de ce genre de sorties, je me trompe ? »

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Mar 1 Mai - 12:17

Les enfants partirent bien vite et Jean crut bien un instant se faire distancer avant même le départ. Tout compte fait, passé les déplorations tragiques, il eût sans doute accueilli la nouvelle avec philosophie, et se serait posé, lentement, grand oiseau dégingandé qu'il était, devant le premier animal venu. Il cherchait après tout une sorte de calme - non celui des oreilles, celui de l'esprit - et ce serait mentir que de dire que les enfants ne le troublaient pas un peu ... Gabriel, lui, était resté interdit devant l'absurdité de la situation, les bras ballants ... Il avait conservé une expression neutre mais un peu vide qui le faisait ressembler à un poisson lune. Jean se demanda même s'il allait les suivre. Mais Gabriel reprit vie. Il n'eut que le temps de lancer un regard noir à Jean, alors que Madame Ainsworth déplorait l'énergie des enfants trop longtemps enfermés ... Et celle-ci avança seule, retenant ses enfants, tant bien que mal ... Drôle de situation pour tout dire, et difficilement tolérable. Alors les deux frères prirent leur parti et suivirent le convoi, grands oiseaux dépenaillés derrière maman cane et ses canetons. Alors qu'il suivait, à son rythme, la marmaille enthousiaste, Gabriel semblait hésiter à dire quelque chose ... Jean l'en défiait du regard quand Madame Ainsworth se tourna vers eux.

« Vous ne devez pas avoir l'habitude de ce genre de sorties, je me trompe ? »


- Vous devinez bien, Madame. Mais cela a quelque chose de tout à fait ... - il fit mine de chercher ses mots - rafraichissant, c'est tout à fait charmant.

Les rattrapant devant l'enclos, où des ours somnolaient dans cette belle après-midi d'avril, il glissa, avec un vague sourire :

- Dans tous les cas, si ça avait été des moutons, j'aurais donné cher pour ne jamais rencontrer le chien de berger, ou le berger lui-même ...

Et se penchant vers les enfants qui s'agitaient déjà, sans doute impatients de passer à l'enclos suivant :

- Puis-je vous charger d'une mission ? Trouvez-moi quel animal ressemble le plus à ce jeune homme indolent et boudeur qui nous accompagne ... Vous me feriez bien plaisir. Mais ne lui dites surtout pas que je vous ai demandé ça, c'est une mission secrète ...

Il mit un doigt sur sa bouche, de façon un peu théâtrale. Étrangement, il devenait plus exagéré, et par là plus vrai, devant ces enfants inconnus, dont le regard et la formation lui importaient peu. Ceux-ci ne virent sans doute pas que disant cela, il s'appuyait fortement sur sa cane, et que sa jambe tremblait un peu. C'est qu'il semblait prendre à cœur ce qu'il disait ... Cependant, il se redressait et, se tournant vers Madame Ainsworth, reprenant ses manières de gentleman, qu'il délaissait avec un peu trop de désinvolture, il ajouta avec un peu plus de sérieux :

- Enfin ... Seulement si votre mère consent à ce petit jeu, bien entendu. C'est elle qui décide.

Discret, retenu, le jeune frère restait en retrait, sans oser troubler cette conversation - qu'il pensait sans doute d'un tour galant, connaissant son frère. Cette pensée avait-elle seulement effleuré l'esprit de Jean ou de Madame Ainsworth ... ? Ce dernier lui adressait alors un sourire un peu suppliant, comme pour lui signifier que cela l'amusait, et que c'était sans conséquence ... Il est vrai qu'en définitive, il semblait bien plus tenir à cette faveur que son journal qui, lui, avait été pauvrement oublié sur le banc : les mauvaises nouvelles et les tristes souvenirs avaient été délaissés au profit de la fantaisie du moment présent.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Mer 2 Mai - 15:33

J’accordai un charmant sourire à Jean. Mes enfants étaient mignons dans leur innocence des mœurs, dans leur liberté. Comment apprendraient-ils l’art du parler s’ils ne pouvaient s’exprimer ? Très tôt, on leur apprenait à parler et à marcher, il fallait bien qu’ils en profitent un peu, avant qu’on commence à leur dire de se taire et à écouter ! Distraitement, je repassai une main sur le chapeau de la jeune fille, caressant quelques mèches avant de ne replacer le tout. Contrairement aux garçons, elle ne semblait nullement touchée par ces petites attentions. Pour avoir l’affection de cette gamine, il fallait la mériter.

