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 Tu sais ou tu sais pas...?

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Maximilien Debongure
Futur pélago !
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MessageSujet: Tu sais ou tu sais pas...?   Jeu 27 Oct - 3:07

Le pas rapide, le souffle court dans ce froid d’hiver, Maximilien arpentait Paris depuis le petit matin. Il avait rendu visite à chacune de ses relations. Ami proche, ancien collègue, amante d’un jour, fille payée pour une nuit, tenancier de bar, artiste admiré…tous avaient été questionnés. Mais aucun n’avait rien su dire d’utile. Ils étaient là, ou pas, le soir du drame, mais n’avaient rien vu d’utile, ou ne le savaient pas encore. Et, pour le moment, le journaliste voulait du concret. Un indice qu’il n’aurait pas à interpréter, ni à méditer. Pour cela, il lui fallait interroger quelqu’un de simple, de débrouillard. Et le vieil Harold était de cette catégorie-là. Maximilien se rappelait bien de sa première rencontre avec le colporteur, un bonhomme amusant, bavard quand il faut, audacieux à souhait.
Cela faisait quelques heures déjà que Maximilien s’était lancé à la recherche d’Harold. Les Funambules, et tous les pauvres gens qui s’y croisaient, les scènes de misère perpétuelles. Il avait jeté un œil à l’intérieur de tous les cafés de Paris. En vain. Ce vieux déplumé devait bien être quelque part, à vendre à la criée ou à lancer quelque sale rumeur.
C’est bougon, les joues rougies de froid, le pantalon tout crotté, que Maximilien arriva devant le Théâtre d’Art, presque résolu à chercher Harold le lendemain.
C’est alors que le journaliste aperçoit le colporteur, sur le trottoir d’en face, un homme accroché à l’oreille, prêt à lui glisser son billet. Quelle rumeur va encore faire frémir les nobles de Paris ? Maximilien, pour le moment, n’en a que faire ! D’un pas décidé, il se dirige vers Harold….




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Harold Chambard
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MessageSujet: Re: Tu sais ou tu sais pas...?   Sam 29 Oct - 2:34

    Je ne sais pas si vous avez déjà, sur les ordres d’un jeune bellâtre, fait le pied de grue devant la maison d’une jeune bourgeoise pour lui transmettre, tout en évitant aussi bien sa bonne que ses parents, une lettre d’amour enflammée… Eh bien, si vous avez déjà connu une telle situation, vous n’ignorez pas quelle épreuve pour les nerfs, quelle perte de temps (et donc d’argent !) cela représente, ni non plus combien d’insultes l’honnête colporteur est amené à verser sur ce jeune couple d’imbéciles insouciants. Et, par la même occasion, vous avez un aperçu assez complet de mon humeur alors que, ayant perdu une bonne part de ma journée avec cette affaire à deux sous, je retournai à des tâches plus gratifiantes, à savoir notamment le colportage de rumeurs, dont je pourrais dire sans me vanter que j’en suis un des spécialistes.
    Bref, je passai une bonne part de ma journée à rattraper le temps perdu en murmurant à qui voulait l’entendre les rumeurs les plus sordides, en hêlant chaque honnête passant afin de lui montrer à quel point il avait besoin du journal d'aujourd'hui ou du dernier roman à la mode.
    C’est alors que j’étais en train de déverser, de manière, je dois le dire, fort romanesque, les détails de la déchéance d’un certain dramaturge bien connu du grand public dans l’oreille d’un grand échalas que je devinais facilement être un critique ou autre obscur théâtreux, que j'aperçus de l'autre côté de la rue un jeune homme fort bien sapé, avec qui j’avais eu l’occasion de converser une fois ou deux, et qui ne rechignait en général pas devant une nouvelle bien fraîche. Le voyant s’approcher, je me tournai vers lui :

    - Un instant, mon p’tit monsieur, j’en finis avec cette affaire, et je suis à vous !

    Je jetai encore quelques mots à mon bonhommes précédent, puis jetai un coup d’œil éloquent vers le billet qu’il tenait bien serré dans sa main, ce qui était une manière rhétoriquement imparable de lui signifier que je ne lui dirais plus rien aujourd’hui, à moins bien-sûr, qu’il n’augmente les prix. Il paya sans rechigner, et s’en fut, un peu gêné visiblement d’être vu en ma présence, ce qui se comprend bien.
    Je me tournai alors vers le jeune homme, et lui dit avec un grand sourire :

    - Eh bien, nous y voilà, mon bon monsieur ! Que peut faire le vieil Harold pour vous satisfaire ?

