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 Le sépulcre de cendre

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Emeline Le Roux
La fille du capitaine
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MessageSujet: Le sépulcre de cendre   Mer 29 Fév - 9:45

Nous ne serons jamais plus des hommes
si nos yeux se vident de leur mémoire


Emeline traverse des jours de suie comme ces robes qu’il lui faut revêtir. D’ailleurs, son âme a mis les voiles depuis qu’une ancre a été jetée dans les profondeurs hadales de sa désolation. Dès lors, il ne reste qu’une épave désertée par des projets qu’on ne bâtit qu’à deux.

Plus d’un mois s’est écoulé, mais les réminiscences du passé demeurent indélébiles. Finalement, l’absence est plus présente que la présence elle-même. Partout elle le voit encore déambuler, descendre le grand escalier, partager sa couche. Toutefois, la brume spectrale finit toujours par s’évaporer, la laissant complètement seule avec le vide de marbre.

Ce matin-là – pouvait-on s’exprimer ainsi alors que les douze coups de midi avaient sonnés depuis plusieurs heures déjà? – elle s’était réveillée encore troublée par les bribes d’un doux songe : au bras de son époux, elle pénétrait dans le hall de l’Opéra Garnier, parée de ses plus beaux atours et... Mais où cela la mènerait-elle de sans cesse ce remémorer ce passé de brasiers? Comment refermer cette plaie béante au creux de sa poitrine?

Elle se redressa un peu trop vite et fut prise de vertiges, les mêmes dont elle avait souffert lors de cette nuit fatidique. Le reflet de la glace ne lui annonçait guère meilleures nouvelles. Un teint blafard, presque verdâtre, des yeux renfoncés et rougis, des paupières lourdes et enflées d’avoir trop pleuré. Clara, sa domestique, impuissante devant tant de désespoir, se faisait beaucoup de souci.

- Madame, si vous m’le permettez, j’aimerais ben vous faire une suggestion.
- Dites.
- Ça fait bientôt plusieurs semaines que vous n’avez pas mis l’nez dehors. À rester enfermé comme ça, vous allez finir par attraper du mal!
- Le mal me ronge déjà.
- Et ben moi j’pense que d’prendre l’air vous aérait l’esprit et chasserait ces mauvaises pensées qui vous torturent. Vous croyez pas?
- Peut-être.
- Allez, je vais vous donner un coup de main pour vous habiller.

Emeline, maintenant vêtu d’une longue robe couleur corbeau, s’affairait à se poudrer – conseil de cette chère Clara : il ne fallait pas attirer les regards indiscrets avec des airs de trépassé.

Dans le hall de sa demeure, alors qu’elle revêtait sa cape au col de vison, Clara y alla d’une dernière proposition :

- Souhaiteriez-vous un peu de compagnies pour vot’ promenade Madame?
- Merci Clara. Je vous assure, vous serai plus utile ici. Je ne serai pas partie longtemps.

Elle rabattit la voilette sur son visage avant de disparaître dans les rues de Paris. Y avait-il une destination à cette promenade obligée? Non. Mais est-ce vraiment par hasard si ses pas la menèrent devant cet imposant bâtiment où, perchées sur le toit, des statues dorées semblaient monter la garde? Non.

En fait, Emeline est immobilisée au pied des marches depuis plus d’une minute, le cœur défaillant. Nerveuse, elle observe discrètement les quelques passants qui circulent encore alors que brillent les dernières lueurs du jour. Elle ne veut surtout pas que quelqu’un la voie entrer ici. D’ailleurs, personne ne devrait entrer ici. Emeline a la gorge nouée; les sourires de la Danse de Carpeaux heurtent les mémoires, car on sait que derrière la façade il ne reste qu’un sépulcre de cendres.

Alors que les dernières âmes s’en sont retournées, Emeline ose se traîner jusqu’à l’intérieur. Évidemment, la majorité du bâtiment est inaccessible, car la structure a été fragilisée par l’explosion. La seule pièce où l’on est en mesure d’accéder est le hall d’où on peut voir, près du grand escalier, des débris calcinés. L’air est lourd, palpable, un goût de fumé dans la bouche.

Il ne reste rien des parures clinquantes, des dorures excessives, des lustres éblouissants. L’endroit est – comme on s’y attendrait – sinistre, austère, glacial. Le seul signe de vie est le concert cacophonique de ses souliers claquant sur le marbre froid. Puis, encore ces étourdissements. Comme si tout d’un coup, ciel et terre étaient inversés. Les jambes tremblotantes, Emeline se laisse choir sur le sol, le dos appuyé sur ces immenses colonnes qui la sépare des décombres. Ce n’est certainement pas une façon de se tenir pour une dame, mais dans les circonstances...

La femme est une créature bien sotte parfois : nauséeuse, Emeline commence à regretter d’être venue jusqu’ici, seule, sans avertir personne de l’endroit où elle allait. Décidément, son étourderie avait commencé bien avant que ses pieds ne foulent le plancher de marbre.


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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Sam 3 Mar - 9:45

En tant que petit rat de l'Opéra, Sidonie Bianchon avait été au cours des événements du 8 février. C'était sa seconde maison qui avait été fermée par la suite, et le déménagement à l'Eden ne s'était pas fait sans encombre : si le palais Garnier abritait l'école et plusieurs salles de répétitions, l'Eden n'avait pas été construit dans cette optique, après tout ... Ainsi, beaucoup de petites danseuses regrettaient l'Opéra ... Les cours là-bas étaient pourtant loin d'une partie de plaisir, mais au moins, le parquet, les barres, tout était prévu pour cela. Ce jour-là, Sidonie Bianchon sortait du cours de Mme ***. En traversant la place de l'Opéra pour prendre l'omnibus qui la ramènerait à Belleville, elle jeta un oeil à l'Opéra, maintenant désert, et fut prise d'une soudaine fantaisie. Elle traversa au dépoté, presque en glissades sous les volants de sa petite robe grise, et cause bien de l'embarras sur la route. Nombre de cochers la traitèrent
de tous les noms d'oiseaux imaginables ! Devant la devanture, elle se sentit quelque peu impressionnée : si de loin le bâtiment avait toujour fière allure, on sentait, à ses pieds, que quelque chose de grave s'y était déroulé ... Elle entra cependant, petite souris voulant se faire discrète ... Elle aurait bien aimé, tout de même, retourner dans ses anciens quartiers, ne serait-ce que pour récupérer ses affaires ... Les Policiers l'avaient cependant interdit, ces vaches-là !