Ils observaient les grosses silhouettes brunâtres qui se faisaient dorer au soleil, comme épatés. Les créatures étant loin, je les laissai passer leurs petits bras au travers l’immense clôture, sachant pertinemment que l’ours ne fera pas un pas pour aller à leur rencontrer. Les petits enfants, trop peu gras, n’étaient pas bons sous la dent ! Le rouquin échappa un rire cristallin à Jean, ramenant ses petites mains devant sa bouche, les yeux brillants. C’est que de Fréneuse ainé semblait réussir là où la gouvernante échouait ! Le mot mission retentit ensuite dans les oreilles des bambins –et de ce fait, dans les miennes- et ils se tournèrent, intrigués, vers le grand blessés. Les petits avaient cette envie de responsabilité, ce désir intarissable de confiance. Ils voulaient être utiles, que l’on soit fier d’eux. Les tâches à accomplir –auxquelles on aura exagéré l’importance- demeuraient longtemps un jeu favori ! L’écoutant mais sans intervenir, je posai un poing sur ma hanche, dépassée.

« Je peux bien consentir, vu la tolérance que vous avez à leur égard. » Comment refuser un petit jeu comique à l’homme que votre progéniture avait joyeusement dérangé ?

Je me sentie sollicité, une petite main faisait pression dans la mienne, me suppliant silencieusement de continuer. Des ours –moutons !- qui dormaient étaient très peu distrayants. Le rouquin, intrépide mais surtout affectueux, vif comme l’éclair, il se posa près de Jean et lui tendit une main, alors que l’autre tenait son pouce tout contre ses minces lèvres, un peu timide. Plus tard, ce petit bonhomme aurait un cercle social très étendu ! Beaucoup plus que le miens qui se contentait de quelques femmes mondaines, ou de jeunes filles en devenir. Il y avait de ces dames qui m’avaient à l’œil, encore trop mince, encore trop craintive, encore trop maternelle. Manque de sorties, manque de maitrise de la langue, manque de culture française. Trop de lacunes, trop d’accent, trop blême et blonde.

« Je vais voir les crocodiles, mère. » Me réveilla de mes pensées, et plissai les yeux pour voir la demoiselle se diriger d’un pas plus rapide vers les reptiles. Elle s’arrêta là-bas, se rapprochant de la grille pour observer ce qui ressemblait à de gros dragons ! Nous la rejoignîmes, et le cadet pointa le long animal. Long et sans émotions, un peu lent. Long comme le visage de Gabriel, un peu lent comme Gabriel qui trainait en arrière. Cependant, Gabriel n’était ni vert ni pointu, alors le petit rebaissa son bras. Finalement, il leva son doigt vers ledit frère de Monsieurs. « Gabrril ? » Son frère, grand cœur, se tourna vers lui. « Gabriel. Like hm… E-l-l-e ? » Le bambin acquiesça, il avait compris ! « Gabrielleuh ! » Hochement de tête, approuvé. L’ainé applaudit gentiment avant de reprendre ma main et de se mettre près de sa sœur pour regarder les crocodiles.

Comme ses animaux étaient… Particuliers ! Effrayants, très peu charmants. « Mor, des grocros ! » Il n’avait que deux ans, après tout. « Amour, c'est cro-co. », « cro-cro ? » Je soupirai, mais j’étais tout de même fière de son effort. Ce n’était pas facile de parler le français, après tout !
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Jeu 3 Mai - 11:34


Jean sourit à Madame Ainsworth, la remerciant d'un signe pour s'être prêtée au jeu. Gabriel, de loin, observait toujours le manège, avec méfiance. Il les suivit vers l'enclos des crocodiles, rattrapant aisément son frère qui avançait avec lenteur.

- Que leur as-tu demandé ?