    Le tout avec une petite révérence, à peine teintée d’ironie, devant cet homme au costume impeccable... C’est que ça en impose, quand même ! En attendant qu’il m’expose sa requête, je réfléchis aux différentes rumeurs en ma possession, dont certaines pourraient peut-être l’intéresser. Bah, au pire, rien ne m’empêchait d’inventer ! Après tout, il suffit qu’une fausse rumeur soit propagée efficacement pour qu’elle devienne une vérité admise par tous...
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Maximilien Debongure
Futur pélago !
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MessageSujet: Re: Tu sais ou tu sais pas...?   Mar 1 Nov - 4:25

Le vieil Harold joue un manège habile entre ses deux clients. Cela n’agace aucunement Maximilien, qui attend patiemment que l’attention du colporteur soit toute à lui. L’affaire ne dure pas longtemps, quelques billets sont glissés dans la main d’Harold, quelques toussotements s’échappent de la gorge du bourgeois embarrassé. Celui-ci s’en va d’un pas rapide, apparemment rassasié.

- Eh bien, nous y voilà, mon bon monsieur ! Que peut faire le vieil Harold pour vous satisfaire ?

La courbette d’Harold ne manque pas de faire sourire le journaliste. Quel personnage celui-là ! Et même s’il semble bien se moquer du monde, Maximilien le respecte pour la petite affaire qu’il a su mener à bien dans les rues de Paris. Maximilien toussote, histoire de se donner une contenance, de contenir son impatience. Car il sait le colporteur adroit et ne veut aucunement afficher l’état dans lequel il se trouve. Il n’a aucune envie, aujourd’hui, de se faire manipuler : les enjeux sont trop importants.
Un peu pour jouer, le journaliste répond à la révérence d’Harold avant de s’approcher un peu davantage.

-Monsieur, je suis ravi de vous trouver là ! Sincèrement ravi. C’est que tellement de choses se disent en ce moment, que les journalistes ne savent plus où donner de la tête ! Les mondains s’affolent, peureux, et le peuple se tait –il a bien raison !

Maximilien est un bon orateur, quand il le veut bien. Il se doute que le Harold ne sera pas insensible à son discours d’égaré. Il l’espère, tout du moins.

-Qu’il est ardu de trouver une parole franche, énoncée clairement depuis quelques jours ! Chacun est effrayé par sa propre hypothèse, les gens ne sont plus sûrs de ce qu’ils ont vraiment vu. Beaucoup de mondains, d’ailleurs, n’ont soi-disant rien vu.

Tout en parlant, le journaliste a réussi à faire quelques pas avec le colporteur, comme si ces deux messieurs, qui n’ont au final rien de gentlemen, s’adonnaient à une promenade et discutaillaient sans intérêt.

-Vous savez de quoi je parle, Harold ?! L’Opéra.

Maximilien laisse échapper un soupir tout à fait maîtrisé. Il joue, bien sûr. Le colporteur se fiche peut-être de cette mise en scène mais le seul objectif du journaliste est d’être écouté.

-Alors Harold, quelles sont les rumeurs, émanant du bas-monde comme de la haute société avez-vous à me murmurer aujourd’hui ? Vos relations, ils me semblent, sont de celles qui discutent, et à voix haute…


Et pendant qu’il énonce cette dernière phrase, sous-entendant les tendances et connaissances anarchistes du vieil homme fringant, Maximilien glisse une main dans sa poche de pantalon et triture doucement ses quelques billets, vestiges d’un salaire déjà bien éparpillé.

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Harold Chambard
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MessageSujet: Re: Tu sais ou tu sais pas...?   Mer 2 Nov - 4:12

    Décidément, ce jeune homme voulait quelque chose, et du sérieux, si vous voyez ce que je veux dire... Il n’y avait qu’à voir sa façon, qui me semblait tout de même un peu bizarre, de me donner du «monsieur» et du «vous», et ce tout naturellement, comme s’il était normal de traiter les vieux colporteurs malhonnêtes comme des hommes du monde ! Il mit un certain temps à pondre sa requête, et ce d’une manière, là encore, fort élégante... Evidemment, le monsieur voulait son scoop sur la grande affaire de l’opéra... Affaire sur laquelle, soit dit en passant, pas grand chose n’avait filtré jusque là, du moins rien d’évident...

    - Ah ! Vous savez, m’sieur, tous les enquêteurs passent leur temps à v’nir me voir, en ce moment, comme si j’y étais, moi, dans ce foutu opéra ! Alors je leur dis gentiment qu’il feraient mieux de faire leur enquête sérieusement que d’aller à la quête aux ragots...

    Je le fixai un instant, le sourire en coin... Si ce genre de discours en forme de leçon suffisait à en dissuader plus d’un, je me doutais bien que ça n’arrêterait pas mon jeune interlocuteur. A vrai dire, j’espérais bien un profit conséquent, sur ce coup là... Je n'allais pas moins me faire désirer un peu : c'est bien la moindre des politesses, quand on joue un tel jeu !

    - Après, je pourrais bien vous donner mon opinion sur la question, mais vous comprenez bien que ça m’embête un peu... J’ai quand même une obligation de discrétion vis-à-vis de la clientèle... Et puis, une opinion, c’est pas bien grand chose, je voudrais pas que vous m’attaquiez après parce que je vous ai mal dirigé, hein !

