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 "Il va être servi"

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Le Renard
Chacripouille, sacré vaurien !
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Messages : 97

MessageSujet: "Il va être servi"   Ven 27 Jan - 10:56

La nuit n'en était qu'a ses balbutiements et sur le pavé humide marchait une haute silhouette que les habitués commencent à reconnaître.

Pour l'occasion Renaud avait changé de mise, empruntant à un camarade un habit, ni neuf, ni coûteux mais dépourvu d'une veste indiquant à tous que son porteur avait connu la zonz', et c'était tout ce que demandait ce soir le Renard.
Il était là anonymement, en repérage, l'endroit méritait le coup d’œil selon certains de ses amis et avant d'entreprendre quoi que ce soit il voulait en avoir le cœur net.
Prudence est mère de sureté, surtout pour ce que s'apprêtait à faire le Renard dans les temps à venir, mais ce n'est pas le sujet et ne compte pas sur moi curieux lecteur pour révéler quoi que ce soit. Galanterie ou soucis de ne point être reconnu il avait ajouté à sa mise un vieux haut de forme, oublié, voilà trois jours, par un quidam bien nantis sur les velours de son fiacre. Un long foulard le protégeant du froid mordant qui gagnait ce soir là les pavés de Pantin, l'ensemble donnait à Renaud Berger une allure qu'on ne lui connaissait pas et que d'aucun aurait qualifié d'apprêtée, il est des hommes, des femmes, que la misère habille de grand air et qui n'ont besoin que de peu pour paraître. Le Renard était de ceux là, sans le savoir, sans même l'avoir deviné.

C'est inconscient et toute à sa mission qu'il pénétra dans l'antre enfumé. Son œil cligna, s'habituant à la pénombre et à une atmosphère qu'il ne connaissait que par les récits de ses pairs. Il salua le tenancier et il se laissa guider jusqu'à une natte, déambulant à travers les consommateurs dont peu levèrent les yeux, trop occupés à leur "voyage", un bon point pour l'endroit. Alors que l'opérateur va pour préparer la pipe le Renard l'arrête d'un geste, les souvenirs remontent, c'était il y a bien des années mais il n'a pas oublié les gestes enseignés par une jeune indochinoise, ramenée par bateau jusqu'aux bordels de la capitale, l'une de ces femmes que le Renard a connu, l'une de ces femmes qu'il a aimé avant que la vie ne fasse son œuvre et les sépare.

Renaud plonge l'aiguille dans le tube d'opium, ramenant une petite dose qu'il fait brièvement chauffer sur la lampe à pétrole, puis la malaxe et la pétrit contre le fourneau de la pipe, puis il la replonge dans le tube et recommence l'opération, une fois, deux fois, trois fois et la petite perle d'opium semble, enfin, avoir une taille qui lui convient, la tenant toujours au bout de l'aiguille il lui fait prendre une forme de cône, Renaud fait chauffer le fourneau de la longue pipe et d'un geste précis enfile l'aiguille dans le trou du fourneau, tel un fil dans un chas. La gouttelette prenant la forme adéquat, tandis que la pipe, toujours au dessus de la lampe fait grésiller et boursoufler l'opium. Renaud aspire une longue bouffée et quelques autres, retrouvant des plaisirs et saveurs d'antan.

Un brin nostalgique, son regard, pas encore assoupi, vient embrasser la salle.




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Jean de Fréneuse
J'ai bu le lait divin que versent les nuits blanches
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Sam 28 Jan - 5:01

« Je "descendis en moi-même"... et je n'en fus pas plus renseigné.
C'était bien trouble - "en moi-même". »
Jean de Tinan, Penses-tu réussir !

Depuis quelques temps déjà, Jean de Fréneuse prenait parfois le chemin, sinueux et vague, qui menait de son entresol au fumoir d'Eboli. Lorsque le soir tombait, il enfilait un long manteau noir, pas aussi souvent brossé qu'il le faudrait, posait un chapeau de feutre sur sa tête, hélait un fiacre ... Celui-ci le déposait au pied de la Butte, et il montait ... pour arriver, le souffle court, le chapeau de travers, devant la porte ornée de lanternes chinoises. Ce soir-là, à la première heure du soir, il ne manqua pas à ce qui devenait un rendez-vous régulier - aller aux Fumées comme on va chez une maîtresse. Cependant, lorsqu'il pénétra à l'intérieur, plusieurs nattes déjà étaient occupées - trop d'affluence pour une heure si indécise, où la nuit commençait à peine ... ! Mais soit - Philosophe, il prit place, sans un mot, sans un regard - se tuer d'ardeur ou mourir de paresse. Les choses passent ...