- Pour sûr qu'y savent pas que c'est pas payant, d'être petit rat. Pis j'suis trop jeune pour avoir d'augmentation ...

Traduction : pour requérir un protecteur, au foyer. Les choses étaient ainsi. Tandis qu'elle maudissait son jeune âge, et rêvait déjà du temps où elle sera parmi "les grandes", Sidonie remarqua une tâche noire, dans l'ombre. Plissant les yeux - elle était un peu myope - elle prit consience tout d'un coup que c'était une femme, étendue ! S'approchant doucement (peut-être était-elle simplement en prière, dans un recueillement bizarre ?), Sidonie comprit enfin (elle était un peu lente, Sidonie) que cette dame s'était trouvée mal. Et comme elle avait bon coeur, elle se précipita vers elle et tenta de l'éveiller.

- Ohé M'dame ! Ca va-t-y bien ? Faut pas se laisser aller comme ça, vous voulez des sels ?

Elle fouilla dans son petit sac de danseuse où elle retira un petit flacon de sel - elle-même avait eu quelques vertiges, parfois, et sa mère l'avait équipée. Elle disait aussi qu'il était toujours pratique de jouer les sauveuses, dans certains circonstances ... Sidonie le vérifiait à cet instant même. Les sels semblèrent avoir leur effet.

- Vous voulez que j'appelle la gardienne ? Y'a toujours quelqu'un ici, 'savez, même si c'est fermé.

Et elle tapotait la main gantée, sans réserve, avec toute sa naïveté de gamine.

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Emeline Le Roux
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Lun 5 Mar - 9:08

Emeline ne savait trop si c’était sous le coup de l’émotion qu’elle s’était retrouvée étendue sur le marbre froid ou en raison d’un malaise inexpliqué. Le deuil avait le dos large : Emeline en usait habilement pour justifier tous écarts de comportement de sa part. Or, même si elle était incapable de l’avouer pour l’instant, elle savait qu’un autre mal la rongeait. Et il ne s’agissait pas d’un mal de l’âme cette fois. Elle n’était pas médecin, mais cela ne l’empêchait pas d’être convaincue qu’elle devait couver quelque chose. Cependant, Emeline est une femme discrète et surtout – au grand dam de son père – indépendante. Elle préfère régler ses soucis seule, sans inquiéter personne. Quoiqu’elle fut débrouillarde, elle n’avait pas les compétences, ni les connaissances pour s’en sortir cette fois.

Terrifiée, elle tentait par tous les moyens de prendre de grandes inspirations pour se calmer, en vain. Elle était toujours en proie à de violents vertiges alors que son corset la faisait horriblement souffrir, compressant dangereusement sa cage thoracique. C’est à ce moment qu’une intruse fit irruption dans le hall. Emeline ne la remarqua pas tout de suite tellement elle se fit discrète. Quand elle s’approcha, Emeline resta immobile en l’observant d’un regard vide, effacé. L’intruse s’avéra être qu’une enfant. Sa voix flûtée se fit réconfortante.

Quand elle lui proposa des sels, elle tourna son visage vers l’enfant et pencha lourdement la tête en signe d’approbation. Une fois ingurgité, elle sembla recouvrer ses esprits. Elle n’avait plus aucune énergie, n’ayant rien avalé depuis l’aube. Elle parvint à relever la tête et un doux sourire s’esquissa sur son visage en guise de remerciement. Spontanément, la petite avait pris sa main dans la sienne pour la maintenir éveillée.

- Charmante inconnue, je ne saurai vous remercier suffisamment pour ce geste de pure bonté. D’ailleurs, afin de vous exprimer toute ma gratitude comme il se doit, pourrais-je connaître l’identité de ma bienfaitrice?... et je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’importuner la gardienne pour si peu…

Emeline amena sa main vers son visage pour replacer une mèche bouclée qui s’était détachée de sa coiffure.

- Vous m’avez l’air plutôt jeune pour venir rôder toute seule par ici… C’est très imprudent de votre part...

Une main posée sur sa poitrine et l’autre toujours au creux de celle de la jeune fille, Emeline regardait la demoiselle en fronçant les sourcils.


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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Mer 7 Mar - 13:30

Quand la dame se tourna vers elle et prit la parole, Sidonie ne put retenir une petite moue qui lui arrivait toujours dans les situations qu'elle ne comprenait pas bien. Mazette, c'est qu'elle parlait, la bonne dame ! Et bien ! Elle se balançait d'un pied sur l'autre, et son jupon qui se soulevait laissait entrevoir des chevilles étonnamment fortes ... C'est que la pratique quotidienne de la danse vous forge - déforme - un corps, presque malgré vous ... Sidonie attendait cependant, que ce soit à son tour de répondre : on lui avait appris à écouter jusqu'au bout et à ne pas aller trop vite en besogne, à grands renforts de brimades parfois - les enfants sont si turbulents de nos jours ! Et puis bon, cette inconnue chantait ses louanges, ça, elle le comprenait, et c'était toujours bon à prendre. Cependant, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire, d'un petit rire grêle, quand la jolie dame parla d'imprudence.
Lorsqu'on parle d'imprudence à une gamine qui a joué à ses jeux d'enfants dans les rues et qui se rend, chaque jour, à l'Opéra seule - et rentre seule les soirs de spectacle, il est vrai que cela peut la surprendre.

- Mais je me débrouille toute seule, Madame, faut pas s'inquiéter comme ça ! s'écria-t-elle d'un ton jovial.Puis vous savez ...