Jean lui jeta un regard offusqué, et répondit tout haut :

- Mais mon ami, vous ne me demandez tout de même pas de révéler une mission secrète ?! Vous n'y pensez pas ! ... Et vous verrez bien ...

Gabriel fronça les sourcils devant l'air espiègle de son frère qui, en général, n'augurait rien de bon. C'est à ce moment que la voix du plus jeune enfant résonna - Gabrril ? - et que l'aîné vint à la rescousse - Gabriel. Like hm… E-l-l-e ? Le jeune homme devint rouge pivoine - était-ce de gêne, de colère ? - et se tourna l'air fâché vers son grand frère qui s'esclaffait tranquillement. S'ensuivit un colloque presque silencieux, dont on ne pouvait saisir que quelques mots à peine ...

- Non, franchement, je ne trouve pas ça drôle. Si l'on sait que ... - - Que quoi ? murmura Jean. Tu ne vas pas couvrir d'infamie une honnête femme ... - Avec toi, je sais ce qu'il en est ... - Une femme mariée, avec trois ... Même quatre enfants !

Gabriel jeta alors un regard désolé vers Catharina qui couvait ses enfants des yeux. Il s'exprima alors assez fort pour qu'elle l'entendît :

- En toute franchise, Jean, je ne sais quelle intrigue tu mènes, mais tu sais où cela va te conduire. Madame de Lambresac refuse déjà de te recevoir. Si l'on ajoute la moindre rumeur ...

Pour toute réponse, son frère, le nez en l'air, lança plus haut encore :

- Les crocodiles, c'est un peu ennuyeux, non ? Ça ne bouge pas, on se demande parfois s'ils sont encore vivants ...

Et se traînant vers Catharina pendant que les enfants s'écriaient sans doute déjà, il lui effleura l'épaule pour attirer son attention, pour lui glisser à l'oreille, d'un ton soudain très grave :

- Mon frère vous croit peu vertueuse. Je ferai ce que je peux pour le démentir, évidemment. Mais par précaution, voici ma carte, si votre mari vient à entendre quelque chose. Donnez-lui par avance et dites-lui que je souhaite le connaître, il jugera sur pièces. Ne vous effrayez pas, Gabriel n'est pas d'un caractère médisant, au naturel, le risque est très faible ... mais il ferait tout pour briller en société. Et si cela consiste à déplorer la conduite de son frère devant un interlocuteur avide, il le fera ... Je n'aurais pas dû lui donner votre vrai nom, vous m'en voyez navré ... C'est un aspect de sa personnalité que j'oublie, que j'ai souvent à cœur d'oublier ... Dans tous les cas ... - Il planta son regard dans le sien - Je m'assurerai personnellement que cela ne vous éclaboussera pas. C'est moi qui vous ai mis dans cette situation après tout ...

il lui tendit une carte où son nom et son adresse étaient indiquées en lettres italiques. L'on semblait soudain bien loin de la mission secrète et des gros n'animaux ...
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Jeu 3 Mai - 16:38

Je me demandai si Jean jouait la comédie ou s’il était naturellement ainsi. Pas que cela fût désagréable, au contraire, se promener avec un homme comme lui changeait d’air, permettait aux rires et à quelques écarts tels mes enfants qui ne s’arrêtaient point. Je jetai au frère de Fréneuse un coup d’œil beaucoup moins affable, méfiant. Je le voyais, la couleur aux joues, face à de petits enfants qui tentaient de comprendre. Mais voyons, il ne fallait pas s’énerver pour si peu ! Gabriel n’était pas un vieux blessé que l’on avait impunément dérangé, et auquel on avait maintes fois manqué de respect. Les hommes faisaient un drame de rien, c’en était presqu’épuisant à suivre.