[...]

C'est alors que prit place tout à côté un homme qui eût pu être son frère. Au pied de la natte - ce fut la première chose que Jean vit - un haut-de-forme défraîchi et un long foulard comme on en portait, il y a quelques années ... Jean de Fréneuse lève les yeux vers le nouveau-venu, paresseusement. Il ne parle pas - il le voit à peine. Les hommes vont aux fumeries pour fuir autrui et se fuir eux-mêmes ... Il n'est pas de discours pour ces situations-là.

Alors que passaient les silhouettes fines des employés, lui vint un réflexe soudain dénué de son sens. Gardant de ces manières qui disent tout de suite son monde, Fréneuse fouilla négligemment dans ses poches, déposa pièces et piécettes, sans compter, dans la petite main d'un indochinois au sourire éclaté. L'une d'elle roule, vacille, roule encore ... Et cesse sa course devant la natte voisine - l'homme au chapeau gris et au long foulard. Jean lève un œil embrumé, marmonne, d'un ton poli de fatuité domestique :

- Gardez-la donc, puisque le hasard l'a voulu ...

La pipe repose maintenant, inerte, devant lui et, grand seigneur un peu pâteux, il cherche un regard qu'il craint presque de trouver.

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Le Renard
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Sam 28 Jan - 10:15

Déjà la pipe se termine, déjà le chandoo se consume, au delà du prix c'est ce qu'a toujours trouvé à redire à cette substance le Renard, trop bref, il n'est pas homme de rituel et encore moins de contemplation. Il se soulève quelque peu sur la natte pour recommencer le rituel, presque contrarié, son cerveau pas encore "au loin" gardant en tête sa mission tandis que son corps retrouve les gestes longuement appris. Un tintement métallique, un éclat cuivré, la face pâle de Cérès entre dans son champ de vision.
Dix malheureux centimes qui sont venus rouler jusqu'à lui, comme si on les lui avait jetés. Comme si même ici il ne pouvait échapper à la misère.

C'est un œil noir de colère qui se lève vers l'importun, c'est une face soudain rougie, les vapeurs d'opium sont reléguées coté Cour tandis qu'arrive de coté Jardin le flamboiement du Renard, la lumière onctueuse donnant à la barbe de Renaud son habituelle teinte rousse. L'importun a le teint pale, la face presque aussi poilue que la sienne, la voix pâteuse, le ton d'une vanité qui ne plaît guère au gars Berger et comble de l'audace un vouvoiement méprisant de maître d'hôtel arrogant.


"Le hasard ?! J'y crois pas ! Pas plus que j'ai l'habitude d'mendier ma gamelle."

Commence t-il à voix basse pour ne pas alerter la salle et l'indochinois tout proche, mais le ton inflexible.

"Je n'sais pas ce qui dans ma face t'fais pitié mais à deux pas d'icitte on peut aller en discuter, toi, moi... Et lui !"

Finit il en montrant discrètement le long surin passé à travers la ceinture, pour l'instant bien au chaud dans sa gaine.
Puis il reprend sa délicate tâche de remplir la pipe, mais ses yeux sont toujours fixés sur l'importun, le foudroyant sur place, tandis que peu à peu dans son cerveau encore brûlant de colère, l'idée d'un : *si le drôle s'en réfère aux cognes je suis marron, Berger Nom de Nom apprends à t'contrôler mon gars !*

Si l'importun ne se lève pas soudainement, hurlant à l'agression et appelant à l'aide, Renaud terminera sa pipe, avec une précaution méticuleuse, tournant son esprit vers une tâche matérielle afin de dissiper sa colère. Mais il le sait, l'homme en sait déjà trop, il faut brouiller les pistes, faire le dos rond ou passer pour un surineur de bas étage, n'importe quoi pour ne pas éveiller les soupçons d'un importun bien maladroit.