Elle rangea les sels avec un petit air de fierté narquoise puis désigna le bâtiment d'un vaste geste :

- C'mon ancienne maison, ici. C'est normal qu'je vienne prendre des nouvelles ... Vous pensez-t-y que ça va être réparé un jour ? Il faisait trop chaud sous les toits mais ça m'manque ... L'aut' théât', c'pas pareil ...

Vous avez donc affaire à une gamine de la maison, et une gamine dans ce genre d'établissement ne pouvait être que ... Vous voyez alors le lourd sac à ses pieds, les mollets bien dessinés sous la robe, et vous comprenez sans doute, Madame Le Roux, que vous avez affaire à une jeune danseuse. Une demoiselle qui connaît sans doute l'endroit comme sa poche, et qui était peut-être dans les parages, lorsque la catastrophe s'est déclarée ...

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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Lun 19 Mar - 10:50

Emeline avait encore un peu mal à la tête quand le rire strident de la petite lui fit plisser les yeux d’agacement. C’est lorsque ses paupières s’ouvrirent à nouveau que son regard s’attarda aux jambes de la jeune fille qui se trémoussait devant elle. Des mouvements étrangement vifs et précis pour une gamine. Sauf que ces jambes n’étaient pas les jambes d’une jouvencelle. Loin d’être frêle et gracile, ces mollets étaient bien découpés – sans doute le résultat d’un travail répétitif et acharné. Tout devint soudainement clair.

« Votre ancienne maison...? »

Elle se redressa contre la colonne et plongea son regard inquisiteur dans celui de la jeune danseuse. Debout sur ses deux pieds, une main sur sa hanche, elle se donnait un air dramatique. C’est parce que des bribes de souvenirs refaisaient surface : une odeur de roussi qui était restée imprégnée dans sa mémoire. Il fallait mieux ne pas s’y attarder.

« Vous... vous dansiez souvent ici? »

La question qui lui brûlait les lèvres était plutôt « vous dansiez ce soir-là? », mais cela aurait été inapproprié pour le moment. Honnêtement, elle préférait que sa maison ne soit jamais réparée – ça non plus, elle ne pouvait lui avouer. En fait, elle préférait que les lieux restent déchiquetés et calcinés. Emeline souhaitait que soit cristallisé dans l’espace ce qui restait de ses douloureux souvenirs. Restaurer ce tombeau c’était se permettre une guérison à laquelle on n’avait pas droit. C’était oublier ceux qui avaient disparu.
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Lun 19 Mar - 12:16

A priori, Madame connaissait pas trop ce qu'était la vie d'une danseuse. Sidonie hocha la tête vigoureusement et, ne résistant pas au plaisir de pérorer un peu.

- Oui da, et pas qu'un peu ! J'y allais tous les jours, pour le cours de danse. Il y avait le cours de danse classiiiiiique de Madame Grammard, le cours de caractère de Monsieur Chempiiiitre, le cours de variation de Madame ... Oh puis zut ! Vous vous en f***ez pas mal, d'ça. Puis ça va mieux Madame ... ?

On aurait pu s'offusquer d'une telle grossièreté dans la bouche d'une gamine, mais c'aurait été méconnaître les petits rats, gamines des rues aux museaux d'souris et aux manières de harengère. Sidonie en avait un peu la voix : aiguë encore, mais déjà un peu cassée, sans doute à force de hurler des bêtises dans les vastes couloirs de Garnier puis de l'Eden ...
Elle renifla (de plus en plus élégant ...) et reprit :

- C'est pas fait pareil à l'Eden, alorsc'est difficile d's'y faire. Je sais même pas si elle est encore là, mais j'aimerais bien r'voir la scène d'ici, moi. Il y a des filles qui veulent pas revenir ici, elles ont peur.

Elle se redressa, les poings sur les hanches.

- Mais moi j'ai pas peur !

Il y avait cependant un peu trop de bravade dans cette attitude pour que ce soit vrai ...

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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Sam 31 Mar - 10:54

Emeline écoutait impassiblement cet hurluberlu qui piétinait et qui se dandinait devant elle, insouciante. Le peu de manières dont elle faisait preuve ne l’offusquait pas outre mesure, ce n’était qu’une enfant après tout... mais bon, une enfant mal élevée quand même. D’ailleurs, elle ne put retenir une expression de dégoût quand elle l’entendit renifler sans gêne aucune. Elle se contenta de hocher la tête en réponse à sa question, un sourire simulé sur le visage.

Elle ne lui avouerait pas, mais il est vrai qu’elle ne s’intéressait pas véritablement aux cours de danse auxquels la petite pouvait bien assister. De toute façon, en quoi un rat d’opéra pourrait être intéressant pour une dame aussi digne et distinguée qu'Emeline? En fait, ce n’était pas tant son présent et son avenir qui représentait un intérêt pour elle. Son passé, à l’inverse, regorgeait peut-être d’informations – anodines en apparence – qui pourraient éclaircir certains mystères... qui sait.

C’est la raison pour laquelle elle s’évertuait à rester en sa compagnie, en plus du fait qu’elle lui devait un peu de courtoisie pour lui avoir sauvé la vie... tout de même. C’est alors que la demoiselle évoqua la scène de l’Opéra et son désir de la revoir. Emeline ferma les yeux, soudainement assaillie par une violente migraine. Des images chahutantes défilaient à une vitesse foudroyante dans sa tête, une frayeur sans nom transcendait les visages connus et inconnus qui fuyaient à travers une épaisse fumée noire.

« Revoir la scène? Mais comment pouvez-vous di... »

Elle était en train de s’emporter inutilement. Elle s’arrêta pour reprendre son souffle avant de poursuivre, à peine plus calmement.

« Écoutez-moi bien jeune fille. Je ne sais comment il est possible d’avoir des idées aussi saugrenues, mais je vous saurai gré de bien vouloir oublier ces étourderies. »

Contrariée, elle fit volteface et s’éloigna d’un pas lourd et assourdissant. Elle ne mit pas très long avant de revenir auprès de la danseuse pour lui exprimer le fond de sa pensée.

« De toute évidence, vous n’y étiez pas. »

Elle toisa la jeune fille d’un regard courroucé.