Je tendis les paumes à ma fille, celle-ci picorant mes mains du bout de ses très minimes doigts, parfois gentiment que ça en chatouillait, parfois un peu plus violemment. Elle sautillait sur place et, la laissant faire, je redressai la tête pour écouter le cadet de Fréneuse. Qu’y avait-il à entendre ? « Madame de Lambresac ? » J’élevai à peine ma voix, celle-ci restant douce mais se pointait un air moqueur, alors que je me penchai sur la petite. « Why should I care about Madame de Lambresac ? » Je levai les mains en l’air, mimant l’expression exagérée que je prenais, ce qui arracha un rire à l’enfant. Cependant, l’un des frères était demeuré près de Jean et appuyait ces mots. « Vous croyez que ceux-là sont alive ? »

Vint alors l’ainé –ou plutôt, les ainés, Jean avait un bout de chou qui lui tournait un peu autour- vers lequel je me tournai, intriguée. Je fronçai les sourcils à ces horribles paroles, mettant une main devant mes lèvres. J’étais sans doute beaucoup plus vertueuse que sa petite fiancée, ma foi ! « En viendrait-il réellement à se liguer contre son propre frère, ainé qui plus est ? » Je penchai la tête, attristée. « Oh, mais ce n’est pas de votre faute, c’est moi qui suis désolée. » J’attrapai la carte et plissai les yeux pour la regarder, déchiffrant les inscriptions avant de la tendre à mon garçon. Il la glissa précieusement dans une pochette. « Il ne semble pas très brillant, tout compte fait. C’est peut-être son âge… »

J’ignorais ce qui, chez moi, donnait l’impression que j’avais du temps à perdre avec l’infidélité et autres joyeusetés peu vertueuses. Entre un mari à satisfaire et quatre enfants à élever, je me voyais bien mal caser un amant au travers de tout cela. Surtout lorsque ledit suspect était un homme dont vous connaissez l’existence même que depuis quelques minutes.

Je relevai un visage inquiet vers Jean, vulnérable. « Mon mari n’a pas besoin de cela dans sa vie… Et j’ai bien peur que si vous lui parlez, cela ne pourrait que vous retomber dessus. » Je portai une main à ma poitrine, presque touchée, craintive. Je regardai les bambins qui eux, portaient sur moi des yeux incertains –ils sentaient tout, presque neutres. Ils savaient autant que moi que mon mari était intolérant à ces choses-là. L’adultère ? C’était une affaire d’hommes, une affaire choquante ! Mais venant d’une femme –sa femme !- il s’agissait d’un crime, d’un poignard qu’on lui plantait dans le cœur. Il n’était pas là question d’honneur, mais d’amour –aussi ambigu fût-il- et de confiance. Je me ressaisis, d’un coup. Je savais me tenir, après tout.

« Alors, mes amours ! Avez-vous réussi la mission secrète ? » Ils oublièrent et s’animèrent. C’est ce que j’aimais chez les enfants.

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Ven 4 Mai - 12:02

Why should I care about Madame de Lambresac ? Quelle phrase délicieuse ! Jean la goûta avec un sourire vague, une espèce de soulagement. Il la grave dans sa mémoire, et se promit de la ressortir, non sans affectation face à la déférence patente de son frère ou d'un autre, pour les choses du grand monde ...

« Vous croyez que ceux-là sont alive ? »

Jean se pencha vers l'enfant et glissa, avec un haussement d'épaules :

- Oh, sans doute, sinon on les aurait enlevés. Ils dorment tout le temps, c'est tout.

Et se retournant vers la mère, il songea ... Il fit un geste pour la démentir, quand elle se dit navrée à son tour. Lança un œil noir à Gabriel, sans plus que ce soit de la blague ... Importunait-on une dame pour des querelles mesquines ou des calculs d'ambition ? Gabriel, à rebours, n'était pas méchant ... Mais il manquait de perspicacité sur le monde. Trop plongé dans ses livres, il avait adopté les discours et les idéalisations du siècle, en particulier sur la femme, et les dames qu'il rencontrait ne se classaient que dans deux catégories bien distinctes : les sylphides et les gouges. Il avait du mal à créer un juste milieu et à en comprendre les nuances. Or une femme qui avait quatre enfants ne recueillait plus la rosée de printemps dans le calice de ses mains blanches ... Alors par conséquent ... « Il ne semble pas très brillant, tout compte fait. C’est peut-être son âge… » Jean la regarda avec étonnement puis éclata de rire.