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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Jeu 2 Fév - 2:45

C'est que c'était une drôle de réponse à la mélancolie lasse et bien posée qu'il avait gardée sur le cœur - comme on réchauffe un serpent bien au chaud. Distinguant les mots, un à un, en une entreprise délicate, Jean ne put répondre d'abord que par un air profondément stupide. Il ne comprenait pas - le malentendu, la colère, la menace, tout lui passa par-dessus la tête comme un texte de mauvais roman qu'on parcourt pour s'endormir. Une pièce avait roulé, vacillé ... Et elle avait fait tomber quelque chose, il ne savait trop quoi. Se redressant maladroitement - un échec ou deux avant de se dresser digne sur son séant - il répondit, sans donner bonne figure :

- Faut pas s'battre contre ce qui en vaut pas la peine, Monsieur. Et le hasard ...

Il eut un geste évasif qui ne voulait rien dire. Pourtant, le hasard ... C'était peut-être une des seules choses qui valaient le coup que l'on se batte ! N'était-ce pas par hasard que lui-même, pris d'un caprice de jeune homme, avait évité l'Opéra au mauvais soir ? N'était-ce pas le hasard qui avait fait exploser le monde le jour de visite de René Boylesve ? A bien y réfléchir, c'était quelque chose d'intéressant, le hasard - c'était insaisissable, incompréhensible ... Rassurant peut-être, dans ses zones d'ombres, ses aveuglements.

Il retournait déjà à sa pipe, la main un peu tremblante, l’œil rouge ... Et puis l'image du couteau un instant découvert lui revient. Cela enclenche quelque chose - un des multiples ressorts de sa vie trop huilée - et d'une voix pâteuse, comme récitant quelque chose, il ajoute :

- En bonne et due forme ... On pourra vous envoyer des témoins.


Il en avait eu quelques uns, des duels - c'était de son âge, et l'illégalité de l'acte rajoutait à la chose. Que l'homme en face de lui ne fût pas de rang à disputer un duel ou même ne comprît pas la référence ; qu'il soit lui-même d'un pathétique achevé à songer bataille alors qu'il tenait à peine droit ; qu'il ait été maladroit voire dangereux de continuer en ces manières mondaines ... peu importe ! Sans conscience, comme en somnambule, il continuait sa vie, par habitude ...

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Le Renard
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Jeu 2 Fév - 10:51

Le bougre, peut être guidé par les plaisirs qu'il était venu chercher ici, n'avait pas tord et Renard soupira de soulagement. Vraiment il n'était pas raisonnable de faire de l'esclandre, à la rigueur l'incident était presque bon signe, il avait pu échanger quelques paroles, qui auraient déplus en ce lieu et personne n'avait semblé relever quoi que ce soit, il fallait maintenant s'en tirer avec le moins de casse possible, donner le change et brouiller le jeu. Ce n'était pas le lieu ni le moment pour la violence.

"Frère humain, cela fait deux fois que tu m'donne du monsieur et si tu n'as pas tord on n'se bat que contre ce qui vaut la peine l'reste me chagrine, alors r'prends ta ferraille, fumons l'chandoo et restons en là pour le hasard comme pour l'reste"

La préparation est terminée, sa main fébrile a mis du temps, tant à finir son ouvrage qu'a cesser de trembler mais au faîte de la pipe trône désormais une imposante goutte d'opium que le Renard allume et aspire, avec force. Les effets commencent à se faire sentir tout en même temps qu'il se détend. La voix, pâteuse, se fait de nouveau entendre, une suite de mots, qui semble venir de quelque part, d'une lecture sans doute. Des mots que Renaud ne comprend pas vraiment, des "témoins" l'affaire pourrait reprendre du poil de la bête et ce n'est vraiment pas souhaitable.

"Des témoins je n'en vois aucuns, personne n'a vu ni ta maladresse ni ma colère, les apparences sont préservées pour toi et l'peuple s'moque des colère d'un bonhomme de ma classe. Restons en là Frère humain veux tu..."

Le chandoo est maintenant totalement consumé et tant pour la soif que pour le plaisir le Renard sort sa flasque de sa poche, une revigorante lampée, il laisse peu à peu son corps s'affaler sur la natte, il laisse peu à peu son corps aux effluves, si le bougre veut répondre c'est ainsi, mais le danger semble écarté.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Sam 4 Fév - 7:43

Le frère humain cligna des yeux, malavisé, et dodelina de la tête.

- Frère humain ... répète-t-il ... Et puis, soudainement inspiré, il reprend, comme s'il se parlait à lui même : J'ai eu un frère, une fois. Puis un soir, je l'ai perdu. Ma poche de veston était trouée ...