« Aucune des personnes qui étaient présentes ce soir-là ne pourrait arborer une attitude aussi désinvolte. Sachez bien que votre bravoure intempestive vous attira des ennuis si vous ne vous ravisez pas. »

Elle s’exprimait avec un ton autoritaire qui ne lui ressemblait pas. Elle détourna son regard et s’éloigna de quelques pas, faisant maintenant dos à la jeune fille. Elle soupira, exaspérée. Enfin, elle marmonna de façon presque inaudible :

« Pff... savez-vous seulement ce qui s’est réellement passé... »

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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Lun 9 Avr - 12:08

S'il y avait quelque chose que Sidonie n'attendait pas, c'était bien une telle réaction de la part de la jolie dame. Elle recula d'un pas, ses épaules s'affaissèrent et elle ouvrit grand la bouche. On aurait dit que la dame s'exprimait dans une autre langue. Sidonie la vit se mettre en colère, élever la voix, faire les cent pas devant elle ... Et elle ne savait pas quoi dire. De temps en temps, ses lèvres esquissaient un "Mais Madame ..." qui mourrait, tout aussitôt. Mademoiselle Bianchon avait bien vu qu'elle avait dit une bêtise, mais elle comprenait pas quoi. Quand Madame eut fini, elle garda même le silence, elle, si bavarde d'habitude ... Elle demeura tête baissée, l'air penaud, pendant quelques instants ... Puis elle dire enfin, d'une voix blanche :

- Mais si, Madame, j'y étais ...

Et ses mains nouées, sa petite voix laissaient bien voir qu'elle
ne mentait pas. Elle ajouta, comme pour se justifier :

- Le rideau de fer, pour protéger le théâtre, est tombé presque tout de suite. Mais si j'en parle comme ça, Madame ... *

Elle hésita, semblant craindre sa colère :

- C'est que je m'efforce à pas y penser, et que je me rappelle des belles choses. Y'en a eu plein de spectacles, de souvenirs ... L'Eden, c'est pas ma maison, j'y ai pas grandi. C'est tout ...

Et n'étaient-ce pas des reflets de larme, au fond de ses petits yeux ?

Citation :
* En cas d'incendie, l'Opéra comporte un rideau de fer qui sépare la scène de la salle, afin d'éviter la propagation des flammes dans tout le bâtiment. Les danseuses sur scène ont donc été touchées mais rapidement séparées du public.
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Emeline Le Roux
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Sam 14 Avr - 10:32

Emeline était furieuse. Pas tant contre la petite danseuse qu’en raison de la situation. Se remémorer le drame était souffrant et il était frustrant que ce soit en vain, que la mémoire reste voilée, qu’aucune réponse nouvelle n’émerge de cet épais brouillard. Ses joues étaient en feu et ce trop-plein d’émotion lui fit même verser quelques larmes qu’elle essuya aussitôt du revers de la main. Elle avait toujours le dos tourné quand elle entendit la petite lui signifier qu’elle était présente lors de l’attentat. Un frisson lui parcourra le dos et lui hérissa les cheveux. Son étonnement était réel.

Emeline fit volte-face et s’attarda à la petite qui, visiblement apeurée, avait la tête baissée et jouait nerveusement avec ses mains. Elle réalisa alors qu’elle n’y avait pas été avec délicatesse – la pauvre avait été injustement malmenée. Sa culpabilité grandissante était une vraie torture : elle porta sa main à son cœur et se rapprocha de la demoiselle presque en titubant. « Je me rappelle des belles choses... » Emeline était incapable de faire ce que cette gamine accomplissait avec brio – elle était en train de ruiner ses efforts.

Les propos de la petite lui fendaient littéralement le cœur. Doucement, tout doucement, elle approcha ses mains du visage de la petite et essuya une petite larme. Elle se recula d’un pas et ce fut à elle de baisser la tête, rouge de honte.

« Je... je ne sais pas quoi dire. Je suis... tellement désolée. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas ressasser tous ces mauvais souvenirs. Ça doit être très dur pour vous... aussi. Toutes mes excuses... »

Elle s’apprêtait à partir puis se ravisa.

« Je comprends que l’Opéra représente beaucoup pour vous... surtout si vous y avez grandi. Je crois aussi qu’aucun autre théâtre ne pourrait le remplacer. D’ailleurs, c’est la première fois que je remets les pieds dans un théâtre depuis... je ne suis jamais allée à l’Eden... C’est sûr, ce n’est sans doute pas aussi... magique. »

Elle prit sa main dans la sienne pour la rassurer.

« Dites-moi ce que je dois faire pour que vous me pardonniez... » Elle esquissa un sourire timide.
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Ven 20 Avr - 4:17

Sidonie eut un peu peur quand elle vit la dame retourner vers elle. Elle craignait de se faire encore disputer ! Au lieu de ça, l'inconnue essuya ses petites larmes, lui parla avec douceur. Pour sûr, c'était pas souvent qu'on parlait aux petites danseuses comme ça ! Alors Sidonie eut un petit sourire timide, un petit sourire de souris.

- Oh Madame ...

Elle se mit à réfléchir, en toute naïveté. A quatorze ans bien sonnés, Sidonie ne comprenait pas encore qu'il était bien de refuser les gentilles propositions que les gens mieux placés que vous vous faisaient. Au pire, on exigerait un retour, au mieux, c'était simplement par politesse ... Non, elle, elle y songea avec son sérieux d'enfant.

- C'est vraiment gentil, Madame ... Et puis, sans vous vexer ... Vous avez pas l'air content' non plus ... Ca doit pas être facile pour vous !
Ou compassion maladroite d'une jeune fille toute grèle. C'est alors que son visage s'illumina.

- Oh mais ... ! Vous savez, c'pas mort, ici, c'pas comme on croit. Ici c'est mort parce qu'il y a plus d'spectateurs, mais ça tourne encore, derrière ... Ça vous plairait de voir ... ? Que la vie continue ?

Sautillant déjà, elle jeta un oeil dehors, où il commençait à pleuvoir.