- Vous êtes bien dure, Madame. Je sais que c'est difficile, mais il faut être indulgent avec les erreurs de la jeunesse ...

Il ajouta d'un air plus grave :

- D'autant plus que je m'assurerai que ces erreurs n'aient point de suite ... On ne peut assassiner un frère, j'en ai bien peur, mais il doit être écrit quelque part qu'il est possible de discuter avec lui ... Lui et son petit idéal usagé comprendront un jour la vie, j'ose l'espérer ...

Mais cependant, il vit l'air inquiet, saisit les paroles. Dame ! Son mari n'était donc pas un homme du monde ? Il lui semblait après tout bien naturel de le croiser au club ou dans un fumoir quelconque, pour échanger quelques mots affables et jauger la respectabilité de l'autre ... Il voulut insister, certain de la possibilité de s'arranger, mais en rencontrant ce regard, il craignit d'avoir à faire à l'un de ces esprits épais et bourgeois, qui ne comprennent pas les subtils arrangements des distingués aristocrates. A moins que ...

- ... Si vous me permettez cette indiscrétion ... Votre mari est anglais, n'est-ce pas ?

Alors, tout s'expliquait ! Cependant, il n'était point temps de songer aux ridicules de leurs victoriens voisins : sous l'action de leur mère, les enfants s'animaient déjà, et il fallait se remettre en route - rudes exigences de la vie ! Il était sans doute temps de passer à autre chose, n'est-ce pas ... ? Mais c'est alors que passa près d'eux un animal en liberté, chose déjà bien étrange au Jardin des Plantes ... Jean le considéra avec étonnement : il n'avait jamais vu un tel oiseau auparavant. Il avait les pattes palmées d'un canard, mais le bec retroussé ainsi qu'un nez de petit garçon. Au lieu des reflets d'émeraude habituels aux colverts, il était tout peinturé de couleurs vives, d'or et de rouge. Son petit cou dressé, la démarche très respectable, il semblait un élégant sortant du dîner après avoir fait trop riche pitance. Son petit œil noir les considérait avec une sorte de dédain aveugle, de crainte qui ne se fait pas voir.

- Eh bien, avez-vous vu ? Un échappé de la volière, j'imagine ... Connaissez-vous cet oiseau, Madame ?

- Peut-être devrions-nous avertir un employé pour le remettre à sa place ? lança Gabriel en s'approchant de l'oiseau.

Celui-ci, étrangement, ne semblait pas songer à s'envoler. Il ébouriffa simplement ses plumes, comme pour se rendre plus important.

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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Dim 6 Mai - 9:15

J’hochai la tête, admettant que j’étais belle et bien dure. Les mœurs anglaises, je supposai. J’étais d’un habituel affable et douce, très tolérante mais, malheureusement, ces pensées avaient franchies mes lèvres, rapides. Je l’écoutai, attentive, portant une main en visière sur mon front. Cette histoire à peine éclot m’atteignait beaucoup trop, ma vue se brouillait légèrement. J’esquissai un bref sourire, semblant un brin rassurée et ajoutai.

« Il n’est pas méchant, mais innocent, c’est ce que vous me dites ? »

Le ton des reproches étaient bien loin, il y avait là une douceur davantage marquée, une voix très basse, fragile. Je portais sur mes épaules une carapace bien maigre, celle-ci se brisant au moindre petit coup. L’anxiété et l’exagération faisaient parties de mon quotidien, j’exprimais rarement un air sûr et serein. Avoir un époux fort de caractère et de voix n’aidait pas à se forger une personnalité aussi forte. Elle écrasait, soumettait. Il sortait, mais n’était pas nécessairement apprécié de tout le monde. Trop narcissique, trop égocentrique. Dans le secret de la chambre conjugale, je l’entendais jurer sur celui-là, celui-ci. Méprisant presque misanthrope, jusqu’au bout des ongles. Un peu trop débauché pour les anglais, légèrement trop hostile pour les français, j’hochai lentement la tête, regardant Jean.