Il s'arrête, un peu confus, pressent bien que les mots lui échappent - silhouettes de souvenirs défunts ... Pour tout dire, il se sent même un peu mal : un début de nausée, des achevés de vertige - châtiment de ceux qui croyaient l'opium romantique. Il tourne de l’œil ... vers ce voisin étrange.

- Je ... Je t'ai jamais vu ici, n'est-c'pas ?

Mais son attention est soudain retenue par autre chose. C'est un son d'écoulement doux, un chant de gouttes d'eau que l'on égrène. Cela vient sans doute de la flasque qu'a sorti l'inconnu, mais à ce bruit, Jean ferme les yeux, respire doucement. L’œil d’Aboli lui évoque, souvent, ces fleuves aux noms lointains, ces jungles étrangères, ces fleurs décadentes ... Entre les vapeurs et fumeroles, il sent de lointaines effluves de thé - Zhûn prépare sans doute, derrière son comptoir, une de ces boissons au goût étrange dont il a le secret.

- Les théières sont comme nos vieilles carcasses ... Ca se brise comme rien, 'pas ... ? C'est assez dramatique ...

Et il se prend à rêver, lui aussi, d'une sortie de scène romanesque.
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Le Renard
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Dim 5 Fév - 12:53

Renaud regarda un peu plus attentivement cet homme, était il un de ces poètes, un de ces artistes dont tout Paris parlait, en se gaussant, en se pâmant c'était souvent selon l'heure. Sans doute ou alors il ne comprenait pas le discours de cet homme, ça ne pouvait être que de la poésie ! Le Renard l'avait en horreur, non parce qu'il haïssait les mots mais parce que ces poètes n'avait pour volonté que de percer et d'être aimé. Dans un tout autre monde, dans un tout autre temps, il aurait lui aussi adoré de n'avoir rien d'autre de mieux à faire que de se faire aimer. Mais ce monde n'existait pas alors en attendant il souhaitait les milles morts aux poètes orgueilleux.

"J'ai la face prolétaire, on m'confond souvent dans la foule alors je n'saurais dire si l'on s'est déjà vu, ton visage ne m'a pas marqué."

Le Renard savait que c'était parfaitement faux et que son visage lui avait valu justement d'être reconnu et arrêté quand il avait fait la une des journaux quelques années auparavant. Mais c'était là le genre de question au quelle il ne devait surtout pas répondre.

"Dramatique ? Que les théières se brisent ? Si tu le dis."

Un poète de la pire espèce maintenant il en était sur ! Et il repris une gorgée de son mauvais alcool pour supporter cette si mauvaise compagnie.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Mar 7 Fév - 12:08

En entendant la réponse de cet interlocuteur de hasard, Jean eut une moue d'incompréhension. S'il ne pouvait retrouver, mot à mot, les fantaisies qu'il avait bien pu dire, il savait profondément que ce n'était pas cela qu'il entendait. Les théières brisées, c'est juste ridicule ... Les craquèlements d'une âme trop sèche, en revanche ... Mais il est des problèmes qui n'existent que pour certaines gens - ceux qui n'ont pas à se demander s'ils mangeront le soir et s'ils trouveront un toit où dormir. Quand votre vie n'est qu'une somme de divertissements et d'errances, vous trouvez votre tragique dans les ricanements de votre ombre ou dans des raffinements de sentiments, comme chez les romanciers psychologues ... C'est douloureux, c'est même souvent profond, mais ça ne nourrit pas son homme, et ça n'est pas compris de tout le monde. C'est normal : bien peu de gens y ont droit, en 1896 comme aujourd'hui. Mais ces notions-là n'effleuraient pas notre homme : quel que soit l'état de son âme et sa lucidité présente, Jean de Fréneuse demeurait envers et contre tout un homme de sa classe. A ses propres dépens. Il répondit donc, avec toute la naïveté du monde :

- Ce ... C'est pas ce que je voulais dire.


Mais il eût été bien en peine d'expliquer ce qu'il voulait dire ... La prescience des petites tragédies domestiques était une chose - leur expression claire et intelligible, c'était bon pour les intellectuels. Il rajouta cependant - sans doute était-ce ce que lui avait évoqué, indirectement, ce mot de prolétaire, qui lui sembla lancé comme un clairon :

- C'est pour ou par des gens comme vous que les bâtiments explosent alors ... ?