- Mais pour ça, faut sortir et pas avoir peur d'la pluie !

Que voulait donc dire ce petit rat à l'humeur si changeante ... ?

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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Sam 21 Avr - 6:50

La dame observait maintenant d’un œil tendre la jeune fille qui piaillait toujours devant elle. Comme quoi son emportement furieux n’avait pas refroidi ses ardeurs. Ah! La demoiselle était si jeune et pourtant si lucide : il allait de soit qu’Emeline avait connu des jours meilleurs. Or, au contact de cette fraicheur enfantine, sa douleur semblait soudainement moins vive.

C’est alors que l’expression de son visage se transforma brusquement, retrouvant sa mine radieuse et souriante. Emeline la regardait d’un air suspect. Pas mort? Mais de quoi parlait-elle?

« Euh... mais, de quoi parlez-vous ainsi, mademoiselle? L’Opéra a cessé toute opération depuis l’attentat... comment serait-il possible que... »

Son regard se porta vers l’extérieur quand la petite souris mentionna que le temps s’était chagriné. En effet, sous la lumière feutrée qui s’échappait des chaumières, l’eau perlée brillait sur le pavé comme des milliers de bijoux de pacotille. Emeline tira les pans de sa cape sur ses épaules en soupirant : évidemment, elle n’avait pas prévu ce changement météorologique. Peu importe, ce n’était pas quelques intempéries qui allaient réprimer sa curiosité avivée.

« Bon... au point où j’en suis... Allez s'y mademoiselle, je vous suis. »

Peu soucieuse des risques, Emeline était encore empreinte de la naïveté de la jeunesse quand elle emboita le pas au petit rat sans moustache qui l’attirait vers l’extérieur. Elle jeta furtivement un dernier coup d’œil à la façade encore majestueuse de l’Opéra, tel un temple aptère déserté par ses fidèles.

Et au loin, on pouvait apercevoir un petit chemineau qui, sous la pluie encore fine, quémandait pour quelques fifrelins malgré un ciel céruléen qui laissait présager un véritable déluge...

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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Dim 22 Avr - 13:02

Sous la pluie, Sidonie mit sa capeline sur sa tête et commença à avancer d'un pas décidé. Sortie du grand Hall, elle commença à longer le bâtiment, puis le contourna par la droite. Se faisant, elle expliquait, lentement, presque appliqué.

- Oh vous vous trompez, M'dame, l'Opéra ne peut pas mourir complètement ... L'Eden est grand mais il y a pas la place pour tout. Derrière, ça continue. C'pas comme avant, mais ça survit ...

Elle longea le bâtiment, passa devant une des autres entrées principales, condamnée elle aussi. La pluie faisait rage, et ses petites épaules commençaient à frissonner sous le paletot. Vous aussi, Madame Le Roux, vous tremblez sans doute quand l'eau commence à traverser le tissu fin de votre capeline. La petite Sidonie, elle, pressait le pas.
Elle s'arrêta enfin devant un porche tout simple, à l'une des ailes du bâtiment. Vous, privilégiée qui n'êtes entrée que par la grande Porte, peut-être ne l'aviez-vous même jamais vu ... Dans la rue, une voiture à quatre chevaux, très imposante, attendait. On percevait des cris, des ordres, là-bas ... Sidonie ne semblait pas s'en formaliser et avançait toujours, s'assurant que vous la suiviez. Elle allait vers une petite cour pavée ... Au fond, des petites portes de bois, mal peintes, surmontées de l'inscription "Entrée des artistes". Des hommes semblaient déménager des costumes, des accessoires, des éléments de décor.

- Vous voyez, M'dame ... Les décorateurs, ils sont toujours là par exemple, ils déménagent. Y'a quelques cours de danse des Grandes aussi à l'intérieur, mais on le dit pas. Et puis plein de choses que je sais pas trop ce que c'est.

Se tournant vers la Dame, elle demanda alors, naïvement, d'une petite voix un peu triste qui dénotait sa bonne volonté :

- Ça vous rassure un peu, Madame, de savoir ça ? Ça vous fait plaisir ?

Mais avant que vous ne puissiez répondre, un costumier sortit par l'une des portes, chargé comme un baudet, et courut vers la voiture qui attendait plus loin, sans doute pour éviter la pluie. Dans la précipitation, il n'avait pas su fermer la porte derrière lui. Il ne semblait pas avoir remarqué, non plus, la petite danseuse et la dame qui l'accompagnait - peut-être la prenait-il pour une fille du cours des Grandes, avec sa mère ... Le visage de Sidonie s'illumina.

- Et si on s'abritait là-d'dans, Madame ? D'façon il fait trop froid !

Au vu de son regard, elle semblait avoir autre chose en tête que de simplement s'abriter ... Que répondrez-vous donc, Madame Le Roux, à cette proposition aventureuse ? Il fallait faire vite, avant que le costumier ne revienne ...

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Emeline Le Roux
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Mar 24 Avr - 5:09

Sans autre méfiance de sa part, Emeline suivait de près la petite danseuse pour ne point manquer un seul mot de son discours. La tête rentrée dans les épaules, elle essayait tant bien que mal de se protéger de l’averse torrentielle – sans succès. La pluie transperçait impunément sa cape, provoquant quelques claquements de dents et frissons glacés. Elle ne pouvait pas se plaindre. C’est elle qui avait décidé de s’embarquer dans cette aventure pour le moins insensée : suivre une pure inconnue à travers les catacombes de l’Opéra. Or, cela s’expliquait pourtant si facilement...

La ballerine s’approchait maintenant d’un porche – qu’elle n’avait jamais remarqué précédemment – devant lequel une voiture attelée attendait son illustre passager. Elle baissa la tête, nerveuse. Elle ne voulait pas qu’on la remarque. Bon, sans doute cela n’aurait pas eu de véritables conséquences. N’empêche, Emeline préférait être prudente, surtout qu’elle ignorait ce qu’elle découvrirait au fond de cette cour pavée vers laquelle Sidonie s’aventurait à présent. Elle hésitait à poursuivre quand des ordres et des cris parvinrent à ses oreilles : peut-être n’étaient-elles pas la bienvenue en ces lieux et qu’il vaudrait mieux rebrousser chemin...? Sidonie se retourna et lui fit signe de la suivre; cela suffit pour convaincre Emeline de lui emboiter le pas une fois de plus.

