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 On joue, on fait semblant (Sylvande)

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MessageSujet: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Dim 2 Oct - 12:21

Philomène "Sylve" Bellis, cantatrice

Sylve s'était egayée dans la nuit, en voiture, mue par une féroce détermination. Elle s'était peignée et habillée de strict, de noir, de ces parures brutales dont elle usait lorsqu'elle souhaitait apparaître plus sèche, plus grande, plus belle ou plus terrible. Elle avait ceint un collier d'argent à sa gorge, passé de mode, mais parfait pour son rôle - ce qu'elle pouvait en jouer, des rôles ! Plus encore à l'extérieur de son cher Opéra, où les femmes tragiques de ses mondes de paillettes bon marché semblaient plus proches d'elle, plus sincères, avec leur voix toutes pareilles, toutes la Sienne.
Elle était partie dans le soir sans même avoir pris un manteau. Le tourment la saisissait souvent, depuis que son Opéra avait fermé. Elle fit ce qu'elle aurait du faire depuis déjà longtemps : Elle alla frapper à la porte de Sylvande, déterminée à le voir, à obtenir une réponse. Il lui dressait porte close depuis bien trop longtemps.
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Dim 2 Oct - 12:34

Depuis la fermeture de l'Opéra, tout le monde était troublé en ce bas monde et Sylvande ne faisait pas exception. Si depuis un temps, déjà, il avait fait le deuil de l'endroit, comme nécessaire sacrifice à son ambition, l'incendie avait comme ravivé ses souvenirs et il se surprenait souvent à penser - à craindre - que ce passé-là ne le rattrape. Mais il n'y pensait point quand on sonna à cette heure et se demanda simplement qui venait - ami dans la détresse ou amante de passage ... Regrettant d'avoir renvoyé Marthe* chez elle, il descendit de lui-même ouvrir.

- ... Mlle Bellis ! Que faites-vous ici, à cette heure ... !


Le quartier alentours, peuplé d'étudiants en goguette et d'honnêtes gouailleuses convenait mal à une dame ainsi parée. Il faut croire que la Providence est tenace en ses attachements.

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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Lun 3 Oct - 23:12

Philomène "Sylve" Bellis, cantatrice

Lorsqu'ils se croisaient, s'entrechassaient dans les couloirs toujours trop pleins de l'Opéra, ils ne se donnaient pas du "Mademoiselle". Le passé brillant et perdu de leur bref temps à Garnier semble briller un instant dans les yeux et les mains expressives de Sylve, ses lèvres se plissent et l'attitude matriarcale qu'elle adopte, toujours un peu avec lui - c'est publiquement connu qu'elle l'admire, mais elle ne s'est jamais départie de sa distance respectueuse, presque froide, lorsque Sylvande est en face d'elle. A tel point parfois qu'il est difficile de croire en ses prétentions à son égard, si ce n'est peut-être l'explicité de son nom de scène.

- Lionel. Me laisserais-tu entrer ?

Elle quémande avec plus de douceur qu'elle n'aurait voulu en donner à sa voix - Comme quoi on peut-être tragédienne et émotive. Dans son sac, le paquet se fait lourd d'attendre d'être remis.
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Mer 5 Oct - 10:05

Il en avait toujours été ainsi : dès lors qu'il instaurait une distance respectable entre eux, elle franchissait la frontière avec cet air grande dame, cet air de ne pas y toucher. L'entendre le tutoyer le troubla, en sa jeunesse encore naïve - car une femme qui vous tutoie, c'est une femme que l'on a eue, c'est une sœur ou une mère, ce ne peut être autre chose ...

- Est-ce bien convenable ? Mais ...

Il jeta un œil inquiet alentours.

- J'accepte, pour le bien de votre réputation.