C'était demandé bêtement, avec une curiosité naïve et un peu d'étonnement. Les gens qui avaient perpétré l'attentat s'apparentaient pour lui à des génies lointains, des peuplades étrangères - sans presque exagérer ! Et puis, peuple, prolétaire, révolution, foule, anarchie, tout cela créait des chaînes de sens dans sa tête - discours historiques des vainqueurs, avalé comme tel ... Et à la suite de ce cheminement un peu vague, l'oeil levé vers les lanternes rouges, il lâcha une phrase, toute simple - de celles que l'on renferme et qui vous minent de l'intérieur, alors qu'elles n'ont l'air de rien. Ce n'est pas cette vertu-là que l'on cherche, en allant à Eboli, mais parfois, les vapeurs délétères vous arrachent de bien drôles d'aveux.

- J'ai failli y être, ce soir-là. Y mourir ... Hasard manqué - comme la pièce. Des fois, je me dis que c'est dommage.

Comme si pour la première fois, il avait dit la vérité.
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Le Renard
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Mer 8 Fév - 0:33

Le Renard s'était avachi sur sa natte, en proie à l'inconscience douceâtre de l'opium et aux rêveries psychédéliques qu'elle provoque, il écoutait d'une oreille lointaine les propos de ce godelureau qui maintenant que la drogue faisait effet l'amusait plus qu'il ne l'agaçait, comme on écoute un enfant fiévreux, un mélange de peur et de pitié.

Mais il tiqua aux mots lorsque Fréneuse évoqua l'attentat, décidément cette rencontre était pleine de surprises, et Renaud ne goûtait guère aux surprises. Ne prenant pas la peine de se redresser, ne prenant pas la peine de chasser de son cerveau la brume, il répondit d'une voix rauque, hachée, les mots ayant du mal à s'organiser, la gène pouvait être ennuyeuse mais la conversation ne prenait pas encore un chemin trop dangereux, mieux valait passer pour un prolétarien abruti par l'opium qu'un révolutionnaire en herbe venu chercher là quelques idées de mauvais coups.


"Pour, p't'être mais par j'vois pas comment j'ferais ça, j'ai déjà assez d'mal à venir ici avec les trois huit à l'usine alors conspirer ! Sans moi."

Il détestait dire ce genre de choses, si fier de sa vie mais "avant que le coq chante tu me renieras trois fois", il était beaucoup trop tôt pour vivre au grand jour et les justes devaient vivre cachés dans ce monde qui ne les épargnaient pas.

"Qui sait, p't'être que ce hasard qui t'as manqué s'en veux aussi, n'appelle donc pas trop vivement la faucheuse, la diablesse à l'oreille fine et pourrait bien t'prendre au mot."

Son cerveau embrumé imagina un autre attentat, le même qu'il était entrain de mettre en place et si il avait été plus convaincu que cet homme soit l'un de ces ennemis qu'il haïssait tant, il aurait souhaité que sa prochaine bombe le trouve et lui ôte cet air plaintif de jeune à qui tout pourrait réussir mais qui ne voit que la coupe à moitié pleine. Chacun perdu dans la dureté de son quotidien ne pouvant deviner qu'en d'autres milieux la vie peut être cruelle, les pauvres voudraient être riches pour ne manquer de rien et les riches voudraient être pauvres pour manquer de tout.
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Mar 14 Fév - 7:08

Jean se laissa coula à son tour sur sa natte. Il soupira, profondément. Il eût aimé, sans doute, voir la Mort en face - et en réchapper sans doute, c'était plus pratique pour en tirer un enseignement. Voir son regard froid - son œil mort - pour savoir s'il eût trouvé la force de la contempler en face. Les jeunes gens de ce temps, pensant ne plus croire en rien, ont encore les peurs de leurs aînés. Et ils tentent, malgré tout, de se persuader du contraire.

- Qui sait ... murmura-t-il. Et il ferma les yeux.