« Anglais… Oui ! mais pas que… »

Je fronçai un peu les sourcils avant de me pencher sur les enfants pour leur jeter mon attention. J’accourus joyeusement vers le petit qui s’éloignait et le pris sous les bras pour le soulever, tournoyer sur moi-même puis le reposer tout près des deux autres. Eux, leurs yeux étaient virés sur quelque chose… Un oiseau ! Et pas les petits oisillons que l’on retrouvait aux branches d’un arbre lors des matins ensoleillés. Je me tournai à nouveau vers Jean, intriguée.

« Pas du tout. Me le direz-vous, Monsieur ? »

Captivé, il était évident que le troisième allait tenter de l’apprivoiser. Je le retins par le col et il s’arrêta pour me regarder avec des yeux de chien battu qui me laissait deviner sa pauvre et suppliante demande. « Peut le ramener à maison ? S’i’-te-plait, mère ! » Je soupirai et hochai négativement la tête, lui expliquant que la maison de l’oiseau était ici et qu’on ne pouvait pas le garder. Totalement à l’opposé du garçon, la jeune fille venait de ramasser un caillou à ses pieds, et s’apprêtait à le lancer. Vive, je rattrapai sa main armée et la ramenai vers moi. Je me penchai sur elle et rapprochai mon visage du sien, sérieuse. « Ne fais pas ça ! Tu aimerais qu’on te lance des cailloux sur ta tête ? » Elle déclina l’offre, hochant la tête. « Ne le fait pas toi-même, alors. » L’enfant, tout aussi sérieuse, me répondit « Mais c’est pas des humains. » Je clignai des paupières, puis fronçai les sourcils. « Mais ils ont mal, eux aussi. » Elle rendit les armes, laissa tomber sa petite roche et se tourna vers ses frères.

« Il se sera enfuit, d’ici à ce que les employés arrivent. », « Donc on peut le prendre ? », « Non. » S’ensuivit d’un petit grommèlement. Un garçon s’essaye ! C’est alors que l’oiseau, prit de curiosité et dont la peur ne se faisait point voir dans ses yeux noirs, fut comme attiré par quelque chose. Je m’éloignai pour le laisser passer, mais il tourna, suivant les pans de ma robe avec envie. Était-ce le parfum ou la couleur, mais cet oiseau suivait mes traces. Je le fixai avec mes prunelles bleues, tournant un moment en cercle avant de passer près de Gabriel.

« Pourquoi ne pas vous intéresser à votre cher cousin, ami plumeux ? » Et je désignai le jeune de Fréneuse, m’éloignant de lui en espérant que l’oiseau s’en prenne à lui plutôt qu’à moi.
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Sam 12 Mai - 7:42

A la question de son interlocutrice, Jean ne put que hausser les épaules en signe d'impuissance. Non, il n'avait aucune idée du nom ou de l'espèce de cet animal - c'était bon pour les gens comme Gabriel d'observer les oiseaux et d'admirer les gravures des ouvrages de Buffon ... Il observa, mi-amusé, mi-distrait, les protestations du petit, la cruauté indifférente de la grande ... Et ses yeux revenaient, insensiblement, vers la drôle de petite chose à plumes qui leur tournait autour ...

- A vrai dire, je comprends votre fils, Madame. Moi aussi, j'aurais bien envie de l'emmener. Je suis certain que mes parents seraient ra-vis d'avoir cet étrange animal dans leur propriété, et que ce dernier s'ébattrait à son aise dans l'étang, au fond du jardin ... Cela dit, je me vois mal retourner à la voiture avec un oiseau sous le bras. Le conducteur me prendrait peut-être pour un anarchiste de la Société protectrice des animaux, ou que sais-je encore ...

L'association des deux termes était assez paradoxale ... Pendant ce temps, notre ami plumeux tournait autour de Madame Ainsworth et Gabriel s'était approché, insensiblement. Jean rit doucement au mot d'esprit de celle-ci ... Puis ajouta, songeur :

- Tout de même, c'est étrange qu'il ne soit pas craintif du tout ... Et qu'il ne s'envole pas. Moi, dès que je suis sorti de ma cage, j'ai tenté de fuir, n'est-ce pas, Gabri ...