« Entrée des artistes ». Elle aurait dû y penser plus tôt. Emeline se figea devant toute cette effervescence, les décorateurs qui trimballaient d’énormes structures et les costumiers leurs belles tenues. Elle croyait d’abord que tout avait brûlé. Ensuite, elle n’aurait pas soupçonné que le bâtiment était suffisamment solide pour accueillir une troupe de danseuses en pleine répétition.

« Les Grandes danseuses... mais pourquoi... ici? Et pourquoi est-ce secret...? »

Elle avait parlé plus pour elle-même et ne porta pas attention à l’interrogation de Sidonie. D’ailleurs, encore tétanisée par la surprise et le froid, elle sursauta quand un homme passa près d’elle à la hâte. Elle se retourna vers la petite danseuse, le regard apeuré. Il ne les avait donc pas vus? Elle ne comprit pas pourquoi Sidonie semblait si peu inquiète. Elle lui proposa même de profiter du fait que la porte était restée ouverte après le passage de l’homme. Alors même qu’elle hochait négativement la tête, elle se laissa pourtant entraîner sans peine à l’intérieur, lançant un regard furtif derrière elle.


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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Mar 24 Avr - 11:26

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Sidonie avait entendu la question de la Dame, mais elle se contenta de hausser les épaules pour l'instant. Le plus important était de pénétrer dans le bâtiment, après tout ! Elle avait été si vite en besogne parce qu'au fond, elle enviait les grandes qui pouvaient encore vaquer (sous surveillance accrue !) à leurs occupations et qui en rapportaient des rumeurs et des révélations qui la faisait verdir de jalousie. Alors elle s'était dit qu'elle aussi, elle aurait son heure de gloire ... L'atmosphère de peur entretenue autour de ce bâtiment à l'agonie l'attirait, irrésistiblement. Elles pénétèrent dans un petit hall un peu sombre, bien moins sublime que celui par lequel elles étaient entrées, la première fois. Des guichets proprets les accueillaient - les volets de bois étaient rabattus. C'était l'endroit où les non abonnés achetaient les places - les mauvaises places, celle du Paradis. C'était aussi par là qu'entraient les danseuses. Une dame cerbère attendait là-bas, et semblait les avoir déjà remarquées. Sidonie lança à la Dame un sourire qui se voulait rassurant et courut au Cerbère.
- Bah Sidonie, qu'esstu nous fabriques là ?

La petite répondit, sans se démonter :

- Bah voilà M'dame, j'ai un gros grooooos problème ... La dame là-bas c'est ma tante, elle vient m'aider. En fait, j'ai perdu ma trousse de couture, avec les rubans et tout pour les chaussons. J'l'ai pas dit à ma mère et j'ai piqué celle de Goton*, mais j'peux pas lui l'utiliser tout l'temps non plus, Goton, c'est ma copine ... Alors j'voudrais voir si elle est pas là-bas, j'en ai b'soin, sinon ça va chauffer pour meh ...

Madame Marie jeta un oeil à Madame Le Roux restée en retrait, scruta Sidonie du regard ... Et lançant à la cantonnade, l'oeil rivé sur Emeline :

- C'est bien vrai c'qu'elle nous dit là, M'dame ?

La petite mentait donc si bien ... ? La modestie de votre mise, Madame Le Roux, semble induire en erreur la naïve gardienne ... Accepterez-vous de suivre encore cette petite effrontée ? Derrière, on entendait le fracas de nombreux pas dans des escaliers, des éclats de voix, un mince filet de musique, très lointain ... Des tentures un peu roussies avaient été enlevées et déposées en tas dans un coin. Les murs portaient la marque du feu naissant, mais restaient solides, n'ayant pas brûlé. L'endroit faisait fatigué, défraîchi ... Mais il était clair qu'il vivait encore ... et recelait sans doute bien des secrets.

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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Mer 30 Mai - 8:06

Emeline emboîtait craintivement le pas au petit lutin sautillant qui la devançait dans la pénombre du hall où elles venaient d’aboutir. L’air était lourd, palpable – on suffoquait. En vérité, cet endroit se trouvait à mille lieues des dorures extravagantes et des lustres disproportionnés du hall principal de l’Opéra. Sur les murs, les traces de son funèbre passé contribuaient à rendre l’atmosphère d’autant plus lugubre. Un frisson d’angoisse lui parcourra l’échine : elle replaça instinctivement son col de vison contre sa nuque.

C’est à ce moment qu’elle aperçut qu’une dame se tenait non loin des guichets. Et sa mystérieuse accompagnatrice semblait bien la connaître… Restant en retrait, elle suivit tout de même le fil de la conversation. Son visage exprimait tantôt l’étonnement, tantôt la suspicion. À quoi jouait-elle cette gamine? Se faire entraîner dans ses plans tordus de l’enchantait guère et c’était peu dire. Sidonie lui devrait des explications bien assez tôt… mais pour l’instant, Emeline voulait aller au bout de cette histoire. Elle ne pouvait pas baisser les bras si près du but. Elle allait devoir jouer le jeu... Et elle qui était si mauvaise actrice!