Ces conversations, hasard malheureux, l'ennuyaient. Il avait fumé moins que d'habitude et, après avoir échangé ces quelques mots, un pan du rêve s'était déchiré - à présent, il pendait, lamentablement, comme un lambeau de conscience meurtrie. Engourdi par les effets des deux pipes déjà absorbées, Jean nourrissait des pensées inhabituelles en un tel lieu et malvenues. Ce n'était au fond nullement la faute de son voisin, mais il associa son image à une contrainte indistincte, venue d'on-ne-sait-où. Il garda les yeux fermés, tenta de faire le vide ... Son voisin restait silencieux, lui aussi - sans doute bien heureux d'être débarrassé d'un tel bavard. Les minutes passèrent - les heures s'écoulaient lentement dans cette retraite qui semblait comme hors du temps. Alors il les eut, ses rêves romantiques, Fréneuse, mais trop vite ils prirent l'apparence de ses cauchemars familiers - éternelles fuites et obsessions ...

Il s'éveilla alors, se leva doucement - articulations engourdies, nuque douloureuse ... Il quitta l'endroit comme un somnambule, et sortit, vieille carcasse lourde et maladroite - avec un sentiment de dégoût de soi qu'il charriait de plus en plus, chaque jour. Sans qu'il l'entendît, une clé argentée, petite et ronde, tomba de sa poche, alors qu'il se levait. Elle eut son petit fracas mais il partait déjà, comme aveugle et sourd ... Fin de la scène ... Et amer sentiment de ridicule.

[...]

Quand le Renard sortira à son tour (quelques instants plus tard ou après plusieurs heures ? Qu'importe !), il trouvera une grande silhouette qui s'est brisée là et attend, rivée au sol, comme écrasée par son ombre. Les pans du manteau brossé dans le caniveau, les épaules tremblant d'un vague frisson ... Sans doute Renaud a-t-il reconnu l'importun qui l'avait dérangé, à l'intérieur. Adossé au réverbéré, il attend. Le froid lui a rougi les joues, son habit a pris la couleur de la boue et de la pluie. Sa condition ne se voit plus sur son visage : ce n'est plus qu'un homme égaré, en proie à ses fantômes.

- Trois fiacres sont passés, et j'attends le jour. Le hasard s'est toujours pas ravisé.

Et se tournant vers le passant, il reconnaît Renard, fronce un sourcil.

- Tu n'aurais pas vu ma clé, par hasard ? La porte qu'elle ouvre n'existe plus, mais j'aime à l'avoir avec moi.

Et son œil avait pris une couleur grisâtre sous la lueur des réverbères.

Je pose aux devantures
Où je lis ; - DÉFENDU
DE POSER DES ORDURES -
Roide comme un pendu !
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Le Renard
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Mar 14 Fév - 13:03

Les yeux, rendu presque vitreux par l'opium s'allumèrent au son de la clef tombant sur le sol, il avait lui aussi profité du silence et de l'éloignement que procure l'opium avant que l'importun ne se lève et fasse tomber son bien. Bonne nouvelle, il se leva à sa suite, ramassa l'objet et constata que c'était une clef... Si comme il le soupçonnait ce gus était gens de maison, c'était peut être l'occasion de se renflouer les poches en profitant d'un sésame sur une belle demeure de "gens bien comme il faut".

Il laissa à Fréneuse un peu d'avance et sortit à sa suite, le lieu était parfait pour ce pourquoi il était venu, maintenant il avait autre chose à faire.

Il pensait voir l'homme au loin, divaguant et le suivre facilement, mais non, le bateau s'était échoué contre un réverbère et ne semblait pas vraiment en état d'aller plus loin. Ennuyeux... A moins que...


"J'ai une voiture pas bien loin, je peux te conduire si tu veux, vois ça comme un service rendu pour m'faire pardonner de mon emportement de tantôt."

L'homme est bien boueux maintenant et prétends que la clef ne mène nulle part mais ce n'est pas au Renard qu'on apprend à chasser la poule, surtout quand elle pond des oeufs d'ors.

"Une clef ? T'as du la faire tomber en tombant dans l'caniveau camarade, cherche donc autour d'toué et après on va chercher l'fiacre"
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Ven 17 Fév - 12:20


- C'est une opinion ... Soupira-t-il en guise d'assentiment.

Et, se baissant, il chercha des yeux cette petite clé d'argent qui n'ouvrait rien. Il y avait bien une porte, pourtant, pour laquelle avait été crée cette clé, mais était-elle toujours intacte à ce jour ? Il n'aurait su dire - et se sentait presque l'envie d'aller vérifier, le soir-même.

- Je vois rien, elle est pas là. Peut-être qu'en retournant à l'intérieur ...