Et détournant les yeux, il la mena par les escaliers raides et les couloirs mal éclairés, en une parodie de ce jour où elle l'avait conduit à sa réussite. Il ouvrit la porte d'une petite salle de séjour, modeste, presque mesquine. Une table, trois chaises dépareillées, une cafetière vide et quelques tâches sur la table. Et c'est dans ce triste appartement de célibataire, l'air d'être pris au piège, qu'il s'adoucit un peu :

- Que me voulez-vous, Philomène ?
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Mer 5 Oct - 12:48

Philomène "Sylve" Bellis, cantatrice

Soeur, mère, apprenante, elle était un peu tout ça - sans qu'on lui ai demandé si c'était bien raisonnable. Alors elle entre, cavalière à l'étourdissement, haussant les épaules sous sa mantille de fourrure coûteuse, noir oblitérant.

- Ma réputation, si tu savais ce que j'en fais cas !

Mais c'est vrai qu'il y a du monde, autour d'eux, des passants, qui ne les connaissent probablement pas, mais... Sylve oublie, parfois, convenances et bonnes mœurs - toujours trop constrictée dans son rôle. Elle sourit, semblant se détendre, à l'intérieur, appuie une grande main contre le mur.

- Lionel - je suis navrée. C'est l'émotion.. L'Opéra... Tu sais. Qui d'autre aurais-je pu aller voir ? Nathalia y a péri... Je suis sûre que tu t'en souviens.
Une petite danseuse slave, rousse, rayonnante autant qu'elle butait sur le Francais.
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Jeu 6 Oct - 7:49

La voyant dans le petite pièce mesquine, élancée, trop maigre et trop grande, Lionel glana assez de volonté pour soutenir son regard. Il saisit au vol les demi-mots qui lui échappèrent, et eut un air ... franchement navré, lui aussi.

- ... Je la connaissais mal, vous savez. Mais je me souviens.


Le visage de la danseuse lui apparaissait encore, fantôme enthousiaste, quand il en convoquait le nom. Mais parler aux morts était douloureux. Lui désignant une chaise, il alla préparer un café, et continua, sur ce même ton épuisé et un peu triste :

- Vous avez bien fait, je suppose ...

Une hésitation, et il reprend avec une voix plus tremblante :

- Mais l'Opéra ... C'est justement pour ça que je ne suis pas revenu. M'en veux de pas avoir été avec vous sur scène ... D'en avoir réchappé, comme rien. Ça creuse des fossés entre les gens, des histoires comme ça ...
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Sam 22 Oct - 6:11

Philomène "Sylve" Bellis, cantatrice

- Je n'y étais pas.

Et c'est là un monceau brutal de sa tristesse, de son ressenti, elle n'était pas avec son équipage, lorsque le bateau coula - elle n'était pas sur les planches et elle ne donnait pas de la voix. Elle apprit le drame comme tout le monde, c'est à dire trop tard, et se morfond depuis lors, griffant les murs de sa tête. Sylvande n'était pas là, lui non plus, Sylvande est à même de la comprendre. Mais elle ne veut plus vraiment parler, Philomène, car il y a trop à dire. Alors après s'être installée à la table, elle sort de son sac de Dame un vieil objet, et commence à battre les cartes qui le compose. On joue, pour faire semblant qu'on est suffisamment vivants, sous nos carapaces d'apparat et nos vêtements blancs comme des masques.
- A quand remonte notre dernière partie ?

Des années, qui s'émaillent le long d'horizons moins avivés de flammes.
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Mar 25 Oct - 0:22

Quand il la vit sortir ce vieux jeu de cartes qu'ils utilisaient, tantôt, dans l'attente des passages sur scènes, des répétitions, même parfois au salon où ils se retrouvaient, ses épaules s'affaissèrent, il se calma. Il ne serait donc pas question de culpabilité, de questions douloureuses, de souvenirs en cendre - tant mieux.

- Trop longtemps, je suppose ?
Esquissa-t-il en guise de réponse.

Et mû par l'habitude, il attrapa la cafetière, descendit à l'office - et le bruit sifflant de l'eau qui chauffe renseigna assez sur ce qu'il était en train de faire. Cela se fit sans question, sans mise en scène : il y avait ici un fond de bouteille de gin, qui trônait dans un coin et le café. Pas de tous ces raffinements, thés fins, alcools plus purs, qu'on cherche partout. Il posa la cafetière, deux tasses ébréchées sur la table et, s'asseyant à son tour :

- Décidez donc de l'atout, je vous suis.