« Comprenez bien, madame, que je désapprouve totalement la conduite éhontée de ma nièce… Sidonie (enfin, un nom à mettre sur ce joli minois!). Soyez assuré qu’elle sera réprimandée comme il se doit par ses pères et mères pour avoir ainsi dérobé la trousse de sa camarade. Ce n’est pas parce qu’on égare ses biens qu’il est justifié de voler autrui! Malgré tout, madame, je vous saurais gré de bien vouloir nous permettre de vérifier si la trousse de Sidonie est en ces lieux. Nul besoin d’alimenter davantage le courroux de ses parents… »

Si elle avait semblé hésitante au début, elle s’était vite ressaisie. Ça n’avait pas été bien difficile d’exprimer sa désapprobation et sa colère. On l’avait trompé et elle n’appréciait pas qu’on l’utilise ainsi. La petite Sidonie n’en avait pas terminé avec elle, le pardon ne figurait pas sur la liste de ses plus grandes qualités…

Quand elle fut certaine que la dame ne l’observait plus, elle lança un regard noir en direction de Sidonie. Alors qu’elle s’était rapprochée, toutes deux attendaient impatiemment la réponse de Madame Marie. Tomberait-elle dans le panneau?
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Mer 6 Juin - 5:07

Madame Marie avait un air de plus en plus perplexe pendant que la prétendue tante de Sidonie lui tenait son discours ... Cela s'annonçait difficile ... Mais au fond, ce qui l'étonnait, c'était non pas de découvrir une tante inconnue à la petite danseuse, c'était le langage que cette dame lui tenait. C'était beau, c'était ronflant, c'était plein d'principes ... Cette dame venait d'un bien beau monde pour avoir une nièce petit rat. Résolument, il y avait anguille sous roche ...

- Comment ça s'fait que t'aies une dame du beau monde dans ta famille, Sidonie ? demanda-t-elle, plus pour elle-même qu'autre chose.

La jeune fille ne répondit rien, tout sourire, espérant que Madame Marie ne pousserait pas plus loin l'investigation. Le petit rat avait même franchi la limite et attendait, derrière la concierge revêche, qu'on daignât laisser passer son accompagnatrice. La voix de Madame Marie résonna alors de nouveau, avec l'accent de l'illumination !
- Oh mais suis-je bête ! Allez-y, Madâââme.

Elle avait un drôle de sourire, un peu narquois. Pour sûr, cette inconnue vous prend pour ce que vous n'êtes pas ... Mais qu'est-ce qui a bien pu lui passer par la tête ... ?

- Dépêchez-vous, ma tante, qu'on r'trouve cette trousse ! lançait l'enfant, plus loin.

Et elle jette également, à voix plus basse :

J'lui ai rien volé, à Goton. Vous comprenez pas bien ma façon d'parler, c'est drôle. C'est du français, pourtant ...

Chaque sphère sociale avait après tout son langage privilégié ...

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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Sam 16 Juin - 8:32

Pour contenir la boule de rage qui lui montait dans la gorge, Emeline tortillait ses mains derrière son dos en prenant de grandes inspirations. Elle était nerveuse aussi, mais il ne fallait pas que cela transparaisse, il ne fallait pas faire tomber le masque. Emeline ne comprenait toujours pas pourquoi cette petite polissonne lui avait caché la véritable raison de sa présence ici, qu’elle ait monté tout un bateau sans lui en parler, l’obligeant alors à s’abaisser à de viles tromperies.

Effectivement, madame Marie avait vu juste. Comment une dame comme Emeline – distinguée, intelligente, membre de la haute société – pouvait avoir un petit rat d’opéra insubordonné comme nièce? Enfin, c’était surtout la réaction spontanée de la dame qui étonnait. Elle semblait la prendre pour quelqu’un d’autre, de toute évidence... Étrange... Tout compte fait, c’était une bonne chose, elles pourraient filer en douce, sans prolonger davantage ce futile interrogatoire.

Une fois de plus, elle s’élança à la suite de Sidonie : elle ne voulait pas la perdre de vue alors qu’elle avait déjà pris les devants. Elle n’était pas reposante cette gamine! Une fois à ses côtés, Sidonie lui souffla quelques mots qui lui firent froncer les sourcils. Elle lui mit une main sur l’épaule pour la retenir dans sa course et la forcer à la regarder dans les yeux.

« Mademoiselle Sidonie, je vous ferai remarquer que vous avez bien dit « piqué » tout à l’heure. Quoique ce mot ne fit point partie de mon vocabulaire, j’en connais néanmoins la signification. Piquer, c’est voler. Et voler, ce n’est pas une bonne chose. C’est même très mal Sidonie. Même si c’est votre amie... que dis-je, SURTOUT si c’est votre amie. Vous auriez dû lui demander la permission pour emprunter sa trousse au lieu de la lui dérober comme vous l’avez fait. La pauvre a dû s’inquiéter et à juste titre. J’aurais honte si j’étais dans votre situation. »

Elle lâcha sa poigne et croisa ses bras sous sa poitrine avant d’ajouter : « Allez, en avant, je te suis. Dépêchons-nous de trouver cette trousse avant que quelqu’un d’autre nous remarque... D’ailleurs, cette dame, Marie, elle semble s’être trompé à mon sujet... à qui ais-je bien pu lui faire penser? Le sais-tu? »
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Lun 25 Juin - 4:03

La petite Sidonie n'aimait pas se faire sermonner. Rattrapée par son accompagnatrice, elle écouta ses reproches avec une petite moue contrariée, qui se révélait - il faut bien l'avouer - assez attendrissante. Cela lui agrandissait ses grands yeux bleus et on oubliait soudain le nez trop en trompette et les cheveux d'un blond filasse - si Sidonie était alerte et pas trop mal faite, elle n'avait pas un très joli visage ...

- Oh euh ... Oui, M'dame, c'pour ça que j'essaie de r'trouver la mienne ... bredouilla-t-elle, un peu penaude.

Elle commençait même à avoir le rose aux joues et son repentir semblait sincère. C'est vrai que la mère de Margot, elle était pas commode, alors la rouste qu'elle avait dû mettre à sa fille si elle avait appris la perte ! Cela dit, la mère de Sidonie, et bien d'autres en auraient fait aussi de même, alors ... Elle ajouta, timidement :
- J'avais pas bien réfléchi, j'avais trop peur d'me faire gronder par ma mère ... Mais j'lui rendrai et j'lui demanderai pardon, c'est promis !