Il se redressa d'un bond, fit un pas jusqu'à la porte ... Mais sa main trembla quand il voulut presser la poignée. L’œil écarquillé, l'air de plus en plus rongé d'angoisse, il se tourna vers son interlocuteur, visiblement perdu. Il y avait peu de choses auxquelles il tenait, à vrai dire - la perte de quelques sous (même ! au risque d'être obscène, de quelques louis), d'un veston, d'un vieux livre d'art, tout cela ne lui était rien. Mais cette clé inutile qui dormait au fond de sa poche, c'était le destin qui s'était ravi à lui. Il se baissa de nouveau, mit ses mains trop blanches dans la boue des vieux trottoirs ... Ramassa une brindille plein d'espoir - et même une vieille chaîne de montre, brisée. Machinalement, il la garda serrée entre ses doigts, comme un triste ersatz ...

- Perdue, perdue, n'est-ce pas ... ? C'est dommage ...

Et sans se douter que cette angoisse si sincère allait faire croire à son interlocuteur que cette clé était le sésame vers un véritable trésor, il lui emboîta le pas mécaniquement, jusqu'à cette voiture qui n'était pas loin. Et tandis qu'il marchait, l'oeil rivé sur le sol, dans l'espoir idiot d'y voir réapparaître sa clé comme par magie, il marmonna :

- Je sors souvent à l'heure où on ne trouve plus de fiacres - ou plus assez. Et même, ce n'est pas la même chose ... Alors je rentre chez moi à pied, cela prend peut-être une heure ou deux - parce que cela donne envie de flâner, et que lorsqu'on flâne, on se perd ...

Bruit de la chaîne qu'il triturait entre ses longs doigts d'araignée. Et le beau chapeau qu'il avait posé sur sa tête était un peu mis de travers.
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Le Renard
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Dim 19 Fév - 10:01

Renaud observait cet homme, il ne le comprenait pas, ou plutôt il s'imaginait, pas forcément à tord, que le bonhomme était sous l'emprise, bien trop forte pour lui, de ces paradis artificiels.
Proie encore plus facile, il ne fallait pas lâcher d'une semelle un tel pigeon.

Il triturait dans sa poche la petit clef ramassée dans le fumoir et répondait d'un sourire contrit à la détresse du jeune homme. L'écoutant sans vraiment prêter attention à ce qu'il pouvait raconter. Ça n'avait l'air d'être que maigres soucis et babillages infantiles, le Fréneuse intriguait pourtant un Renard qui ne savait pas du tout auprès de qui il était tombé et ne pouvait qu'élaborer les hypothèses les plus folles.


"Il faut faire attention aux endroits où l'on s'perd, y-a des coins plus dangereux que d'autres dans Pantin."

C'était à peine une menace voilée, plutôt un avertissement, comme le chat qui lève la patte de la queue de la souris, une demi seconde pour lui dire que si elle est assez vive elle a peut être sa chance. Mais le bonhomme était sous l'emprise de l'opium, aurait il cette clairvoyance.

Alors qu'il marchait toujours en direction de l'affaire de son cousin, il murmura, en suite à sa précédente phrase. Murmure à peine audible si l'on y prêtait pas attention.


"Des endroits, mais surtout des gens moins fréquentables... Pauv' p'tit bonhomme..."

Le Renard marchait, sa longue silhouette engoncée dans sa longue veste, son chapeau et son écharpe cachant en partie sa visage, ne révélant que ses yeux qui a la lueur des quelques réverbères brillait comme le loup devant sa proie... Ou tel le Renard devant le poulailler...
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Jean de Fréneuse
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Mar 21 Fév - 10:19

Les mots lui parvinrent, mais informulés, dépourvus de sens.

- Va, qu'est-ce que tu marmonnes ?

Il pressa le pas pour rattraper son interlocuteur, fit quelques pas à son niveau, cherchant délibérément son regard. Cet homme, étrangement, lui ressemblait : cheveux clairs, yeux noirs, engoncés tous deux dans un manteau sombre, le chapeau (l'un de travers, l'autre rabattu sur les yeux) leur donnaient l'air de deux frères. C'était idiot, pourtant : était-il possible de moins se ressembler, intérieurement ou socialement, que ces deux-là ? Devant l'absurdité de la situation, toujours obnubilé par sa perte qu'elle fût ou non ridicule, Jean haussa les épaules, et ajouta :

- Et puis peu importe. C'est idiot, tout ça ... La voiture, elle a l'air d'être encore loin, et je suis sûr que tu as mieux à faire que d'accompagner un pauvre diable comme moi. Je préfère rentrer seul, cela vaut mieux. Et puis ... Cela me permettra de penser. Dès que je trouve quelqu'un sur mes pas, je bavarde, ça m'évite de réfléchir. Je crois bien que j'ai besoin de me recueillir un peu ...