    Je fixai mon regard sur la main qu’il avait plongée dans sa poche. Il fallait au moins que tout soit clair entre nous sur ce plan. Certes, ça n’était ni très discret, ni très habile, mais j’avais toujours considéré l’habileté de langage, la rhétorique et autres finasseries comme des amusements pour aristocrates... Qu’il se montre coopératif et prêt à la dépense, et on verrait bien ce qu’on trouverait à lui dire...


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Maximilien Debongure
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MessageSujet: Re: Tu sais ou tu sais pas...?   Ven 4 Nov - 3:47

Harold pose enfin les yeux sur la main de Maximilien. C’est désormais clair, Maximilien est prêt à payer ! Et une jolie somme, s’il le faut. D’un signe de tête affirmatif, il le fait comprendre au colporteur.
Autour d’eux la rue s’anime toujours, encore, comme tous les soirs d’hiver. On ne voit plus beaucoup de grandes dames, certes, et les nobles ont le pas pressé, mais c’est tout de même la vie qui fourmille à cette heure de la journée, au soleil couchant de février. Maximilien espère qu’Harold ne va pas lui faire trop d’histoires. Ni lui en raconter de trop rocambolesques !

-Oui, vous avez bien compris Harold, que je n’avais que faire des rumeurs crées de toute pièce. Vous a-t-on payé pour en diffuser quelques-unes ? Non, bien sûr, vous ne me le direz pas ! Un petit arrangement : tout ce que je peux vous donner en échange de tout ce que l’on vous a dit, murmuré, sous-entendu à propos de l’affaire de l’Opéra. Je vous fais confiance, évidemment, pour ce qui est de citer vos sources.

Le journaliste prie intérieurement. Il prie pour qu’Harold n’ait pas trop de conscience professionnelle. Il prie pour que le colporteur ne respecte pas trop le secret professionnel, et le secret en général. Il prit pour que le colporteur n’ait rien contre l’idée de se compromettre un peu pour aider beaucoup. Il prie pour que, comme l’a toujours dit son père, tout s’achète, y compris la parole des hommes. Car si le colporteur lui dit tout, même les pires mensonges qu’on lui a susurré, même les folles rumeurs qu’on lui a commandé, Maximilien sait qu’il y trouvera un peu de vérité. Et c’est tout ce qui l’intéresse.

-Voulez-vous vous asseoir dans un café, Harold ? La Brasserie le d’Harcourt n’est qu’à quelques pas. On y sera bien au chaud.

Et au journaliste d’extirper de sa poche quelques grosses pièces, qu’il fait tinter dans sa main…


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Harold Chambard
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MessageSujet: Re: Tu sais ou tu sais pas...?   Mar 8 Nov - 6:48

    Eh bien, ce jeune gredin avait décidemment l’air de vouloir y mettre tous les moyens ! C’était en tout cas une grave erreur de sa part de se montrer si ouvertement prêt à la dépense : il aurait été indigne d’un colporteur de haut rang tel que moi de ne pas en profiter... Il y avait tout de même quelques conditions indispensables à poser. Ce n’était pas parce que ce jeune fouineur était prêt à dépenser que je devais forcément trahir, et risquer de perdre, des clients et autres commanditaires fidèles. Il en allait, en réalité, de ma réputation, ce qui, que l’on soit mondain de la haute ou pauvre colporteur, fait tout dans la vie d’un homme.

    - Bah, dans ces conditions, j’veux bien vous dire c’que je sais, mais pour ce qui est des sources, vous comprendrez bien que je peux pas me permettre de tout vous raconter... Je voudrais pas que vous me grilliez mes informateurs, et puis tel que vous êtes, vous seriez bien capable d’aller le raconter, du moins pour ce que j’en sais... Vous comprenez bien qu'il y a certains Messieurs et certaines grandes Dames qui voudraient pas trop que certains détails sur certaines affaires soient trop étalés au public...

    C'avait toujours été une de mes meilleures stratégies que sous entendre que mes sources étaient haut placées : cela donne du crédit et de l'importance, et ça vous permet de ne pas trop en dire. Car quel jeune parvenu peut espérer se mettre au même niveau que ces certains que j'affirmais avoir pour clients ? Là encore, il s’agissait, autant que possible, d’imposer ma loi, et pour cela, d’aller aussi loin que possible. Il me proposait pas mal d’argent contre des mensonges potentiels, je n’allais tout de même pas lui offrir des preuves pour le même prix ! S’il marchait, je garderais mes sources pour moi, et je sauvegarderais la discrétion de certaines de mes sources, qui certainement n’avaient pas trop envie que leur nom soit prononcé... Et s’il refusait, je pouvais toujours revenir sur ma position. La morale a cela de positif qu’elle est parfaitement extensible, et ce de manière inverse à la somme proposée.
    En attendant, sa première proposition était tout de même fort positive.

    - Ah ben puisque vous le proposez, j’avais justement une petite soif !

    Je m’apprêtai donc à lui emboîter le pas vers le d’Harcourt, lieu à vrai dire parfaitement choisi pour une petite séance de rumeurs à deux sous... Après tout, puisque j’avais apparemment trouvé une vache à lait de la plus belle espèce, j’aurais été bien bête de ne pas en profiter !



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