Un petit sourire illumina sa frimousse de souris, et elle reprit doucement son chemin dans les couloirs. Elle semblait bien chercher quelque chose, poussait de nombreuses portes - la plupart était d'ailleurs fermée ... Elle semblait avoir oublié l'ultime question de son accompagnatrice ! En vérité, elle cherchait ses mots. Elle finit par répondre :

- Oh j'sais pas, elle doit croire qu'vous avez trouvé beaucoup d'argent par des moyens pas honnêtes et qu'vous faites la grand'dame. Elle est pas bien maligne, madame Marie. Ca s'voit qu'vous êtes une vraie dame ! rétorqua-t-elle, enfin.

La dernière porte qu'elle poussa s'ouvrit dans un grincement. C'était une petite salle sombre, où trônait un grand bureau de bois, recouvert d'instruments de géomètre en pagaille. Sidonie écarquilla les yeux.

Tiens ça fait longtemps qu'j'suis pas entrée ici ! dit-elle.

Mais, toute à la révélation qu'elle vous a fait, en toute ingénuité, saurez-vous l'entendre, Madame Le Roux ... ?

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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Jeu 28 Juin - 3:43

Encore qu’elle en eût le loisir, Emeline n’aurait pu imaginer une conjoncture de la sorte, à la fois scabreuse et indubitablement embarrassante. S’engager les yeux bandés dans le labyrinthe de Dédale était presque aussi hasardeux que de suivre cette petite Sidonie dans le dédale des couloirs de l’Opéra. Non seulement on l’avait cru associé à une quelconque entreprise criminelle, mais elle s’était à nouveau laissé tromper par cette gamine qu’elle se faisait – on ne sait par quelle faiblesse d’esprit – un devoir de ramener à la raison.

Que la petite sembla enfin repentante n’allégea en rien pas les angoisses d’Emeline face à l’issue de cette périlleuse escapade. D’ailleurs, elle ne comptait plus les portes par lesquelles Sidonie avait essayé d’entrer – sans succès. Sidonie semblait, de toute évidence, ne pas savoir où chercher et cela commençait sérieusement à impatienter Emeline qui ne cessait de soupirer – tergiversant entre l’ennui, l’impatience et la ferme impression qu’on la prenait pour une pecque. C’est alors qu’enfin, Sidonie tourna la poignée d’une porte qui s’avéra déverrouillée. Sidonie s’y engouffra sans gêne aucune. Emeline, hésitante, s’assura que personne ne les observait et suivit Sidonie avant de refermer la porte sans bruit derrière elles. Il fallait que cette intrusion soit la plus discrète possible : inutile d’attirer les regards vers cette pièce dont la porte serait restée ouverte.

C’est alors qu’elle prit enfin conscience de l’endroit où elles étaient toutes deux entrées. Une pièce exigüe plongée dans l’obscurité par le fait des lourds rideaux qu’on avait tirés devant les fenêtres. Dans la pénombre, on distinguait néanmoins un massif bureau de bois sur lequel trônaient différents objets hétéroclites dont elle ne sut déterminer l’utilité. Elle se demandait bien dans quelles circonstances Sidonie avait-elle bien pu pénétrer ici auparavant – sans doute de la même façon qu’aujourd’hui : sans y être invité.

En chuchotant presque, elle s’adressa à la jeune fille : « Sidonie! Nous ne devrions pas nous trouver ici. Vous aiguisez dangereusement ma patience… Y a-t-il seulement une toute petite chance que votre trousse soit ici? Cela m’étonnerait beaucoup. »

Elle soupira une nouvelle fois, tourna les talons puis revint sur ses pas.

« Ça suffit! Je ne vous ai que trop longtemps suivi et cela ne m’a rien apporté qui justifie cette confiance aveugle que je vous ai accordée. Je ne puis croire que j’ai pu être si naïve. De toute évidence, ma place n’est pas ici. La vôtre? Sans doute pas. Au moins, je ne serai plus mêlée à vos plans de mauvais augure.

Que la fortune vous soit favorable, chère Sidonie. »


Sur ce, elle fit volte-face et se dirigea vers la sortie d’un pas décidé.
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MessageSujet: Re: Le sépulcre de cendre   Lun 2 Juil - 20:39

Notre jeune Sidonie fut alors bien décontenancée. Pour être sincère, il était en effet peu probable que sa trousse perdue (et réellement perdue, pour le coup !) fût dans cette pièce en particulier ... Mais il y avait tout de même une raison qui l'avait poussée à choisir cette porte, en particulier ... A vrai dire, la jeune fille était turlupinée par un souvenir lointain - très lointain pour une gamine de quatorze ans - et qui lui revenait sans cesse depuis qu'elle avait vu l'Opéra exploser, presque à ses pieds ... Elle aurait voulu en parler à un adulte, mais les manières bourues des policiers lui faisaient peur, et son côté bavard la déservait auprès des oreilles bienveillantes ... Ce n'est qu'en déambulant à la recherche de sa relique perdue qu'elle songea à cette dame bien comme il faut qui s'était laissée entraîner dans cette aventure. Mais, rabrouée une deuxième fois, elle ferma la bouche, et ses yeux s'humidifièrent. Elle ne comprenait pas et trouvait cela injuste.
- Mais ... Oui, il faut regarder partout sinon y'a pas d'chance que j'la retrouve ... Maman dit que les objets perdus sont toujours à l'endroit où on s'attend le moins à les trouver , répliqua-t-elle, désolée.

Mais Emeline tournait déjà les talons. Sidonie ne lui dit pas au revoir, toute stupéfaite qu'elle était. Mesurait-elle seulement le risque qu'avait déjà pris Madame Le Roux, en la suivant au détriment de sa réputation ... ? Alors que la silhouette s'éloignait, au son des talons qui claquaient sur le sol, implacable, un sanglot la submergea et elle cria, la voix tremblante :

- Je voulais vous montrer quelque chose qui m'a fait peur ! Quand j'étais p'tite, j'ai vu un jeune homme qu'était pas d'l'Opéra et qui était là, avec un autre. Il r'gardait les plans, et ses yeux m'ont fait peur ! rétorqua-t-elle, enfin.

N'était-ce que cela ? Toute à votre juste indignation, Madame Le Roux, sans doute ne comprenez-vous pas ce que ce petit souvenir, bien léger en apparence, pourrait signifier.


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