Drôle de mot ... Il serra la main à cet homme, cordial, en tout aveuglement. Et puis il pressa le pas, seul, sans se retourner, empruntant le boulevard qu'ils avaient rattrapé dans leurs pérégrinations. Trop pensif ou trop oublieux, il ne surveilla pas ses pas ni son ombre et avançait en somnambule, parmi les foules qui sortaient encore des cafés et des guinguettes. Levant son chapeau au passages des jolis minois, en toute inconséquence ... Passant près d'une marchande de frites, il s'arrêta pour prendre un cornet à sept sous, en croqua quelques unes, puis continua son chemin, le cornet à la main, redescendant lentement vers la Seine.

Il eût pu sembler en pleine promenade de santé, n'étaient son air hagard, son œil fatigué et sa démarche comme hachée, vite haletante ... Il feignait d'oublier l'incident ... En vain : la perte de ce soir, bien qu'elle parût ridicule, l'affectait profondément. Il avait décidé de conserver cette clé coûte que coûte, jusqu'à ce que l'affaire fût terminée et qu'on eût rouvert l'Opéra.Même après que l'on ait tout oublié ... Il s'était imaginé, des années après, une grande salle toute de velours et de dorures, repeinte et redorée. Les serrures identiques auraient caché leurs stigmates sous de nouveaux vernis, et de belles feuilles d'or. Il aurait alors sorti cette petite clé fade, pleine de cendres et de poussières, pour rétablir le souvenir ... C'est avec cette clé-là qu'il serait entré dans cette loge où un autre était mort à sa place. Il se serait assis, il aurait fermé les yeux pour écouter - les voix ou la musique, peu importe. Pourtant, cela n'était pas grand chose, et c'était bien insensé ... mais il avait récupéré la clé parmi les effets du défunt (qui, en butte à ses parents, avait fait de lui son exécuteur testamentaire). Il avait tout restitué, donné, dispersé ainsi qu'on le lui avait dit. Et il avait gardé cette clé. Tandis qu'il songeait, traversant les routes, les rues, les ruelles, sa longue silhouette éclairée par les becs-de-gazs, il murmurait :

- Tant d'heures perdues, tant de gens morts ...

Et il se répétait, en litanie, les noms des blessés et des disparus, qu'il avait connus pour une bonne part. N'était-ce pas assez pour vouloir quitter ce milieu-là ... ? C'est alors qu'il traversa au niveau de la Seine. Bientôt l'on arriverait rue Dupuytren, après bien une heure et tant d'errances ... Il sortait déjà sa clé, qu'il faisait tinter, dans ces rues plus tranquilles et plus mornes ... Il arriva enfin devant une petite porte, toute noire, introduisit la clé, poussa le battant.


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   Lun 12 Mar - 7:27

Renaud laissa Fréneuse s'en aller, avec un vague haussement d'épaules, s'apprêtant à le suivre pour faire une descente dans une maison qui regorgerait sans doute de petits trésors.

Mais au moment où il s'apprêtait à le suivre les cloches de l'église la plus proche sonnèrent, trois coups, déjà si tard ! Le Renard avait une journée chargée en perspective, tant de détails à régler avant le coup d'éclat, des gens à rencontrer, toute une opération à mettre sur pied. Il regarda la petite clef puis la silhouette de Fréneuse qui s'en allait, roulant plus que marchant et après une rapide réflexion il grogna.


"Allez rentre p'tit homme, ça ira pour cette fois... Mais crains l'gars Berger tant que tu f'ras rouler des pièces au pied d'ceux qui n'en ont pas assez."

Et il prit un autre chemin, jouant avec la clef, bien enfouie au fond de sa poche, qui ne la quitterai plus.

Ignorant que ce petit bout de métal lui vaudrait les honneurs des gros titres et un aller simple pour la grande faucheuse qu'on monterait de nuit dans la froide cour d'une des sinistres prisons de Pantin.
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MessageSujet: Re: "Il va être servi"   

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"Il va être servi"

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