- S'il ne s'est pas encore envolé, l'interrompit son frère, c'est qu'on a dû lui rogner les ailes ... Je préconisais de l'attraper parce que, si c'est le cas, il sera à la merci des chiens, des chats ou même ... - il jeta un regard à la petite fille - aux enfants. Dans son enclos, il serait à sa place, il ne risquerait rien ...

Tout en parlant, il s'était agenouillé, et essayait, maladroitement, avec bien des hésitations, d'attraper l'animal. Quelle drôle d'image, que ce jeune homme en veston, accroupi devant un canard ... ! Le volatile le regarda de son gros oeil noir, et ébouriffa ses plumes, visiblement mécontent. D'un geste vif, il lui pinça le doigt. Le jeune homme eut un sursaut et se redressa, un peu rouge, le doigt serré sur sa poitrine ... Conscient et triste de son ridicule et de sa douleur.

- Je préfère encore être libre, répliqua Jean.

Leurs regards se croisèrent - Silence ... Un ange passa. Mais Jean de Fréneuse ressaisit bien vite son sourire et son ton de légèreté. Il proposa son bras à Catharina, oublieux de sa faiblesse, bien décidé à faire oublier ce qui venait de se passer :

- Mais passons. Vous n'avez sans doute que faire, Madame, de nos chamailleries. Que diriez-vous d'aller à la volière, justement ? Tous ces animaux, c'est bien joli, mais cela manque tout à fait de couleurs et de fantaisie, tout cela !

Cependant, tandis qu'il parlait, le ciel s'était soudain couvert, et de grosses gouttes de pluie commencèrent soudain à tomber ...
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MessageSujet: Re: Gros nanimaux !    Mar 15 Mai - 15:35

Je répondis à son haussement d’épaules, à mon tour. Nous ne connaitrons jamais le nom de cet étrange oiseau ! À pas larges, je continuai de m’enfuir de la bête, tirant un moment sur le bas de ma robe pour ce pas qu’elle se fasse déchiqueter par ce vilain canard ! Le petit rouquin s’était rapproché de Jean –encore une fois- et levait vers lui des yeux plaintifs, un air d’injustice sur son visage. « Pourquoi parents à moi pas être ra-vis par le oiseau ? » Après avoir légué la créature à Gabriel, je reviens vers mon fils pour le prendre à nouveau dans mes bras, l’éloignant de l’homme qu’il embêtait sans doute avec ces petites questions. La jeune fille, quant à elle, se contenta de détourner la tête, de manière hautaine, lorsque le sage frère la désigna comme prédateur de l’animal.

Silencieux et calme, l’ainé s’approcha également du canard. Beaucoup plus serviable que ces petits suivants, mais également beaucoup plus craintif, il voulait aider le jeune monsieur à capturer le volatile mais… Les gestes défensifs de l’oiseau avait tôt fait de l’obliger à reculer. Il ne voulait pas qu’on lui mordre un doigt, après tout ! Quand le plumeux s’ébouriffa puis attaqua, l’ainé céda et retourna se blottir derrière ma jupe, agrippant le tissu comme pour se rassurer. Je lui souris et, doucement, je lui murmurai quelques mots pour le rassurer. « Les petites choses ne mangent pas les grosses, mon cœur. » Néanmoins, mon nez était caché dans la tignasse rousse du marmot que je tenais dans mes bras, cachant mes rictus face à cette situation plus que comique.

Les frères se dévisagèrent… longuement. J’aurais pu sentir l’atmosphère s’alourdir peu à peu si, à mes oreilles, un petit « Faut faire un bisou magique à Gabi… Gabrrielle ! » ne serait pas parvenu.

Je glissai ma sous le bras de Jean, « Je serai ravie de me rendre à la volière, ah ! Mais… » Je levai les yeux au ciel, là où un gros nuage avait pris la place de l’étendu bleu. « Pluie, Mor, pluie ! » Je lui caressai distraitement le dos, approuvant ces petits mots. « Et dire que ça semblait être une belle journée, aujourd’hui… » Je soupirai, un peu contrariée. Pourquoi fallait-il qu’il pleuve le jour de la sortie ? « Dites-moi… Quelle partie du Jardin est couverte ? »
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