Et il y avait quelque chose qui clochait dans ce calme apparent, ce lâcher -prise, mais de là à comprendre quoi ...
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Mer 30 Nov - 11:32

Philomène "Sylve" Bellis, cantatrice

Ce sont de vieilles cartes, de vieux objets votifs de l'ennui des acteurs qui partagent leur scène avec trop de monde. Cornées, brillantes, sales, fades. Sylve les aime bien, elles lui rappellent des temps moins cléments, mais plus véritables. Elle sourit infimement, le visage baissé, occupé à les battre, saisie d'une timidité soudaine qui ne sied pas à son personnage. Et reste un long moment silencieuse, sous les bruits de l'eau qui chauffe et des lames qui se mélangent, choisit l'atout, distribue.

- Je suis navrée, Lionel, de la tournure des événements. Pas seulement... Pas seulement l'Opéra, mais ces dernières années.


Philomène joue une carte, relève son regard trop maquillé sur Lionel, fait tinter ses boucles précieuses.

- Je ne sers pas ta réputation. Je me demande souvent si tu me maudit pour cela. J'imagine que oui ! Je ne t'en voudrais pas.

Et du sucre dans son café, pour entretenir les formes qu'elle peine à cultiver.
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Lionel Sylvande
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Mer 30 Nov - 11:56

Il a pris les cartes qu'elle a distribuées, selon le rituel. Au fond, peu importe le jeu : à chaque fois qu'ils se retrouvaient, quelle que soit la table - même sans table, parfois, dans les couloirs à attendre une répétition ou un essayage ... Mais alors qu'elle s'excuse, il lève la tête, gêné et interrogateur : il semble craindre qu'une conversation arrive, et cela ne manque pas. Sylvande a l'habitude des situations complexes, des combats qu'il a dû mener pour sa réussite, mais ces épreuves-là le laissent aussi démuni qu'un autre. Il se dit qu'à la carte qu'il jouera, il suspendra sa réponse. De plein front s'il perd, une fuite relative s'il l'emporte.

Et la chance étant avec lui, pour ce tour, peut-être uniquement pour ce tour, il se lève, va décrocher un chapeau étrange de l'armoire - bariolé, coiffé d'une plume. Défroque de théâtre, ramenée dans le petit intérieur triste.

- Tu m'aiderais à l'ajuster ? Je devais le faire mettre à ma taille par Marthe et puis ...

Il avait déjà levé le turban à hauteur de la tête et lui jeta un regard suppliant - teinté d'un reste d'innocence. Et il est possible d'y voir une fuite comme un geste de complicité qui se veut consolateur.
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Pierrot Lunaire
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MessageSujet: Re: On joue, on fait semblant (Sylvande)   Mar 13 Mar - 8:20


Philomène ajusta-t-elle le turban que Sylvande porterait pour la répétition du lendemain ? Qui gagnait aux cartes ? Qui eût dut baisser les yeux et avouer un peu de vérité, du bout des lèvres ? Nul ne le saura. La soirée se prolongeait un peu, dans un silence un peu recueilli ponctué par le glissement des cartes sur la vieille table. On eût même pu croire, un instant, que tout s'était effacé, et que la vie suivait son cours, comme si rien n'était arrivé. Mais la partie s'interrompit lorsqu'on frappa trois grands coups secs à la porte. Quand Lionel alla ouvrir, il put voir au pas de sa porte un commissaire de police renfrogné qui le salua de façon bourrue et qui entra sans se faire inviter. Sylve, devant l'intrusion, baissa les yeux, rougit, prétexta quelque chose ... et s'éclipsa. Elle laissait les cartes derrière elle, comme un ultime souvenir.

Tandis que le policier entretenait Sylvande de son passé à l'Opéra et de ses anciennes connaissances pour déterminer s'il avait remarqué chez quelqu'un un comportement bizarre, si on l'avait contacté pour des menaces, et autres questions vagues et tâtonnantes, Philomène Bellis quittait l'appartement, et retraversait les rues dans sa grande robe noire, presque fantomatique.

Sylvande l'ignorait, mais c'était la dernière fois qu'il la voyait sous ce jour.

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